Ce que j’en dis…

LCS 200. La Femme, « Le Vide est ton nouveau prénom », 2016
3 avril, 2017, 13:34
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J’ai choisi cette semaine un morceau du collectif La Femme, qui s’intitule « Le Vide est ton nouveau prénom », présent sur leur deuxième album Mystère sorti en 2016 chez Born Bad.

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Le groupe réunit des membres dont les origines géographiques sont diverses, mais dont l’ascension est fulgurante !

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Les références musicales sont nombreuses : ils penchent vers le meilleur de The Cure, Siouxsie & the Banshees, vers Taxi Girl, Jacno, Marie et les Garçons aussi, ils mixent cold wave et surf garage, mais ils coulent parfois aussi vers le pire de The Cure, le pire d’Etienne Daho, Indochine… Ouais. Du coup, je sens bien qu’en publiant La Femme, je vais exciter les haters, tant le groupe suscite aujourd’hui les railleries hautaines de ceux qui, hier, les encensaient aussi démesurément ; je sais que certains vont me renvoyer aux Inconnus et leur « Isabelle a les yeux bleus », et je m’étais déjà fait la réflexion en écoutant leur tout premier album. Mais je m’en fous. J’aime bien ce qu’ils proposent, et je vous emmerde.

Ce qui se dit dans « Le Vide est ton nouveau prénom », les instruments choisis, le rythme, tout ça me parle. Alors, peut-être que c’est dû à une rupture amoureuse douloureuse, l’une des plus grandes douleurs qui soient dans la vie d’un être humain, mais ça me parle. Je ne pourrai jamais oublier son prénom, ni sa personne, mais il le faut ; il faut que le vide devienne son nouveau prénom, que ce vide soit remplacé dans mon cœur… ne serait-ce que pour que les souvenirs amers et crève-cœurs que je partage avec elle redeviennent de bons souvenirs, malgré tout. Sombre paradoxe. Le vide, c’est bien le sentiment qui caractérise quelqu’un qui aime encore quelqu’un qui ne l’aime plus. « Les roses c’est rare/Et toi tu les piétines/Une étoile t’est tombée des mains/Tu la regardes partir loin/Les étoiles ça file pour de bon/Maintenant, elle doit veiller/Sur quelqu’un d’autre que toi. » C’est marrant comme ces mots trouvent un écho remarquable dans mon histoire ; j’espère tant être cette étoile, mais surtout mon plus grand souhait, maintenant, c’est avoir le privilège de veiller à nouveau sur quelqu’un. Je suis un être solitaire, bizarre, tourmenté, et en même temps, incapable de ne pas aimer, de ne pas partager, de ne pas donner… C’est ça qui manque, c’est ça le vide, le trou noir dont on n’aperçoit jamais le fond, ces « inviolables frontières de glace » derrière lesquelles l’être aimé et tout ce que l’amour représente s’échappent. Le dilemme, alors, se déploie : doit-on encore aimer au risque de ne plus l’être, de tout perdre, notamment l’espoir et le goût de vivre, ou doit-on s’enfoncer dans la misanthropie, la solitude, le cynisme, le nihilisme ? Comment peut-on vivre avec le risque de la perte ? Comment peut-on vivre en refusant d’offrir ?

Comme je n’ai plus le goût d’écrire, je partage les morceaux qui suivent sans commentaire. Les trois premiers sont issus du premier album Psycho Tropical Berlin (2013) : « Nous étions deux », « Le Blues de Françoise », « La Femme ». Les deux autres sont issus de leur deuxième album : « Où va le monde ? », « Elle ne t’aime pas ». Le beau visuel de Psycho Tropical Berlin est signé de l’artiste belge Elzo Durt, habitué à créer pour Born Bad Records, tandis que l’encore plus beau visuel de Mystère est signé de l’immense Tanino Liberatore, un artiste italien que j’adore (RanXerox, la pochette de Frank Zappa, et puis toutes les femmes dessinées par le maître)...

