Ce que j’en dis…

La Chanson de la Semaine 35
25 juillet, 2011, 22:51
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Un mètre cinquante-neuf. Du haut de sa choucroute dreadlockée, noire comme la nuit, ce petit bout de femme ne laissait personne indifférent ; elle personnifiait à elle seule l’état d’esprit de la société, cette nouvelle société née, comme elle, au début des eighties. Une société marquée, dans le champ de la pensée, par une contre-révolution libérale : le visage du capitaliste, après avoir ressemblé à celui d’un héritier milliardaire ou d’un innovateur génial, prend le pli du self-made-man moderne, celui qui a un don, un talent sous une bonne couche de travail acharné, à l’image de Bill Gates, ou de Bernard Tapie en France. Amy, elle, est présentée comme issue d’une famille « modeste » de la banlieue de Londres ; son père est chauffeur de taxi. Très tôt immergée par cet art mineur qu’est la musique, notamment dans sa famille, elle travaille d’arrache-pied (cours de chant, école de musique, groupe de rap). Mieux : comme la société l’exige désormais, Amy a un don. Petite fille juive issue d’Albion, son talent se révèle lorsqu’elle ouvre la bouche : là, son timbre suave et chaud transporte l’auditeur dans un monde soul, américain et noir. Sa voix est comparée à celles d’Ella Fitzgerald, de Dinah Washington, de Sarah Vaughan, de Billie Holiday.

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(suite…)



La Chanson de la Semaine 34
26 juin, 2011, 16:03
Classé dans : Musique & Music

J’ai choisi cette semaine une chanson qui s’intitule Northern Whale, issue du projet The Good, The Bad & The Queen, sur l’album éponyme, sorti début 2007.

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A l’initiative de Damon Albarn, fondateur du groupe de brit-pop Blur et créateur de Gorillaz, le projet réunit le bassiste des Clash, Paul Simonon, le batteur de Fela Kuti, Tony Allen, le guitariste de The Verve, collaborateur de Gorillaz, Simon Tong, et le producteur touche-à-tout Danger Mouse (moitié de Gnarls Barkley, entre autre) ; alléchant, n’est-ce pas ? Tellement alléchant qu’on peut légitimement se demander si ce genre de projet n’est pas voué à l’échec : l’immense attente créée autour du truc tend à agrandir l’écart entre ce qu’on a sur le papier et ce qu’on a dans les oreilles. Le concept, ambitieux comme le visuel lié à l’album, a de quoi séduire : décrire un Londres populaire, multiculturel, sombre et romantique à travers une musique populaire, multiculturelle, sombre et romantique. Le personnage principal de l’album, évidemment, c’est Londres, « théâtre des illusions contemporaines »[1]. A l’écoute, Albarn a forcément raté son pari, certains titres sont très bons (History Song, Three Changes), d’autres plus faiblards ; surtout, l’album « n’est pas […] mauvais [mais] insignifiant », il « s’oublie vite », quoi[2]. On est loin de l’ambition du projet. J’ai découvert GBQ en feuilletant Technikart, j’ai accroché sur une partie de l’album. Et je suis tombé amoureux de cette chanson, qui raconte l’histoire d’une baleine échouée dans la Tamise qui, malgré les efforts humains pour la sauver, meurt tragiquement. Mélancolique et électronique, fusionnant le classicisme de l’histoire au modernisme de la production, le chant désabusé d’Albarn fait le reste. Londres perdu entre la grandeur révolue de l’Angleterre et la crise globale actuelle. Entre le centre du monde du XIXe siècle et le no’mans land de 132 000 km² perdu dans le village global du XXIe siècle. Nikola Acin, qui s’est entretenu avec Albarn et Simonon, fait cette description de l’album : « un dub urbain aux mélodies de bastringue évoquant un idéal déchu, celui d’un passé qu’on a cru éternel et qui est désormais révolu. »[3]  Image de prévisualisation YouTube



[1] Anne Yven : http://www.music-story.com/the-good-the-bad-the-queen/biographie.[2] Aurelio : http://www.w-fenec.org/rock/good-the-bad-and-the-queen.html

[3] N. ACIN (2007), « Entretien avec GBQ », Technikart hors-série n° 15, janvier, pp. 50-51.



