Ce que j’en dis…

La Chanson de la Semaine 43
19 septembre, 2011, 7:32
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Semaine particulière. Dans la nuit du 12 au 13 septembre 2011, Mehdi Favéris-Essadi meurt à la suite d’une mauvaise chute du haut de sa mezzanine. Shit.

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Alors que je viens de célébrer la vie (à travers le baptême d’une adorable Amandine), ma femme, marraine, m’apprend à brûle-pourpoint qu’un Dj rebeu est décédé. « Dj Abdel », m’assure-t-elle avant de se raviser au bruit d’un hésitant « Dj Mehdi, peut-être ? Je l’ai lu dans Direct Matin, cette semaine. Je crois. » Alors que je viens de publier un post dans lequel j’écris, seulement pour la seconde fois, à propos d’un groupe déjà cité, Dj Mehdi nous quitte sur un malentendu ; j’avais posté sur Gil Scott-Heron avant qu’il meure, quelques semaines plus tard. Ne m’appellerais-je « le blogueur poissard », « la guigne », « la scoumoune » ? Alors, nous serions en pleine science-fiction, en plein épisode d’X-Files, poursuivi par le renard Mulder et docteur Scully… On entend déjà les sombres présages. Tous les artistes publiés sur ce blog seront hantés à jamais, dans les limbes virtuels d’une mort bien réelle. Mais alors ? Si mes calculs sont exacts, les membres d’Outkast périront dans d’obscures circonstances, dans exactement cinq mois, Big Boi épuisé jusqu’à la mort par la danse endiablée de jeunes et sexy filles masquées, André 3000 dévoré par le minuscule singe à la grande gueule. Avant d’en arriver à la fermeture administrative de ce blog vaudou, je souhaiterai revenir au sujet. Le départ de Dj Mehdi est particulier, car il a véritablement accompagné ma vie, depuis ma plus tendre adolescence et ses prod’ pour Ideal J, 113 et Assassin, jusqu’à ma trentaine pas encore accroché, rythmée par les bpm siglés Ed Banger, écurie qu’avait rejointe Mehdi au milieu des années 2000. Oh, et puis, zut… Marre des hommages ronflants qui ne satisfont que ceux qui les écrivent. L’horizon ? L’avenir. Celui de la house. Dj Mehdi + Riton = Carte Blanche, Gare du Nord, 2010. RIP.

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La Chanson de la Semaine 42
11 septembre, 2011, 21:21
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J’ai choisi cette semaine un morceau d’Outkast, Prototype, présente sur leur double album Speakerboxx/The Love Below, sorti en 2003. Intégrant la confrérie ultra sélecte et très fermée des artistes déjà cités par votre serviteur, avec pour le moment comme unique membre Gil Scott-Heron, le groupe d’Atlanta n’a toujours pas fait mieux, pour l’heure, que cette double galette qui vient d’ailleurs. Presque dix ans, déjà, et pas une ride. Ça serait même l’inverse !

 

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Mis à part peut-être le 1er single sorti, Hey Ya !, qui, s’il a fait danser mes neurones durant de longs mois, s’est vite asséché à mesure qu’il touchait le monde entier, la plupart des titres présents sur l’album ravit mes sens musicaux chaque jour. Après avoir découvert Outkast par Mrs Jackson et B.O.B., ma première écoute de l’album débute par Ghettomusick, 2nd single, alternant des phases électro-rapides à d’autres mid-tempo et érotico-soul. Un véritable shoot euphorisant. Puis, je me tourne vers la partie d’Andre 3000 et tombe sur un morceau qui, parmi d’autres, me scotchent par tant d’inventivité, de soleil et de sentiments. Prototype est certes assez guimauve, mais si bon. L’intro évoque un voyage, les premières chaleurs du printemps, un soleil déjà haut, déjà chaud dans un ciel bleu, un pré vert comme l’espoir parsemé de belles marguerites OGM… I Think I’m In Love Again. Parfois simpliste, le morceau possède sa part de doute, de mélancolie, dans le sens où un prototype n’est qu’un premier exemplaire, perfectible. Et on est toujours à la recherche de son premier amour, par nature… imparfait. Par l’espoir de retrouver cette imperfection, cette innocence, cette douceur, cette sensation de vraiment vivre sa vie, de rendre grave une situation futile, c’est son enfance qu’on poursuit, sa jeunesse. Le mieux, c’est quand on arrive à grandir en gardant cette flamme, celle de l’insouciance et de la candeur, celle du premier vrai amour et des rires francs… « Te souviens-tu des instants adolescents insouciants, quand notre envie de tout vivre était plus forte que le temps… Te souviens-tu des ballades, des aventures, des moments, quand devant le crépuscule, on se réveille plus grand… »[1] Prototype, c’est ça : l’adulescence revendiquée, la pureté de l’enfance conjuguée à la force de l’amour.

