Ce que j’en dis…

L’Edito de Lud le Scribouillard #022 Macronie et politique : la destruction du langage
8 avril, 2019, 18:52
Classé dans : La Société en question(s)

 

48187064_1470477093055834_8942928011208949760_n

 

Ce week-end encore a été émaillé de violences. On se demande pourquoi ces Gilets jaunes manifestent encore, ils cherchent vraiment la bagarre : ennemis de la Démocratie, de la République, de la Presse, de la Vérité, et tant d’autres tares…

Selon le Ministre de l’Intérieur C. Castaner, « les fautes [des policiers] sont marginales » (04/04). Plus tôt, il rappelait : « Moi, je ne connais aucun policier, aucun gendarme qui ait attaqué des gilets jaunes. » (14/01). Un rappel, parmi cent : le 12/01, un gamin de 14 ans, qui ne manifestait même pas, a perdu un oeil d’un tir de LBD40 à vingt mètres… Comme le rappelait à juste titre l’économiste Frédéric Lordon le 14/03 : « [...] vous avez fait du peuple un ennemi de l’Etat [...], vous lui faites la guerre, avec des armes de guerre, et des blessures de guerre. » [Lire - ou plutôt regarder - les nombreux témoignages compilés par votre serviteur dans un récent billet de blog]

Doit-on en conclure que le Ministre ment ? Qu’il est ignorant des actes de ceux dont il est le Ministre ? Gageons qu’il est sincère, ce qui est encore plus grave… pour la démocratie ! Voici un montage intéressant qui, normalement, rafraîchit les mémoires :

Image de prévisualisation YouTube

Pour rappel, c’est le même Ministre, C. Castaner, qui, il y a quelques jours, en tapant dans le dos de Matteo Salvini, a qualifié les ONG qui viennent en aide aux migrants en Méditerranée de « complices des passeurs » (05/04), dans les mêmes termes qu’une organisation d’extrême-droite, Génération Identitaire (qui, depuis, a fait de C. Castaner un membre d’honneur de son organisation).

Le 26/02, le Premier Ministre E. Philippe et la Ministre du Travail M. Pénicaud affirmaient qu’avec les règles actuelles de l’assurance chômage, « un demandeur d’emploi sur cinq » percevait une allocation mensuelle supérieure à son salaire mensuel moyen. Las : le 29/03, le Pôle Emploi sort une fiche-méthode pour comprendre d’où sort ce chiffre. Évidemment, l’indicateur retenu est farfelu

Après l’annonce de l’augmentation vertigineuse des frais d’inscription universitaire pour les étudiants extra-communautaires, deux professeurs à l’Université de Lorraine ont montré que le Ministère de l’Enseignement supérieur avait manipulé les chiffres de Campus France.

Le 25/03, le Président de la République E. Macron affirme que Geneviève Legay, militante Attac gravement blessée lors des manifestations de Gilets Jaunes, « n’a pas été en contact avec les forces de l’ordre ». Le 29/03, le Procureur de la République de Nice affirme finalement le contraire.

Fin mars, des révélations viennent entacher une Présidence décidément exemplaire : I. Emelien, conseiller spécial du Président de la République E. Macron (depuis démissionnaire), a bidouillé et diffusé une vidéo bidon visant à disculper, ou, à tout le moins, à atténuer la responsabilité d’A. Benalla dans les événements de la Contrescarpe.

On pourrait poursuivre ainsi ad vitam aeternam… Le 31/03, S. Ndiaye est nommée Porte-parole du gouvernement. Une phrase qu’elle a prononcée en juillet 2017 ressort : elle a ainsi affirmé « [assumer] mentir pour protéger le Président de la République ». Devant la polémique, elle dit que cette phrase est sortie de son contexte. Pour la défendre, le député LREM P. Vignal affirme, lui : « S’il faut dire la vérité aux Français, c’est dix ans de sang et de larmes. » Il est donc justifié de mentir aux Français…

Je rappelle les propos du Président E. Macron lors de ses vœux pour l’année 2019 : « D’abord, un vœu de vérité. Oui. Nous souhaiter, en 2019, de ne pas oublier qu’on ne bâtit rien sur des mensonges ou des ambiguïtés. »

