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L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #017

 

 

Ce n’est pas la première fois que je m’insurge contre ça, mais ce sera la première fois sur ce blog. « Ça », ce sont les nombreuses pages contre François Hollande.

 

« Honte à Hollande : qu’il dégage ! »

 

Entendons-nous bien : je comprends tout à fait qu’on puisse avoir des griefs contre Hollande, son Premier Ministre, le gouvernement, sa politique, sa ligne, ses choix, car ils ne brillent guère par leur acuité, leur compétence, leur cohérence, leur efficacité, ce qui montre au passage, ironie de l’histoire, l’incroyable constance des gouvernements de la Ve République. D’ailleurs, les habitués du blog auront remarqué les critiques régulières portées à l’endroit de la politique gouvernementale par votre serviteur, notamment en raison (et non en dépit) de mon engagement à gauche.

 

Je ne vais pas m’attarder sur le cas « Hollande Dégage » (450 000 ‘j’aime’, quand même, à ce jour), tant cette organisation citoyenne draine et regroupe tout ce que la France compte de groupes conservateurs, traditionnalistes, xénophobes, réactionnaires, extrémistes, avec son lot de propos haineux, mensongers, démagogiques, violents, diffamatoires, idiots, révisionnistes… Bref : un vulgaire appel à la haine, non seulement sur la personne de François Hollande, mais aussi sur tous les ennemis supposés de la nation, étrangers, immigrés, fonctionnaires, LGBT, Noirs, gauchistes, syndicalistes, Roms, etc. Une page qui, définitivement, pour des raisons légales, devrait être fermée.

 

Observons une autre page intitulée « J’ai Honte de Mon Président », qui comptabilise à ce jour 280 000 ‘j’aime’. La line-up est simple : « pour tous ceux qui ont honte de notre président ». Adoptant un ton plus badin que la dégueulasse « Hollande Dégage », cette page reste dans le fond insultante, parfois diffamatoire, souvent démagogique. Essayons de voir, en plusieurs exemples, en quoi cette page ne constitue en aucun cas un medium satirique, et que, bien au contraire, elle a une visée politique en première et dernière instance, en usant de stratagèmes malhonnêtes, et en générant des commentaires représentant le degré zéro du débat public.

 

1er cas : les impôts

 

Le 18 août dernier, les administrateurs de la page publiaient une blague sur les prélèvements obligatoires.

 

 

Hollande Honte 6

(suite…)



L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #016

 

Les réseaux sociaux sont très utiles pour faire circuler des rumeurs invérifiables, mais plausibles, instituant la peur, l’indignation, la révolte, le tout sans recul factuel mais avec un maximum d’envolées passionnelles. On a eu ça avec le prix des bonbons (à bas l’euro, cause de l’inflation !), on a eu ça avec les seringues contenant le sida coincées dans les sièges des cinoches parisiens, on a eu ça avec le bijoutier meurtrier de Nice, on a eu ça avec les pigeons qui paient trop d’impôts, etc. Heureusement, des sites comme www.hoaxbuster.com remettent très vite les points sur les « i ».

 

Il y a un an presque jour pour jour, un certain Sébastien envoyait une lettre ouverte au Président François Hollande par courrier, qu’il diffusa sur les réseaux sociaux. Cette lettre en fit le tour et devint virale. Je la reproduis ici (fautes de français incluses) :

 

Mes excuses Monsieur le Président. Je m’appelle Sébastien, et je suis un français dit « moyen », de taille moyenne, au QI dans la moyenne et à la plume incertaine. J’ai la chance (diriez-vous) d’avoir un emploi, moyen lui aussi, tant en terme d’intérêt que de rémunération. Je suis marié et père des 2 superbes enfants (en bonne santé), mon épouse travaille (elle aussi, oui… quelle chance !!) un peu plus que la moyenne. Pour résumer, c’est le bonheur !!! (suite…)



L’aliénation du travail (parental)

 

Partons d’une boutade : tu sais que tu es parents de jumeaux quand… tu comprends le concept philosophique d’ « aliénation » sans jamais avoir ouvert un bouquin d’Hegel, de Feuerbach ou de Marx.

