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L’Edito-Eco de Lud – L’après-confinement, au-delà du capitalisme ?

 

 93007507_2549041855337156_4936293114013810688_n Diogène Picante

 

Ce matin, je suis tombé sur une petite vidéo de David Guetta, confiné à Miami, qui se confiait à Konbini. Vers la fin, il a cette envolée lyrique qui ferait passer Benoît Hamon pour un intellectuel critique : « Les frontières, ça ne veut plus rien dire, on ne fait qu’un. Il n’y a plus de riches, plus de pauvres, plus de noirs, plus d’arabes, plus d’asiatiques, plus de blancs, on est tous pareils, on est tous égaux. »

 

Bon, force est de constater que ceux qui sont obligés d’aller bosser dans des conditions indignes (je veux dire : encore plus indignes que d’habitude), qui exposent leur vie en vrai ; ceux qui n’ont pas droit au dépistage ; ceux qui ont droit à la libéralité de la brutalité policière ; ceux qui sont contraints de se confiner dans des logements trop petits, insalubres, avec peu de revenus ; bref, tous ceux-là, tous ces « ceux » ne se distribuent pas au hasard dans la population. Il y a les cadres (comme moi) qui ont la possibilité de télé-travailler et il y a les ouvriers, les employés des commerces, les livreurs, et évidemment les personnels de santé qui ne peuvent pas ; il y a les riches et certains cadres qui n’ont pas besoin de travailler pour vivre ou pour recevoir le même niveau de revenu et il y a cette armée de salariés précaires déguisés en auto-entrepreneurs, serviteurs modernes, et ces salariés qui n’ont pas intérêt à tenter le droit de retrait, qui sont obligés de travailler, tout simplement pour avoir un revenu, pour bouffer. Oui, le salariat demeure ce rapport de dépendance, c’est-à-dire la « menace jetée sur la vie à nouveau nue », en deux mots : « l’hétéronomie matérielle »1. Il y a aussi toute cette armée d’artisans, commerçants, agriculteurs et petits chefs d’entreprise qui vont bien galérer, et ces chômeurs partiels qui vont prendre encore davantage de recul du droit du travail dans la gueule… Il y a les bourgeois des beaux quartiers qui peuvent sans problème faire leur jogging ou s’amuser dans les parcs et jardins sans être réellement embêtés par la police, et puis il y a les habitants des quartiers populaires racisés qui, pour être sortis chercher à bouffer en oubliant une date sur l’attestation, sont poursuivis par des brutes casquées et matraquées, insignes indignes sur l’épaule. Il y a ces bourgeois qui n’ont pas hésité à risquer de répandre le virus pour passer le confinement dans leur résidence secondaire, et puis tous ces pauvres obligés de rester chez « eux », dans leurs cages à lapin délabrées. N’en jetez plus…

 

Il y a trois jours, je suis tombé sur une petite interview de l’économiste Marc Ivaldi, professeur à la prestigieuse Toulouse School of Economics et directeur de recherche à l’EHESS. Une si petite interview avec autant de conneries, soulignons-le. Morceaux choisis, et commentaires de votre serviteur :

 

  • « De leur côté, beaucoup d’entreprises ont renoncé cette année à la distribution de dividendes. La solidarité devra s’exprimer, y compris chez les salariés. » → Comme si (suite…)



‘Chato’ Galante, communiste et démocrate, radicalement être humain

 

Le 29 mars 2020, l’homme politique Patrick Devedjian est décédé du Covid-19, et tout le monde en a parlé, en occultant son anticommunisme farouche et permanent, son engagement pour le groupe d’extrême-droite Occident et pour l’Algérie française, et les coups de barres de fer qu’il a donnés dans sa jeunesse. Non, on a plutôt loué sa grande culture, son esprit libre, son sens du bien commun, et son humanisme – non, vous ne rêvez pas. On a même entendu ce larbin de Jean-Christophe Barbier affirmer que « la mort de P. Devedjian sign[ait] un tournant dans cette épidémie », comme si les autres morts, les anonymes surtout, ne comptaient pas. 

