Ce que j’en dis…
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Manifeste pour (toutes) les sciences sociales au lycée !

Il y a peu, je suis tombé sur un papier qui traitait de l’enseignement de l’économie en France, dans une optique affichée de « décryptage », mais qui était aussi manifestement autant un travail d’opinion et d’expert. Comme je suis prof de SES, il était impensable de laisser passer l’occasion. Ecrit par Sergio Alvarez, publié sur le site Atlantico en cette rentrée de septembre 2012, le papier est disponible ici. Je conseille à ceux qui désirent continuer la lecture de ce post de lire au préalable soigneusement le papier que je m’apprête à critiquer.

* Les citations en bleu sont tirées de l’article de Sergio Alvarez.

 

Les Français nuls en économie ?

 

L’article s’ouvre sur un « constat [qui] n’est pas nouveau : les Français souffrent de graves lacunes en matière économique. » Pour étayer son propos, l’auteur cite un questionnaire du CODICE réalisé en 2010. Avant ma salve de critiques, il faut préalablement savoir que le CODICE (2006-2010), Conseil pour la diffusion de la culture économique, s’il était indépendant, n’en restait pas moins marqué idéologiquement : créé par le ministre de l’Economie Thierry Breton et reconduit par Christine Lagarde, le comité des sages qui en fixe les grandes orientations était présidé par Eric Le Boucher. Faut-il rappeler que celui-ci est diplômé d’économie et de statistique à Paris Dauphine (très libérale en économie), journaliste économique mainstream, membre de la Commission Attali (« libérer la croissance », tout ça), directeur de la rédaction du magazine Enjeux-Les Echos (no comment)… CQFD. Le CODICE a été créé pour répondre à de bonnes questions – la culture économique des Français –, mais sur la base d’une normalisation idéologique, non d’une réflexion pluraliste. L’idée du truc ? Les Français sont nuls en économie (encore faudrait-il rigoureusement le prouver), c’est pourquoi l’école (entre autres) doit leur expliquer les lois et les mécanismes économiques ; dès lors, les prénotions, ainsi que les réactions de rejet des modèles économiques actuels, tout comme (suite…)



Les absurdes contradictions du capitalisme américain
26 août, 2012, 18:17
Classé dans : Economie Politique ou Politique de l'Economie ?

C’est bientôt la rentrée des classes, pour les élèves comme pour les profs. Vous le savez maintenant, je suis professeur de SES en lycée, donc forcément abonné à Alternatives Economiques depuis mes études supérieures ; je me dirige parfois sur les blogs des auteurs, dont celui de Gilles Raveaud. Dernièrement, cherchant une info à propos du Mouvement autisme-économie sur son blog, je suis tombé sur une infographie très intéressante avec ces simples commentaires de l’économiste : « Ah les Etats-Unis, ce pays du capitalisme triomphant, qui représente 5 % de la population mondiale mais 25 % des personnes en prison de la planète (!), où la moitié environ de la population est pauvre, où il y a 22 fois plus de maisons vides que de personnes sans logement, où un membre du Congrès sur deux est millionnaire… Cette image est extraite du site Free Republic, où on peut la voir en grand. » On pourrait ajouter que le budget de la défense est 7 fois plus important que celui de la santé ou de l’éducation ; que la productivité (c’est-à-dire la richesse produite par tête ou par heure) ne cesse d’augmenter, pas les salaires qui font augmenter cette richesse ; que la probabilité d’aller en prison augmente quand on est Latino, ou pire, Noir… Un beau pays, les Etats-Unis. Néanmoins, ne brocardons pas le pays de la Liberté et du McDo : le capitalisme français, ou européen n’a rien à lui envier…

 

Les absurdes contradictions du capitalisme américain dans Economie Politique ou Politique de l'Economie ? infographic-absurd

 



Mes perles du bac SES 2012 !
3 juillet, 2012, 10:33
Classé dans : Economie Politique ou Politique de l'Economie ?

Cette année, j’étais de correction du baccalauréat pour la première fois. Une bonne expérience, même si c’est assez fatigant ; c’est aussi très amusant ! Tous les professeurs de Sciences Economiques et Sociales (SES) avaient rendez-vous au très classieux lycée Buffon, dans le 15e arrondissement de Paris, pour une réunion d’entente. Après avoir écouté les recommandations et les connaissances attendues dans les copies, et après avoir échangé sur les modalités de correction, nous nous mîmes au travail, non sans nous être rendus dans les différents centres d’examen de la capitale pour y retirer nos copies. J’ai récolté 37 copies (dont 5 absents) à corriger en 9 jours, de candidats qui traitaient, en plus de l’épreuve obligatoire, l’épreuve de spécialité SES (ils disposent donc de cinq heures pour composer) ; mes collègues qui n’avaient pas la spécialité à corriger devaient donc corriger une cinquantaine de copies. Si cela vous intéresse, les sujets sont disponibles ici.