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LCS 199. VedeTT, Tuer Les Gens, 2015
5 mars, 2017, 17:11
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Cette semaine, je n’ai pas choisi un morceau, mais un album intégral, celui du groupe VedeTT intitulé Tuer Les Gens, sorti en 2015 chez Echo Orange. Voici le titre qui donne son nom à l’album, histoire de vous faire patienter jusqu’au terme de ce papier.

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Là encore, la découverte de ce truc mérite d’être racontée. Un jour de début février 2017, je perds mon temps sur Facebook, comme souvent. Sur le profil de Bester Langs, le grand manitou de Gonzai, une photo avec un t-shirt « J’aime pas les gens » sur un sac en cuir. Dans les commentaires, un internaute (apparemment le boss du label Echo Orange qui fait de la promo) partage le clip du morceau « Tuer Les Gens ». Voilà… Passionnant, hein ? Ce morceau dépressif et misanthropique, cold pop à l’anglaise, chanté en français, me parle instantanément. Le site du label précise : « Son album [...] sort dans un contexte difficile : les attentats du Bataclan. Certains médias hésitent à diffuser le premier single, à cause de son apparente violence. Pourtant, ce titre, gentiment provocateur, qui donne le nom à l’album, exprime avec un vrai fonds de tendresse et de bienveillance la difficulté d’aimer l’autre (Tuer les Gens / Tu es les Gens). » J’aurais pu ajouter « Tu hais les Gens »…

Comme je tombe dingue du morceau, je fouine, je tombe sur l’album… et me laisse embarquer. Il y a de la mélancolie et de la loose dans cet album, plein, et de la grandeur, et pis de la larme et du sourire triste, et évidemment un peu de misanthropie et de solitude. Un album d’une trentaine de minutes, bien serrées, trop court évidemment, alors repeat. Parfois, le rythme est plus rapide, comme dans « Fried », un beat qui ressemble à des coups de couteau glacé dans un déjà mort. La voix est perchée, file comme un synthé, gelée comme un lac canadien en hiver sous un soleil lumineux. A l’écoute, je repense à la prose de Daniel Dominici, le personnage joué par Alain Delon dans le film La Prima Notte di Quiete, de V. Zurlini (1972), le titre signifiant la première nuit de quiétude (ou de calme), en d’autres termes, la mort : « Mais il n’existe pas de chemin vers l’amour espéré qui me soit plus doux à parcourir en cette vie. Renonce, je t’en conjure, à cette décision féroce qui t’entraînerait loin de moi, derrière d’inviolables frontières de glace. » Putain… D’inviolables frontières de glace…

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Les Inrocks précisent que c’était un trio venu d’Angers, repéré au Printemps de Bourges avant que Nerlov, le fondateur et chanteur, continue en solo. Il raconte aux Inrocks l’histoire de l’album : « J’ai composé cet album tout seul lorsque les autres membres du groupe ont décidé d’arrêter. J’ai tout fait chez moi dans mon home studio, à part certaines voix que j’ai enregistrées dans les studios Tostaky [...] La musique de VedeTT fait partie de la grande famille de la pop noire, un peu sombre et un peu fataliste… c’est un peu triste, mais malheureusement, je n’arrive pas à faire autre chose pour l’instant. »Les influences ? Q Lazzarus, Etienne Daho, War on Drugs notamment.

 

VedeTT Nerlov

 

Post Scriptum : C’est marrant, les thèmes, la musique et les conditions de production me rappellent cet album étrange d’une jeune femme originaire de mon pays, le sud de la Seine-et-Marne, Mohini Geisweiller (l’album s’appelle Event Horizon (2011), je l’avais néanmoins trouvé moins bon que ce Tuer Les Gens). Allez, je vous en donne un aperçu (le titre s’appelle « Milk Teeth ») :

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LCS 198. Villejuif Underground, « In The Beginning There Was Us », 2016
23 février, 2017, 0:04
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J’ai choisi cette semaine un morceau du Villejuif Underground, « In The Beginning There Was Us », présent sur le dernier 45T intitulé Heavy Black Matter, sorti chez Born Bad Records à la toute fin de l’année 2016.

