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Tu veux ma culture dans ta gueule ? #004 Patrick Braoudé
4 mai, 2017, 17:01
Classé dans : Ca, de l'art ?,La Société en question(s)

Il y a un an à peu près, j’inaugurais une nouvelle rubrique sur ce blog, intitulée « Tu veux ma culture dans ta gueule ? », dont le titre est, je le répète, « suffisamment vague et ambivalent pour servir de prétexte et y mettre tout ce qui me fait bander culturellement ».

Après trois épisodes plus ou moins consacrés à des dessins-animés, j’ai décidé de centrer mon propos sur un artiste qui mérite, selon moi, à être davantage connu. Comme toujours, la lecture de ce papier vérifiera encore cette hypothèse, que je répète à l’envi sur ce blog : la culture prend de nombreuses formes et des chemins bien tortueux.

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À peu près à l’âge de sept ou huit ans, je tombe sur un film sur TF1, un mardi soir ou un dimanche soir. Un film que mes parents ou moi avons enregistré en VHS. Ce film s’intitule Génial mes parents divorcent ! (1990, Patrick Braoudé), et je m’en suis délecté avec régularité à l’époque. C’est l’histoire de gamins de CM2 qui se déchirent sur la situation conjugale de leurs parents respectifs ; c’est la guerre des boutons moderne, avec le stigmate du divorce en ligne de mire, et le retournement du stigmate. Patrick Braoudé, beaucoup plus tard, rappellera que ce n’était pas un sujet dérisoire, car, « à l’époque, les enfants de divorcés étaient des moutons noirs »

Image de prévisualisation YouTube

Évidemment, c’est l’identification à des jeunes un tout petit plus vieux que moi qui a joué sur l’engouement que je porte à ce film : voir ces jeunes vivre des trucs (à peu près) réalistes, drôles (certaines scènes sont terribles), pas édulcorés (les douleurs des enfants liées à un divorce, en particulier), m’a permis de m’identifier aux personnages. Et puis, il ne faut pas oublier le point essentiel : le film est filmé du point de vue des enfants. (suite…)



Pierre Bourdieu : la mystification de l’école libératrice

 

En tant que professeur de Sciences économiques et sociales (SES), j’ai dû lire un peu de Pierre Bourdieu pour affronter les programmes lorsque je suis entré dans le métier, il y a sept ans maintenant. J’y ai découvert une pensée féconde, une pensée qui bouscule, une pensée ardue pour un étudiant qui, comme moi, a une formation plus économique que sociologique (je me souviens d’un chargé de TD, en 2e année de licence, qui était littéralement féru de Pierre Bourdieu, et qui nous avait fait lire plusieurs textes dont on n’avait même pas compris le titre). Petit à petit, je me suis frotté un peu plus sérieusement à la pensée du sociologue : Les Héritiers, Sur la télévision, Questions de sociologie, une palanquée d’articles aussi, principalement issus des Actes de la recherche en sciences sociales, puis La Misère du monde, Science de la science et réflexivité, Invitation à la sociologie réflexive, Interventions, Le sociologue et l’historien. Plusieurs autres ouvrages ont été commencés : Méditations pascaliennes, Homo Academicus, Sur l’Etat en particulier. Et puis une foultitude d’essais sur Pierre Bourdieu, qu’il est illusoire de tous citer ici.

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J’admire beaucoup ce grand penseur, et c’est avec une étrange fascination que, sous le coup de coude d’un enseignant-chercheur que j’ai rencontré l’an dernier, je suis nécessité à lire Jacques Rancière et, ainsi, à entendre les féroces critiques que le philosophe a émises à l’endroit du sociologue. Je dois reconnaître que cette tension entre Rancière et Bourdieu (du nom d’un formidable ouvrage de Charlotte Nordmann) est très féconde pour mon esprit fermé ! Je voudrais ici partager un texte du sociologue, publié en 1966, à propos de ce qu’il appelle l’idéologie jacobine. Bonne réflexion !

 

 

Pourquoi le système d’éducation est-il si rarement soumis à une critique radicale ? Je voudrais montrer que le radicalisme ou le terrorisme verbal dissimule le plus souvent une complicité souterraine avec la logique du système d’enseignement, les valeurs qui le soutiennent et les fonctions qu’ils remplissent objectivement. Ne s’accorde-t-on pas trop facilement pour dénoncer les insuffisances de ce système et celles-là seulement que le système d’enseignement doit aux conditions économiques et politiques de son fonctionnement ?