 

Un heureux évènement double !

 

Depuis le 30 juillet 2014, ma compagne et moi sommes parents de jumeaux. Deux petits garçons beaux comme l’Adonis qui nous comblent de bonheur à mesure que nos nuits s’amenuisent. Nous avons la trentaine, sommes enseignants tous les deux (français-latin pour elle, sciences sociales et économiques pour moi). A ce titre, je suis un éternel érudit : je lis, décortique, écris beaucoup, sur la société, l’économie, l’art, le sport… Ma bibliothèque ferait pâlir d’envie le CDI du lycée dans lequel j’enseigne (je dois avoir 400 ou 500 ouvrages de SES, ma femme trois fois plus dans sa discipline), sans compter les revues et magazines, les ouvrages sur le cinéma, la musique, les bande-dessinées, les beaux livres.

 

Bien sûr, je m’étais préparé à l’arrivée de ces créatures, j’étais même impatient de pouvoir les porter, les embrasser, les nourrir, les laver, les endormir, les chatouiller. Eric Zemmour me considérerait comme un sous-homme féminisé nourri à Hélène et les garçons, je lui rétorquerais que je suis un homme moderne, progressiste et féministe. Toutefois, en dépit du quintal de publications lues par ma femme sur le sujet, des questions posées aux professionnels et des conseils avisés reçus d’amis bienveillants, nous avons évalué l’écart entre ce qu’on dit et la réalité quand ils sont nés : un gouffre qui semble aussi infranchissable que les gorges que s’apprête à traverser Homer Simpson avec le skateboard de Bart dans un épisode célèbre…

(suite…)



L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #015 : Soutenons Manuel Valls !

 

* Enfin un Edito court et incisif… comme un éditorial normal, quoi !

 

Manuel Valls veut changer le nom du Parti Socialiste. Je le soutiens. Notez bien : JE SOUTIENS MANUEL VALLS ! Il faut le soutenir, car il est bien esseulé au sein du PS.

Rappelons-nous qu’il n’avait recueilli en 2011 que 6 % des suffrages des militants socialistes à la primaire PS. Rappelons-nous que ses soutiens au PS et ailleurs sont bien maigres : le journaliste F. Bonnet, cofondateur de Mediapart, rappelle d’ailleurs une chose très juste dans un papier du 22 octobre : « La légitimité de M. Valls n’est aujourd’hui qu’institutionnelle, dépendant du seul choix présidentiel de l’avoir nommé à Matignon. Sans majorité politique au sein du parti majoritaire, son seul levier de pouvoir est sa fonction de premier ministre. [C'est bien pour cette raison qu'il ne veut pas de débat, et qu'il ranime ce vieux principe léniniste de l'épuration]. »

Pourquoi soutiens-je le Premier ministre dans ce combat ? Parce que, je l’ai déjà dit sur mon blog, – et une note d’analyse des Economistes Atterrés, de la Fondation Copernic, et d’Attac le montre très bien sur le plan économique (budget 2015) -, le PS n’a plus de ‘socialisme’ que le nom. Les épisodes successifs (désinflation compétitive, privatisations, libéralisation de la finance et des médias, puis du marché du travail, politique de l’offre, « J’aime les entreprises » par M. Valls devant un parterre de patrons, etc.) montrent définitivement que le « socialisme » porté par le PS (ou par certains courants du PS) n’est plus aujourd’hui qu’un linceul dérisoire sur une idée révolutionnaire, même si le PS « s’accroche au label comme à son dernier oripeau symbolique, [héritier] ayant depuis belle lurette dénoncé l’héritage » (F. Lordon) La mue idéologique du PS est en marche, et M. Valls en est le héraut, le porte-drapeau, le chef de la police des consciences et des esprits.