La Chanson de la Semaine 33
19 juin, 2011, 20:31
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J’ai choisi cette semaine un titre de Mark Ronson et son groupe éphémère The Business Intl, Lose It (In The End), issu de son 3ème et dernier album Record Collection, sorti en 2010.

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 Né en 1975 à Londres dans une famille aisée dotée d’un capital culturel important, il côtoie les légendes du rock anglais[1] (Bowie, Warhol), puis celles du hip hop américain lorsque la famille déménage à New York en 1983. DJ précoce (en club ou pour des soirées privées), il devient producteur génial en fondant son propre label Allido Records en 2004, après s’être offert son 1er album Here Comes The Fuzz en 2003. Tout en produisant des artistes aussi différents que Nate Dogg, Amy Winehouse, Robbie Williams, Lily Allen, il sort en 2007 son 2nd album Version, opus de reprises (Radiohead, Britney Spears, Coldplay, Kasabian) à la sauce soul. Non content de trôner sur le royaume de la pop, Ronson enfonce le clou : égérie chez Zadig & Voltaire, militant pour l’association PETA, Anglais le mieux habillé selon GQ. Il se paie même le luxe de ressusciter un Boy George lessivé, grande folle au visage marqué, mais qui conserve une voix majestueuse. J’ai découvert Mark Ronson un soir de semaine, sur le plateau du Grand Journal de Denisot. Ronson, accompagné d’ailleurs de Boy George, y interprétait Somebody To Love Me, titre ingénu aux rythmes inhabituels et au lyrisme vocal puissant. J’ai adoré. A l’écoute de son dernier album, je suis plutôt mitigé, mi-figue mi-raisin. Dans un gloubi-boulga aux accents eighties et caribéens, hip-hop et nerd, on y entend des quasi-hymnes pop (Somebody To Love Me, Lose It), des chansons parfaites pour les publicités (Bang Bang Bang), des morceaux inécoutables (The Colour of Crumar, Missing Words), des clones de Mirwais (Record Collection). Le titre ci-dessous est un concentré d’énergie : Ronson fait montre d’une mélancolie toute londonienne, tant dans le chant que dans la production, mais le tout est dynamité par le rap survitaminé de Ghostface Killah. Inattendu et jouissif.

 

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[1] « Ça m’est déjà arrivé de croiser Springsteen dans la cuisine au beau milieu de la nuit […] », interviewé par Thomas DUCRES, Grand Seigneur n° 1, printemps 2011, p. 22.



La Chanson de la Semaine 32
12 juin, 2011, 13:15
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J’ai choisi cette semaine un morceau de l’excitant projet YAS qui s’intitule Da, présent sur l’album Arabology sorti en 2009. Le projet est la rencontre entre un ex Taxi Girl et une jeune chanteuse, entre un natif de Genève (père afghan, mère italienne) et une jeune libanaise, entre une pop mondialisée (Madonna) et une pop moyen-orientale plus confidentielle, entre un producteur touche-à-tout (Taxi Girl, Production, Uffie) et la femme du cinéaste palestinien Elia Suleiman ; entre Mirwais Ahmadzaï et Yasmine Hamdan.

 

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Quelle est l’idée ? Créer une musique pop exigeante, mondiale et grand public en langue arabe, « [replacer] le monde arabe au centre »[1] de la carte musicale, imposer cette langue au monde pop des années 2000. Attention, pas d’amalgame, ce n’est pas un énième album estampillé « world music » ! Connaissant déjà Mirwais, l’annonce du projet dans les pages de ma feuille de chou préférée m’a mis dans une curiosité en ébullition durant de longs mois. A l’écoute, un Objet Musical Non Identifié. La production allie avec allégresse l’électro-pop moderne et les rythmes plus traditionnels (sans tomber dans le pathos) ; beaucoup d’intro en guitare sèche, plus ou moins pure, pour entrer très vite en modernité (Gamil, Fax, Oloulou). Ce qui frappe le plus, c’est la voix, sensuelle et affranchie, de Yasmine dans cette langue. Première fois qu’on entend l’arabe aller aussi loin dans la jouissance (Coit Me), dans la modernité, dans la pop, avec cette « charge émotionnelle [propre] énorme » – enfin débarrassée de « la vision ultranégative (misère, pauvreté, dictature, fanatisme) et [de] la vision orientaliste, exotique, du XIXe siècle »[2]. C’est vrai qu’à part l’indépendance musicale de Rachid Taha, on a très rarement entendu l’arabe de cette façon : émancipé. Mirwais est clair : « c’est une démarche politique »[3]. J’ai tout de suite adoré cette musique, contemporaine, libérée, mondialisée surtout. L’arabe entre en pop – comme on entre en religion, en somme. Un album envoutant en plein dans son temps : le XXIe siècle. 