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J’ai découvert ce truc génial en écoutant l’émission n° 568 de Rock à la Casbah, il y a un mois, émission hebdomadaire que je recommande chaudement tant j’y trouve de perles. Le Villejuif Underground semble être un groupe « parisien » emmené par l’écriture et la voix de l’Australien Nathan Roche. Dans l’émission, DJ Bingo, après l’écoute du morceau, évoque les « premiers Beck un peu bricolos et aussi Marc Minelli » ; l’animateur (dont j’ai oublié le nom) lui répond alors que ça risque de faire plaisir à Nathan Roche de n’avoir pas été comparé au Velvet Underground, car il n’y a aucune référence. D’ailleurs, l’Australien n’aimerait pas du tout qu’on compare sa voix à celle de Lou Reed… Apparemment, lorsqu’il est arrivé à Paname, Nathan Roche a habité à Villejuif, et ça l’aurait fait marrer de donner ce nom au groupe !

Villejuif-BD-

Voilà ce qu’en a dit le site The Drone alors qu’ils sortaient leur premier album Villejuif Underground en 2016 chez SDZ : « Nathan Roche est un garnement à la production foisonnante qui semble absolument incapable de tenir en place. Tout à la fois stakhanoviste et un peu cossard, éparpillé et éclairé, le jeune écrivain/musicien en provenance d’un bled paumé du nord de l’Australie a déjà sorti plus d’une dizaine d’albums [...], a joué dans autant de groupes et a bien dû écrire le double de romans (aucun de ces derniers n’a été publié par contre). Installé depuis plus d’un an en France, il habite désormais dans une cabane à Villejuif [...], y a débauché une bande de zazous locaux en guise de musiciens et sort aujourd’hui un premier album avec cette clique de débraillés [...], lesquels sonnent tellement comme le Velvet Underground circa Loaded que ça en devient presque un concept [...]. » Nathan Roche risque de ne pas apprécier… [Un autre petit papier de The Drone ici] J’ai écouté d’autres morceaux de l’EP, mais je ne suis pas aussi enchanté que ce « In The Beginning There Was Us » ! J’adore ce morceau : cette voix étrange, haut perchée, une instru étrange et répétitive, inactuelle. J’adore, voilà !

Je tiens à partager un autre titre du groupe, sorti sur leur premier album déjà cité, « On The Seine », qui me rappelle le coda joué au piano du « Layla » de Derek & the Dominos (1970) qu’on entend en générique de fin des Affranchis de Scorsese, un truc à la fois triste, mélancolique, comme si c’était la fin de quelque chose d’incroyable, une belle histoire d’amour ou une belle épopée professionnelle et amicale, ce qu’était la vie d’Henry Hill avant la descente aux enfers : « Et tout ça, maintenant c’est fini. C’est maintenant le plus dur. Aujourd’hui, tout a changé. J’attends que ça se passe comme tout le monde. [...] Je suis un quelconque minable. Je vais finir ma vie dans la peau d’un plouc. »Amen.

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Paye ta playlist ! #007 by Lud : My Classics R’n'B
15 février, 2017, 21:46
Classé dans : Ca, de l'art ?,Musique & Music,Un peu d'Histoire

 

Bonjour à tous (vous devez être bien… trois maximum !) et bienvenue pour cette nouvelle playlist, qui sera beaucoup plus avare en blabla que la dernière (en même temps, ce n’est pas difficile de faire moins bavarde que ma playlist Musica de Brasil). Cette fois, je vous convie à une plongée dans mon adolescence, la musique qu’on écoutait un peu par-dessus la jambe dans la 306 au lycée – donc celle qui passait plutôt sur les ondes, le R’n'B mainstream quoi, et qui fleure bon le début des années 2000. Une manière, aussi, de faire découvrir un temps pas si ancien aux jeunes curieux que je côtoie tous les jours : le R’n'B à la fin des 1990s début 2000s, c’était bandant ! Encore une fois, je vous préviens : cette playlist est entièrement subjective, partiale, partielle, et comportera quelques anachronismes (certains morceaux ne datent pas de la fin 1990s début 2000s – oui, je triche, mais je fais ce que je veux, c’est mon putain de blog). Je vais essayer de la faire chronologiquement… Et je m’excuse par avance : je n’ai pas toujours mis les clips disponibles sur Youtube, car ils sont trop souvent censurés, et je déteste ça !

