Ce que j’en dis…

LCS 202. Yasmine Hamdan, « Shouei », 2012
26 août, 2017, 0:50
Classé dans : Ca, de l'art ?,Ils font avancer le monde,Musique & Music

 

J’ai choisi cette semaine un morceau de Yasmine Hamdan intitulé « Shouei », 9e piste de son premier album solo (Yasmine Hamdan) sorti en 2012 chez Kwaidan Records.

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Je suis tombé sur ce morceau à la radio, il y a quelques années. J’écoutais distraitement le poste, et puis cet accord de guitare… et cette voix particulière. Je me laisse bercer par cet air mélancolique chanté en arabe, cette balade dont je ne saisis que la sensibilité. Le genre de son qui te fait sourire tristement et pleurer, sans t’en rendre compte, et sans savoir vraiment pourquoi. Pas tout à fait revenu de mes émotions, je reconnais finalement cette voix : c’est celle de Yasmine Hamdan.

Il faut dire que j’ai déjà eu l’honneur d’apprécier ce timbre de voix plusieurs années auparavant. A l’époque abonné à Technikart, je reçois, hiver 2009 finissant, une couverture noire intrigante, avec deux visages à moitié cachés. Le journaliste Benoît Sabatier s’entretient avec Yasmine Hamdan et le producteur Mirwais, qui s’apprêtent tous les deux à révolutionner la pop avec l’album Arabology (sous le nom Projet Y.A.S.). J’ai lu cette interview plusieurs fois, j’étais pressé que le disque sorte. Deux mois plus tard, je peux enfin l’écouter. Claque dans la gueule, à commencer par le morceau « Get It Right » : 

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Dans l’entretien, Mirwais, ancien de Taxi Girl et producteur de la Madone du début des années 2000, annonce la couleur :

« On part du vœu pieu de créer quelque chose qui n’a jamais été fait. Aller plus loin que la musique, intégrer dans la culture pop occidentale la langue arabe, qui est connotée soit exotique, soit agressive. Pour Arabology, je voulais une production intellectuelle. [...] Ce qui m’a intéressé [...], c’est l’uchronie. Partir de postulats tronqués, comme Philip K. Dick pour Le Maître du haut château, avec des États-Unis dirigés par l’Allemagne et le Japon. Depuis une quinzaine d’années, je vis avec ce fantasme : et si les Beatles, et Dylan, l’explosion pop, n’avaient pas existé ? Comment vivrait-on ? Arabology correspond à ces réflexions. Notre clip du morceau « Yaspop », c’est uchronique : on nous voit planter un drapeau symboliquement arabe sur la Lune, comme si la conquête spatiale des Américains et des Soviétiques avait échoué. [...] Dans l’industrie pop contemporaine totalement écrasée par les codes occidentaux, un tel disque en arabe, c’est une attaque frontale esthétique. »

Esthétique et politique riment souvent, et c’est le cas ici, par le biais de cet alliage qui sonne étrange à de nombreuses oreilles chagrines, la pop la plus exigeante, et la langue arabe chantée de la plus belle des manières. Et dans cette langue plurielle, Yasmine « insulte, [...] di[t] des gros mots », ses « paroles [sont aussi] pleines d’insinuations politiques et sociales », et elle fait ça « en dialecte, en palestinien de Nazareth [en] libanais [en] égyptien [en] irakien, [elle] mélange tout. » D’ailleurs, au début de l’entretien, Mirwais, qui est italo-afghan né en Suisse en 1960, raconte que « L’Afghanistan n’est pas inclus dans le monde arabe, même si les Afghans comprennent la langue arabe. J’ai grandi en parlant le dialecte des Talibans, le pachto, qui concernait la plus grande ethnie. » Benoît Sabatier s’étonne : « Tu comprends l’arabe ? », lui demande-t-il. Mirwais répond : « Non, je pige rien à ce que chante Yasmine. » La chanteuse en rajoute une couche : « Il a passé deux ans sur un disque où il ne comprenait pas les paroles ! » J’ai littéralement avalé cet album, et je l’écoute encore avec beaucoup de plaisir, sans jamais comprendre un mot de Yasmine. Langage universel de la pop.

Je me rends compte en écrivant ce texte que… j’ai déjà chroniqué cet album ! Dans cette chronique, j’avoue avoir tout de suite adoré cette musique, contemporaine, libérée, mondialisée surtout. L’arabe entre en pop – comme on entre en religion, en somme. Une merveille. Allez, un dernier titre du projet, « Oloulou » :

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Yasmine Hamdan est née en 1974 à Beyrouth. Elle commence sa carrière en 1997 avec le groupe Soap Kills, puis, par le biais de son mari réalisateur, elle rencontre Mirwais, avec qui elle sort le morceau « Stayin Alive » en 2008 avant de bâtir Arabology, et continue sa carrière en solo, tout en travaillant avec CocoRosie, Nouvelle Vague, Jim Jarmush. Les productions sur lesquelles elle pose désormais semblent moins pop que lors du Projet Y.A.S., portant davantage vers le folk, la traduction moderne mais fidèle à la tradition arabe, à l’ambient aussi, comme ce titre magnifique, première piste de son premier album solo (2012), « In Kan Fouadi » :

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Je termine ma chronique par une session acoustique géniale de « Shouei », enregistrée à Istanbul en 2015, et je vais aller chialer un coup. Ne me demandez pas pourquoi.

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