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[1] Refrain chanté par des chœurs d’enfants, sur la chanson Antenne 2, présente sur le 3ème album de TTC, 3615 TTC, en 2006.

 

 

 



La Chanson de la Semaine 41
4 septembre, 2011, 17:51
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J’ai choisi cette semaine une chanson des Semifinalists, intitulée Origin Song et sortie sur leur premier album Semifinalist en 2006. Américains exilés à Londres ou Londoniens qui se donnent un air américain selon les sources, les membres du groupe se prénomment Adriana Alba, Chris Steele-Nicholson et Ferry Gouw (d’origine indonésienne), tous trois étudiants en cinéma.

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Leur musique évoque tour à tour Jeff Buckley (fils de Tim, terrible), Flaming Lips, Mercury Rev, Pavement, Sonic Youth, Arcade Fire, Daniel Johnston, voire Cardigans ; mais tout ça, c’est de la foutaise ! Cet album est complètement barré, il ne ressemble à rien. Quand je l’ai écouté, après avoir vaguement survolé la page musique de ma feuille de chou branchouille préférée, j’ai été… interloqué. Interrogé. Pas tout compris. Par contre, je me suis élevé dans les airs aux vapeurs psychédéliques quand les premières notes d’Origin Song vibrèrent dans mon cerveau. Dans ce groupe, la parité vocale est de rigueur ; dans le titre présenté ici, on ne sait si c’est Adriana ou Chris, ou autre chose ! Marc Beaugé s’interroge même à son sujet : « A-t-il vraiment des couilles ? Fume-t-il des menthol ? Ou vit-il, simplement, dans le monde hermaphrodite de Jonathan Donahue, chanteur des Mercury Rev ? »[1]Les premières secondes, notamment les voix, sont une incantation au psychédélisme 70s sous LSD ; très vite, des effets montrent le bout de leur nez électroniques, pour bien signifier qu’on est au XXIe siècle ; puis, les riffs de guitare ajoutent à l’ambigüité, à la confusion : où sommes-nous ? Dans un studio londonien rempli de psychotropes au milieu des 90s ? Sur la route 15 désertique du Las Vegas Parano de Hunter Stockton Thompson, à Barstow, entre Los Angeles et Sin City, avec tequila, éther et mescaline en stock ? Vers la 2nde minute, la voix est limpide et nous interroge, encore… La musique s’éteint doucement, sur des notes douces, qu’on voudrait empruntées à une boîte à musique, avec une danseuse étoile des années 1900, ou au My Favorite Things des Lennon Sisters. Qui figurent au générique du film de Terry Gilliam… Las Vegas Parano. « C’est le pays des chauve-souris ! Saloperies de volatiles ! »

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[1] M. BEAUGE (2006), « Rock à deux sexes », Technikart n° 103, juin, p. 87.



La Chanson de la Semaine 40
28 août, 2011, 22:59
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J’ai choisi cette semaine un titre d’un groupe suédois, Studio, qui s’appelle Origin (Shake You Down by the River), sorti sur leur premier album Yearbook 1, en 2007.

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Ça ressemble légèrement à ça, de la cosmic-disco. Le groupe est composé de Dan Lissvik et Rasmus Hägg, et fabrique une musique répétitive et envoutante, moite et interminable ; on est loin de l’ambiance Millenium (la célèbre série littéraire du regretté Stieg Larsson) ! Les références ? Un peu entre Lindström (célèbre DJ norvégien) et The Cure, ça touche à New Order et Moroder, et pas mal de Krautrock boche (Can, Neu). Dans l’entregent des années 2000, Technikart est une lecture quotidienne et quasi exclusive pour moi, alors que je cherche des sons nouveaux pour renouveler mon imaginaire. Tombant sur une chronique peu flatteuse de leur disque West Coast – genre « le mauvais goût sans la naïveté » ou encore « érudition + discipline = aseptisation »[1] –, je décide de braver les interdits du mag’ pour frotter mes oreilles à cette « aventure afrobeat-dub-disco-indie-pop »[2] suédoise. Première écoute : étrange : les titres s’étirent sur de longues minutes, les sons humains sont inexistants (très rares), le rythme est souvent ralenti. Surtout, certaines notes, certains passages agissent comme un mantra, qui revient parfois dans plusieurs titres, comme un rappel que, si on a changé de piste, on est toujours là, léger, le soleil qui tape doucement, un cocktail à la fraise pour rafraichir un front perlé, les jolies filles, tenues estivales, pas farouches, marchant au ralenti comme dans un clip, s’échangeant dans un éclat de rire leurs glaces dégoulinant sur leurs doigts, naïves… Comme si, de leur contrée trop verte, éloignée, et pour tout dire, froidement doux (l’hiver n’est qu’une longue, glaciale et austère nuit), Studio avait voulu s’évader un peu, s’imaginer le temps d’un album sur une plage à Miami ou à Bali. Avec l’hiver qui approche, Studio dans mon lecteur mp3 réchauffe mon sombre esprit dans la belle grisâtre parisienne.


