Ce que j’en dis…

LCS 202. Yasmine Hamdan, « Shouei », 2012
26 août, 2017, 0:50
Classé dans : Ca, de l'art ?,Ils font avancer le monde,Musique & Music

 

J’ai choisi cette semaine un morceau de Yasmine Hamdan intitulé « Shouei », 9e piste de son premier album solo (Yasmine Hamdan) sorti en 2012 chez Kwaidan Records.

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Je suis tombé sur ce morceau à la radio, il y a quelques années. J’écoutais distraitement le poste, et puis cet accord de guitare… et cette voix particulière. Je me laisse bercer par cet air mélancolique chanté en arabe, cette balade dont je ne saisis que la sensibilité. Le genre de son qui te fait sourire tristement et pleurer, sans t’en rendre compte, et sans savoir vraiment pourquoi. Pas tout à fait revenu de mes émotions, je reconnais finalement cette voix : c’est celle de Yasmine Hamdan.

Il faut dire que j’ai déjà eu l’honneur d’apprécier ce timbre de voix plusieurs années auparavant. A l’époque abonné à Technikart, je reçois, hiver 2009 finissant, une couverture noire intrigante, avec deux visages à moitié cachés. Le journaliste Benoît Sabatier s’entretient avec Yasmine Hamdan et le producteur Mirwais, qui s’apprêtent tous les deux à révolutionner la pop avec l’album Arabology (sous le nom Projet Y.A.S.). J’ai lu cette interview plusieurs fois, j’étais pressé que le disque sorte. Deux mois plus tard, je peux enfin l’écouter. Claque dans la gueule, à commencer par le morceau « Get It Right » : 

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Dans l’entretien, Mirwais, ancien de Taxi Girl et producteur de la Madone du début des années 2000, annonce la couleur :

« On part du vœu pieu de créer quelque chose qui n’a jamais été fait. Aller plus loin que la musique, intégrer dans la culture pop occidentale la langue arabe, qui est connotée soit exotique, soit agressive. Pour Arabology, je voulais une production intellectuelle. [...] Ce qui m’a intéressé [...], c’est l’uchronie. Partir de postulats tronqués, comme Philip K. Dick pour Le Maître du haut château, avec des États-Unis dirigés par l’Allemagne et le Japon. Depuis une quinzaine d’années, je vis avec ce fantasme : et si les Beatles, et Dylan, l’explosion pop, n’avaient pas existé ? Comment vivrait-on ? Arabology correspond à ces réflexions. Notre clip du morceau « Yaspop », c’est uchronique : on nous voit planter un drapeau symboliquement arabe sur la Lune, comme si la conquête spatiale des Américains et des Soviétiques avait échoué. [...] Dans l’industrie pop contemporaine totalement écrasée par les codes occidentaux, un tel disque en arabe, c’est une attaque frontale esthétique. »

(suite…)



LCS 201. Jack Seps, « Nihon Dropping », 2016
22 avril, 2017, 19:47
Classé dans : (l'allitération de la) Littérature,Musique & Music

 

Ces derniers jours, l’artiste Larry Nocksy (aka Hare-T) a mis en boîte le morceau « Nihon Dropping », que mon frère Jack Seps a publié à la fin du printemps 2016 sur son compte Soundcloud. Le titre est une face B d’une piste disponible sur un disque de musique de Pokemon, et comme nous ne savons pas encore lire le japonais, ben on ne sait pas qui en est l’auteur !

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Jack a écrit ce morceau à la suite de son voyage au Japon, à l’été 2015, voyage qui semble l’avoir bien marqué. Il résidait alors dans le quartier Jujo. Il a enregistré le morceau assez vite, aux studios Axiome à Montreuil (93). Aux dires même de Jack, ce morceau a des chances d’intéresser tout au plus trois ou quatre personnes tant il est crypté, codé ! C’est en effet un name-dropping de tout ce qu’il aime au Japon, une sorte de pot-pourri de son amour pour la culture nippone (« Nihon » signifiant Japon), et, comme on pouvait s’y attendre, il y a beaucoup de ce qui a fait la culture d’un enfant occidental né dans les eighties ! Pour dire les choses honnêtement, c’est le morceau qui me plaît le moins parmi tout ce qu’a fait mon frère. Mais, non seulement, je reconnais à ce morceau un certain nombre de qualités, mais je l’apprécie de plus en plus.