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[1] http://fronac.unblog.fr/2009/06/25/yas/

[2] Selon les mots de Mirwais, Ibid.

[3]  http://www.20minutes.fr/article/330393/Culture-YAS-La-langue-arabe-connotee-exotique-c-est-un-peu-vexant.php



La Chanson de la Semaine 31
4 juin, 2011, 21:28
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J’ai choisi cette semaine une chanson de Sébastien Tellier assez peu connue, Ketchup VS Genocide, sortie en 2004 sur l’album Politics. 

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J’ai flashé sur ce titre : une ambiance à la The Cure, dark eighties, une ambiance inquiétante mais potache (le titre !), une voix hautaine mais accrocheuse. Cette chanson, c’est de l’énergie snob. Ce grand dadais barbu et libidineux est né en 1975 et signe sur le label de Air, Record Makers : son premier album, L’Incroyable Vérité, sort en 2001. Il est soutenu par les Versaillais, pour lesquels Tellier fait les premières parties de concert. D’ailleurs, un de ses titres est choisi par Sofia Coppola, proche de Air et Phoenix, pour figurer dans son Lost In Translation. En 2004, il est reconnu par la critique pour une chanson qui devient un succès, La Ritournelle, sept minutes trente-cinq de balade répétitive piano pop. Le site http://musique.fluctuat.net évoque la ressemblance avec Robert Wyatt, pas seulement la barbe, « mais aussi un côté rêveur niché au fond de son regard », et sa musique bien évidemment : « complexe, mélancolique […], nichée entre le jazz et l’ambient »[1]. Il publie ensuite Sessions en 2006, reprises acoustiques de son propre répertoire plus la reprise de La Dolce Vita de Christophe. On peut voir dans cette reprise la filiation parfaite, le lien entre deux générations ayant en commun la recherche d’un au-delà musical. J’ai découvert l’ami Tellier en lisant frénétiquement Technikart, dans l’attente de l’album Sexuality. Celui-ci sort en 2008, chapeauté par la moitié des Daft Punk, Guy-Man, nettement plus électro, proche de l’italo-disco, et puis surtout très sensuel, très charnel, quelque chose de physique, on y entend des râles… Une grande claque hédoniste pour moi ; quelques chefs-d’œuvre, aussi : Roche, Kilometer, L’amour et la violence. Après avoir signé la B.O. du film de son pote Steak, il publie un album de remix de Sexuality, qui revisite ses morceaux à la sauce transe dark, funk house, électro-hip hop candide, ambient zarbi… Presque mieux que l’album, quoique moins érotique. Plus dansant. A choisir.

 

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Plaisir coupable : Roche (Kavinsky Remix) : Image de prévisualisation YouTube

 


[1]http://musique.fluctuat.net/sebastien-tellier.html



La Chanson de la Semaine 30
29 mai, 2011, 12:01
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Semaine particulière. Vendredi 27 mai 2011, l’immense mais invisible Gil Scott-Heron est mort.

