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Pierre Bourdieu : la mystification de l’école libératrice

 

En tant que professeur de Sciences économiques et sociales (SES), j’ai dû lire un peu de Pierre Bourdieu pour affronter les programmes lorsque je suis entré dans le métier, il y a sept ans maintenant. J’y ai découvert une pensée féconde, une pensée qui bouscule, une pensée ardue pour un étudiant qui, comme moi, a une formation plus économique que sociologique (je me souviens d’un chargé de TD, en 2e année de licence, qui était littéralement féru de Pierre Bourdieu, et qui nous avait fait lire plusieurs textes dont on n’avait même pas compris le titre). Petit à petit, je me suis frotté un peu plus sérieusement à la pensée du sociologue : Les Héritiers, Sur la télévision, Questions de sociologie, une palanquée d’articles aussi, principalement issus des Actes de la recherche en sciences sociales, puis La Misère du monde, Science de la science et réflexivité, Invitation à la sociologie réflexive, Interventions, Le sociologue et l’historien. Plusieurs autres ouvrages ont été commencés : Méditations pascaliennes, Homo Academicus, Sur l’Etat en particulier. Et puis une foultitude d’essais sur Pierre Bourdieu, qu’il est illusoire de tous citer ici.

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J’admire beaucoup ce grand penseur, et c’est avec une étrange fascination que, sous le coup de coude d’un enseignant-chercheur que j’ai rencontré l’an dernier, je suis nécessité à lire Jacques Rancière et, ainsi, à entendre les féroces critiques que le philosophe a émises à l’endroit du sociologue. Je dois reconnaître que cette tension entre Rancière et Bourdieu (du nom d’un formidable ouvrage de Charlotte Nordmann) est très féconde pour mon esprit fermé ! Je voudrais ici partager un texte du sociologue, publié en 1966, à propos de ce qu’il appelle l’idéologie jacobine. Bonne réflexion !

 

 

Pourquoi le système d’éducation est-il si rarement soumis à une critique radicale ? Je voudrais montrer que le radicalisme ou le terrorisme verbal dissimule le plus souvent une complicité souterraine avec la logique du système d’enseignement, les valeurs qui le soutiennent et les fonctions qu’ils remplissent objectivement. Ne s’accorde-t-on pas trop facilement pour dénoncer les insuffisances de ce système et celles-là seulement que le système d’enseignement doit aux conditions économiques et politiques de son fonctionnement ?

Dénoncer et combattre, au nom d’une surenchère d’exigences, toutes les tentatives pour transformer un système archaïque, cela est incontestablement utile, mais cela est aussi incontestablement rassurant. D’abord, on se donne les justifications du révolutionnarisme verbal en réaffirmant les exigences concernant les conditions du fonctionnement du système ; ensuite on se dispense ainsi d’examiner le fonctionnement proprement dit de ce système, d’en analyser la logique et d’en découvrir les fonctions réelles. C’est pourquoi j’ai la conviction que l’idéologie jacobine sur laquelle repose la critique traditionnelle du système d’enseignement, et aussi, il faut le dire, certaines critiques traditionnelles des réformes gouvernementales de ce système, justifient le système sous apparence de le contester en même temps qu’elles justifient dans leur conservatisme pédagogique nombre de ceux qui s’en réclament, même à l’intérieur de l’Université. (suite…)



La Parole Ouvrière (1830-1851) a des choses à nous dire sur l’élection présidentielle 2017

 

Dans les années 1970, le philosophe Jacques Rancière a déjà rompu avec le marxisme d’Althusser et entreprend une longue recherche qui le mènera à une thèse d’État en 1981. A l’époque, professeur de philosophie à l’Université de Vincennes, il décide de « [transformer son] cours de philosophie en groupe de recherche sur l’histoire ouvrière » (p. 339) et trouve son partenaire, Alain Faure, « Etudiant transfuge d’un département d’histoire » (p. 339) (qu’on ne doit pas confondre avec l’historien Alain Faure, spécialiste de la classe ouvrière à l’Université Paris 10 Nanterre). En 1976, avec cet étudiant, Jacques Rancière publie La Parole Ouvrière, une sélection de textes écrits par des prolétaires français entre 1830 et 1851. Ce livre a été réédité par les éditions La Fabrique en 2007*, et c’est une vraie libération de lire ces textes qui, non contents de signifier l’émancipation ouvrière pour les prolétaires de l’époque, amorcent également une véritable émancipation pour le lecteur du XXIe siècle, enfermé dans les contradictions et les absurdités de son siècle.