On sent que Jack prend un réel plaisir à affirmer son amour pour le Japon. A l’écoute, de par la manière dont il a écrit ce texte, son interprétation ressemble par moments à certains morceaux du Party de Plaisir de Tekilatex (2007), en particulier le titre « Bonne Soirée » (même si Jack livre un rap plus classique et, selon moi, plus intéressant sur ce type de morceau). D’ailleurs, la référence à Tekilatex et TTC n’est pas si étrange que cela : non content d’avoir bercé notre adolescence et post-adolescence (pour ma part), l’un de nos titres préférés de TTC s’intitule « Ebisu Rendez-vous », sorti sur leur maître-album Bâtards sensibles (2004), dans lequel les trois rappeurs racontent leur voyage au Japon, et déclarent leur flamme au pays du Soleil levant.

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Pour terminer, je voudrais dire un mot du clip de « Nihon Dropping », car le travail de Larry Nocksy vaut le détour. Mais avant, j’aimerais faire part d’un tourment récurrent chez Jack Seps qui, en effet, ne cesse de rappeler ce paradoxe dès qu’on parle musique : c’est par le biais du clip, donc de l’image, qu’aujourd’hui le public entre dans la musique. Selon lui, sans clip, il est impossible d’intéresser un public, aussi étroit possible. Et je ne lui donne pas tort, non seulement parce qu’il semblerait bien que les artistes subissent cette évolution, mais surtout parce que… je laisse penser, par le fait même d’écrire une chronique sur ce titre-là en particulier, premier clip de Jack Seps, que sa musique n’est intéressante qu’à cette condition-là ! Les Buggles l’ont doublement prophétisé dans leur « Video Killed the Radio Star », sorti en 1979, d’abord dans le morceau, mais ensuite parce que le clip du morceau fut le premier à être diffusé sur MTV, au lancement de la chaîne en 1981. Jack me dit souvent, désabusé, que les gens ne s’intéressent à la musique que s’ils peuvent la « voir » en clip ; et on peut légitimement se poser la question : le clip a-t-il tué la musique ? Le clip fait-il forcément écran pour la musique qu’il est censé mettre en valeur ? Ou le clip peut-il être aussi harmonieusement complémentaire de la musique ?

On peut maintenant parler du formidable travail de Larry Nocksy, qui a décidé de répondre à chaque « drop » de name par une image, autant que faire se peut. Même si une erreur imperceptible s’est glissée dans le clip – on voit une image cool de Totoro alors que Jack dit « Toto », apparemment une marque de lavabo ou de toilette (mais Totoro, c’est cool quand même !) -, le travail de Larry Nocksy est tout bonnement génial : non seulement l’image est tremblante (ce qui donne de la vitesse, ce qui est loin d’être évident avec une suite de photos), mais aussi l’alternance d’images est rythmée, par construction, par le flow de Jack. D’un point de vue formel, le tout s’accorde donc très bien, d’autant plus qu’il y a un petit côté « professionnellement artisanal » de la part de Larry, qui convient parfaitement. L’essentiel, néanmoins, se trouve ailleurs. Ce qui est si plaisant dans le clip, c’est que l’image est au diapason de la musique : l’image n’écrase pas la musique, ne lui fait pas d’ombre, elle apporte au contraire quelque chose au morceau, « notamment de la compréhension » selon les propres dires d’un Jack Seps ravi du résultat. Le clip facilite la lecture du morceau, il rend fluide un texte et une interprétation qui, sans l’image, restent tout de même sacrément ésotériques ! Voilà un exemple parfait d’un mariage réussi entre l’image et la musique. Jack semble néanmoins avoir raison : c’est grâce au beau travail de Larry Nocksy qu’on va peut-être s’intéresser au beau travail de Jack Seps… Finalement, je n’ai qu’un conseil à leur donner : continuez à faire ce que vous faites, les mecs. Sincèrement, c’est du beau boulot. D’un côté comme de l’autre. Allez, je vous le remets, je fais ce que je veux, c’est mon putain de blog :