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Il y a quelques semaines, j’écrivais ici que sa voix, par le biais de son dernier album en 2010 (dont le titre sonnait ironique : I’m New Here), revenait d’entre les morts. Elle est donc repartie. Pour de bon, cette fois. Sur le titre électronique et sombre Me And The Devil, il chantait de sa voix chaude, mi lucide, mi cynique : « Early this morning When you knocked Upon my door And I say Hello Satan I believe it’s time to go Me and the Devil Walking side by side ». Lui et le Diable, marchant côte à côte, dans les rues de New York City, vers un ailleurs. L’ironie de l’histoire, c’est que cette image était crédible, réaliste. De son vivant. Depuis son dernier album en 1994, Gil Scott-Heron était devenu un mythe malgré lui, « car même à le savoir en vie on [n’y croyait qu’en tant que] légende urbaine, sans preuve ni fait avéré qu’il est bien toujours [dans] les parages »[1] : intellectuel lettré (1er recueil de poésie à 13 ans, université, roman The Vulture en 1968), voix des ghettos noirs américains, inventeur du spoken-word (sorte de poésie orale scandée), précurseur du rap, musicien soul jazz reconnu… Gil Scott-Heron parle de tout et c’est chiadé : les Noirs, évidemment, mais aussi l’apartheid en Afrique du Sud, l’écologie, les addictions, l’immigration, les rappeurs. Gil Scott-Heron fait très fort en 2010, où, est-ce inespéré ?, il sort un « disque proprement avant-gardiste », il « nous donne des nouvelles de notre temps », « [faisant] encore partie des modernes »[2]. A en croire les références de l’album (Damon Albarn joue des claviers ; Kanye West y est samplé ; électro omniprésente), l’heure n’est pas à la nostalgie : Gil Scott-Heron regarde devant lui. Pas nous. Dans le titre présenté ci-dessous (1970), il dénonce, avec sa verve fraiche, les médias et la publicité, les brutalités policières et les inégalités sociales ; surtout, il fustige ses compatriotes Afro-Américains, abrutis par la société télévisée de la consommation, déjà couch potatoes, qui ne se révoltent pas. Marx réactualisé : le critère objectif de définition d’une classe était présent (inégalités, racisme, chômage, etc.), mais, bien que latent (les droits civiques, le révérend King, les Black Panthers), pas le critère subjectif (la conscience de classe). « Peu de chance que Gil Scott-Heron soit revenu [en 2010] pour rester. On croit bien plus que ce n’est qu’un geste, nous laisser cet objet, pour nous réveiller, avant de disparaître encore. »[3] A jamais. RIP. 

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[1] Chronique de l’album I’m New Here sur le site Goûte Mes Disques, publié par Julien le 3 mars 2010 : http://www.goutemesdisques.com/chroniques/album/im-new-here/[2] Ibid

[3] Ibid



La Chanson de la Semaine 29
23 mai, 2011, 10:18
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J’ai choisi cette semaine un titre du duo français Air : Don’t Be Light, présent sur leur album 10 000 Hz Legend, sorti en 2001.

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Air a beaucoup pris dans la gueule : pièce pop rapportée de la French Touch, petits bourges gâtés, musique de centre commercial… « Préférant les cocktails avec Sofia Coppola », ils formeraient « une internationale de jeunes branchés »[1]. Il y a du vrai là-dedans. Mais avec du génie, ce petit quelque chose qui change la face de la musique. Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunkel, tous deux nés en 1969, ont grandi dans la classe moyenne aisée de Versailles et font de la musique en parallèle à leurs études. Leurs influences ? Kraftwerk, Morricone, Beatles, Gainsbourg, Bowie, Abba, Buggles, et d’autres plus confidentiels. Un premier EP, en 1997, Premiers Symptômes, pareil à un nuage sécurisé, doux, bercé par un whisky sour sans whisky, mais avec des bulles. Aérien comme un cumulus. Un premier album, Moon Safari, en 1998, comme une claque classieuse et stylisée, harmonieuse et cinématographique, bobo et intellectuelle : un « constat nostalgique d’une enfance révolue »[2]. Frais comme la brise du matin. L’album suivant, 10 000 Hz Legend, est celui de la jouissance : ils enregistrent à L.A. avec Beck, s’éclatent au Château Marmont avec les potes, dont un membre de Phoenix et Sébastien Tellier[3] ; insouciance, hédonisme et batterie. Entre-temps, ils signent la B.O. de Virgin Suicide, rendant l’atmosphère du film veloutée, mélancolique, comme si les cinq sœurs un peu déjantées vivaient sur un petit nuage cotonneux, loin de la réalité, à l’abri jusqu’à l’issue fatale. J’ai découvert le groupe après avoir vu le film de Sofia Coppola, j’avais trouvé l’ambiance très prenante, très nouvelle ; j’ai tout de suite accroché à leur son particulier, leur pop esthétique, sécurisante, parfois aristocratique et inaccessible, mais toujours classe. Don’t Be Light évoque à la fois des chants virginaux alors que les portes du Paradis s’ouvrent lentement – ou des voix dans l’attente d’un prophète, et en même temps une fuite électrique minimale filmée en Cinémascope. Christophe, évoquant son dernier album, ambitionnait de « dépasser l’électro »[4]. Air, quoiqu’on en dise, a réalisé le rêve de notre moustachu lunaire.