En attendant, la veille, le 29 mars 2020, décédait une autre personnalité, du Covid-19 aussi, évidemment moins connu en France – et pour cause, il était espagnol. Il s’appelait José Maria Galante, dit ‘Chato’, dessiné ici par le journaliste italien Gianluca Costanini (lien) en 2018 : 

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Mais qui était ce Chato ? Il est né en 1948 d’un père militaire franquiste. Il suit des études d’économie et de sciences politiques et devient, à l’orée de 1967-1968, un militant du Fronte de Liberacion Popular (FLP), un groupe clandestin anti-franquiste, et membre du Sindicato Democratico de Estudiantes (un syndicat étudiant de gauche). Arrêté en 1969, torturé pendant plusieurs jours. A partir de 1971, il devient membre de la LCR espagnole, la Troskista Liga Revolucionaria, il est encore arrêté et torturé pendant plusieurs semaines par le policier Billy el Nino, aka Antonio Gonzalez Pacheco. Direction la prison. Il fait ensuite son service militaire obligatoire mais on le surveille de près, on l’enferme, et on le torture encore. Entre 1971 et 1976, il passe environ cinq ans en prison, jusqu’à l’amnistie de 1976. Candidat LCR aux élections municipales du conseil municipal de Madrid de 1979 à 1983, il poursuit son militantisme pacifique et écologique, foncièrement de gauche.

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Copyright Mark Henley

 

En 2008, il forme avec d’autres (suite…)



L’Enfance de l’ordre : comment les enfants perçoivent le monde social. La socialisation expliquée à tout le monde !
26 janvier, 2020, 16:48
Classé dans : La Société en question(s)

 

Cela fait un moment que je ne partage sur ce blog que de la musique, et, même si la musique est une source indispensable de vie pour moi, j’ai toujours le souhait de ne pas me spécialiser au partage de mes goûts musicaux. 
J’ai déjà partagé ici plusieurs extraits d’ouvrages de sciences sociales, et c’est ce que je m’apprête à faire maintenant. Comme beaucoup le savent, je suis enseignant en sciences économiques et sociales, et mes intérêts intellectuels me portent tout naturellement à privilégier la lecture d’ouvrages de sciences sociales au détriment d’autres sources culturelles. Il y a quelques mois, je tombe sur un compte-rendu d’un résultat d’enquête publié sur le site Questions de classes, rédigé par Arthur Serret, qui a grandement ouvert ma curiosité. Je me procure le livre, prend le temps de le lire, et suis impressionné par la finesse de l’analyse de la socialisation des enfants qui est déployée dans l’ouvrage. Ces deux chercheurs ont enquêté durant deux ans auprès de jeunes enfants scolarisés dans l’enseignement primaire, et ont cherché à comprendre comment les enfants appréhendent-ils les différences sociales qui constituent l’univers dans lequel ils grandissent. Je publie ici la conclusion, qui offre une synthèse très éclairante du problème, et qui devrait pousser le lecteur à lire l’intégralité du livre. En guise d’introduction, voici une conférence des deux chercheurs donnée le 7 décembre 2017 au Centre Emile Durkheim : 

 

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Lorsqu’un enfant commence à se représenter l’ordre social, par exemple lorsqu’il se met à hiérarchiser les positions professionnelles, à faire des différences entre ses camarades, à distinguer des camps politiques, son geste est placé sous plusieurs contraintes. D’abord se pose le problème de l’exposition différentielle des enfants aux diverses dimensions de la vie sociale. Cette exposition implique une sorte de ségrégation des perceptions : alors que les enfants ont certaines choses, certaines personnes et certaines pratiques constamment sous les yeux ou à portée d’oreille, d’autres leur échappent largement, ne font pas partie de leur monde. Cette ségrégation tient au mode de vie des familles, mais aussi à une définition sociale de l’enfance plus générale, qui la place, par exemple, globalement à distance de la politique (en tant qu’affaire d’adulte). Se distribuent ainsi d’emblée des degrés de connaissance et de méconnaissance, avec ce qu’ils impliquent de zones claires et de zones floues, voire obscures. Cette situation a en fait des conséquences sur l’orientation même des perceptions : une meilleure connaissance, une plus grande familiarité pèse sur les modalités d’appréciation. De façon certes ambivalente. Souvent, ce qui est familier constitue une sorte de camp, les garçons jugeant favorablement tout ce qui est masculin, les enfants nés dans des familles ancrées à gauche faisant de cette orientation politique celle des « gentils » (vs les « méchants » de droite), par exemple. Mais, parfois, la familiarité fonde au contraire une mise à distance : ainsi de ces fils de femmes de ménage qui disqualifient violemment (en public en tout cas) ce métier en parlant de « boniches », comme s’ils tentaient d’évacuer une domination qu’ils connaissent en premier lieu sur un plan concret et quotidien (mais, en même temps, ils se ré-ancrent aussi dans leur « camp » masculin). Quoi qu’il en soit, (suite…)