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Je ne sais pas si je l’ai déjà écrit ici, mais si je me suis lancé dans l’exploration rigoureuse de la pensée de Jacques Rancière, c’est grâce à ma rencontre, l’an dernier, avec un enseignant-chercheur de l’ISP-ICP de Paris, un véritable maître ignorant qui a fait sienne la non-méthode de Rancière ; c’est lui qui m’a poussé à revenir à Rancière, que j’avais lu trop rapidement plus tôt dans ma vie ; c’est lui qui m’a obligé à comprendre Rancière par moi-même, sans me le verser tout cuit dans le bec, pratique qui est trop souvent vouée à l’échec d’ailleurs ; c’est lui qui ravive la flamme que j’ai en moi depuis ce mémoire sur la crise de 1929, rédigé en 2009, cette flamme de la recherche universitaire et du questionnement scientifique. Bon, trêve de bavardage : en ces temps troublés d’élection toute pétée, je m’en vais reproduire quelques textes issus, donc, de La Parole Ouvrière.

* Les références renvoient à l’édition de 2007.

 

A la fin de son introduction (pp. 26-27), Alain Faure introduit et cite deux textes d’époque :

 

« Espoir et désespoir mêlés dans cette réflexion d’avant le combat que prêtait l’écrivain républicain Rey-Dusseuil dans son roman Le Cloître Saint-Merri à un ouvrier insurgé de juin 1832 :

« Tout le monde ne peut pas être riche, je le sais, mais tout le monde doit vivre, je le veux !… Qui nous arrêterait ? La peur de la mort ? On n’a peur de mourir que quand on a plaisir à vivre. La mort est la seule amie du peuple, si elle vient avec une balle, elle se présente mieux qu’attendue sur un grabat… En avant, donc ! »

En écho, à seize ans de distance, cette pensée se retrouve dans la brochure d’un ouvrier supposé tranquille, Cousin-Vesseron (Nécessité de l’organisation du travail) :

« Faut-il s’étonner si des hommes, pour qui le passé et le présent n’ont que des souvenirs d’amertume d’une réalité de souffrance, jettent vers tout nouveau soleil un regard d’impatience et d’espoir ; après tout, l’ouvrier n’a rien à perdre, son sort ne saurait être pire ; il ne désire pas les bouleversements, il ne les craint pas non plus, puisqu’à chaque catastrophe il peut espérer voir cesser l’intolérable état de choses dont il est la victime et se voir débarrasser du fardeau de misère qui depuis si longtemps pèse sur lui. »

Attitude devant la mort qui nous renvoie à la mort quotidienne subie dans l’atelier et à l’avenir qui se pense et se fait à partir d’elle ; s’exprimant dans la pensée ouvrière. »

 

L’extrait suivant (pp. 37-43) provient d’un texte écrit en 1831 par l’ouvrier typographe Augustin Colin, publié dans Le Cri du peuple :

 

« [...] Nous avons secoué le joug de l’aristocratie nobiliaire pour tomber sous la domination de l’aristocratie financière, nous avons chassé nos tyrans à parchemin pour nous jeter dans les bras des despotes à millions. (suite…)



Jacques Rancière : « Election et raison démocratique »

 

Souvent,  je lis des textes, je les trouve brillants, et je ne sais pas faire autrement pour les utiliser que de les retranscrire entièrement. Voici un article du philosophe Jacques Rancière datant de 2007, penseur radical de l’égalité, que je découvre de jour en jour, et qui tiraille toujours un peu plus ma réflexion !

 

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Jacques Rancière pour un entretien à Filosofie Magazine, devant des étudiants de l’université d’Amsterdam (Maagdenhuis), mai 2015, copyrights Roger Cremers.

