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La Chronique ciné de Jack Seps. Ne Coupez pas !, de Shin’ichirô Ueda, 2017
14 mai, 2019, 21:53
Classé dans : Ca, de l'art ?

 

« ACTION !!! »

 

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Il est fort peu aisé de parler de Ne Coupez Pas ! (Kamera wo tomeru na!) sans annihiler l’effet de surprise que vous aurez en regardant ce bijou japonais. De ce fait, je n’ai qu’une chose à dire : courez le voir, si vous le pouvez car il n’est disponible que dans six salles en France à l’heure où j’écris (5 mai 2019). Ne visionnez pas non plus la bande-annonce, précipitez-vous simplement pour le voir, puis revenez lire cette critique si le cœur vous en dit. Ce qui suit « spoile » le film. Je vous aurais prévenu…

 

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Le film commence par une scène mal jouée par un zombie qui s’attaque à une jeune femme. « Coupez ! » Le réalisateur, furieux, s’en prend aux deux acteurs. Nous sommes visiblement dans un film où un film de zombie se tourne. On apprend que ce tournage se déroule dans un lieu désaffecté ayant servi d’expérimentations humaines par l’armée japonaise durant la Seconde Guerre mondiale. Le réalisateur n’a pas choisi ce lieu par hasard. Voulant faire du « vrai cinéma », il réveille les morts pour filmer le reste de son film. Nous avons affaire à 37 minutes de film de zombie de série Z, en plan séquence, avec quelques lenteurs, quelques ficelles bien grosses et bien visibles. Générique de fin pour One Cut of the Dead (c’est le nom du film dans le film, donc), début véritable pour Ne Coupez Pas !.

Pour ce deuxième acte, nous nous retrouvons un mois plus tôt à suivre le réalisateur qui tourne des reconstitutions pour la télévision avec une devise : « rapide, pas cher et dans la moyenne ». Des producteurs d’une nouvelle chaîne télévisuelle spécialisée zombies l’approchent et lui proposent de réaliser un film tourné en plan séquence et diffusé en direct lors du lancement. Il finit par accepter, puis nous suivons les acteurs et techniciens du film pour les premières répétitions. Une équipe mélangée de bras cassés et de stars méprisantes. Dans le troisième acte, nous sommes plongés dans la réalisation du film, où tout ne se passe pas comme prévu. Générique de fin, pour Ne Coupez Pas ! cette fois.

 

Alors, que dire ? Ce film est une petite merveille, aussi bien pour le « grand public » que pour les cinéphiles les plus élitistes. Mais revenons un peu sur l’origine de ce film. Celui-ci est écrit, réalisé et monté par Shin’ichirô Ueda, jeune réalisateur autodidacte. Il crée sa société de production Panpokopina et réalise huit films (cours et longs métrages) avant Ne Coupez Pas !, son premier film à sortir en salles en 2017. D’abord programmé dans deux petites salles au Japon pour seulement trois semaines, Shin’ichirô Ueda espérait atteindre 5 000 spectateurs. Grâce au bouche-à-oreille, ce film tourné en huit jours (dont deux pour le plan séquence) avec son budget de 25 000 euros fera plus de deux millions d’entrées. Mais assez parler de chiffres.

Le plan séquence de 37 minutes du début peut paraître un poil long si on le regarde au premier degré, et vous ne comprendrez sûrement pas les quelques personnes qui hurlent de rire dans la salle lors de ce premier acte (personnes qui n’en sont sûrement pas à leur premier visionnage du film), mais il est absolument indispensable. Le deuxième acte permet de définir les personnages, de poser la situation, de contextualiser pour enfin exploser au dernier acte. C’est jubilatoire, hilarant et le film termine sur une touche émouvante qui évite la mièvrerie. Sans oublier ce merveilleux générique de fin qui nous montre un petit making of du plan séquence. Peut-on faire plus méta ?

Ce long-métrage est une déclaration d’amour au cinéma (représentée par les t-shirts de Mao, la fille du réalisateur de One Cut of the Dead), mais pas seulement. Il met en lumière le travail collectif indispensable à la réalisation d’un film en mettant sur un pied d’égalité les acteurs et les techniciens. Shin’ichirô Ueda explique par ailleurs que les acteurs du film, bénévoles, se transformaient en assistants pour nettoyer le sang ou faire glisser une tête tranchée lors du long plan séquence. Dans un monde du cinéma (mais pas que) où l’on a tendance à glorifier seulement quelques individus en omettant le travail des petites mains, Ne Coupez Pas ! est extrêmement rafraîchissant. Et sa démarche est sincère, le film nous balade de bout en bout mais n’est jamais cynique.

Je ne peux que conseiller à toutes et tous ce film génial et généreux qui, de nanar, mue progressivement en leçon de cinéma. Tout ça pour le prix d’un ticket.

 

POM !

 

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Remercions la jeune société Les Films de Tokyo qui distribue ce film en France, avec à sa tête Olivier Defaye qui présente brièvement le film lors du festival Kinotayo en 2018, et Christophe Defaye qui interviewe Shin’ichirô Ueda.

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Acteurs :

Takayuki Hamatsu : Takayuki Higurashi, le réalisateur incroyable

Harumi Shurama : Harumi Higurashi et son art de l’auto-défense

Mao : Mao Higurashi, jeune cinéaste un peu radicale parfois

Manabu Hosoi : Manabu Hosoda, l’alcoolique le plus incroyable de la terre après Depardieu

Kazuaki Nagaya : Kazuaki Kamiya, acteur un poil méprisant

Yuzuki Akiyama : Aika Matsumoto, l’idol qui s’est foulée la ch’wille

Hiroshi Ichihara : Hiroshi Yamanouchi, qui apprendra qu’il ne faut pas fumer seul

Shuntarô Yamazaki : Shunsuke Yamagoe, vous avez lu son message ?

 

 

Auteur : Jack Seps


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