On commence tout de suite avec un groupe qu’on pourrait qualifier davantage rap que R’n'B, mais bon : Fugees, immense groupe qui a moyennement fini, mais nous, les enfants des eighties, on s’en tape, parce qu’on s’est pris ce putain d’album The Score (1996) en pleine face, et qu’on était un peu trop jeune pour apprécier la bagarre East Coast/West Coast du début des 1990s, même si on s’est bien rattrapé ! Je vous propose deux morceaux connus, que j’affectionne tout particulièrement : « Fu-Gee-La », suivi de « Ready Or Not ».

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Jacques Rancière : « Election et raison démocratique »

 

Souvent,  je lis des textes, je les trouve brillants, et je ne sais pas faire autrement pour les utiliser que de les retranscrire entièrement. Voici un article du philosophe Jacques Rancière datant de 2007, penseur radical de l’égalité, que je découvre de jour en jour, et qui tiraille toujours un peu plus ma réflexion !

 

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Jacques Rancière pour un entretien à Filosofie Magazine, devant des étudiants de l’université d’Amsterdam (Maagdenhuis), mai 2015, copyrights Roger Cremers.

 

Cette élection présidentielle, comme les précédentes, donne aux médecins bénévoles ou intéressés l’occasion de reprendre l’antienne de la crise ou du malaise de la démocratie. Il y a cinq ans, ils se déchaînaient contre ces électeurs inconscients qui votaient selon leur goût personnel pour des « candidats de protestation » et non en citoyens responsables pour des « candidats de gouvernement ». Aujourd’hui, ils dénoncent l’empire des médias qui « fabrique » des présidentiables comme on lance des produits. En dénonçant ce qu’ils considèrent comme une perversion de l’élection présidentielle, ils confirment le postulat que cette élection constitue bien l’incarnation suprême du pouvoir du peuple.

L’histoire et le bon sens enseignent pourtant qu’il n’en est rien. L’élection présidentielle directe n’a pas été inventée pour consacrer le pouvoir populaire mais pour le contrecarrer. Elle est une institution monarchique, un détournement du suffrage collectif destiné à le transformer en son contraire, la soumission à un homme supérieur servant de guide à la communauté. Elle a été instituée en France en 1848 comme contrepoids à la puissance populaire. Les républicains avaient cru en limiter le risque par un mandat de quatre ans non renouvelable. Le coup d’État de Louis Napoléon fit prévaloir l’esprit monarchiste de l’institution sur sa forme républicaine. (suite…)



LCS 197. Azar Lawrence, « Theme For A New Day », 1976
14 janvier, 2017, 21:59
Classé dans : Ca, de l'art ?,Musique & Music

 

J’ai choisi cette semaine un morceau du saxophoniste Azar Lawrence, « Theme For A New Day », piste qui ouvre son troisième album People Moving sorti en 1976 chez Prestige.

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J’ai découvert cet album complètement par hasard. Il y a plusieurs années, je surfais sur Internet à la recherche de la bande originale funk d’un vieux film cochon, quand je tombe sur un site qui proposait, certainement illégalement, une grande quantité d’albums en téléchargement gratuit, dans les styles jazz, funk, fusion, soul. Beaucoup de library music, et puis des albums comme celui d’Azar Lawrence, dont j’ignorais complètement l’œuvre. Le site a fermé depuis, inévitablement, mais il m’a permis de découvrir une terra incognita. La pochette, déjà, est en elle-même un appel à écouter : qui est ce Noir au regard fier ? Une voix ? Un instrument ? Lequel ? On peut lire son regard comme un défi, mais aussi comme un « ne me prenez pas au sérieux » (il me fait un peu penser au regard que lance Gregory Hines devant Caledonia dans La Folle histoire du monde de Mel Brooks !).