 

Cette élection présidentielle, comme les précédentes, donne aux médecins bénévoles ou intéressés l’occasion de reprendre l’antienne de la crise ou du malaise de la démocratie. Il y a cinq ans, ils se déchaînaient contre ces électeurs inconscients qui votaient selon leur goût personnel pour des « candidats de protestation » et non en citoyens responsables pour des « candidats de gouvernement ». Aujourd’hui, ils dénoncent l’empire des médias qui « fabrique » des présidentiables comme on lance des produits. En dénonçant ce qu’ils considèrent comme une perversion de l’élection présidentielle, ils confirment le postulat que cette élection constitue bien l’incarnation suprême du pouvoir du peuple.

L’histoire et le bon sens enseignent pourtant qu’il n’en est rien. L’élection présidentielle directe n’a pas été inventée pour consacrer le pouvoir populaire mais pour le contrecarrer. Elle est une institution monarchique, un détournement du suffrage collectif destiné à le transformer en son contraire, la soumission à un homme supérieur servant de guide à la communauté. Elle a été instituée en France en 1848 comme contrepoids à la puissance populaire. Les républicains avaient cru en limiter le risque par un mandat de quatre ans non renouvelable. Le coup d’État de Louis Napoléon fit prévaloir l’esprit monarchiste de l’institution sur sa forme républicaine. (suite…)



L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #020

 

 

Aujourd’hui, j’ai décidé de balancer un Edito-Eco un peu particulier, dans lequel je reproduis un essai d’un immense écrivain, Jack London. Longtemps, j’ai cru que Jack London était celui qui avait écrit Croc Blanc. Entendre : celui qui n’avait écrit que Croc-Blanc. Et encore, ne l’ayant toujours pas lu, je n’avais de Croc-Blanc qu’une vague idée, certainement fausse, véhiculée par ses mièvres succédanés télévisuels : un conte pour enfants avec un chien moral qui parle (ou qui pense à voix haute), à peine plus palpitant que L’incroyable voyage…Voilà ce que je connaissais de Jack London.

Il y a quelques mois, une très chère amie, connaissant mes engagements savants et politiques, m’enjoint de lire Le Talon de fer (The Iron Heel), publié en 1908, roman dans lequel Jack London imagine une révolution socialiste aux États-Unis en 1914.

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J’entre dans une librairie, et cherche l’ouvrage en question, en vain. Déçu de passer pour un temps à côté d’une œuvre aussi attrayante, je décide de partir avec un autre ouvrage de l’écrivain, pour enfin le découvrir, lui et ses engagements. Après une intense comparaison entre les différents titres disponibles, mon choix se porte sur un recueil d’essais politiques et personnels, intitulé Révolution (du titre d’un essai de 1908) suivi de Guerre des classes, publié chez Libretto.

C’est l’un de ces essais que je reproduis ce jour : un texte d’une sincérité et d’une justesse incroyables, en plus d’un certain style, que, malgré la dimension très biographique, on pense avoir été écrit pour notre époque libérale et cynique ; un texte qui a digéré Marx et le marxisme, voire même Thorstein Veblen, et qui contient déjà en filigrane Karl Polanyi, Pierre Bourdieu et Frédéric Lordon. Ce texte s’intitule « Ce que la vie signifie pour moi ». Bonne réflexion ! (suite…)



Hommage à Bernard Maris – Adieu, tonton Bernard !

 

Mercredi 7 janvier 2015, le siège du journal satirique Charlie Hebdo a été victime d’un attentat terroriste. Sous leurs balles, douze personnes innocentes sont tombées ce jour-là, dont les dessinateurs Tignous, Honoré, Charb, Cabu, Wolinski (ces deux derniers ont bercé ma jeunesse, entre Le nez de Dorothée et Mon corps est à elles, entre autres), et l’économiste Bernard Maris. En dépit de l’amour inconsidéré que j’ai pour Cabu et Wolinski, je vais aujourd’hui raconter mon Bernard Maris. Avec des sanglots dans la plume.