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LCS 200. La Femme, « Le Vide est ton nouveau prénom », 2016
3 avril, 2017, 13:34
Classé dans : Musique & Music

 

J’ai choisi cette semaine un morceau du collectif La Femme, qui s’intitule « Le Vide est ton nouveau prénom », présent sur leur deuxième album Mystère sorti en 2016 chez Born Bad.

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Le groupe réunit des membres dont les origines géographiques sont diverses, mais dont l’ascension est fulgurante !

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Les références musicales sont nombreuses : ils penchent vers le meilleur de The Cure, Siouxsie & the Banshees, vers Taxi Girl, Jacno, Marie et les Garçons aussi, ils mixent cold wave et surf garage, mais ils coulent parfois aussi vers le pire de The Cure, le pire d’Etienne Daho, Indochine… Ouais. Du coup, je sens bien qu’en publiant La Femme, je vais exciter les haters, tant le groupe suscite aujourd’hui les railleries hautaines de ceux qui, hier, les encensaient aussi démesurément ; je sais que certains vont me renvoyer aux Inconnus et leur « Isabelle a les yeux bleus », et je m’étais déjà fait la réflexion en écoutant leur tout premier album. Mais je m’en fous. J’aime bien ce qu’ils proposent, et je vous emmerde.

Ce qui se dit dans « Le Vide est ton nouveau prénom », les instruments choisis, le rythme, tout ça me parle. Alors, peut-être que c’est dû à une rupture amoureuse douloureuse, l’une des plus grandes douleurs qui soient dans la vie d’un être humain, mais ça me parle. Je ne pourrai jamais oublier son prénom, ni sa personne, mais il le faut ; il faut que le vide devienne son nouveau prénom, que ce vide soit remplacé dans mon cœur… ne serait-ce que pour que les souvenirs amers et crève-cœurs que je partage avec elle redeviennent de bons souvenirs, malgré tout. Sombre paradoxe. Le vide, c’est bien le sentiment qui caractérise quelqu’un qui aime encore quelqu’un qui ne l’aime plus. « Les roses c’est rare/Et toi tu les piétines/Une étoile t’est tombée des mains/Tu la regardes partir loin/Les étoiles ça file pour de bon/Maintenant, elle doit veiller/Sur quelqu’un d’autre que toi. » C’est marrant comme ces mots trouvent un écho remarquable dans mon histoire ; j’espère tant être cette étoile, mais surtout mon plus grand souhait, maintenant, c’est avoir le privilège de veiller à nouveau sur quelqu’un. Je suis un être solitaire, bizarre, tourmenté, et en même temps, incapable de ne pas aimer, de ne pas partager, de ne pas donner… C’est ça qui manque, c’est ça le vide, le trou noir dont on n’aperçoit jamais le fond, ces « inviolables frontières de glace » derrière lesquelles l’être aimé et tout ce que l’amour représente s’échappent. Le dilemme, alors, se déploie : doit-on encore aimer au risque de ne plus l’être, de tout perdre, notamment l’espoir et le goût de vivre, ou doit-on s’enfoncer dans la misanthropie, la solitude, le cynisme, le nihilisme ? Comment peut-on vivre avec le risque de la perte ? Comment peut-on vivre en refusant d’offrir ?

Comme je n’ai plus le goût d’écrire, je partage les morceaux qui suivent sans commentaire. Les trois premiers sont issus du premier album Psycho Tropical Berlin (2013) : « Nous étions deux », « Le Blues de Françoise », « La Femme ». Les deux autres sont issus de leur deuxième album : « Où va le monde ? », « Elle ne t’aime pas ». Le beau visuel de Psycho Tropical Berlin est signé de l’artiste belge Elzo Durt, habitué à créer pour Born Bad Records, tandis que l’encore plus beau visuel de Mystère est signé de l’immense Tanino Liberatore, un artiste italien que j’adore (RanXerox, la pochette de Frank Zappa, et puis toutes les femmes dessinées par le maître)...