Il faut donc changer la dénomination du principal parti à gauche de l’échiquier politique (mais plus ‘de’ gauche depuis bien longtemps) sous peine de décevoir encore et encore les naïfs qui s’attachent aux mots plus qu’aux actes. Premièrement, parce que l’idéologie – oui, le pragmatisme et le réalisme sont idéologiques – portée par cette ‘nouvelle gauche’ (ça rappelle la mue du Parti Démocrate américain, du (New) Labour au Royaume-Uni, du SPD allemand) est incapable de penser la société en dehors du marché et du communautarisme ; cette idéologie est mortifère car elle n’a aucune vision d’avenir tout en menant irrémédiablement les sociétés guidées par elle dans le mur (écologique, social, nationaliste…). Deuxièmement, parce que cette idéologie porte en elle la dévalorisation des idéaux progressistes de la gauche (la vraie), qui répugnent désormais son principal (mais si mutilé) porte-drapeau (le PS) ; c’est d’ailleurs consubstantiel à l’édification de cette ‘nouvelle gauche’ !

Lorsque le PS aura enfin changé de nom – et achevé définitivement sa mue, car celle-ci, en actes, est consommée -, le peuple souverain sera enfin mis devant le fait accompli : les idéaux progressistes dont on parlait tout à l’heure ne sont pas entièrement enterrés, d’autres courants politiques l’incarnent pleinement ; il apparaît juste vain de les chercher encore rue de Solferino : « le parti socialiste au socialisme parti » (F. Lordon)…Soutenons donc Manuel Valls !

 

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L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #014

 

Ceci est bien un Edito-Eco, même si on va parler BD. Ouais. On évoquera plus tard le Prix de la Banque de Suède attribué à Jean Tirole. Ou pas. 

 

A la fin de l’année 2011, je tombe complètement par hasard sur une BD au format comics, un truc qui semble complètement dingue. Ça s’appelle Doggy Bags. C’est édité par Run et son Label 619, une sacrée bande de tarés. Le concept ? « Suspense, frissons & horreur ». Trois histoires avec pour mot d’ordre : genre. Du pulp, de l’horreur, du politiquement incorrect, jamais potache, toujours terriblement bien branlé en termes de scénar, de dialogues, et surtout de dessins. Bref, sept numéros sont sortis jusqu’ici, et c’est à chaque fois grisant, jouissif.

 

Reliés

 

A la fin de l’année 2013, je tombe complètement par hasard sur un BD au format revue (24×32), un truc qui semble complètement dingue. La couverture ressemble beaucoup, à première vue, à Doggy Bags. Ça s’appelle AAARG!. C’est une véritable revue, avec comme baseline : « Bande dessinée & culture à la masse ». C’est barré, sombre, marrant, cynique, avec de la BD, des reportages, des nouvelles (souvent cruelles), des gags, un poster…

 

Reliés

 

Dès le 2e numéro (janvier-février 2014), l’éditorial de Pierrick Starsky m’interpelle : il ironise sur la nouvelle année qui s’annonce, dans une langue de charretier marseillais, et surtout avec une fibre sociale évidente reposant sur un constat sans fioriture de la société actuelle. Je partage donc son éditorial présent dans le 4e numéro (mi-mai-mi-août 2014), en vous recommandant chaudement cette revue qui gagne sacrément à être connue…

 

 

« Je sais pas toi, dans ta ville, dans ton bled, dans tes bars, mais partout où je passe et où mes yeux s’égarent, où mes oreilles traînent, même si j’ai plus trop d’odorat, y’a pas, ça pue sévère. Ça renifle, ça schnouffe, ça fouette, et c’est pas nouveau. Y’a pas bon être pauvre, ça attire la mistoufle. (suite…)



L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #013

 