L’Edito de Lud – Sur l’invasion des immigrés-étrangers (on ne sait plus)…

Ce mardi 17 septembre 2019, sur BFMTV-RMC, chez J.-J. Bourdin, Marine Le Pen a commenté les propos du Président Emmanuel Macron sur l’immigration : « L’année dernière, 350 000 entrées légales sur le territoire. […] Ca veut dire qu’à ce rythme-là, à la fin de son mandat, 2 millions d’étrangers, légalement, seront entrés sur le territoire. Et je ne parle pas des illégaux qui sont innombrables. » Que de confusions…

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E. Macron évoque l’ « immigration » (donc : les « immigrés » arrivant sur le territoire), M. Le Pen commence par évoquer les « entrées légales » puis utilise le mot d’ « étrangers ». Le problème, c’est que ce sont trois catégories différentes…

 

On va commencer par la phrase, stricto sensu, de M. Le Pen. Que signifie 350 000 entrées légales ? Selon l’Insee, en 2017, 370 000 personnes sont arrivées en France (figure 1). Décortiquons ce chiffre (figure 2).

Parmi ces 370 000 personnes, 23 % sont des personnes nées en France, 6 % sont des personnes nées françaises à l’étranger. Autrement dit, 29 %, presque un tiers, sont des non immigrés, ce qui représente 107 300 personnes. Il reste donc 262 700 immigrés (71 %). Parmi ces immigrés entrants, 92 500 personnes viennent d’Europe (25 %), 29 600 viennent d’Amérique et Océanie (8 %), 44 400 personnes viennent d’Asie (12 %), 96 200 personnes viennent d’Afrique (26 %). M. Le Pen se trompe donc lorsqu’elle assimile toutes les entrées sur le territoire à des entrées d’étrangers (elle se trompe, en première approximation, de 29 %, presque un tiers).

 

Mais, en n’évoquant que les personnes qui entrent sur le territoire, on oublie qu’il y en a aussi qui sortent (des Français qui s’expatrient, mais aussi des étrangers qui partent) (figure 1). (suite…)



L’Edito de Lud le Scribouillard #022 Macronie et politique : la destruction du langage
8 avril, 2019, 18:52
Classé dans : La Société en question(s)

 

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Ce week-end encore a été émaillé de violences. On se demande pourquoi ces Gilets jaunes manifestent encore, ils cherchent vraiment la bagarre : ennemis de la Démocratie, de la République, de la Presse, de la Vérité, et tant d’autres tares…

Selon le Ministre de l’Intérieur C. Castaner, « les fautes [des policiers] sont marginales » (04/04). Plus tôt, il rappelait : « Moi, je ne connais aucun policier, aucun gendarme qui ait attaqué des gilets jaunes. » (14/01). Un rappel, parmi cent : le 12/01, un gamin de 14 ans, qui ne manifestait même pas, a perdu un oeil d’un tir de LBD40 à vingt mètres… Comme le rappelait à juste titre l’économiste Frédéric Lordon le 14/03 : « [...] vous avez fait du peuple un ennemi de l’Etat [...], vous lui faites la guerre, avec des armes de guerre, et des blessures de guerre. » [Lire - ou plutôt regarder - les nombreux témoignages compilés par votre serviteur dans un récent billet de blog]