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LCS 199. VedeTT, Tuer Les Gens, 2015
5 mars, 2017, 17:11
Classé dans : Musique & Music

 

Cette semaine, je n’ai pas choisi un morceau, mais un album intégral, celui du groupe VedeTT intitulé Tuer Les Gens, sorti en 2015 chez Echo Orange. Voici le titre qui donne son nom à l’album, histoire de vous faire patienter jusqu’au terme de ce papier.

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Là encore, la découverte de ce truc mérite d’être racontée. Un jour de début février 2017, je perds mon temps sur Facebook, comme souvent. Sur le profil de Bester Langs, le grand manitou de Gonzai, une photo avec un t-shirt « J’aime pas les gens » sur un sac en cuir. Dans les commentaires, un internaute (apparemment le boss du label Echo Orange qui fait de la promo) partage le clip du morceau « Tuer Les Gens ». Voilà… Passionnant, hein ? Ce morceau dépressif et misanthropique, cold pop à l’anglaise, chanté en français, me parle instantanément. Le site du label précise : « Son album [...] sort dans un contexte difficile : les attentats du Bataclan. Certains médias hésitent à diffuser le premier single, à cause de son apparente violence. Pourtant, ce titre, gentiment provocateur, qui donne le nom à l’album, exprime avec un vrai fonds de tendresse et de bienveillance la difficulté d’aimer l’autre (Tuer les Gens / Tu es les Gens). » J’aurais pu ajouter « Tu hais les Gens »…

Comme je tombe dingue du morceau, je fouine, je tombe sur l’album… et me laisse embarquer. Il y a de la mélancolie et de la loose dans cet album, plein, et de la grandeur, et pis de la larme et du sourire triste, et évidemment un peu de misanthropie et de solitude. Un album d’une trentaine de minutes, bien serrées, trop court évidemment, alors repeat. Parfois, le rythme est plus rapide, comme dans « Fried », un beat qui ressemble à des coups de couteau glacé dans un déjà mort. La voix est perchée, file comme un synthé, gelée comme un lac canadien en hiver sous un soleil lumineux. A l’écoute, je repense à la prose de Daniel Dominici, le personnage joué par Alain Delon dans le film La Prima Notte di Quiete, de V. Zurlini (1972), le titre signifiant la première nuit de quiétude (ou de calme), en d’autres termes, la mort : « Mais il n’existe pas de chemin vers l’amour espéré qui me soit plus doux à parcourir en cette vie. Renonce, je t’en conjure, à cette décision féroce qui t’entraînerait loin de moi, derrière d’inviolables frontières de glace. » Putain… D’inviolables frontières de glace…

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Les Inrocks précisent que c’était un trio venu d’Angers, repéré au Printemps de Bourges avant que Nerlov, le fondateur et chanteur, continue en solo. Il raconte aux Inrocks l’histoire de l’album : « J’ai composé cet album tout seul lorsque les autres membres du groupe ont décidé d’arrêter. J’ai tout fait chez moi dans mon home studio, à part certaines voix que j’ai enregistrées dans les studios Tostaky [...] La musique de VedeTT fait partie de la grande famille de la pop noire, un peu sombre et un peu fataliste… c’est un peu triste, mais malheureusement, je n’arrive pas à faire autre chose pour l’instant. »Les influences ? Q Lazzarus, Etienne Daho, War on Drugs notamment.