 

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[1] Benoît SABATIER (2007), Nous sommes jeunes, nous sommes fiers, Hachette Littératures, pp. 447 et 450.

[2] Wikipédia.

[3] B. SABATIER (2007), Ibid.

[4] B. SABATIER (2008), « Le mec qui venait d’ailleurs », Technikart n° 124, juillet-août, pp. 43-44



La Chanson de la Semaine 28
15 mai, 2011, 21:38
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J’ai choisi cette semaine un morceau de Poni Hoax, L.A. Murder Motel, sur l’album Poni Hoax sorti en 2006.

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Le groupe, prénommé alors Le Crépuscule, se forme en 2001 autour du multi instrumentiste Laurent Bardainne, avec des influences free-jazz et trip-hop. Après l’album Le Crépuscule des Dinosaures en 2003, ils prennent leur nom actuel et signent, sur le petit label de Joakim, Tigersushi, un maxi, Budapest, en 2005. Ils cherchent un chanteur ; ce sera l’extravagant Nicolas Ker. Celui-ci subit une enfance tiraillée entre le Cambodge sous Khmers, La Courneuve et Janson-de-Sailly. Plus important, il entre en religion : le rock. Maquillage glam, cheveux et ongles longs assortis d’une calvitie naissante, le jeune Nicolas, qui écoute Sinatra, le Velvet, Bowie, Black Sabbath, Nina Hagen, les Ramones, « prend un mauvais acide [qui le conduira à une] descente aux enfers [au début des années 90] », selon ses propres mots[1]. J’ai découvert ce groupe sur un malentendu, au moment de la sortie de l’album. J’avais entendu parler de ce groupe et le prenait pour le dernier combo électro-rock branché, sans grand intérêt ; le fait de voir l’album parmi d’autres objets branchés au Printemps achevait de m’en éloigner. Mais les articles élogieux répétés de Technikart à l’égard de Poni Hoax me titillaient. La feuille de chou, bien que souvent brandie par les branchés de la Bastille, m’avait rarement déçu côté zik. Allez, j’écoute. Et là, révélation ! Je dois dire qu’à l’époque, je connais mal le punk, le glam, tout ça. L’écoute de l’album est une vrai claque. Le son est nouveau pour moi, énergique, intemporel, libérateur. La voix du Ker est dandy, sensible, électrique, magnétique, planante. Lettré et anglophone, il est aussi un songwriter puissant et classe. Il paraît que Poni Hoax, qui a sorti un deuxième album en 2008, Images of Sigrid, laisse éclater sur scène un son beaucoup plus libre, explosif et alcoolisé qu’en studio. A écouter le titre – et leurs albums, j’ai hâte de les voir live !

 

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[1] Clovis GOUX (2008), « Une balle dans le Ker », Technikart hors-série n° 18, janvier, pp. 34-35.



La Chanson de la Semaine 27
8 mai, 2011, 16:38
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J’ai choisi cette semaine une chanson de Christophe, Magda, sortie sur son dernier album, Aimer ce que nous sommes en 2008, un très grand album à mes yeux.