« Theme For A New Day » est une espèce de balade syncopée avec la mélodie géniale du saxophone, et ces voix… Ce morceau pourrait être une version black de l’île du plaisir sur laquelle Astérix et Obélix passent un petit moment le temps d’une samba endiablée ! La balade se transforme sans qu’on s’en rende compte et part en fusion jouissive, même si la mélodie revient comme un mantra. C’est si bon. Je vous offre également la deuxième piste du même album, « The Awakening », car c’est un morceau tout aussi génial, même s’il joue dans un autre style.

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Un morceau smooth et soul comme je les aime, et ce saxophone qui démarre discret, humble mais déjà si excitant. Il pourrait aisément figurer sur la bande originale du Jackie Brown de Tarantino, par exemple au moment où le prêteur sur gage va chercher Jackie en préventive, ou encore quand Ordell Robbie se prépare à la tuer, enfilant soigneusement ses gants dans sa voiture. On pourrait aussi l’entendre dans une scène de préliminaires dans un porno vintage !

Azar Lawrence est né en 1953, et se montre un petit génie précoce du sax’, jouant puis composant pour de nombreuses légendes de la musique : Clark Terry, Muddy Waters, McCoy Tyner (il remplace John Coltrane, décédé), Ike & Tina Turner, Miles Davis, Freddie Hubbard, Earth Wind & Fire, Frank Zappa, Busta Rhymes, Mulatu Astatke, et tant d’autres. Il signe son premier album chez Prestige en 1974, intitulé Bridge Into The New Age. J’ai découvert cet album il y a quelques semaines seulement, car je me contentais jusqu’alors du seul album que j’avais de lui. Je ne peux m’empêcher de terminer ce post en partageant « Warriors Of Peace », troisième piste de ce premier album, génial morceau free jazz terriblement entêtant. Enjoy !

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LCS 196. Frank Ferera & Helen Louise, « Hawaiian Hula Medley », 1916
3 janvier, 2017, 7:27
Classé dans : Ca, de l'art ?,Musique & Music

 

J’ai choisi cette semaine un morceau de Frank Ferera et Helen Louise, qui s’intitule « Hawaiian Hula Medley », sorti en 78 RPM il y a plus d’un siècle, en août 1916 pour être précis, sur le label Victor.

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Frank Ferera est né en 1885 à Honolulu, Hawaii, alors sous la coupe du roi Kalakaua : c’est l’époque du développement de l’industrie du sucre qui aboutit à une mainmise américaine du business, les États-Unis n’hésitant pas à prendre, ici comme ailleurs, un poids politique important jusqu’à l’annexion officielle en 1898, puis le vote des citoyens, en 1958, pour devenir le cinquantième État des États-Unis l’année suivante. Frank Ferera se marie avec Helen Louise Greenus, fille d’un hommes d’affaires de Seattle, et, avec sa nouvelle femme, part sur le continent pour jouer. En 1915, ils signent avec Columbia-Edison-Victor et enregistrent beaucoup. En 1919, sur un bateau reliant Los Angeles à Seattle, Helen Louise est portée disparue, on suppose qu’elle est tombée et s’est noyée. Frank Ferera continuera sa carrière prolifique, faisant de lui l’un des plus populaires musiciens Hawaiien.