Doit-on en conclure que le Ministre ment ? Qu’il est ignorant des actes de ceux dont il est le Ministre ? Gageons qu’il est sincère, ce qui est encore plus grave… pour la démocratie ! Voici un montage intéressant qui, normalement, rafraîchit les mémoires :

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Pour rappel, c’est le même Ministre, C. Castaner, qui, il y a quelques jours, en tapant dans le dos de Matteo Salvini, a qualifié les ONG qui viennent en aide aux migrants en Méditerranée de « complices des passeurs » (05/04), dans les mêmes termes qu’une organisation d’extrême-droite, Génération Identitaire (qui, depuis, a fait de C. Castaner un membre d’honneur de son organisation).

Le 26/02, le Premier Ministre E. Philippe et la Ministre du Travail M. Pénicaud affirmaient qu’avec les règles actuelles de l’assurance chômage, « un demandeur d’emploi sur cinq » percevait une allocation mensuelle supérieure à son salaire mensuel moyen. Las : le 29/03, le Pôle Emploi sort une fiche-méthode pour comprendre d’où sort ce chiffre. Évidemment, l’indicateur retenu est farfelu

Après l’annonce de l’augmentation vertigineuse des frais d’inscription universitaire pour les étudiants extra-communautaires, deux professeurs à l’Université de Lorraine ont montré que le Ministère de l’Enseignement supérieur avait manipulé les chiffres de Campus France.

Le 25/03, le Président de la République E. Macron affirme que Geneviève Legay, militante Attac gravement blessée lors des manifestations de Gilets Jaunes, « n’a pas été en contact avec les forces de l’ordre ». Le 29/03, le Procureur de la République de Nice affirme finalement le contraire.

Fin mars, des révélations viennent entacher une Présidence décidément exemplaire : I. Emelien, conseiller spécial du Président de la République E. Macron (depuis démissionnaire), a bidouillé et diffusé une vidéo bidon visant à disculper, ou, à tout le moins, à atténuer la responsabilité d’A. Benalla dans les événements de la Contrescarpe.

On pourrait poursuivre ainsi ad vitam aeternam… Le 31/03, S. Ndiaye est nommée Porte-parole du gouvernement. Une phrase qu’elle a prononcée en juillet 2017 ressort : elle a ainsi affirmé « [assumer] mentir pour protéger le Président de la République ». Devant la polémique, elle dit que cette phrase est sortie de son contexte. Pour la défendre, le député LREM P. Vignal affirme, lui : « S’il faut dire la vérité aux Français, c’est dix ans de sang et de larmes. » Il est donc justifié de mentir aux Français…

Je rappelle les propos du Président E. Macron lors de ses vœux pour l’année 2019 : « D’abord, un vœu de vérité. Oui. Nous souhaiter, en 2019, de ne pas oublier qu’on ne bâtit rien sur des mensonges ou des ambiguïtés. »

Le 14/03, à la Bourse du Travail, l’économiste F. Lordon éructe sur le langage :

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Je paraphrase, pour éviter d’alourdir encore un billet déjà long comme le bras. Que dit-il ? Que le langage permet de mettre des mots sur des choses, donc de les penser, de les réfléchir, d’en discuter (de ces choses). Si les mots viennent à signifier le contraire des choses qu’ils sont censés réfléchir, alors on ne peut plus penser les choses, on ne peut plus discuter des choses. C’est l’annihilation du politique. Et quand les gens ne peuvent plus utiliser les mots pour penser les choses, donc pour les changer, ils risquent d’utiliser d’autres moyens moins pacifiques pour les changer, ces choses.

Monsieur Macron, il est grand temps de partir, « rendez les clés ! »

 

 



Revue Timult. Les trois pieds de la transformation sociale

 

Depuis très longtemps, je fouine dans les magazines, la presse, les revues. Une petite obsession personnelle. Évidemment, avec le temps, mon regard s’affine, je sais mieux chercher, même si je ne sais pas toujours ce que je cherche.