Mes perles du bac SES 2012 ! dans Economie Politique ou Politique de l'Economie ? et298

Copyright Gérard Mathieu, 2012

Auparavant, j’ai souvent lu ou entendu, avec beaucoup de joie, les perles du bac ; plus désespéré, je les ai ensuite lues sur les copies de mes propres élèves. Aujourd’hui, je veux partager des perles du bac, publiées au préalable sur mon compte Facebook. Les voici réunies pour vous. Elles sont toutes authentiques et sont extraites de copies que j’ai corrigées moi-même la semaine dernière pour la session de juin 2012 de l’académie de Paris. Certaines ne sautent pas aux yeux, parce qu’il faut connaître quelques rudiments de SES, mais j’ajoute le cas échéant un petit commentaire. Comme elles ont été publiées sur un réseau social, elles ont parfois donné lieu à débat, que je m’autorise à retranscrire de manière anonyme. Florilège. (suite…)



Mais putain, c’est quoi la dette ? (post-scriptum grec)
14 avril, 2012, 19:09
Classé dans : Economie Politique ou Politique de l'Economie ?

En 2007, la journaliste canadienne Naomi Klein, déjà étudiée sur ce blog ici, commet un opuscule dénonçant l’ultra-libéralisme qui, depuis presque 40 ans et l’épisode fameux du Chili de Pinochet conseillé par les Chicago boys de Milton Friedman, défait et refait le monde pour s’en accaparer les richesses. Dit comme cela, on pense à un pamphlet obscur et partial. Ça s’appelle La Stratégie du Choc. En 2010, l’ouvrage est adapté en documentaire, et fait un carton. Cette stratégie était appliquée jusque-là dans les pays en développement par le FMI, mais depuis la crise de 2007-2008, ce qu’on a appelé la troïka UE-BCE-FMI l’applique dans les pays développés plus exposés que les autres, comme en Irlande, en Espagne, en Grèce.

Mais putain, c'est quoi la dette ? (post-scriptum grec) dans Economie Politique ou Politique de l'Economie ? GRCE_21

Copyright Margulies 2011 (suite…)



Mais putain, c’est quoi la dette ? (Episode 7)
14 mars, 2012, 20:52
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Il existe des propositions pérennes…

Déjà en 1936, Keynes avait vu que « quand les marchés et les acteurs financiers prennent une place trop importante, il y a une dérive inexorable vers la recherche prioritaire de gains financiers à court terme – c’est la spéculation – au détriment de la création de richesses et du développement à long terme – c’est-à-dire l’activité productive des entreprises. »[1] Il faut donc remettre la finance de marché à sa place. (suite…)



Mais putain, c’est quoi la dette ? (Episode 6)
11 mars, 2012, 18:31
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Demain, la faillite… de la France ou de l’Europe ?

On en est là. La France peut-elle faire faillite ? « Juridiquement, ce n’est tout simplement pas possible. Un Etat peut se trouver en cessation de paiements, en incapacité de rembourser sa dette et décider unilatéralement de ne pas honorer ses engagements et de ne plus payer ses fonctionnaires et ses créanciers, mais il ne peut pas être mis en liquidation et disparaître comme une entreprise. »[1] Il existe plusieurs moyens de régler le problème. Envahir militairement le pays endetté et « se servir sur la bête », mettre les créanciers autour d’une table pour renégocier ou restructurer toute ou partie des termes de la dette. Comme l’explique Anne-Charlotte Leyolle, analyste financière en salle de gym : « On va pas tourner autour du pot : 1. on dévalue la monnaie, quand on a de la monnaie, mais ça on peut pas le faire dans la zone euro, 2. on renégocie à la baisse sa dette avec ses créanciers en colère, 3. on ne demande plus d’aide extérieure, genre FMI, Europe, tout ça [...]. Sinon, on mélange les trois, on fait une cure d’austérité d’amaigrissement [...]. » Cette phrase est extraite d’un programme court très bien fait. Profitez-en :

Image de prévisualisation YouTube

Dans l’histoire, les Etats pris en défaut sont nombreux, si l’on en croit la formidable mise en perspective historique de Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff : « En fait, au vu des constats historiques, nous considérons que les défauts patents de jure sur la dette publique intérieure, tout en étant moins courants que les défauts externes, n’ont rien de rare. Nos données en comprennent plus de soixante-dix cas (contre 250 sur la dette externe) depuis 1800. »[2] Les Etats pris en défaut peuvent faire appel au FMI. « Mais il se transforme vite en gendarme implacable qui administre la rigueur au profit des créanciers »[3], comme en Amérique du Sud ou en Asie du sud-est, ou actuellement en Grèce. (suite…)



Mais putain, c’est quoi la dette ? (Episode 5)
7 mars, 2012, 23:30
Classé dans : Economie Politique ou Politique de l'Economie ?