Il y a un mois, je montrais à quel point le paradigme néoclassique en économie avait infesté nos esprits, à commencer par ceux, rouillés, sclérosés, incapables de penser, du socialisme ambiant, « socialisme » qui devrait impérativement changer de dénomination sous peine de décevoir encore et encore les naïfs qui s’attachent aux mots plus qu’aux actes. Je l’ai cité dans le dernier Edito-Eco, mais je ne peux m’empêcher, à nouveau, de faire appel à l’économiste Jean-Marie Harribey, qui résume à la perfection ce qu’est, fondamentalement, la théorie économique dominante : « S’il en était encore besoin, la théorie économique qui domine l’enseignement, la recherche, l’information et le gouvernement des hommes et des choses a fourni, à travers cette crise, les preuves de sa vacuité conceptuelle et heuristique, de son inefficacité à guider les politiques économiques, sociales et écologiques, et, par-dessus tout, de son allégeance aux classes dominantes, essentiellement à la bourgeoisie financière devenue mondiale. La « science économique » [standard] n’est qu’un vaste corpus idéologique, pétri d’incohérences logiques et de préceptes normatifs défendant des intérêts de classe. »[1] Et c’est cette vacuité conceptuelle et heuristique, cette inefficacité à guider les politiques, cette allégeance aux classes dominantes, qui gouvernent aujourd’hui dans beaucoup de pays… Il y a un mois, donc, je montrais l’inanité des idées du ministre socialiste du Travail et de l’emploi, François Rebsamen, à propos du chômage et du marché du travail.

 

Rebsamen-ministre-emploi-bureau ministere-JJ-miroir-4oct2014

 

Cette semaine, le même François Rebsamen se donne à lire, dans un entretien au journaliste Jérémie Lorand, du magazine bourguignon Miroir. « Un jour de septembre, le ministre qui veut qu’on parle de lui autrement qu’à chaque publication mensuel des chiffres du chômage, reçoit des journalistes au ministère pour qu’ils fassent un reportage sur sa vie rue de Grenelle. Parmi les invités, les communicants du ministre ont prévu un représentant de la presse locale de la région d’élection de leur patron, histoire de satisfaire à une habitude bien établie : même appelé à Paris, un baron local doit régulièrement envoyer des « cartes postales » à ses électeurs. Ils n’avaient pas prévu que le journaliste local engagerait une discussion sérieuse avec François Rebsamen qu’il connaît pour l’avoir souvent rencontré quand il était maire et sénateur de Dijon… »[2] Voilà la genèse d’un entretien… qui ne devait pas paraître. Oui, mais… Paru le 3 octobre sur le site de Miroir, il est retiré quelques minutes plus tard, trop tard : l’entretien reste visible dans le cache de Google ! L’attachée de presse du ministre tente alors une pirouette : « Ce n’était pas une interview. […] Il ne l’a d’ailleurs pas relue. »[3] Mais pourquoi le ministre et son staff ne souhaitaient pas voir cet entretien publié ? Extraits. (suite…)



L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #012

 

 

En ce moment, je suis assez las, il faut le reconnaître. Sept ans après la plus grave crise du néolibéralisme, l’argumentaire néolibéral ne s’est jamais aussi bien porté qu’aujourd’hui, jusque dans les rangs zélés d’un parti socialiste français qui, décidément, n’a pas fait que trahir son électorat, mais toute son histoire, en en vampirisant le terme-symbole (« socialisme ») désormais synonyme d’économie de marché, de politique de l’offre et de flexibilité au travail. « S’il en était encore besoin, la théorie économique qui domine l’enseignement, la recherche, l’information et le gouvernement des hommes et des choses a fourni, à travers cette crise, les preuves de sa vacuité conceptuelle et heuristique, de son inefficacité à guider les politiques économiques, sociales et écologiques, et, par-dessus tout, de son allégeance aux classes dominantes, essentiellement à la bourgeoisie financière devenue mondiale. La « science économique » [standard] n’est qu’un vaste corpus idéologique, pétri d’incohérences logiques et de préceptes normatifs défendant des intérêts de classe. »[1]

 