Il y a quelques années, j’ai découvert la librairie Quilombo, au 23 rue Voltaire, dans le 11e arrondissement de Paris, un lieu de rencontre et d’informations sur les luttes, l’actualité militante et contre-culturelle, avec un catalogue très riche, très pointu, très varié. Incontournable. Plus récemment, j’ai découvert la librairie Publico, sise au 145 rue Amelot, également dans le 11e arrondissement de Paris, qui fait la part belle aux idées et aux actions libertaires et anarchistes. Incontournable également.

C’est chez Publico que j’ai trouvé, en ne cherchant rien de particulier, la revue N’Autre Ecole par exemple, ainsi que la revue Timult. Voilà comment cette dernière se présente : « Une revue qui parle de luttes sociales et d’aspirations à changer le monde. Une revue qui explore de nouvelles façons de faire de la théorie politique, en imbriquant les récits de vie, les émotions et les analyses, en expérimentant des manières d’écrire, d’inviter à l’écriture (ateliers et écritures collectives…). Une revue pour être plus fort-e-s et plus habiles face aux oppressions, et aussi pour nous faire plaisir ! » Le numéro que je me suis procuré est le n° 10, sorti en mars 2018, toujours disponible.

 

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Me voyant intrigué, le taulier chez Publico m’explique que la revue est basée à Grenoble, qu’ils pratiquent beaucoup l’écriture collective et les ateliers d’écriture pour ceux qui ne sont pas habitués à écrire, qu’ils tentent des trucs, et que c’est foutrement bien. Bingo ! A la lecture, ça fourmille, ça interpelle, c’est jubilatoire. Je souhaite partager ici un article extrêmement stimulant écrit par les chacales dorées, dans ce n° 10, qui m’a beaucoup fait réfléchir, car depuis un moment, la question politique sur laquelle je bute sans cesse, c’est celle de l’action politique. Bonne lecture !

N. B. : J’ai reproduit le dessin qui figure dans l’article, car je ne voulais pas trop abîmer mon exemplaire déjà bien entamé en le tordant pour un scan, et aussi parce que j’avais envie de dessiner.

________________

 

Des fois dans ce monde on bloque.

Des fois quand on bloque on peut se poser, parler avec des ami-es, des camarades. Et ça nous fait avancer, ça nous emmène ailleurs. Ce jour-là, nous étions cinq, un groupe précis, quatre personnes dans la trentaine et une frisant les quatre-vingt. Assignées femmes. L’une vivant avec un salaire, les autres au rsa ou de la retraite. Habitant en collectif, parfois en colocation. Certaines très impliquées dans le monde militant, d’autres beaucoup moins… Bref, un groupe de travail, quelques amies.

Horizons bouchés, ça trépigne. On creuse, on fouille, on démêle à l’aveugle. (suite…)



« Je comprends la violence des Gilets Jaunes… » Les sciences sociales concurrencées par la pensée magique
25 février, 2019, 17:13
Classé dans : Histoire de la Pensée,La Société en question(s)

 

Plus de trois mois de mobilisation pour les Gilets Jaunes… Et que de polémiques ! Aujourd’hui, j’aimerais revenir sur une séquence extrêmement instructive qui en dit beaucoup aussi sur certains impensés du débat public.

Résumé

Les émissions télévisées de débat « à chaud » donnent souvent à voir une multitude d’impensés du débat public. Le décryptage de l’une d’entre elles, dans laquelle l’un des invités est sommé de comparaître après avoir affirmé qu’il « comprenait la violence des Gilets Jaunes », permet, outre un rappel bourdieusien de la fabrique de l’opinion à la télévision, de rappeler que les sciences sociales et leurs fondements épistémologiques très solides, s’ils étaient largement diffusés, nous aideraient à sortir de certaines apories. En effet, enseigner les sciences sociales (car l’auteur est enseignant) oblige à établir une distinction stricte entre « comprendre » et « juger », en exploitant notamment la notion de « neutralité axiologique » (wertfreiheit) de Max Weber. Cette distinction patiemment fondée, et largement diffusée, permettrait, comme le souhaitait Émile Durkheim, de sortir de la pensée magique en ce qui concerne les choses sociales, et ainsi, de renforcer le caractère démocratique de nos sociétés par une compréhension approfondie et complexe des phénomènes et comportements sociaux.