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Comment commencer ? J’ai découvert Bernard Maris par hasard. Etudiant en sociologie, en droit et surtout en économie (par hasard), je suis un étudiant laborieux, brouillon, perdu. Après un DEUG cahin-caha dans la gauchiste (c’est un plaisir) université de Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, je tente avec difficultés d’être transféré à Paris-Diderot. Il m’en coûtera un redoublement de ma troisième année. Mais surtout, je rencontre enfin un enseignement cohérent, par-delà la pluridisciplinarité de ma section, un enseignement qui m’emporte. Je m’y plonge avec une assiduité dont j’ai rarement fait preuve, et commence à « devenir » un étudiant : après des heures passées dans la bibliothèque de Paris 8, je passe le cap, j’achète des livres de ma propre initiative, et surtout, je les lit. Évidemment, j’ai peine à nager dans l’océan de publications existantes ; je prends donc des conseils un peu partout. (suite…)



L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #017

 

 

Ce n’est pas la première fois que je m’insurge contre ça, mais ce sera la première fois sur ce blog. « Ça », ce sont les nombreuses pages contre François Hollande.

 

« Honte à Hollande : qu’il dégage ! »

 

Entendons-nous bien : je comprends tout à fait qu’on puisse avoir des griefs contre Hollande, son Premier Ministre, le gouvernement, sa politique, sa ligne, ses choix, car ils ne brillent guère par leur acuité, leur compétence, leur cohérence, leur efficacité, ce qui montre au passage, ironie de l’histoire, l’incroyable constance des gouvernements de la Ve République. D’ailleurs, les habitués du blog auront remarqué les critiques régulières portées à l’endroit de la politique gouvernementale par votre serviteur, notamment en raison (et non en dépit) de mon engagement à gauche.

 

Je ne vais pas m’attarder sur le cas « Hollande Dégage » (450 000 ‘j’aime’, quand même, à ce jour), tant cette organisation citoyenne draine et regroupe tout ce que la France compte de groupes conservateurs, traditionnalistes, xénophobes, réactionnaires, extrémistes, avec son lot de propos haineux, mensongers, démagogiques, violents, diffamatoires, idiots, révisionnistes… Bref : un vulgaire appel à la haine, non seulement sur la personne de François Hollande, mais aussi sur tous les ennemis supposés de la nation, étrangers, immigrés, fonctionnaires, LGBT, Noirs, gauchistes, syndicalistes, Roms, etc. Une page qui, définitivement, pour des raisons légales, devrait être fermée.

 

Observons une autre page intitulée « J’ai Honte de Mon Président », qui comptabilise à ce jour 280 000 ‘j’aime’. La line-up est simple : « pour tous ceux qui ont honte de notre président ». Adoptant un ton plus badin que la dégueulasse « Hollande Dégage », cette page reste dans le fond insultante, parfois diffamatoire, souvent démagogique. Essayons de voir, en plusieurs exemples, en quoi cette page ne constitue en aucun cas un medium satirique, et que, bien au contraire, elle a une visée politique en première et dernière instance, en usant de stratagèmes malhonnêtes, et en générant des commentaires représentant le degré zéro du débat public.

 

1er cas : les impôts

 

Le 18 août dernier, les administrateurs de la page publiaient une blague sur les prélèvements obligatoires.

 

 

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(suite…)



L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #016

 

Les réseaux sociaux sont très utiles pour faire circuler des rumeurs invérifiables, mais plausibles, instituant la peur, l’indignation, la révolte, le tout sans recul factuel mais avec un maximum d’envolées passionnelles. On a eu ça avec le prix des bonbons (à bas l’euro, cause de l’inflation !), on a eu ça avec les seringues contenant le sida coincées dans les sièges des cinoches parisiens, on a eu ça avec le bijoutier meurtrier de Nice, on a eu ça avec les pigeons qui paient trop d’impôts, etc. Heureusement, des sites comme www.hoaxbuster.com remettent très vite les points sur les « i ».