J’ai découvert ce morceau dans l’immense série de Terence Winter, Boardwalk Empire, qui jette un projecteur magistral sur l’Amérique des années 1920, la contrebande d’alcool, la corruption, etc. Dans la saison 2, Angela Darmody s’éprend amicalement de Richard Harrow, l’ami de son mari, et accessoirement associé dans le crime. Richard est, comme Jimmy Darmody, un héros de la Première Guerre mondiale ; il en a gardé une effroyable blessure au visage, qui le contraint à porter un masque lui en couvrant la moitié, ce qui lui donne un air inquiétant. Sa voix est érayée, il fait peur. Mais son humilité, sa gentillesse, son honnêteté, son côté gauche dans les relations humaines mais redoutablement efficace dans ce qu’il fait (tuer des gens, mais aussi jouer avec des enfants, etc.), m’ont tout de suite fait ressentir beaucoup de choses pour ce personnage, l’un des plus intéressants et complexes de la série selon moi, l’incarnation de l’humanité. Dans la scène, Angela, artiste, lui propose de poser pour un portrait. En musique de fond, le « Hawaiian Hula Medley » se laisse entendre, et donne paradoxalement à la scène son aspect si mélancolique. Deux âmes en peine, torturées, perdues se rencontrent là, une émotion incroyable passe dans cette scène, de la tristesse, mais aussi beaucoup d’humanité. Ce grand homme discret, taciturne, se livre devant la femme de son ami, alors qu’il pose. Il lui explique sa vision de l’amour et ce qu’il a perdu. Se met à pleurer (et moi avec). Retire son masque. Angela ne détourne pas le regard et prend une nouvelle feuille afin de peindre cette expression.

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[Boardwalk Empire, saison 2 épisode 4, « What does the bee do ? », 2011. Il faut noter que la scène est découpée en trois séquences, qui, dans l’épisode, ne s’enchaînent pas, contrairement à ce qui est donné à voir dans cette vidéo]

Ce jour-là, Richard Harrow s’est livré complètement. C’est l’une des scènes les plus touchantes de la série, celle qui me parle le plus ; toute la complexité de l’âme humaine, des sentiments humains, s’y trouve livrée, par le truchement du discours elliptique de Richard. La musique rythmée, naïve et apparemment joyeuse de Frank Ferera et Helen Louise ne vient pas contrebalancer la mélancolie de la scène, mais la renforce paradoxalement. Je n’arrive pas à l’exprimer, mais…

Et puis, comment ne pas voir un lien entre ce qu’a dû vivre Frank Ferera sur ce bateau en 1919, perdant à jamais l’amour de sa vie, et ce qu’a vécu Richard Harrow en perdant inexplicablement les sentiments, qu’il apparente à de l’amour, envers sa sœur jumelle ? Il y aurait encore certainement beaucoup à dire sur ce morceau magique et la scène puissante dans laquelle je l’ai découvert, mais je préfère taire les mots qui, comme souvent, font défaut pour décrire ce que je ressens…

Bonus : F. Ferera, H. Louise, « On the beack at Waikiki Medley », 78 RPM, 1915, chez Victor :

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LCS 195. Pool Pah, « Sour Soul », 1973
28 décembre, 2016, 23:27
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Voici un morceau bien barré que j’ai découvert par des voies détournées, comme souvent. Le producteur Drixxxé a concocté, il y a déjà plusieurs années, une playlist faite de soundtrack de vieux films érotiques et pornos, qu’il a intitulée « Sextape », premier volume d’une série qui en compte désormais quatre ! En réécoutant le dernier volume, qu’il a publié sur son soundcloud en juin 2016, je tombe sur ce morceau de Pool-Pah, intitulé « Sour Soul », sorti sur la bande originale de The Flasher en 1973 sur le label Greene Bottle Records Inc. Sur un album très inégal, on trouve donc cette tuerie jazz-funk comme je les aime !