Christophe Dettinger Black Lines Sociologie

[Photographie d’une partie de la fresque réalisée par le collectif Black Lines Rue d’Aubervilliers, Paris, dans laquelle j’ai ajouté une formule de Pierre Bourdieu, que Pierre Carles a utilisée pour nommer l’un de ses films : La Sociologie est un sport de combat]

 

Décryptage d’une émission de débat « à chaud »

 

Le lundi 7 janvier 2019, la journaliste Sonia Mabrouk reçoit, dans son émission de débat Les Voix de l’Info diffusée sur CNews, Laurence Marchand-Taillade (présidente du mouvement Forces Laïques), Vincent Cespedes (philosophe), François Pupponi (député Territoire et Liberté du Val d’Oise et président de l’association Villes et banlieues d’Île-de-France), Marie-Virginie Klein (communicante au cabinet Tilder), Thibault Lanxade (entrepreneur et PDG du groupe Jouve) et Driss Aït Youssef (président de l’Institut Léonard de Vinci).

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La journaliste ouvre son émission avec un choix de thèmes, et de mots pour les présenter, bien particuliers : elle parle en effet d’ « ultraviolence observée désormais tous les samedis », de « gangrène de la violence », puis évoque LE sujet de ce début de semaine, l’ancien boxeur, en ces termes « volonté d’en découdre avec la police », etc. Le ton est donné.

Après avoir diffusé (suite…)



Gilets Jaunes & violences policières
27 janvier, 2019, 13:41
Classé dans : La Société en question(s)

 

Hier, 26 janvier 2019, lors de l’Acte XI des Gilets Jaunes, Jérôme Rodrigues, l’une des figures du mouvement, a été blessé gravement à l’oeil sur la Place de la Bastille. Ces blessures sont monnaie courante depuis le début du mouvement.

capture-decran-2019-01-26-a-18-06-25Photo : Zakaria Abdelkafi/AFP

 

Plus de deux mois après le déclenchement d’un mouvement social soudain et d’ampleur, alors que le mouvement se poursuit, nous sommes abreuvés d’informations et de documents, à tel point qu’il peut être très difficile d’y voir plus clair pour tout un chacun, c’est-à-dire d’y voir plus clair au-delà de ses propres représentations. J’ai sélectionné plusieurs documents, sélection partielle évidemment, qui obligent à prendre un peu de temps pour comprendre. Car c’est bien cela qui nous manque : du temps pour comprendre, pour prendre du recul, à la fois sur la masse d’infos (et d’intox, d’imprécisions, de fake news, de mensonges, de propagande, etc.) et sur nos propres représentations, afin de suspendre notre jugement – non pour se retirer du monde, mais pour affiner ce jugement.

Le premier document est une émission de Mediapart datée du 16 janvier 2019, avec Karl Laske (journaliste à Mediapart), Antoine Boudinet (amputé d’une main), Dominique Rodtchenki Pontonnier (mère d’un blessé à la main), Lola Villabriga (blessée au visage) et Anaëlle (secouriste volontaire – street medics).

Le deuxième document est une émission de France Culture datée, elle aussi, du 16 janvier 2019 (L’invité des matins), avec David Dufresne (écrivain et journaliste) et Hélène L’Heuillet (philosophe et psychanalyste).

Le troisième document est une émission « Facebook Live » de Brut, datée du 18 janvier 2019, dans laquelle David Dufresne revient sur les violences policières.

Le quatrième document est un entretien du Media avec David Dufresne datée du 7 janvier 2019.

Le dernier document est un entretien du Media daté du 17 janvier 2019 avec le policier Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat de police VIGI.

Bonne écoute !