Dette et créance, investissement, dépenses et recettes publiques…

Comment le ratio dette/PIB peut-il augmenter ? Par « une augmentation des dépenses, une baisse des recettes [voir schémas 1 et 1bis], ou via le mécanisme de l’effet « boule de neige » – lorsque le taux d’intérêt de la dette est supérieur au taux de croissance de l’économie [voir schéma 2] »[1].

Schéma 1

Mais putain, c'est quoi la dette ? (Episode 5) dans Economie Politique ou Politique de l'Economie ? A690013C

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Mais putain, c’est quoi la dette ? (Episode 4)
4 mars, 2012, 23:00
Classé dans : Economie Politique ou Politique de l'Economie ?

Le capitalisme financier, dernière mue ?

Petit détour historique. Au carrefour des années 1970 et 1980, on assiste à l’internationalisation croissante de la finance, qui devient prépondérante dans le financement de l’économie. La globalisation financière désigne le processus de libéralisation quasi complète des échanges de capitaux, débouchant sur un marché mondial des capitaux très peu contrôlé, par le biais des « 3D » : déréglementation des mouvements de capitaux (pas ou peu de contrôle), décloisonnement des marchés (les marchés sont interconnectés, tous les acteurs peuvent intervenir sur chaque marché), désintermédiation (les acteurs ont un accès direct aux marchés de capitaux sans passer par les intermédiaires traditionnels que sont les banques), « marqués […] par la fin du système de changes fixes et contrôlés de Bretton Woods. A partir du moment où la mobilité des capitaux a été autorisée, ceux-ci ont permis de relâcher […] la nécessaire égalité entre épargne et investissement domestiques. »[1] (suite…)



Mais putain, c’est quoi la dette ? (Episode 3)
1 mars, 2012, 14:12
Classé dans : Economie Politique ou Politique de l'Economie ?

Etat des lieux : la dette dans l’histoire[1]

En Europe, les souverains ont commencé à s’endetter à partir du XIVe siècle, principalement pour financer des campagnes militaires ; l’activité bancaire s’épanouit, le banquier est courtisé par le prince, qui lui offre certains privilèges. Mais gare au banquier si le prince ne peut plus rembourser : confiscations, rançonnages, persécutions, assassinats. « L’arbitraire princier est d’autant plus libre de s’exercer que la dette royale n’a pas le statut de dette publique. Contractée à titre personnel, la dette des monarques n’engage ni leurs descendants ni [le territoire] qu’ils dirigent. »[2] Très vite, la dette devient publique, pérenne, transmissible. « Elle devient ainsi plus attractive pour les créanciers »[3]. Cependant, la pratique des monarques n’évoluent guère : expropriation violente et défaut de paiement restent légion. La dette publique est régulièrement extérieure ; des banques font faillite. La Révolution industrielle change la donne. En effet, les conflits s’estompent, la productivité augmente, les revenus avec, la dette se dégonfle et les « énormes capacités de financement […] ainsi dégagées […] vont trouver leur chemin vers l’investissement privé, […] l’investissement immobilier et la spéculation financière. »[4] Les emprunts publics viennent (enfin) financer les infrastructures ; les banques se modernisent, les marchés financiers se développent… Et les crises bancaires jalonnent dorénavant le capitalisme. (suite…)



Mais putain, c’est quoi la dette ? (Episode 2)
27 février, 2012, 15:02
Classé dans : Economie Politique ou Politique de l'Economie ?

La dette, un objet polysémique

Une dette est une somme empruntée par un débiteur (l’emprunteur) à un créancier (le prêteur), et peut donner lieu au paiement d’un intérêt. Le taux d’intérêt est alors considéré comme le prix, le loyer de l’argent, et varie selon la solvabilité de l’emprunteur. Tout d’abord, nous devons faire une différence entre les dettes publiques et les dettes privées. Ces dernières sont celles contractées par les ménages pour consommer, pour acheter un bien durable, un logement, et par les entreprises, pour investir, dans des machines, des bâtiments, des innovations. Dans ce cas, « la capacité de remboursement des emprunteurs dépend de l’évolution de leurs revenus, lesquels, dans une économie de marché, peuvent fortement fluctuer. S’ils diminuent ou disparaissent (faillite) et si les garanties exigées lors du prêt se révèlent sans valeur suffisante, le créancier n’a alors plus que ses yeux pour pleurer. »[1] L’envolée des dettes privées témoigne de la hausse des inégalités de revenus : la stagnation du revenu est compensée par cet endettement privé, comme on peut le voir aux Etats-Unis, en Espagne concernant le logement, ou dans d’autres pays concernant la consommation quotidienne. C’est légèrement le cas en France : malgré la stagnation du pouvoir d’achat, la capacité de financement des ménages a augmenté ; cela est dû à l’endettement privé [voir schéma].

Mais putain, c'est quoi la dette ? (Episode 2) dans Economie Politique ou Politique de l'Economie ? A690034D

(suite…)


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