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Quand on pense à Christophe, les images d’Epinal affluent : un moustachu ringard, une starlette kitch à minettes, des bluettes sentimentales, Aline, les yéyés et le Golf Drouot. On ne pense pas à Daniel Bevilacqua (son vrai nom), né en 1945 dans la banlieue parisienne, qui est fasciné par l’Amérique, James Dean, le blues. On ne pense pas à ce dandy vivant la nuit, à l’élocution toujours évasive, en suspens, comme sa voix, cette voix unique ; on ne pense pas à ce mec fasciné par les marges qui, en pleine gloire, bridé par sa notoriété, décide de rejoindre le cirque d’Alexis Grüss[1] avant son album Les Paradis Perdus en 1973. Christophe est surtout un extra-terrestre, un marlou haut perché, qui amène sa musique dans l’éternel présent, nostalgique par anticipation, qui se fout des étiquettes, un artiste qui construit des albums comme un cinéaste. D’ailleurs, il ne compte que neuf albums en 45 ans de carrière. Un peu comme Kubrick. « Par-delà des classiques comme les Mots bleus, Succès fou ou les Marionnettes, des albums dingues comme les Paradis perdus et le Beau bizarre, des chansons sublimes comme Adesso so Domani no, Cœur défiguré ou J’t’aime à l’envers, il y a un artiste qui vient d’ailleurs. »[2] Pour preuve, les artistes invités sur son petit dernier : Isabelle Adjani, Daniel Filipacchi, Eumir Deodato, Murcof, Florian Zeller, Debi Doss la choriste des Buggles, la voix de Denise Colomb, entre autres. Magda est une chanson instantanée, romantique par excellence, mélancolique, sensiblement portée par la voix du chanteur, les nappes de synthé et la guitare de la deuxième partie. C’est l’histoire autofictionnelle de Christophe fasciné par une grande serveuse de l’Hôtel Costes : « […] Magda […], en un regard, m’a chamboulé. » Le décor idéal pour écouter l’album ? C’est « la route de nuit entre Nice et Saint-Tropez dans une Fiat 500 blanc nacré intérieur trois couleurs (blanc, rouge et noir). Les nuits d’été seront fabuleuses pour écouter ce disque. »[3] 

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[1] Eléonore COLIN, Christophe CONTE (2008), « Entretien avec Christophe », Volume n° 2, été, pp. 86-91.

[2] Benoît SABATIER (2008), « Le mec qui venait d’ailleurs », Technikart n° 124, juillet-août, pp. 43-44.

[3] Propos du réalisateur de l’album, Christophe Van Huffel, recueillis par Louis-Henry de la Rochefoucauld, dans Technikart n° 124.



La Chanson de la Semaine 26
2 mai, 2011, 10:26
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J’ai choisi cette semaine un morceau de Serge Gainsbourg, Flash-Forward, sorti sur l’album L’Homme à la tête de chou en 1976.

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Que dire de Gainsbourg ? Je suis tombé dedans quand j’étais petit, mais indirectement, par la petite porte. Mon père, bien sûr, né l’année de sortie de Du Chant à la une ! et musicien, écoutait l’artiste, mais comme on écoute les infos aujourd’hui : d’une oreille distraite, et pas tous les jours. Bref, au début de mon adolescence, parce que les rappeurs évoquaient Gainsbourg comme d’une référence incontournable, je commence à mettre le seul disque de lui qu’on a à la maison : un double best of, sorte d’incohérent pot-pourri. Je flashe sur Requiem pour un con, Dr Jekill & Mr Hyde, Initals B.B., Melody, les chansons reggae et certaines électro des 80s. Je suis avec application une émission spéciale présentée par Michel Druker, avec des invités, qui lui rend hommage, vers 1998. Depuis, j’écoute et réécoute ses albums, avec précision et profondeur. Mes préférés sont Melody Nelson (chef d’œuvre ultime), of course, mais aussi la période jazz (New York USA, Elaeudanla Téïtéïa), les sixties, notamment avec Bardot (Ford Mustang), le reggae (Ecce Homo, Lola Rastaquouere), les eighties (I’m The boy, Lemon Incest). L’histoire de L’homme à la tête de chou ? Un vieux plumitif tombe sous le charme d’une lolita : ils s’aiment, ils baisent, puis, fatalement, Marilou lui en fait voir de toutes les couleurs ; il la tue en devenant fou. La chanson, là, décrit la scène dans laquelle elle le trompe avec deux noirs. L’ambiance est très sombre, on se croirait dans un film. Les textes sont tellement beaux, modernes, harmonieux et rigoureux qu’il semble que les mots utilisés n’ont pas d’autre utilité que la chanson. Gainsbourg raconte littéralement une histoire. Il n’était pas seulement ce vieux ringard lubrique dégueulasse, en jean-Repetto-Ricard, qui grillait les Pascal comme on allume une Gitane, et alpaguait la toute fraiche Whitney Houston d’un « I want to fuck you ». C’était un poète amoureux, un compositeur génial, un provocateur timide, adepte de la déconstruction de la mélodie, en arrêtant de chanter ; d’abord en disant ses textes, puis bientôt, en les bredouillant[1]. Destruction créatrice ?

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[1] Louis-Jean CALVET (2008), Interview, par Olivier Pascal-Mousselard, Télérama hors-série n° 156, octobre, pp. 50-51.


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