Dénoncer et combattre, au nom d’une surenchère d’exigences, toutes les tentatives pour transformer un système archaïque, cela est incontestablement utile, mais cela est aussi incontestablement rassurant. D’abord, on se donne les justifications du révolutionnarisme verbal en réaffirmant les exigences concernant les conditions du fonctionnement du système ; ensuite on se dispense ainsi d’examiner le fonctionnement proprement dit de ce système, d’en analyser la logique et d’en découvrir les fonctions réelles. C’est pourquoi j’ai la conviction que l’idéologie jacobine sur laquelle repose la critique traditionnelle du système d’enseignement, et aussi, il faut le dire, certaines critiques traditionnelles des réformes gouvernementales de ce système, justifient le système sous apparence de le contester en même temps qu’elles justifient dans leur conservatisme pédagogique nombre de ceux qui s’en réclament, même à l’intérieur de l’Université. (suite…)



La Parole Ouvrière (1830-1851) a des choses à nous dire sur l’élection présidentielle 2017

 

Dans les années 1970, le philosophe Jacques Rancière a déjà rompu avec le marxisme d’Althusser et entreprend une longue recherche qui le mènera à une thèse d’État en 1981. A l’époque, professeur de philosophie à l’Université de Vincennes, il décide de « [transformer son] cours de philosophie en groupe de recherche sur l’histoire ouvrière » (p. 339) et trouve son partenaire, Alain Faure, « Etudiant transfuge d’un département d’histoire » (p. 339) (qu’on ne doit pas confondre avec l’historien Alain Faure, spécialiste de la classe ouvrière à l’Université Paris 10 Nanterre). En 1976, avec cet étudiant, Jacques Rancière publie La Parole Ouvrière, une sélection de textes écrits par des prolétaires français entre 1830 et 1851. Ce livre a été réédité par les éditions La Fabrique en 2007*, et c’est une vraie libération de lire ces textes qui, non contents de signifier l’émancipation ouvrière pour les prolétaires de l’époque, amorcent également une véritable émancipation pour le lecteur du XXIe siècle, enfermé dans les contradictions et les absurdités de son siècle.

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Je ne sais pas si je l’ai déjà écrit ici, mais si je me suis lancé dans l’exploration rigoureuse de la pensée de Jacques Rancière, c’est grâce à ma rencontre, l’an dernier, avec un enseignant-chercheur de l’ISP-ICP de Paris, un véritable maître ignorant qui a fait sienne la non-méthode de Rancière ; c’est lui qui m’a poussé à revenir à Rancière, que j’avais lu trop rapidement plus tôt dans ma vie ; c’est lui qui m’a obligé à comprendre Rancière par moi-même, sans me le verser tout cuit dans le bec, pratique qui est trop souvent vouée à l’échec d’ailleurs ; c’est lui qui ravive la flamme que j’ai en moi depuis ce mémoire sur la crise de 1929, rédigé en 2009, cette flamme de la recherche universitaire et du questionnement scientifique. Bon, trêve de bavardage : en ces temps troublés d’élection toute pétée, je m’en vais reproduire quelques textes issus, donc, de La Parole Ouvrière.

* Les références renvoient à l’édition de 2007.

 

A la fin de son introduction (pp. 26-27), Alain Faure introduit et cite deux textes d’époque :

 

« Espoir et désespoir mêlés dans cette réflexion d’avant le combat que prêtait l’écrivain républicain Rey-Dusseuil dans son roman Le Cloître Saint-Merri à un ouvrier insurgé de juin 1832 :

« Tout le monde ne peut pas être riche, je le sais, mais tout le monde doit vivre, je le veux !… Qui nous arrêterait ? La peur de la mort ? On n’a peur de mourir que quand on a plaisir à vivre. La mort est la seule amie du peuple, si elle vient avec une balle, elle se présente mieux qu’attendue sur un grabat… En avant, donc ! »

En écho, à seize ans de distance, cette pensée se retrouve dans la brochure d’un ouvrier supposé tranquille, Cousin-Vesseron (Nécessité de l’organisation du travail) :

« Faut-il s’étonner si des hommes, pour qui le passé et le présent n’ont que des souvenirs d’amertume d’une réalité de souffrance, jettent vers tout nouveau soleil un regard d’impatience et d’espoir ; après tout, l’ouvrier n’a rien à perdre, son sort ne saurait être pire ; il ne désire pas les bouleversements, il ne les craint pas non plus, puisqu’à chaque catastrophe il peut espérer voir cesser l’intolérable état de choses dont il est la victime et se voir débarrasser du fardeau de misère qui depuis si longtemps pèse sur lui. »

