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LCS 197. Azar Lawrence, « Theme For A New Day », 1976
14 janvier, 2017, 21:59
Classé dans : Ca, de l'art ?,Musique & Music

 

J’ai choisi cette semaine un morceau du saxophoniste Azar Lawrence, « Theme For A New Day », piste qui ouvre son troisième album People Moving sorti en 1976 chez Prestige.

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J’ai découvert cet album complètement par hasard. Il y a plusieurs années, je surfais sur Internet à la recherche de la bande originale funk d’un vieux film cochon, quand je tombe sur un site qui proposait, certainement illégalement, une grande quantité d’albums en téléchargement gratuit, dans les styles jazz, funk, fusion, soul. Beaucoup de library music, et puis des albums comme celui d’Azar Lawrence, dont j’ignorais complètement l’œuvre. Le site a fermé depuis, inévitablement, mais il m’a permis de découvrir une terra incognita. La pochette, déjà, est en elle-même un appel à écouter : qui est ce Noir au regard fier ? Une voix ? Un instrument ? Lequel ? On peut lire son regard comme un défi, mais aussi comme un « ne me prenez pas au sérieux » (il me fait un peu penser au regard que lance Gregory Hines devant Caledonia dans La Folle histoire du monde de Mel Brooks !).

« Theme For A New Day » est une espèce de balade syncopée avec la mélodie géniale du saxophone, et ces voix… Ce morceau pourrait être une version black de l’île du plaisir sur laquelle Astérix et Obélix passent un petit moment le temps d’une samba endiablée ! La balade se transforme sans qu’on s’en rende compte et part en fusion jouissive, même si la mélodie revient comme un mantra. C’est si bon. Je vous offre également la deuxième piste du même album, « The Awakening », car c’est un morceau tout aussi génial, même s’il joue dans un autre style.

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Un morceau smooth et soul comme je les aime, et ce saxophone qui démarre discret, humble mais déjà si excitant. Il pourrait aisément figurer sur la bande originale du Jackie Brown de Tarantino, par exemple au moment où le prêteur sur gage va chercher Jackie en préventive, ou encore quand Ordell Robbie se prépare à la tuer, enfilant soigneusement ses gants dans sa voiture. On pourrait aussi l’entendre dans une scène de préliminaires dans un porno vintage !

Azar Lawrence est né en 1953, et se montre un petit génie précoce du sax’, jouant puis composant pour de nombreuses légendes de la musique : Clark Terry, Muddy Waters, McCoy Tyner (il remplace John Coltrane, décédé), Ike & Tina Turner, Miles Davis, Freddie Hubbard, Earth Wind & Fire, Frank Zappa, Busta Rhymes, Mulatu Astatke, et tant d’autres. Il signe son premier album chez Prestige en 1974, intitulé Bridge Into The New Age. J’ai découvert cet album il y a quelques semaines seulement, car je me contentais jusqu’alors du seul album que j’avais de lui. Je ne peux m’empêcher de terminer ce post en partageant « Warriors Of Peace », troisième piste de ce premier album, génial morceau free jazz terriblement entêtant. Enjoy !

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LCS 196. Frank Ferera & Helen Louise, « Hawaiian Hula Medley », 1916
3 janvier, 2017, 7:27
Classé dans : Ca, de l'art ?,Musique & Music

 

J’ai choisi cette semaine un morceau de Frank Ferera et Helen Louise, qui s’intitule « Hawaiian Hula Medley », sorti en 78 RPM il y a plus d’un siècle, en août 1916 pour être précis, sur le label Victor.

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Frank Ferera est né en 1885 à Honolulu, Hawaii, alors sous la coupe du roi Kalakaua : c’est l’époque du développement de l’industrie du sucre qui aboutit à une mainmise américaine du business, les États-Unis n’hésitant pas à prendre, ici comme ailleurs, un poids politique important jusqu’à l’annexion officielle en 1898, puis le vote des citoyens, en 1958, pour devenir le cinquantième État des États-Unis l’année suivante. Frank Ferera se marie avec Helen Louise Greenus, fille d’un hommes d’affaires de Seattle, et, avec sa nouvelle femme, part sur le continent pour jouer. En 1915, ils signent avec Columbia-Edison-Victor et enregistrent beaucoup. En 1919, sur un bateau reliant Los Angeles à Seattle, Helen Louise est portée disparue, on suppose qu’elle est tombée et s’est noyée. Frank Ferera continuera sa carrière prolifique, faisant de lui l’un des plus populaires musiciens Hawaiien.

J’ai découvert ce morceau dans l’immense série de Terence Winter, Boardwalk Empire, qui jette un projecteur magistral sur l’Amérique des années 1920, la contrebande d’alcool, la corruption, etc. Dans la saison 2, Angela Darmody s’éprend amicalement de Richard Harrow, l’ami de son mari, et accessoirement associé dans le crime. Richard est, comme Jimmy Darmody, un héros de la Première Guerre mondiale ; il en a gardé une effroyable blessure au visage, qui le contraint à porter un masque lui en couvrant la moitié, ce qui lui donne un air inquiétant. Sa voix est érayée, il fait peur. Mais son humilité, sa gentillesse, son honnêteté, son côté gauche dans les relations humaines mais redoutablement efficace dans ce qu’il fait (tuer des gens, mais aussi jouer avec des enfants, etc.), m’ont tout de suite fait ressentir beaucoup de choses pour ce personnage, l’un des plus intéressants et complexes de la série selon moi, l’incarnation de l’humanité. Dans la scène, Angela, artiste, lui propose de poser pour un portrait. En musique de fond, le « Hawaiian Hula Medley » se laisse entendre, et donne paradoxalement à la scène son aspect si mélancolique. Deux âmes en peine, torturées, perdues se rencontrent là, une émotion incroyable passe dans cette scène, de la tristesse, mais aussi beaucoup d’humanité. Ce grand homme discret, taciturne, se livre devant la femme de son ami, alors qu’il pose. Il lui explique sa vision de l’amour et ce qu’il a perdu. Se met à pleurer (et moi avec). Retire son masque. Angela ne détourne pas le regard et prend une nouvelle feuille afin de peindre cette expression.

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[Boardwalk Empire, saison 2 épisode 4, « What does the bee do ? », 2011. Il faut noter que la scène est découpée en trois séquences, qui, dans l’épisode, ne s’enchaînent pas, contrairement à ce qui est donné à voir dans cette vidéo]

Ce jour-là, Richard Harrow s’est livré complètement. C’est l’une des scènes les plus touchantes de la série, celle qui me parle le plus ; toute la complexité de l’âme humaine, des sentiments humains, s’y trouve livrée, par le truchement du discours elliptique de Richard. La musique rythmée, naïve et apparemment joyeuse de Frank Ferera et Helen Louise ne vient pas contrebalancer la mélancolie de la scène, mais la renforce paradoxalement. Je n’arrive pas à l’exprimer, mais…

Et puis, comment ne pas voir un lien entre ce qu’a dû vivre Frank Ferera sur ce bateau en 1919, perdant à jamais l’amour de sa vie, et ce qu’a vécu Richard Harrow en perdant inexplicablement les sentiments, qu’il apparente à de l’amour, envers sa sœur jumelle ? Il y aurait encore certainement beaucoup à dire sur ce morceau magique et la scène puissante dans laquelle je l’ai découvert, mais je préfère taire les mots qui, comme souvent, font défaut pour décrire ce que je ressens…

Bonus : F. Ferera, H. Louise, « On the beack at Waikiki Medley », 78 RPM, 1915, chez Victor :

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