C’est pourquoi, lors du dernier Edito-Eco, j’ai fait un pas de côté, fouillant chez Smith comme chez Keynes, pour mieux éclaircir notre présent. Aujourd’hui, mon pas de côté sera d’un autre ordre. A la fin du XIXe siècle, l’économie prend un tour nouveau, en se rêvant science dure, loin, très loin de ces autres sciences sociales qui ne sont que palabres entre universitaires poussiéreux : c’est la naissance de la science économique, avec force lois, théorèmes et démonstrations, science économique qui, depuis 1968, a créé son propre « Prix Nobel » (qui n’en est pas un, voir ici et ici). A défaut de science, on trouvera surtout une religion. Aujourd’hui, donc, je mobiliserai la littérature. En effet, la littérature nous permet souvent de prendre acte des tourments du monde et de penser l’avenir de l’humanité de manière plus juste, plus précise, plus complexe, que les sciences ; tous les profs de français le savent bien. Pour paraphraser Frédéric Beigbeder : le seul moyen de raconter la réalité économique, c’est de l’inventer.

 

Il y a deux ans et demi, une nouvelle revue voyait le jour, au nom aussi emblématique que bien français : Charles. Il y est question de politique, mais avec une sincérité bienvenue, une diversité large, une érudition rare, c’est aussi exigeant que classieux. Bref : nouvelle revue dans ma bibliothèque. Pour son premier numéro, en pleine campagne présidentielle, la revue propose un gouvernement des écrivains, pour rêver un peu et (vraiment) ré-enchanter la politique.

CHARLES01_Coverweb_m (suite…)



L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #011

 

 

Les recommandations du MEDEF pour créer de l’emploi ont fuité dans la presse hier : on vire les 35h, on travaille davantage les soirs, nuits et dimanches, on supprime des jours fériés, on déroge au salaire minimum… De nouvelles recommandations pour relever les défis du XIXe siècle ? Est-ce un aveu de l’inefficacité du Pacte de responsabilité, pourtant largement pensé sous influence MEDEF ? Je n’ai pas envie de démontrer, encore une fois, l’inanité de ce genre de propositions… Non, je vais faire un pas de côté cette fois…
Le philosophe écossais Adam Smith, auteur du célèbre ouvrage Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), est souvent présenté comme le père du libéralisme, et sa métaphore de la Main Invisible la pierre angulaire de l’idée selon laquelle le marché est le système d’allocation des ressources le plus efficace. C’est que le cliché a la vie dure…

 

Prenons un exemple. Dans la conclusion du Livre premier de la Richesse des Nations, il écrit : « Ceux qui emploient l’ouvrier constituent la troisième classe, celle des gens qui vivent de profits. C’est le capital qu’on emploie en vue d’en retirer un profit, qui met en mouvement la plus grande partie du travail utile d’une société. Les opérations les plus importantes du travail sont réglées et dirigées d’après les plans et les spéculations de ceux qui emploient les capitaux ; et le but qu’ils se proposent dans tous ces plans et ces spéculations, c’est le profit. Or, le taux des profits ne hausse point, comme la rente et les salaires, avec la prospérité de la société, et ne tombe pas, comme eux, avec sa décadence. Au contraire, ce taux est naturellement bas dans les pays riches, et élevé dans les pays pauvres ; jamais il n’est aussi élevé que dans ceux qui se précipitent le plus rapidement vers leur ruine. L’intérêt de cette troisième classe n’a donc pas la même liaison que celui des deux autres avec l’intérêt général de la société. Les marchands et les maîtres manufacturiers sont, dans cette classe, les deux sortes de gens qui emploient communément les plus gros capitaux et qui, par leurs richesses, s’y attirent le plus de considération. Comme dans tout le cours de leur vie ils sont occupés de projets et de spéculations, ils ont, en général, plus de subtilité dans l’entendement que la majeure partie des propriétaires de la campagne. Cependant, comme leur intelligence s’exerce ordinairement plutôt sur ce qui concerne l’intérêt de la branche particulière d’affaires dont ils se mêlent, que sur ce qui touche le bien général de la société, leur avis, en le supposant donné de la meilleure foi du monde (ce qui n’est pas toujours arrivé), sera beaucoup plus sujet à l’influence du premier de ces deux intérêts, qu’à celle de l’autre. […]

(suite…)



L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #010

 