Attitude devant la mort qui nous renvoie à la mort quotidienne subie dans l’atelier et à l’avenir qui se pense et se fait à partir d’elle ; s’exprimant dans la pensée ouvrière. »

 

L’extrait suivant (pp. 37-43) provient d’un texte écrit en 1831 par l’ouvrier typographe Augustin Colin, publié dans Le Cri du peuple :

 

« [...] Nous avons secoué le joug de l’aristocratie nobiliaire pour tomber sous la domination de l’aristocratie financière, nous avons chassé nos tyrans à parchemin pour nous jeter dans les bras des despotes à millions. (suite…)



Jacques Rancière : « Election et raison démocratique »

 

Souvent,  je lis des textes, je les trouve brillants, et je ne sais pas faire autrement pour les utiliser que de les retranscrire entièrement. Voici un article du philosophe Jacques Rancière datant de 2007, penseur radical de l’égalité, que je découvre de jour en jour, et qui tiraille toujours un peu plus ma réflexion !

 

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Jacques Rancière pour un entretien à Filosofie Magazine, devant des étudiants de l’université d’Amsterdam (Maagdenhuis), mai 2015, copyrights Roger Cremers.

 

Cette élection présidentielle, comme les précédentes, donne aux médecins bénévoles ou intéressés l’occasion de reprendre l’antienne de la crise ou du malaise de la démocratie. Il y a cinq ans, ils se déchaînaient contre ces électeurs inconscients qui votaient selon leur goût personnel pour des « candidats de protestation » et non en citoyens responsables pour des « candidats de gouvernement ». Aujourd’hui, ils dénoncent l’empire des médias qui « fabrique » des présidentiables comme on lance des produits. En dénonçant ce qu’ils considèrent comme une perversion de l’élection présidentielle, ils confirment le postulat que cette élection constitue bien l’incarnation suprême du pouvoir du peuple.

L’histoire et le bon sens enseignent pourtant qu’il n’en est rien. L’élection présidentielle directe n’a pas été inventée pour consacrer le pouvoir populaire mais pour le contrecarrer. Elle est une institution monarchique, un détournement du suffrage collectif destiné à le transformer en son contraire, la soumission à un homme supérieur servant de guide à la communauté. Elle a été instituée en France en 1848 comme contrepoids à la puissance populaire. Les républicains avaient cru en limiter le risque par un mandat de quatre ans non renouvelable. Le coup d’État de Louis Napoléon fit prévaloir l’esprit monarchiste de l’institution sur sa forme républicaine. (suite…)



L’islamophobie, c’est quoi ? Un regard sociologique

 

Depuis plusieurs décennies, il fait de moins en moins bon être musulman en France – qu’on soit Français ou pas. Il y a deux ans, fouineur que je suis, je tombe sur l’excellente revue scientifique Sociologie, née quelques années auparavant, qui propose un numéro spécial sur la sociologie de l’islamophobie, dont on peut lire certains articles sur le portail Cairn (ici). C’est en étudiant cette revue que j’ai affiné mon regard scientifique sur cet objet si méconnu et passionné qu’est l’islamophobie. Je lis et entends souvent des critiques sans nuances à l’égard des musulmans et de l’islam, quand ce n’est pas parfois une franche et irraisonnée hostilité, même de la part de mes amis, critiques réservées à cette seule religion et à ces seuls croyants. Dans le numéro de Sociologie sus-cité, notamment, les politistes Abdellali Hajjat et Julien Beaugé s’intéressent au rôle du Haut Conseil à l’intégration dans la construction du « problème musulman », et le sociologue Marwan Mohammed introduit le numéro en esquissant un panorama des travaux sociologiques consacrés à ce nouveau champ de recherche qu’est l’islamophobie. Il y a quelques jours, je tombe sur un ouvrage important, que je dévore rapidement : A. Hajjat, M. Mohammed (2013), Islamophobie. Comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman », Paris, La Découverte, « Poche », 2016. J’ai eu envie de partager avec vous l’introduction de cet ouvrage (pp.5-22), qui, je l’espère, vous donnera l’envie de prolonger la lecture. Toutefois, avant de proposer cette introduction, je souhaitais clarifier quelque chose tout de suite : le sociologue Marwan Mohammed n’est pas Marwan Muhammad. Ce dernier est un militant très actif, directeur exécutif de l’association Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) depuis mars 2016. Il n’y a aucun lien de parenté. Voilà une vidéo dans laquelle Marwan Mohammed (le sociologue, donc) est invité sur France 24 par Gauthier Rybinski en 2013 pour y présenter l’ouvrage en question :

http://www.dailymotion.com/video/x1802lq

Après cette « introduction », voici la réelle introduction de l’ouvrage co-écrit par A. Hajjat et M. Mohammed : (suite…)