 

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EDIT : Un reportage très intéressant et très poignant du média Le Vent Se Lève, daté du 27 février 2019, réalisé par Salomé Saqué, Louis Scocard et Antoine Dézert :

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L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #021 Les dépenses publiques de Macron

 

Cela fait très longtemps que ma plume est restée muette. Ma vie est bien remplie. Et puis, il faut l’avouer : avec l’élection d’Emmanuel Macron, ça va encore plus vite qu’avec Sarkozy. Je veux dire : même pas le temps de décrypter une connerie ou une insulte qu’une autre sort. Il ne peut pas s’en empêcher, le mec ; et quand il faiblit un peu, beaucoup sont prêts à prendre sa place : des ministres lèche-cul, des députés godillots, des éditorialistes en pâmoison.

J’ai décidé pour ce billet de commenter quelques conneries (d’aucuns auraient écrit « fake news ») que notre Président de la République a prononcées lors de ses vœux aux Français le 31 décembre 2018. J’ai du mérite : beaucoup de mes proches m’ont avoué n’avoir pas eu la force d’aller au bout des seize minutes. Mais ce billet ne sera pas exhaustif, j’en ai bien peur. Je me contenterai de relever une belle grosse bouse bourde, mais le discours en est truffées !

838_forbesUne de Forbes, 31 mai 2018

Je propose à tous les lecteurs – et j’en suis désolé par avance – de bien vouloir revoir ses seize longues minutes, non pour infliger gratuitement d’atroces souffrances, non, je ne suis pas aussi pervers, mais simplement pour que tous les fans absolus de Manu ne crient pas à la déformation des propos et à la sortie du « contexte », vous savez, ce fameux contexte…

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Première piste à relever : « Nous surmonterons ensemble les égoïsmes nationaux, les intérêts particuliers et les obscurantismes. » (4′)

Une autre, une belle, celle-là, faudra la ressortir : « Le capitalisme ultra-libéral et financier, trop souvent guidé par le court terme et l’avidité de quelques-uns, va vers sa fin. » (4’41 ») (Mais peut-être a-t-il voulu dire « vers sa faim » ?) (suite…)



Dorothea Lange, Migrant mother, 1936

 

La période de l’entre-deux-guerres me poursuit, on pourrait même dire qu’elle me hante. Je l’ai croisée à l’adolescence, à travers le récit enflammé des grands gangsters de ces années-là, les Charlie Luciano, Meyer Lansky, Bugsy Siegel, Frank Costello, Lepke Buchalter, Al Capone, ainsi que les John Dillinger, les Bonnie Parker & Clyde Barrow, etc. Je me suis nourri de cette période, à la fin du collège et au lycée, elle a excité ma curiosité. Un moment fondateur de mon goût particulier pour l’histoire contemporaine, celle qui commence à la fin de la Grande Guerre, l’histoire du XXe siècle. Cette période, j’y suis revenu à travers un mémoire de master, dont j’avais choisi le sujet : la crise de 1929. J’ai adoré effectué ce travail, notamment parce que ça m’obligeait à creuser une facette de cette histoire que je maîtrisais moins, celle des mécanismes économiques, sociologiques, politiques qui lient inextricablement la Grande Guerre à la Grande dépression, la misère des paysans à la bulle spéculative, le Traité de Versailles à l’austérité allemande, la Grande dépression à la Deuxième Guerre mondiale, etc. Entre mon adolescence et aujourd’hui, j’ai picoré dans la culture et, ce faisant, je comprends de mieux en mieux cette histoire. La lecture du formidable Hard Times de Studs Terkel m’a replongé, l’an dernier, dans cette Grande dépression. Une réédition des éditions Amsterdam illustrée de plusieurs dizaines des photos que Dorothea Lange prit pour la Farm Security Administration dans les années 1930. Et ce mois-ci, novembre 2018, le musée du Jeu de Paume décide de consacrer une exposition riche et minutieuse à Dorothea Lange, sous l’intitulé : « Politiques du visible ». Et c’est par l’entremise de ma grande amie Pascale, collègue géniale de littérature, que je me retrouve, mardi soir, en sa si charmante compagnie, au milieu de l’expo, bouleversé par ces photographies.

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