Avant-hier, c’était la rentrée des classes. François Rebsamen, le ministre du Travail et de l’emploi, n’a rien trouvé de mieux à faire que de déclarer la guerre, non pas au chômage, mais aux chômeurs, en dépit du fait qu’il ait nuancé (à peine) ses propos le soir même. Le chômage augmente inexorablement depuis 2008 ? C’est la faute aux chômeurs, puisqu’il existe, selon le ministre, 350 000 emplois vacants : « Je demande à Pôle Emploi de renforcer les contrôles pour être sûr que les gens cherchent bien un emploi. [Si ce n’est pas le cas] il faut qu’il y ait […] une sanction. C’est négatif, pour ceux qui recherchent des emplois, d’être à côté de personnes qui n’en cherchent pas. [Cette mission de contrôle nécessite un] état d’esprit différent, des convocations et des vérifications […]. Sinon on est radié. »

Avant de continuer, rappelons ces propos du Président Nicolas Sarkozy, prononcés à la télé le 24 avril 2008 : « Il y a 500 000 offres d’emplois qui ne sont pas satisfaites avec 1,9 million de chômeurs, l’immense majorité des chômeurs essayent de trouver un emploi, mais certains ne veulent pas se mettre au travail, c’est une minorité qui choque. »[1] On notera l’aspect farfelu des chiffres : l’un est gonflé, l’autre minimisé, l’écart étant réduit, la conclusion s’impose d’elle-même (le chômage est dû à ceux qui ne veulent pas travailler). D’ailleurs, en février 2012, le candidat François Hollande avait fustigé ce genre de discours en rappelant que les chômeurs n’étaient pas responsables de leur situation et qu’il était inadmissible d’accabler les faibles. Bref… Essayons maintenant d’y voir un peu plus clair.

 

Que laisse entendre Rebsamen ? Du bon sens : s’il coexiste des chômeurs et des emplois vacants, c’est bien que certains chômeurs ne font rien pour en trouver un. C’est mathématique ! Mettons d’abord en exergue les chiffres : entre 2,7 et 5,7 millions de chômeurs[2] d’un côté, entre 180 000 et 300 000 emplois vacants de l’autre[3]. La première chose qu’on peut dire, c’est que, même si tous ces emplois étaient pourvus, le chômage resterait important ; ce n’est donc pas en les pourvoyant qu’on réglerait le problème… Soyons clair : Rebsamen et tous ceux, car ils sont nombreux, qui pensent la même chose se plantent. (suite…)



L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #009

 

Le citoyen ne le sait peut-être pas, ou ne veut pas le savoir, ou peut-être qu’il s’en bat les couilles tout simplement, mais les instituts de statistique publics produisent des données tous les jours, disponibles immédiatement et gratuitement. Parfois, certaines données font la une des médias, sans toujours la rigueur scientifique de mise pour les interpréter. Ces derniers jours, l’Insee et Eurostat ont rendu publics leurs chiffres sur le PIB, l’inflation et le chômage. Et ils ne sont pas bons. En même temps, nous sommes en vacances, on s’en fout de l’économie !

 

Au 2e trimestre 2014, le PIB de la zone euro est stable (+ 0,0 %) par rapport au trimestre précédent, tandis que celui de l’UE28 augmente de 0,2 % par rapport au trimestre précédent. En France, le taux de croissance du PIB est nul (+ 0,0 %) au 2e trimestre 2014 par rapport au trimestre précédent, alors que ce 1er trimestre affichait déjà un taux de croissance nul. Pour le dire plus simplement, la France ne crée pas plus de richesse qu’hier…  En Allemagne, le taux de croissance du PIB est négatif (– 0,2 %) au 2e trimestre par rapport au précédent. En comparaison, le taux de croissance du PIB américain sur la même période s’élève à 1 % (après, tout de même, un taux de croissance du PIB en recul de 0,5 %). En variation annuelle, le taux de croissance du PIB s’élève en juillet à 0,7 % dans la zone euro, 1,2 % dans l’UE28, 0,3 % en France, 1,3 % en Allemagne, et 2,4 % aux Etats-Unis.

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