L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #020

 

 

Aujourd’hui, j’ai décidé de balancer un Edito-Eco un peu particulier, dans lequel je reproduis un essai d’un immense écrivain, Jack London. Longtemps, j’ai cru que Jack London était celui qui avait écrit Croc Blanc. Entendre : celui qui n’avait écrit que Croc-Blanc. Et encore, ne l’ayant toujours pas lu, je n’avais de Croc-Blanc qu’une vague idée, certainement fausse, véhiculée par ses mièvres succédanés télévisuels : un conte pour enfants avec un chien moral qui parle (ou qui pense à voix haute), à peine plus palpitant que L’incroyable voyage…Voilà ce que je connaissais de Jack London.

Il y a quelques mois, une très chère amie, connaissant mes engagements savants et politiques, m’enjoint de lire Le Talon de fer (The Iron Heel), publié en 1908, roman dans lequel Jack London imagine une révolution socialiste aux États-Unis en 1914.

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J’entre dans une librairie, et cherche l’ouvrage en question, en vain. Déçu de passer pour un temps à côté d’une œuvre aussi attrayante, je décide de partir avec un autre ouvrage de l’écrivain, pour enfin le découvrir, lui et ses engagements. Après une intense comparaison entre les différents titres disponibles, mon choix se porte sur un recueil d’essais politiques et personnels, intitulé Révolution (du titre d’un essai de 1908) suivi de Guerre des classes, publié chez Libretto.

C’est l’un de ces essais que je reproduis ce jour : un texte d’une sincérité et d’une justesse incroyables, en plus d’un certain style, que, malgré la dimension très biographique, on pense avoir été écrit pour notre époque libérale et cynique ; un texte qui a digéré Marx et le marxisme, voire même Thorstein Veblen, et qui contient déjà en filigrane Karl Polanyi, Pierre Bourdieu et Frédéric Lordon. Ce texte s’intitule « Ce que la vie signifie pour moi ». Bonne réflexion ! (suite…)



L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #019

F. Hollande – enfin, surtout la vacuité idéologique qu’il incarne – n’a décidément rien compris à l’Histoire. Exposé en quatre points.

1. Haut dignitaire d’un Parti dit « Socialiste », F. Hollande s’est fait élire en 2012 sur une méprise doublée d’une conjoncture particulière : non content d’apparaître comme une force suffisante pour battre N. Sarkozy, cette apparence se double en effet d’une posture de gauche (« Mon ennemi, c’est la finance », la taxe à 75%) à défaut d’avoir véritablement un programme de gauche (équilibre des comptes publics, allègements fiscaux et aides publiques aux entreprises). A titre personnel, je pense qu’il se croit encore sincèrement socialiste ; il a simplement oublié ce que signifiait ce mot…

2. Élu de justesse au 2nd tour, sa politique économique se révèle en fait très… libérale, sur les questions de la croissance, du chômage, de l’emploi ; on l’entend même reprendre à son compte, mot pour mot, la fumeuse « loi » des débouchés de Jean-Baptiste Say ! On a pu croire à un « tournant », mais c’était passer sous silence le parcours du bonhomme (HEC, IEP, ENA, Mitterrand, J. Attali, Cour des comptes, « oui » à la Constitution européenne en 2005, etc.), du parti qu’il incarne (le tournant libéral date en fait de… 1982) et des têtes qu’il a choisies pour mener sa politique (J. Cahuzac, P. Moscovici, M. Sapin, M. Valls, F. Rebsamen, E. Macron, sans compter les conseillers et/ou amis du Président : P. Aghion, P. Lamy, H. Védrine, D. Villemot, J. Attali, P. Villin, etc.). La « gauche » ou le « socialisme » incarnés par F. Hollande ressemble finalement, malgré les spécificités nationales, au Parti démocrate de Clinton, au SPD de Schröder, au Labour de Blair et de plus en plus au reagano-thatchérisme le plus crasse…

3. En avril 2015, à la TV, F. Hollande choque tous ceux qui se trouvent à sa gauche en comparant le FN contemporain à « un trac du PCF des années 1970 ». Toute l’extrême-gauche est scandalisée, à juste titre : pas vraiment par cette saillie qui, si on analyse la citation dans son contexte, est beaucoup plus prudente qu’il n’y paraît ; mais parce que l’insidieuse indistinction entre « les » extrêmes, ramenant dos à dos ce qu’on appelle l’extrême-droite et l’extrême-gauche, est répétée comme un mantra depuis plusieurs décennies, jusque dans les programmes d’histoire, alors qu’il n’y a rien de commun entre ces deux « extrêmes » ; ils sont même antinomiques !