 

VedeTT Nerlov

 

Post Scriptum : C’est marrant, les thèmes, la musique et les conditions de production me rappellent cet album étrange d’une jeune femme originaire de mon pays, le sud de la Seine-et-Marne, Mohini Geisweiller (l’album s’appelle Event Horizon (2011), je l’avais néanmoins trouvé moins bon que ce Tuer Les Gens). Allez, je vous en donne un aperçu (le titre s’appelle « Milk Teeth ») :

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LCS 198. Villejuif Underground, « In The Beginning There Was Us », 2016
23 février, 2017, 0:04
Classé dans : Musique & Music

 

J’ai choisi cette semaine un morceau du Villejuif Underground, « In The Beginning There Was Us », présent sur le dernier 45T intitulé Heavy Black Matter, sorti chez Born Bad Records à la toute fin de l’année 2016.

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J’ai découvert ce truc génial en écoutant l’émission n° 568 de Rock à la Casbah, il y a un mois, émission hebdomadaire que je recommande chaudement tant j’y trouve de perles. Le Villejuif Underground semble être un groupe « parisien » emmené par l’écriture et la voix de l’Australien Nathan Roche. Dans l’émission, DJ Bingo, après l’écoute du morceau, évoque les « premiers Beck un peu bricolos et aussi Marc Minelli » ; l’animateur (dont j’ai oublié le nom) lui répond alors que ça risque de faire plaisir à Nathan Roche de n’avoir pas été comparé au Velvet Underground, car il n’y a aucune référence. D’ailleurs, l’Australien n’aimerait pas du tout qu’on compare sa voix à celle de Lou Reed… Apparemment, lorsqu’il est arrivé à Paname, Nathan Roche a habité à Villejuif, et ça l’aurait fait marrer de donner ce nom au groupe !

Villejuif-BD-

Voilà ce qu’en a dit le site The Drone alors qu’ils sortaient leur premier album Villejuif Underground en 2016 chez SDZ : « Nathan Roche est un garnement à la production foisonnante qui semble absolument incapable de tenir en place. Tout à la fois stakhanoviste et un peu cossard, éparpillé et éclairé, le jeune écrivain/musicien en provenance d’un bled paumé du nord de l’Australie a déjà sorti plus d’une dizaine d’albums [...], a joué dans autant de groupes et a bien dû écrire le double de romans (aucun de ces derniers n’a été publié par contre). Installé depuis plus d’un an en France, il habite désormais dans une cabane à Villejuif [...], y a débauché une bande de zazous locaux en guise de musiciens et sort aujourd’hui un premier album avec cette clique de débraillés [...], lesquels sonnent tellement comme le Velvet Underground circa Loaded que ça en devient presque un concept [...]. » Nathan Roche risque de ne pas apprécier… [Un autre petit papier de The Drone ici] J’ai écouté d’autres morceaux de l’EP, mais je ne suis pas aussi enchanté que ce « In The Beginning There Was Us » ! J’adore ce morceau : cette voix étrange, haut perchée, une instru étrange et répétitive, inactuelle. J’adore, voilà !

Je tiens à partager un autre titre du groupe, sorti sur leur premier album déjà cité, « On The Seine », qui me rappelle le coda joué au piano du « Layla » de Derek & the Dominos (1970) qu’on entend en générique de fin des Affranchis de Scorsese, un truc à la fois triste, mélancolique, comme si c’était la fin de quelque chose d’incroyable, une belle histoire d’amour ou une belle épopée professionnelle et amicale, ce qu’était la vie d’Henry Hill avant la descente aux enfers : « Et tout ça, maintenant c’est fini. C’est maintenant le plus dur. Aujourd’hui, tout a changé. J’attends que ça se passe comme tout le monde. [...] Je suis un quelconque minable. Je vais finir ma vie dans la peau d’un plouc. »Amen.