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L’islamophobie, c’est quoi ? Un regard sociologique

 

Depuis plusieurs décennies, il fait de moins en moins bon être musulman en France – qu’on soit Français ou pas. Il y a deux ans, fouineur que je suis, je tombe sur l’excellente revue scientifique Sociologie, née quelques années auparavant, qui propose un numéro spécial sur la sociologie de l’islamophobie, dont on peut lire certains articles sur le portail Cairn (ici). C’est en étudiant cette revue que j’ai affiné mon regard scientifique sur cet objet si méconnu et passionné qu’est l’islamophobie. Je lis et entends souvent des critiques sans nuances à l’égard des musulmans et de l’islam, quand ce n’est pas parfois une franche et irraisonnée hostilité, même de la part de mes amis, critiques réservées à cette seule religion et à ces seuls croyants. Dans le numéro de Sociologie sus-cité, notamment, les politistes Abdellali Hajjat et Julien Beaugé s’intéressent au rôle du Haut Conseil à l’intégration dans la construction du « problème musulman », et le sociologue Marwan Mohammed introduit le numéro en esquissant un panorama des travaux sociologiques consacrés à ce nouveau champ de recherche qu’est l’islamophobie. Il y a quelques jours, je tombe sur un ouvrage important, que je dévore rapidement : A. Hajjat, M. Mohammed (2013), Islamophobie. Comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman », Paris, La Découverte, « Poche », 2016. J’ai eu envie de partager avec vous l’introduction de cet ouvrage (pp.5-22), qui, je l’espère, vous donnera l’envie de prolonger la lecture. Toutefois, avant de proposer cette introduction, je souhaitais clarifier quelque chose tout de suite : le sociologue Marwan Mohammed n’est pas Marwan Muhammad. Ce dernier est un militant très actif, directeur exécutif de l’association Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) depuis mars 2016. Il n’y a aucun lien de parenté. Voilà une vidéo dans laquelle Marwan Mohammed (le sociologue, donc) est invité sur France 24 par Gauthier Rybinski en 2013 pour y présenter l’ouvrage en question :

http://www.dailymotion.com/video/x1802lq

Après cette « introduction », voici la réelle introduction de l’ouvrage co-écrit par A. Hajjat et M. Mohammed : (suite…)



Paye ta playlist ! #006 by Lud : Musica de Brasil
24 juillet, 2016, 13:34
Classé dans : Ca, de l'art ?,Musique & Music

 

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* Texte écrit par Lud le Scribouillard en juillet 2016

** Les photographies qui illustrent ce papier sont des clichés pris à Rio de Janeiro dans les années 1970, durant la dictature militaire. Elles sont toutes issues d’un blog (on peut découvrir l’intégralité des photos publiées sur ce blog ici). Le site Brain Magazine, qui a repris quelques-uns de ces clichés, précise que ce qui nous est donné à voir, c’est un « Brésil de carte postale : (quasiment) que des Blancs, des jeunes filles superbes et souriantes, et pas un seul gamin descendu des favelas pour troubler le paysage. » Si je reprends ces clichés, c’est en sachant bien qu’ils ne sont qu’un cliché, justement…

Everyday Life in Rio de Janeiro in the 1970s (4)

Je sais, ça fait cliché de parler « Brésil » en plein été. Je sais, vous allez me dire que je surfe sur l’événement des Jeux Olympiques, comme a su le faire Ballantines avec sa liqueur juste avant la Coupe du Monde… Mais restez encore un peu, je vous prie. Par où commencer ? De toute façon, ce papier sera partiel et partial, subjectif et engagé, incomplet et foutraque. C’est dit ; on peut entrer dans le vif du sujet.

Everyday Life in Rio de Janeiro in the 1970s (27)

Le Brésil, pour un gamin francilien né dans les eighties comme moi, c’est d’abord un maillot de foot vert et jaune ordem e progreso, quatre étoiles, avec floqué dans le dos des noms évocateurs comme Ronaldo, Bebeto, Rivaldo, Cafu, Roberto Carlos ; c’est l’accent chantant de mes idoles parisiennes Raï et Leonardo ; c’est le foot-samba que Nike essaie de nous vendre. Il y a bien cette VHS d’Orfeu Negro, le grand film de Marcel Camus, dans la vidéothèque de ma chère grand-mère paternelle, mais je ne m’y intéresse pas. La musique ? Des clichés gros comme le Christ Rédempteur qui surplombe Rio de Janeiro. (suite…)


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