 

Il y a un an presque jour pour jour, un certain Sébastien envoyait une lettre ouverte au Président François Hollande par courrier, qu’il diffusa sur les réseaux sociaux. Cette lettre en fit le tour et devint virale. Je la reproduis ici (fautes de français incluses) :

 

Mes excuses Monsieur le Président. Je m’appelle Sébastien, et je suis un français dit « moyen », de taille moyenne, au QI dans la moyenne et à la plume incertaine. J’ai la chance (diriez-vous) d’avoir un emploi, moyen lui aussi, tant en terme d’intérêt que de rémunération. Je suis marié et père des 2 superbes enfants (en bonne santé), mon épouse travaille (elle aussi, oui… quelle chance !!) un peu plus que la moyenne. Pour résumer, c’est le bonheur !!! (suite…)



L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #014

 

Ceci est bien un Edito-Eco, même si on va parler BD. Ouais. On évoquera plus tard le Prix de la Banque de Suède attribué à Jean Tirole. Ou pas. 

 

A la fin de l’année 2011, je tombe complètement par hasard sur une BD au format comics, un truc qui semble complètement dingue. Ça s’appelle Doggy Bags. C’est édité par Run et son Label 619, une sacrée bande de tarés. Le concept ? « Suspense, frissons & horreur ». Trois histoires avec pour mot d’ordre : genre. Du pulp, de l’horreur, du politiquement incorrect, jamais potache, toujours terriblement bien branlé en termes de scénar, de dialogues, et surtout de dessins. Bref, sept numéros sont sortis jusqu’ici, et c’est à chaque fois grisant, jouissif.

 

Reliés

 

A la fin de l’année 2013, je tombe complètement par hasard sur un BD au format revue (24×32), un truc qui semble complètement dingue. La couverture ressemble beaucoup, à première vue, à Doggy Bags. Ça s’appelle AAARG!. C’est une véritable revue, avec comme baseline : « Bande dessinée & culture à la masse ». C’est barré, sombre, marrant, cynique, avec de la BD, des reportages, des nouvelles (souvent cruelles), des gags, un poster…

 

Reliés

 

Dès le 2e numéro (janvier-février 2014), l’éditorial de Pierrick Starsky m’interpelle : il ironise sur la nouvelle année qui s’annonce, dans une langue de charretier marseillais, et surtout avec une fibre sociale évidente reposant sur un constat sans fioriture de la société actuelle. Je partage donc son éditorial présent dans le 4e numéro (mi-mai-mi-août 2014), en vous recommandant chaudement cette revue qui gagne sacrément à être connue…

 

 

« Je sais pas toi, dans ta ville, dans ton bled, dans tes bars, mais partout où je passe et où mes yeux s’égarent, où mes oreilles traînent, même si j’ai plus trop d’odorat, y’a pas, ça pue sévère. Ça renifle, ça schnouffe, ça fouette, et c’est pas nouveau. Y’a pas bon être pauvre, ça attire la mistoufle. (suite…)



L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #012

 

 

En ce moment, je suis assez las, il faut le reconnaître. Sept ans après la plus grave crise du néolibéralisme, l’argumentaire néolibéral ne s’est jamais aussi bien porté qu’aujourd’hui, jusque dans les rangs zélés d’un parti socialiste français qui, décidément, n’a pas fait que trahir son électorat, mais toute son histoire, en en vampirisant le terme-symbole (« socialisme ») désormais synonyme d’économie de marché, de politique de l’offre et de flexibilité au travail. « S’il en était encore besoin, la théorie économique qui domine l’enseignement, la recherche, l’information et le gouvernement des hommes et des choses a fourni, à travers cette crise, les preuves de sa vacuité conceptuelle et heuristique, de son inefficacité à guider les politiques économiques, sociales et écologiques, et, par-dessus tout, de son allégeance aux classes dominantes, essentiellement à la bourgeoisie financière devenue mondiale. La « science économique » [standard] n’est qu’un vaste corpus idéologique, pétri d’incohérences logiques et de préceptes normatifs défendant des intérêts de classe. »[1]

 