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[1] Clovis GOUX (2007), « Chronique : La Méthode suédoise », Technikart n° 117, novembre, p. 88.

[2] Sur la version anglophone de Wikipédia : http://en.wikipedia.org/wiki/Studio_(band).



La Chanson de la Semaine 39
21 août, 2011, 20:56
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J’ai choisi cette semaine un morceau du rappeur français Teki Latex qui s’intitule Go Go Go, sortie sur son album solo Party de Plaisir en 2007.

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Par où commencer ? Né en 1978 à Paris, Teki fonde le groupe TTC avec son cousin Cuizinier et Tido Berman avec l’ambition de faire un rap plus expérimental que la moyenne. Les collaborations s’enchaînent, les maxis aussi, ils se font notamment remarquer avec un titre en hommage à un vieux feuilleton belge « pour les enfants » diffusé au début des eighties, Léguman, le « super-héros végétal [qui] fait la loi dans le compartiment légume du réfrigérateur » ! Ils sortent trois albums entre 1999 et 2006, très différents les uns des autres, et participent à de nombreux projets, tous plus excitants les uns que les autres (L’Armée des 12, L’Atelier, les tapes Pour les Filles, Qhuit, Omnikron, etc.). En 2003, Teki fonde le label feu Institubes, fermé en 2011. Après de longs mois d’attente, l’album solo de Teki sort enfin, avec un virage pop plus qu’assumé : chaque piste évoque un style bien particulier, avec un penchant déviant pour les eighties, comme le prouve Go Go Go, tube italo-disco 1er degré, juste bon à danser sous des stroboscopes fluos ; Teki y pastiche même Chagrin D’Amour ! Ses influences, il en parle librement : Lio (présente sur l’album, avec Gonzales et Katerine), Duran Duran, Kim Wilde, les Goonies, Cat’s Eyes, Marty Mc Fly, etc[1]. Physiquement : un Larry Kubiak obèse, fluo et bondissant sur scène, à la voix nasillarde lorsqu’il monte dans les aigus, qui multiplie les inimitiés, tantôt insulté d’obèse misogyne trisomique, fruit d’un inceste, tantôt moqué, avec TTC, parce qu’ils se seraient appropriés des textes de Kool Keith ou des Beastie Boys. Personnellement, j’ai commencé à fréquenter musicalement Teki Latex au début du nouveau millénaire. Alors abonné à Groove Magazine, je reçois chaque mois une compil d’une dizaine de titres sélectionnés par le mag’, et sur l’un d’entre eux, le titre Le Hip-Hop C’est Mon Pote du projet L’Atelier. J’ai été scotché par tant d’inventivité, tant du côté des textes (Fuzati, James Delleck) que de la musique (Tacteel, Para One). Dès lors, j’ai écouté frénétiquement tout ce qui touchait de près ou de loin à TTC, de La Caution aux Svinkels, du Klub des 7 à Modeselektor, jusqu’aux clashs avec Donkishot ou Yelle, ainsi que le dernier Dinosaurs With Guns. Le mot de la fin ? « Acajou ».

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[1] TEKI LATEX (2007), interviewé par Louis-Henri De La Rochefoucauld dans l’article « Les Goonies VS Le Muppet Show », Technikart hors-série n° 15, janvier, p. 72.

 

 

 



La Chanson de la Semaine 38
14 août, 2011, 15:15
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J’ai choisi cette semaine une chanson d’une DJ norvégienne répondant au doux prénom d’Annie : Come Together, issue de son premier album Anniemal sorti en 2004.