4. Hier, F. Hollande était à Cuba, en particulier pour faire des affaires. Il en a profité pour rencontrer Fidel Castro, lider de la Révolution cubaine en 1958, et l’a qualifiée de « rencontre de l’Histoire ». Deux propositions antithétiques. Que va faire F. Hollande chez Castro ? « Rassurer sa gauche », affirment les journalistes, comme si les idéaux de gauche étaient portés par le vieux barbu. En fait, il vient y faire des affaires. Lorsque Castro (Raul, pas Fidel) annonce l’ouverture de Cuba aux investisseurs étrangers (à l’image de la Chine des années 1980), les démocraties libérales oublient le caractère non démocratique de l’île et foncent y vendre tout un tas de cochonneries. Business is business. C’est comme se féliciter de vendre des armes au Qatar, soupçonnés de financer… le djihadisme ! Mais revenons à nos moutons, car il y a plus grave que faire du business avec des pays loin d’être de gentilles démocraties. Ce qui est grave, c’est que, d’un côté, les sociaux-libéraux, incarnés en France par le PS, décrédibilisent les idéaux progressistes portés par l’extrême-gauche actuelle en les comparant aux idéaux fascistes, alors que de l’autre, ils n’hésitent pas à commercer avec des fascistes qui se réclament de l’idéal révolutionnaire (le tampon « vu avec F. Castro » est censé valider le caractère « de gauche » de F. Hollande), mais qui sont en fait responsables de la trahison de cet idéal, avec les régimes soviétiques, chinois, nord-coréen…

Relisez cette dernière phrase au calme…

 

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L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #018

Plus de trois mois déjà que les attentats contre Charlie Hebdo ont été perpétrés, et le monde continue de tourner : l’islamisme tue toujours, et la connerie médiatico-politique, c’est tout comme. La gauche de gouvernement n’a jamais été aussi à droite sur le plan économique ; la droite n’a jamais été aussi extrême sur le plan immigration/sécurité/pauvreté ; l’extrême-droite n’a jamais semblé si proche des idées communistes des années 1970 (c’est François Hollande qui le dit)… En fait, on confond souvent le rouge, le bleu et le brun (oublions le rose !) dans une confusion qui n’a, en réalité, pas lieu d’être à partir du moment où on réalise l’immense effort de simplement ouvrir les yeux.

 

Depuis plus de trois mois, la presse joue un trouble double jeu en mettant en scène ces attentats, et ce qu’ils sont censés représenter, dans une surenchère somme toute bassement marketing, même si la déontologie de certains titres est plus noble que celle d’autres. On y sort des hors-série sur la tolérance, en jouant sur la polysémie du terme ; on revisite le Coran pour tenter d’y voir plus clair ; on investigue l’intégrisme religieux pour mieux mélanger les cartes. Et pendant ce temps-là, Charlie, après avoir engrangé un petit pactole, continue à faire des doigts.

 

Intéressons-nous à l’intégrisme, si vous le voulez bien. Dans nos esprits javellisés, l’intégrisme est souvent représenté par un turban, une barbe, une bombe, un « Allah Akbar », un voile noir, un faciès typé (comme on dit chez les Français de souche), des mœurs barbares, etc. La liste n’est pas exhaustive, mais elle ne s’embarrasse ni de complexité ni de subtilité.

 

Il est admis chez la plupart de nos concitoyens, et encore davantage parmi nos élites médiatiques, politiques et intellectuelles, que l’intégrisme religieux, surtout celui relatif à l’Islam, doit se combattre : par exemple, Eric Zemmour, celui qui dit tout haut la merde nauséabonde que certains n’osent pas penser même tout bas, avance sans ciller qu’ « il n’y a qu’une différence de degré entre Islam et islamisme », en d’autres termes, que tous les musulmans sont de manière latente des terroristes en puissance.