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Paye ta playlist ! #007 by Lud : My Classics R’n'B
15 février, 2017, 21:46
Classé dans : Ca, de l'art ?,Musique & Music,Un peu d'Histoire

 

Bonjour à tous (vous devez être bien… trois maximum !) et bienvenue pour cette nouvelle playlist, qui sera beaucoup plus avare en blabla que la dernière (en même temps, ce n’est pas difficile de faire moins bavarde que ma playlist Musica de Brasil). Cette fois, je vous convie à une plongée dans mon adolescence, la musique qu’on écoutait un peu par-dessus la jambe dans la 306 au lycée – donc celle qui passait plutôt sur les ondes, le R’n'B mainstream quoi, et qui fleure bon le début des années 2000. Une manière, aussi, de faire découvrir un temps pas si ancien aux jeunes curieux que je côtoie tous les jours : le R’n'B à la fin des 1990s début 2000s, c’était bandant ! Encore une fois, je vous préviens : cette playlist est entièrement subjective, partiale, partielle, et comportera quelques anachronismes (certains morceaux ne datent pas de la fin 1990s début 2000s – oui, je triche, mais je fais ce que je veux, c’est mon putain de blog). Je vais essayer de la faire chronologiquement… Et je m’excuse par avance : je n’ai pas toujours mis les clips disponibles sur Youtube, car ils sont trop souvent censurés, et je déteste ça !

On commence tout de suite avec un groupe qu’on pourrait qualifier davantage rap que R’n'B, mais bon : Fugees, immense groupe qui a moyennement fini, mais nous, les enfants des eighties, on s’en tape, parce qu’on s’est pris ce putain d’album The Score (1996) en pleine face, et qu’on était un peu trop jeune pour apprécier la bagarre East Coast/West Coast du début des 1990s, même si on s’est bien rattrapé ! Je vous propose deux morceaux connus, que j’affectionne tout particulièrement : « Fu-Gee-La », suivi de « Ready Or Not ».

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LCS 197. Azar Lawrence, « Theme For A New Day », 1976
14 janvier, 2017, 21:59
Classé dans : Ca, de l'art ?,Musique & Music

 

J’ai choisi cette semaine un morceau du saxophoniste Azar Lawrence, « Theme For A New Day », piste qui ouvre son troisième album People Moving sorti en 1976 chez Prestige.

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J’ai découvert cet album complètement par hasard. Il y a plusieurs années, je surfais sur Internet à la recherche de la bande originale funk d’un vieux film cochon, quand je tombe sur un site qui proposait, certainement illégalement, une grande quantité d’albums en téléchargement gratuit, dans les styles jazz, funk, fusion, soul. Beaucoup de library music, et puis des albums comme celui d’Azar Lawrence, dont j’ignorais complètement l’œuvre. Le site a fermé depuis, inévitablement, mais il m’a permis de découvrir une terra incognita. La pochette, déjà, est en elle-même un appel à écouter : qui est ce Noir au regard fier ? Une voix ? Un instrument ? Lequel ? On peut lire son regard comme un défi, mais aussi comme un « ne me prenez pas au sérieux » (il me fait un peu penser au regard que lance Gregory Hines devant Caledonia dans La Folle histoire du monde de Mel Brooks !).

« Theme For A New Day » est une espèce de balade syncopée avec la mélodie géniale du saxophone, et ces voix… Ce morceau pourrait être une version black de l’île du plaisir sur laquelle Astérix et Obélix passent un petit moment le temps d’une samba endiablée ! La balade se transforme sans qu’on s’en rende compte et part en fusion jouissive, même si la mélodie revient comme un mantra. C’est si bon. Je vous offre également la deuxième piste du même album, « The Awakening », car c’est un morceau tout aussi génial, même s’il joue dans un autre style.

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Un morceau smooth et soul comme je les aime, et ce saxophone qui démarre discret, humble mais déjà si excitant. Il pourrait aisément figurer sur la bande originale du Jackie Brown de Tarantino, par exemple au moment où le prêteur sur gage va chercher Jackie en préventive, ou encore quand Ordell Robbie se prépare à la tuer, enfilant soigneusement ses gants dans sa voiture. On pourrait aussi l’entendre dans une scène de préliminaires dans un porno vintage !