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Née en 1978, d’un père organiste notamment, l’adolescente Anne Lilia Berge Strand créé un groupe de rock, avant de mixer et de se faire un petit nom sur la scène de Bergen. Un nom et des contacts. Elle commence à travailler avec un producteur local, DJ Erot (Tore Andreas Korknes), qui mourra quelques années après, et sort le single Greatest Hit en 1999 sur un sample du titre Everybody de Madonna. Puis elle mixe pas mal, travaille frénétiquement et surfe sur sa hype underground pour sortir un 1er album pop et acidulé, qui est très bien reçu par le public, un album rempli de « tubes potentiels ou avérés »[1]. A sa sortie en Europe, je suis – j’avoue – tombé sous le charme de cet album rafraichissant, offrant un large éventail de ce que la pop festive peut offrir en 2005. Ses influences sont nombreuses : Kylie Minogue et Madonna, bien sûr, mais aussi les vieux tubes sucrés des années 1980 comme seule la France a pu en produire, ou encore le R’n’B de la belle époque (la fin des nineties). Le genre d’album qu’on écoute sans avoir besoin de réfléchir, un album régressif qui nous envoie danser dans une chambre d’ado, un Malabar dans la bouche, sirotant tranquillement un verre de Banga entre deux copines collégiennes aux seins naissants, sans nostalgie – on est en 1996 ! Bizarrement, c’est un album un peu anachronique aujourd’hui, comme s’il appartenait plus à la fin des années 1990 plutôt qu’aux drôles années 2000 ; un album convivial et inoffensif, sans trop d’arrière-pensées. A la réécoute, on a l’étrange impression qu’il est daté, comme si les vagues électro-pop d’Uffie, d’Alizée, de LaRoux conjuguées à la soul 2.0 des Wino, Duffy, Selah Sue & co avaient ravagé la pop d’Annie. Come Together est un long appel langoureux à la jouissance et ressuscite les plus belles heures de la disco. Annie aime les sucettes Chupa Chups ! Tout y est : la voix sucrée et flottante, les rythmes endiablés, la ligne de basse caractéristique, les effets sonores de l’époque tels qu’on pourrait se croire dans un dessin animé intergalactique des eighties. Depuis, Annie, après avoir remporté une ribambelle de récompenses, a monté son label Totally, puis sorti un deuxième album, Don’t Stop , en 2009 (pas écouté).

 

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[1] Jeff (2005), Chronique, 11 septembre, sur le site Goûte Mes Disques :  http://www.goutemesdisques.com/chroniques/album/anniemal/.

 

 

 



La Chanson de la Semaine 37
7 août, 2011, 16:11
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J’ai choisi cette semaine un titre des Américains de The Chromatics qui s’intitule Healer, 6ème piste de leur album Night Drive, sorti en 2007.

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Après deux albums de punk-noise basé à Seattle, Adam Miller retrouve à Portland son pote Johnny Jewel (de son vrai nom John Padgett), moitié de Glass Candy et surtout co-fondateur (avec Mike Simonetti) d’un nouveau label (Italians Do It Better) axé plutôt sur la disco. Mais attention, il convient d’y ajouter quelques adjectifs : une disco originelle, synthétique, et plus italo que cosmic – une autre mouvance qui n’en finit plus de ressurgir[1]. La chanteuse Ruth Radalet complète le duo, et c’est parti pour un des meilleurs albums que j’ai écouté ! On pourra citer toutes les références probables ou revendiquées (Kraftwerk, The Cure, Kate Bush, John Carpenter, Blondie, New Order, Dario Argento, Giorgio Moroder et Donna Summer), le disque n’est pas une vague resucée de ce qu’on a entendu mille fois déjà, ni même un hommage brillant. En fouillant dans le passé crade et originel de la disco (quête d’hédonisme dans un quotidien sombre comme un stroboscope pété), en élevant le débat qualitatif (les productions sont peaufinées, les sorties, au compte-goutte), en racontant l’errance nocturne d’une nana éventuellement chargée à la recherche de son boy-friend à travers une ville dangereuse et froide (cold), les Chromatics « s’invente[nt] un futur »[2] ; surtout – et c’est un compliment de choix –, ils « ne ressemblent qu’à eux-mêmes […] les Chromatics sonnent comme du Chromatics »[3]. J’ai découvert ce groupe – ça devient une habitude – en lisant cette horrible feuille de choux qu’est Technikart, qui conseillait (et je me joins à eux) également leurs voisins de label Glass Candy et la compilation du label After Dark (2007). Ce qui est intéressant dans cette musique, c’est cet apparent paradoxe, le paradoxe originel de la disco : sous la fête, la danse, les pattes d’éph’ et les paillettes, sous l’individualisme (apparent), il y a des communautés en quête de liberté et d’identité (les gays, les noirs, les freaks, les femmes), la drogue, la misère existentielle et, bientôt, le sida. Par la construction musicale ralentie (le tempo est lent), à la fois chaude (grosse basse – synthétique tout de même) et froide (boîtes à rythmes élémentaires réglées comme un métronome monolithique, claviers datés, synthés 80s)[4], sans oublier la voix de la chanteuse (robotique et mélancolique, paradoxalement so human after all), la musique des Chromatics, loin de jouer les dépressives hype, nous offre un trip réaliste de la vie condensé en une soirée vécue par cette fille : droguée (peut-être), en quête (de plaisir), aérienne et hypnotique (comme dans un songe), mais bien mortelle (le tic-tac de Tick Of The Clock). Le disque se termine, « sonnant le glas d’un rêve éveillé et passeport pour renouer avec une triste réalité. »[5] Un message subliminal : jouissons avant de partir.

