Ce que j’en dis…

LCS 194. Serge Gainsbourg, « Marabout », 1964
28 juin, 2016, 13:05
Classé dans : Musique & Music

 

DSC_0558 - Copie

Serge Gainsbourg chez lui, en 1963, dans sa petite chambre parisienne mansardée de la rue Saint-André-des-Arts. A l’époque, il n’a sorti que trois albums qui ne connaissent guère de succès mais a déjà beaucoup écrit pour les autres, comme Juliette Gréco et Anna Karina. (c) Marcel Bégoin, collection privée Ici Paris.

 

J’ai choisi cette semaine un morceau du grand Serge Gainsbourg, « Marabout », sur l’album Gainsbourg Percussions sorti en 1964 chez Philips.

Image de prévisualisation YouTube

De cet album, je n’ai longtemps connu que « Couleur Café », bien sûr, « Pauvre Lola », sur lequel on entend rire France Gall, ainsi que le génial « New York USA », présent sur une compil de mon paternel. J’ai découvert cet album assez tard, il y a quelques années, à force d’entendre les louanges de mes amis Camille et Aymeric, tous deux fans. La première fois que « Marabout » a résonné à mes oreilles, j’ai tout de suite pensé… deep house, un truc subtil et chaud fait pour bouger ses hanches. Contrairement à ce que j’imaginais, les influences de Gainsbourg, Alain Goraguer et Claude Dejacques ne sont pas tant à chercher de l’autre côté de l’Atlantique (Herbie Hancock ne sort son « Mimosa », sur l’album Inventions and Dimensions, que quelques mois avant Gainsbourg Percussions) que de l’autre côté de la Méditerranée, au Nigeria surtout. Guy Béart nous éclaire : « Un jour, je suis tombé à New York sur le disque de Babatunde Olatunji, Drums Of Passion, en 1959, que m’avait offert Belafonte, en fait. La musique de ce percussionniste américain d’origine nigériane m’avait frappé. J’ai donné son disque à Claude Nougaro, ainsi qu’un autre à Claude Dejacques, qui était directeur artistique chez Philips. Il l’a fait découvrir à Gainsbourg qui a, quelques temps après, sorti un disque […], où il plagie carrément Olatunji. […] Mais il y a eu un procès, que Gainsbourg a perdu. [Il] était un homme de talent, mais un grand affabulateur. Pourtant, il durera car, en avance sur son époque, il était à l’image des médias. Il savait faire le buzz. »1 Au total, le trio à l’origine de Gainsbourg Percussions plagie trois morceaux d’Olatunji (« Joanna », « New York USA » et « Marabout »), ainsi qu’un de Miriam Makeba, une compositrice sud-africaine2. Voici le morceau original de Babatunde Olatunji, « Gin-go-lo-ba », sorti en 1959 sur l’album Drums Of Passion, que reprendra Carlos Santana en 1969 dans ce qui est devenu un morceau emblématique du guitariste californien :

Image de prévisualisation YouTube

Les paroles de Gainsbourg sont très simples, mais j’apprécie beaucoup la variation ludique sur le jeu d’esprit du marabout qu’il opère, sans que je sache vraiment s’il plagie cela aussi (je ne crois pas). Le producteur Claude Dejacques écrit, sur le verso de la pochette du 33 tours original : « Au début, c’est un rythme de doigts sur le bord d’une table de bois Empire. Des idées, des images naissent. Bientôt, Serge ne dort plus sans battement, sans une touffe de battements où se mêlent les pulsations naturelles de la vie. Deux mois plus tard, Alain Goraguer et moi nous retrouvons dans le même état : il faut opérer d’urgence. Résultat, le studio se met à battre aussi autour de cinq percussionnistes et de douze choristes. Quelques titres d’un style plus « jazzistique » se greffent aisément sur la couleur purement africaine. Au-dessus de tout cela, les textes, ciselés, incrustés sur les sons : la marque Gainsbourg. »3 On sent bien cette union, cette fusion même, cette maîtrise dans l’album. Je pourrais écouter ce morceau en boucle pendant des heures…

Bonus nigérian : « Joanna », sur le même album :

Image de prévisualisation YouTube

Bonus jazzistique : « Quand mon 6.35 me fait les yeux doux », sur le même album :

Image de prévisualisation YouTube

 

1 Guy BEART (2014), « Interview, par Bapiste Vignol », Schnock n° 11, mai, p. 88.

2 Page Wikipédia de l’album Gainsbourg Percussions, consultée le 25 mai 2016 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gainsbourg_Percussions.

3 Cité par Ibid.

 

 

********************************

Lud le Scribouillard est sur Facebook et sur Twitter : like & share !


Pas de commentaire
Laisser un commentaire



Laisser un commentaire

Environnement TCHAD |
adminactu |
carsplus production |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | RADIO JUSTICE
| JCM
| LEMOVICE