Azar Lawrence est né en 1953, et se montre un petit génie précoce du sax’, jouant puis composant pour de nombreuses légendes de la musique : Clark Terry, Muddy Waters, McCoy Tyner (il remplace John Coltrane, décédé), Ike & Tina Turner, Miles Davis, Freddie Hubbard, Earth Wind & Fire, Frank Zappa, Busta Rhymes, Mulatu Astatke, et tant d’autres. Il signe son premier album chez Prestige en 1974, intitulé Bridge Into The New Age. J’ai découvert cet album il y a quelques semaines seulement, car je me contentais jusqu’alors du seul album que j’avais de lui. Je ne peux m’empêcher de terminer ce post en partageant « Warriors Of Peace », troisième piste de ce premier album, génial morceau free jazz terriblement entêtant. Enjoy !

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LCS 196. Frank Ferera & Helen Louise, « Hawaiian Hula Medley », 1916
3 janvier, 2017, 7:27
Classé dans : Ca, de l'art ?,Musique & Music

 

J’ai choisi cette semaine un morceau de Frank Ferera et Helen Louise, qui s’intitule « Hawaiian Hula Medley », sorti en 78 RPM il y a plus d’un siècle, en août 1916 pour être précis, sur le label Victor.

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Frank Ferera est né en 1885 à Honolulu, Hawaii, alors sous la coupe du roi Kalakaua : c’est l’époque du développement de l’industrie du sucre qui aboutit à une mainmise américaine du business, les États-Unis n’hésitant pas à prendre, ici comme ailleurs, un poids politique important jusqu’à l’annexion officielle en 1898, puis le vote des citoyens, en 1958, pour devenir le cinquantième État des États-Unis l’année suivante. Frank Ferera se marie avec Helen Louise Greenus, fille d’un hommes d’affaires de Seattle, et, avec sa nouvelle femme, part sur le continent pour jouer. En 1915, ils signent avec Columbia-Edison-Victor et enregistrent beaucoup. En 1919, sur un bateau reliant Los Angeles à Seattle, Helen Louise est portée disparue, on suppose qu’elle est tombée et s’est noyée. Frank Ferera continuera sa carrière prolifique, faisant de lui l’un des plus populaires musiciens Hawaiien.

J’ai découvert ce morceau dans l’immense série de Terence Winter, Boardwalk Empire, qui jette un projecteur magistral sur l’Amérique des années 1920, la contrebande d’alcool, la corruption, etc. Dans la saison 2, Angela Darmody s’éprend amicalement de Richard Harrow, l’ami de son mari, et accessoirement associé dans le crime. Richard est, comme Jimmy Darmody, un héros de la Première Guerre mondiale ; il en a gardé une effroyable blessure au visage, qui le contraint à porter un masque lui en couvrant la moitié, ce qui lui donne un air inquiétant. Sa voix est érayée, il fait peur. Mais son humilité, sa gentillesse, son honnêteté, son côté gauche dans les relations humaines mais redoutablement efficace dans ce qu’il fait (tuer des gens, mais aussi jouer avec des enfants, etc.), m’ont tout de suite fait ressentir beaucoup de choses pour ce personnage, l’un des plus intéressants et complexes de la série selon moi, l’incarnation de l’humanité. Dans la scène, Angela, artiste, lui propose de poser pour un portrait. En musique de fond, le « Hawaiian Hula Medley » se laisse entendre, et donne paradoxalement à la scène son aspect si mélancolique. Deux âmes en peine, torturées, perdues se rencontrent là, une émotion incroyable passe dans cette scène, de la tristesse, mais aussi beaucoup d’humanité. Ce grand homme discret, taciturne, se livre devant la femme de son ami, alors qu’il pose. Il lui explique sa vision de l’amour et ce qu’il a perdu. Se met à pleurer (et moi avec). Retire son masque. Angela ne détourne pas le regard et prend une nouvelle feuille afin de peindre cette expression.