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Plaisir coupable : I Want Your Love : Image de prévisualisation YouTube



[1] Je mettrai bientôt en ligne un titre de cosmic-disco sur le blog (ici).

[2] Christophe BASTERRA (2008), Chronique, Magic RPM n° 115 : http://www.magicrpm.com/artistes/chromatics/a-lire/chroniques/night-drive. Je recommande vivement la lecture de cette chronique magnifiquement écrite.

[3] Clovis GOUX (2007/2008), « Dark angel disco club », Technikart n° 118, décembre-janvier, p. 101.

[4] Sébastien RADIGUET (2008), Chronique, Benzine, 12 février : http://www.benzine.net/2008/02/12/chromatics-night-drive/.

[5] C. BASTERRA (2007), op. cit.



La Chanson de la Semaine 36
31 juillet, 2011, 17:13
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J’ai choisi cette semaine un morceau qui s’intitule 4th Dimensional Transition, du groupe MGMT, sorti en 2008 sur leur 1er album Oracular Spectacular. En 2002, étudiants dans le Connecticut, Ben Goldwasser et Andrew VanWyngarden forment un groupe électro-rock inspiré par Suicide ; signé chez Columbia en 2006, ils prennent un tour psyché-pop avec leur premier maxi adapté en clip Time to Pretend.

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Dès lors, l’album est attendu comme le messie par toute une foule de déçus de la musique de ce début de XXIe siècle. Et l’album, produit par Dave Fridman, est une tuerie, n’en déplaise aux esprits chagrins. Entre hédonisme et mélancolie, piochant allégrement chez les Stones période disco-glam, chez Mercury Rev du début[1] ou encore chez les Troggs ou les Verve[2], sont comparés à David Bowie ou à Prince, alternant un hymne à un flower power 2.0 et un second degré désabusé sur la célébrité, MGMT apporte une certaine fraicheur et – osons le dire – un peu de grandeur aux vingtenaires, jaloux de leurs ainés qui, eux, avaient inventé des trucs musicalement. Alors, ces mêmes vingtenaires – nous ! –, n’hésitent pas une seconde quand un groupe fait mine de proposer quelque chose de nouveau, même sous une bonne dose de références et de recyclage. A une époque où j’étais un peu épuisé d’écouter de l’électro bourrine et non moins référencée (Ed Banger, Digitalism, Kitsuné), j’ai prêté l’oreille à ces Américains, un peu perplexe. Après plusieurs écoutes – il faut au moins ça –, j’ai décollé, j’ai plané, le sourire aux lèvres, le regard triste, et l’esprit ailleurs. Apaisé. Parce que la musique peut encore nous emmener ailleurs au XXIe siècle, nous transporter, nous faire traverser les portes de la perception… « There’s light beneath your eyes New overtones in view Endless form, endless time ». L’amour, le don, la réciprocité, voilà ce qui manque à notre époque désenchantée, en crise depuis que je suis né, absurde au point d’envoyer au suicide une poignée toujours plus nombreuse de travailleurs, de faire rêver des jeunes toujours plus bêtes à une célébrité comme une coquille vide. D’assassiner la Terre pour une croissance mondiale introuvable. La lumière derrière tes yeux, c’est l’espoir d’une génération désenchantée et pourtant en quête d’amour. En quête de vie.