C’est pourquoi, lors du dernier Edito-Eco, j’ai fait un pas de côté, fouillant chez Smith comme chez Keynes, pour mieux éclaircir notre présent. Aujourd’hui, mon pas de côté sera d’un autre ordre. A la fin du XIXe siècle, l’économie prend un tour nouveau, en se rêvant science dure, loin, très loin de ces autres sciences sociales qui ne sont que palabres entre universitaires poussiéreux : c’est la naissance de la science économique, avec force lois, théorèmes et démonstrations, science économique qui, depuis 1968, a créé son propre « Prix Nobel » (qui n’en est pas un, voir ici et ici). A défaut de science, on trouvera surtout une religion. Aujourd’hui, donc, je mobiliserai la littérature. En effet, la littérature nous permet souvent de prendre acte des tourments du monde et de penser l’avenir de l’humanité de manière plus juste, plus précise, plus complexe, que les sciences ; tous les profs de français le savent bien. Pour paraphraser Frédéric Beigbeder : le seul moyen de raconter la réalité économique, c’est de l’inventer.

 

Il y a deux ans et demi, une nouvelle revue voyait le jour, au nom aussi emblématique que bien français : Charles. Il y est question de politique, mais avec une sincérité bienvenue, une diversité large, une érudition rare, c’est aussi exigeant que classieux. Bref : nouvelle revue dans ma bibliothèque. Pour son premier numéro, en pleine campagne présidentielle, la revue propose un gouvernement des écrivains, pour rêver un peu et (vraiment) ré-enchanter la politique.

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L’Edito Eco de Lud le Scribouillard #007

 

Alors que l’humoriste Christophe Alévêque organisait hier soir la première Fête de la dette au 104 à Paris, avec un spectacle dans lequel intervenaient des économistes, le Collectif pour un Audit Citoyen de la dette publique (CAC) rendait public un rapport quelques jours auparavant. C’est quoi ce collectif ? Ce sont des citoyens, des organisations syndicales associatives, soutenus par plusieurs formations politiques, qui, il y a quelques années, ont décidé de rendre effectif l’article 21 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, à savoir que « Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays […] ». Pourquoi un audit de la dette publique ? Parce que, depuis trop longtemps, on entend dire que l’Etat vit au-dessus de ses moyens sans réellement avoir connaissance des tenants et des aboutissants de la dette publique. Déjà, en 1951, le futur ministre des Finances de De Gaulle, Antoine Pinay, déclarait qu’ « un déficit public trop important est comparable à la situation d’un ménage qui vit au-dessus de ses moyens et par conséquent cette situation est condamnable. »[1] En 1996, le ministre de l’Economie et des Finances d’Alain Juppé adresse une lettre à tous les contribuables : « Une nation, pas plus qu’un ménage, ne peut durablement vivre à crédit. »[2] Contre cette idée reçue, un audit citoyen permet d’évaluer d’où vient la dette, si elle a été contractée dans l’intérêt général, qui sont ses détenteurs, si on peut alléger son fardeau autrement qu’en appauvrissant les peuples, etc. Il permet ainsi aux citoyens de se réapproprier cet objet qui a été, trop longtemps, la chasse gardée d’un discours technique d’experts qui entretenaient toutes les idées reçues à son endroit. Car la dette publique nécessite (enfin) un débat démocratique digne de ce nom.

 

C’est quoi ce rapport ? Avant d’en parler, nous aimerions rappeler quelques évidences sur la dette publique ; en effet, plusieurs idées reçues circulent largement aujourd’hui à son sujet. La dette publique serait une dette comme les autres ; par conséquent, il est mal de ne pas la rembourser ; ce n’est pas seulement mal, mais aussi irresponsable, car ce sont nos enfants qui la supporteront. Sauf que : 1. la dette publique est une dette permanente, puisqu’elle est celle de collectivités publiques qui, contrairement à une entreprise, ne peuvent pas déposer le bilan ; 2. la dette publique sert à financer des services publics et des dépenses qui permettent la cohésion sociale d’une communauté ; 3. la dette publique est celle d’un agent économique pas comme les autres, qui a le pouvoir de lever l’impôt ; 4. la dette publique, si elle résulte d’une réelle décision démocratique, est complètement légitime ; 5. la dette publique étant une dette permanente, elle est remboursée de manière permanente : ce sont donc tous les contribuables qui passent à la caisse aujourd’hui. Pour résumer, la dette publique est une dette sociale qui n’a rien à voir avec une dette privée. Le rapport du CAC interroge ainsi son origine et sa légitimité.

(suite…)


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