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[Boardwalk Empire, saison 2 épisode 4, « What does the bee do ? », 2011. Il faut noter que la scène est découpée en trois séquences, qui, dans l’épisode, ne s’enchaînent pas, contrairement à ce qui est donné à voir dans cette vidéo]

Ce jour-là, Richard Harrow s’est livré complètement. C’est l’une des scènes les plus touchantes de la série, celle qui me parle le plus ; toute la complexité de l’âme humaine, des sentiments humains, s’y trouve livrée, par le truchement du discours elliptique de Richard. La musique rythmée, naïve et apparemment joyeuse de Frank Ferera et Helen Louise ne vient pas contrebalancer la mélancolie de la scène, mais la renforce paradoxalement. Je n’arrive pas à l’exprimer, mais…

Et puis, comment ne pas voir un lien entre ce qu’a dû vivre Frank Ferera sur ce bateau en 1919, perdant à jamais l’amour de sa vie, et ce qu’a vécu Richard Harrow en perdant inexplicablement les sentiments, qu’il apparente à de l’amour, envers sa sœur jumelle ? Il y aurait encore certainement beaucoup à dire sur ce morceau magique et la scène puissante dans laquelle je l’ai découvert, mais je préfère taire les mots qui, comme souvent, font défaut pour décrire ce que je ressens…

Bonus : F. Ferera, H. Louise, « On the beack at Waikiki Medley », 78 RPM, 1915, chez Victor :

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LCS 195. Pool Pah, « Sour Soul », 1973
28 décembre, 2016, 23:27
Classé dans : Musique & Music

 

Voici un morceau bien barré que j’ai découvert par des voies détournées, comme souvent. Le producteur Drixxxé a concocté, il y a déjà plusieurs années, une playlist faite de soundtrack de vieux films érotiques et pornos, qu’il a intitulée « Sextape », premier volume d’une série qui en compte désormais quatre ! En réécoutant le dernier volume, qu’il a publié sur son soundcloud en juin 2016, je tombe sur ce morceau de Pool-Pah, intitulé « Sour Soul », sorti sur la bande originale de The Flasher en 1973 sur le label Greene Bottle Records Inc. Sur un album très inégal, on trouve donc cette tuerie jazz-funk comme je les aime !

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Paye ta playlist ! #006 by Lud : Musica de Brasil
24 juillet, 2016, 13:34
Classé dans : Ca, de l'art ?,Musique & Music

 

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* Texte écrit par Lud le Scribouillard en juillet 2016

** Les photographies qui illustrent ce papier sont des clichés pris à Rio de Janeiro dans les années 1970, durant la dictature militaire. Elles sont toutes issues d’un blog (on peut découvrir l’intégralité des photos publiées sur ce blog ici). Le site Brain Magazine, qui a repris quelques-uns de ces clichés, précise que ce qui nous est donné à voir, c’est un « Brésil de carte postale : (quasiment) que des Blancs, des jeunes filles superbes et souriantes, et pas un seul gamin descendu des favelas pour troubler le paysage. » Si je reprends ces clichés, c’est en sachant bien qu’ils ne sont qu’un cliché, justement…

Everyday Life in Rio de Janeiro in the 1970s (4)

Je sais, ça fait cliché de parler « Brésil » en plein été. Je sais, vous allez me dire que je surfe sur l’événement des Jeux Olympiques, comme a su le faire Ballantines avec sa liqueur juste avant la Coupe du Monde… Mais restez encore un peu, je vous prie. Par où commencer ? De toute façon, ce papier sera partiel et partial, subjectif et engagé, incomplet et foutraque. C’est dit ; on peut entrer dans le vif du sujet.

Everyday Life in Rio de Janeiro in the 1970s (27)

Le Brésil, pour un gamin francilien né dans les eighties comme moi, c’est d’abord un maillot de foot vert et jaune ordem e progreso, quatre étoiles, avec floqué dans le dos des noms évocateurs comme Ronaldo, Bebeto, Rivaldo, Cafu, Roberto Carlos ; c’est l’accent chantant de mes idoles parisiennes Raï et Leonardo ; c’est le foot-samba que Nike essaie de nous vendre. Il y a bien cette VHS d’Orfeu Negro, le grand film de Marcel Camus, dans la vidéothèque de ma chère grand-mère paternelle, mais je ne m’y intéresse pas. La musique ? Des clichés gros comme le Christ Rédempteur qui surplombe Rio de Janeiro. (suite…)


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