 

Bon… Mais il est un autre intégrisme qu’on n’interroge jamais, celui-là, et qu’on est peu à combattre. L’intégrisme économique. « Quoi ? » J’aurai bientôt, je l’espère, l’occasion d’en reparler ici dans un long article fouillé. Pour l’instant, je vais laisser la plume à un Economiste Atterré, Eric Berr, maître de conférence en économie à l’université de Bordeaux, qui a publié au nom de l’association un article percutant il y a un mois à ce sujet. A toi, Eric : (suite…)



Hommage à Bernard Maris – Adieu, tonton Bernard !

 

Mercredi 7 janvier 2015, le siège du journal satirique Charlie Hebdo a été victime d’un attentat terroriste. Sous leurs balles, douze personnes innocentes sont tombées ce jour-là, dont les dessinateurs Tignous, Honoré, Charb, Cabu, Wolinski (ces deux derniers ont bercé ma jeunesse, entre Le nez de Dorothée et Mon corps est à elles, entre autres), et l’économiste Bernard Maris. En dépit de l’amour inconsidéré que j’ai pour Cabu et Wolinski, je vais aujourd’hui raconter mon Bernard Maris. Avec des sanglots dans la plume.

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Comment commencer ? J’ai découvert Bernard Maris par hasard. Etudiant en sociologie, en droit et surtout en économie (par hasard), je suis un étudiant laborieux, brouillon, perdu. Après un DEUG cahin-caha dans la gauchiste (c’est un plaisir) université de Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, je tente avec difficultés d’être transféré à Paris-Diderot. Il m’en coûtera un redoublement de ma troisième année. Mais surtout, je rencontre enfin un enseignement cohérent, par-delà la pluridisciplinarité de ma section, un enseignement qui m’emporte. Je m’y plonge avec une assiduité dont j’ai rarement fait preuve, et commence à « devenir » un étudiant : après des heures passées dans la bibliothèque de Paris 8, je passe le cap, j’achète des livres de ma propre initiative, et surtout, je les lit. Évidemment, j’ai peine à nager dans l’océan de publications existantes ; je prends donc des conseils un peu partout. (suite…)



L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #017

 

 

Ce n’est pas la première fois que je m’insurge contre ça, mais ce sera la première fois sur ce blog. « Ça », ce sont les nombreuses pages contre François Hollande.

 

« Honte à Hollande : qu’il dégage ! »

 

Entendons-nous bien : je comprends tout à fait qu’on puisse avoir des griefs contre Hollande, son Premier Ministre, le gouvernement, sa politique, sa ligne, ses choix, car ils ne brillent guère par leur acuité, leur compétence, leur cohérence, leur efficacité, ce qui montre au passage, ironie de l’histoire, l’incroyable constance des gouvernements de la Ve République. D’ailleurs, les habitués du blog auront remarqué les critiques régulières portées à l’endroit de la politique gouvernementale par votre serviteur, notamment en raison (et non en dépit) de mon engagement à gauche.

 

Je ne vais pas m’attarder sur le cas « Hollande Dégage » (450 000 ‘j’aime’, quand même, à ce jour), tant cette organisation citoyenne draine et regroupe tout ce que la France compte de groupes conservateurs, traditionnalistes, xénophobes, réactionnaires, extrémistes, avec son lot de propos haineux, mensongers, démagogiques, violents, diffamatoires, idiots, révisionnistes… Bref : un vulgaire appel à la haine, non seulement sur la personne de François Hollande, mais aussi sur tous les ennemis supposés de la nation, étrangers, immigrés, fonctionnaires, LGBT, Noirs, gauchistes, syndicalistes, Roms, etc. Une page qui, définitivement, pour des raisons légales, devrait être fermée.

 

Observons une autre page intitulée « J’ai Honte de Mon Président », qui comptabilise à ce jour 280 000 ‘j’aime’. La line-up est simple : « pour tous ceux qui ont honte de notre président ». Adoptant un ton plus badin que la dégueulasse « Hollande Dégage », cette page reste dans le fond insultante, parfois diffamatoire, souvent démagogique. Essayons de voir, en plusieurs exemples, en quoi cette page ne constitue en aucun cas un medium satirique, et que, bien au contraire, elle a une visée politique en première et dernière instance, en usant de stratagèmes malhonnêtes, et en générant des commentaires représentant le degré zéro du débat public.

 

1er cas : les impôts

 

Le 18 août dernier, les administrateurs de la page publiaient une blague sur les prélèvements obligatoires.

 

 

Hollande Honte 6

(suite…)


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