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[1] 2goldfish, le 29 avril 2008, sur le site fluctuat.net : http://musique.fluctuat.net/mgmt/oracular-spectacular-alb15413/541-chronique-time-to-pretend-time-to-explain.html.

[2] Benoît SABATIER (2008), « L’amour est pop avec MGMT », Technikart n°120, mars, p. 82.



La Chanson de la Semaine 35
25 juillet, 2011, 22:51
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Un mètre cinquante-neuf. Du haut de sa choucroute dreadlockée, noire comme la nuit, ce petit bout de femme ne laissait personne indifférent ; elle personnifiait à elle seule l’état d’esprit de la société, cette nouvelle société née, comme elle, au début des eighties. Une société marquée, dans le champ de la pensée, par une contre-révolution libérale : le visage du capitaliste, après avoir ressemblé à celui d’un héritier milliardaire ou d’un innovateur génial, prend le pli du self-made-man moderne, celui qui a un don, un talent sous une bonne couche de travail acharné, à l’image de Bill Gates, ou de Bernard Tapie en France. Amy, elle, est présentée comme issue d’une famille « modeste » de la banlieue de Londres ; son père est chauffeur de taxi. Très tôt immergée par cet art mineur qu’est la musique, notamment dans sa famille, elle travaille d’arrache-pied (cours de chant, école de musique, groupe de rap). Mieux : comme la société l’exige désormais, Amy a un don. Petite fille juive issue d’Albion, son talent se révèle lorsqu’elle ouvre la bouche : là, son timbre suave et chaud transporte l’auditeur dans un monde soul, américain et noir. Sa voix est comparée à celles d’Ella Fitzgerald, de Dinah Washington, de Sarah Vaughan, de Billie Holiday.

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(suite…)



La Chanson de la Semaine 34
26 juin, 2011, 16:03
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J’ai choisi cette semaine une chanson qui s’intitule Northern Whale, issue du projet The Good, The Bad & The Queen, sur l’album éponyme, sorti début 2007.

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A l’initiative de Damon Albarn, fondateur du groupe de brit-pop Blur et créateur de Gorillaz, le projet réunit le bassiste des Clash, Paul Simonon, le batteur de Fela Kuti, Tony Allen, le guitariste de The Verve, collaborateur de Gorillaz, Simon Tong, et le producteur touche-à-tout Danger Mouse (moitié de Gnarls Barkley, entre autre) ; alléchant, n’est-ce pas ? Tellement alléchant qu’on peut légitimement se demander si ce genre de projet n’est pas voué à l’échec : l’immense attente créée autour du truc tend à agrandir l’écart entre ce qu’on a sur le papier et ce qu’on a dans les oreilles. Le concept, ambitieux comme le visuel lié à l’album, a de quoi séduire : décrire un Londres populaire, multiculturel, sombre et romantique à travers une musique populaire, multiculturelle, sombre et romantique. Le personnage principal de l’album, évidemment, c’est Londres, « théâtre des illusions contemporaines »[1]. A l’écoute, Albarn a forcément raté son pari, certains titres sont très bons (History Song, Three Changes), d’autres plus faiblards ; surtout, l’album « n’est pas […] mauvais [mais] insignifiant », il « s’oublie vite », quoi[2]. On est loin de l’ambition du projet. J’ai découvert GBQ en feuilletant Technikart, j’ai accroché sur une partie de l’album. Et je suis tombé amoureux de cette chanson, qui raconte l’histoire d’une baleine échouée dans la Tamise qui, malgré les efforts humains pour la sauver, meurt tragiquement. Mélancolique et électronique, fusionnant le classicisme de l’histoire au modernisme de la production, le chant désabusé d’Albarn fait le reste. Londres perdu entre la grandeur révolue de l’Angleterre et la crise globale actuelle. Entre le centre du monde du XIXe siècle et le no’mans land de 132 000 km² perdu dans le village global du XXIe siècle. Nikola Acin, qui s’est entretenu avec Albarn et Simonon, fait cette description de l’album : « un dub urbain aux mélodies de bastringue évoquant un idéal déchu, celui d’un passé qu’on a cru éternel et qui est désormais révolu. »[3]  Image de prévisualisation YouTube



[1] Anne Yven : http://www.music-story.com/the-good-the-bad-the-queen/biographie.[2] Aurelio : http://www.w-fenec.org/rock/good-the-bad-and-the-queen.html

[3] N. ACIN (2007), « Entretien avec GBQ », Technikart hors-série n° 15, janvier, pp. 50-51.


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