Le 14/03, à la Bourse du Travail, l’économiste F. Lordon éructe sur le langage :

Image de prévisualisation YouTube

Je paraphrase, pour éviter d’alourdir encore un billet déjà long comme le bras. Que dit-il ? Que le langage permet de mettre des mots sur des choses, donc de les penser, de les réfléchir, d’en discuter (de ces choses). Si les mots viennent à signifier le contraire des choses qu’ils sont censés réfléchir, alors on ne peut plus penser les choses, on ne peut plus discuter des choses. C’est l’annihilation du politique. Et quand les gens ne peuvent plus utiliser les mots pour penser les choses, donc pour les changer, ils risquent d’utiliser d’autres moyens moins pacifiques pour les changer, ces choses.

Monsieur Macron, il est grand temps de partir, « rendez les clés ! »

 

 



Revue Timult. Les trois pieds de la transformation sociale

 

Depuis très longtemps, je fouine dans les magazines, la presse, les revues. Une petite obsession personnelle. Évidemment, avec le temps, mon regard s’affine, je sais mieux chercher, même si je ne sais pas toujours ce que je cherche.

Il y a quelques années, j’ai découvert la librairie Quilombo, au 23 rue Voltaire, dans le 11e arrondissement de Paris, un lieu de rencontre et d’informations sur les luttes, l’actualité militante et contre-culturelle, avec un catalogue très riche, très pointu, très varié. Incontournable. Plus récemment, j’ai découvert la librairie Publico, sise au 145 rue Amelot, également dans le 11e arrondissement de Paris, qui fait la part belle aux idées et aux actions libertaires et anarchistes. Incontournable également.

C’est chez Publico que j’ai trouvé, en ne cherchant rien de particulier, la revue N’Autre Ecole par exemple, ainsi que la revue Timult. Voilà comment cette dernière se présente : « Une revue qui parle de luttes sociales et d’aspirations à changer le monde. Une revue qui explore de nouvelles façons de faire de la théorie politique, en imbriquant les récits de vie, les émotions et les analyses, en expérimentant des manières d’écrire, d’inviter à l’écriture (ateliers et écritures collectives…). Une revue pour être plus fort-e-s et plus habiles face aux oppressions, et aussi pour nous faire plaisir ! » Le numéro que je me suis procuré est le n° 10, sorti en mars 2018, toujours disponible.

 

Timult couverture

Me voyant intrigué, le taulier chez Publico m’explique que la revue est basée à Grenoble, qu’ils pratiquent beaucoup l’écriture collective et les ateliers d’écriture pour ceux qui ne sont pas habitués à écrire, qu’ils tentent des trucs, et que c’est foutrement bien. Bingo ! A la lecture, ça fourmille, ça interpelle, c’est jubilatoire. Je souhaite partager ici un article extrêmement stimulant écrit par les chacales dorées, dans ce n° 10, qui m’a beaucoup fait réfléchir, car depuis un moment, la question politique sur laquelle je bute sans cesse, c’est celle de l’action politique. Bonne lecture !

N. B. : J’ai reproduit le dessin qui figure dans l’article, car je ne voulais pas trop abîmer mon exemplaire déjà bien entamé en le tordant pour un scan, et aussi parce que j’avais envie de dessiner.

________________

 

Des fois dans ce monde on bloque.

Des fois quand on bloque on peut se poser, parler avec des ami-es, des camarades. Et ça nous fait avancer, ça nous emmène ailleurs. Ce jour-là, nous étions cinq, un groupe précis, quatre personnes dans la trentaine et une frisant les quatre-vingt. Assignées femmes. L’une vivant avec un salaire, les autres au rsa ou de la retraite. Habitant en collectif, parfois en colocation. Certaines très impliquées dans le monde militant, d’autres beaucoup moins… Bref, un groupe de travail, quelques amies.

Horizons bouchés, ça trépigne. On creuse, on fouille, on démêle à l’aveugle. (suite…)


Environnement TCHAD |
adminactu |
carsplus production |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | RADIO JUSTICE
| JCM
| LEMOVICE