Ce que j’en dis…

Paye ta playlist ! #005 by Lud : la Solitude
18 mai, 2016, 22:37
Classé dans : Ca, de l'art ?,Musique & Music

 

Texte écrit par Lud le Scribouillard, tard, plusieurs nuits de mai 2016…

 

J’aime bien Gérard Jugnot, il incarne une partie de mon enfance et de mon adolescence, en même temps que tout un pan de la culture populaire française : Bernard Morin des Bronzés, Félix le Père Noël, Adolfo Ramirez, Pinot le flic simple, mais aussi l’employé de banque dans le « Hold Up » fomenté par Louis Chedid, ou Gérard Traunau, l’extraordinaire réalisateur d’effets normaux chez Les Nuls. En 1991, il signe Une Epoque Formidable, une comédie touchante sur la vie d’un cadre qui devient chômeur, se fait larguer par sa femme, et se retrouve à la rue ; un film que j’aime beaucoup, notamment parce qu’il donne à voir l’équilibre fragile entre drame social et comédie populaire, avec en toile de fond la crise économique du libéralisme (Coline Serreau réalise l’année suivante La Crise, un film qui est très complémentaire de celui de Jugnot), une certaine vision de ce « monde » qui vit « au bord du monde » (pour reprendre le titre du documentaire de Claus Drexel en 2014), entre entraide solidaire et instrumentalisation cynique. Le génial Chick Ortega (l’énervé Jacky Sueur dans Dobermann, l’inquiétant barbouze dans L’Affaire Ben Barka) y joue Mimosa, un ancien toxico un peu fêlé tenu en laisse par le Toubib (Richard Bohringer). La scène se déroule un peu après que Michel (Jugnot) ait rencontré Le Toubib et ses acolytes ; les trois SDF ont flairé le pigeon…

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Je me suis toujours demandé quel était cet air que jouait Mimosa, sans jamais aller fouiner, jusqu’à cette rediffusion, il y a quelques mois, sur la TNT. J’ai découvert, inculte que j’étais, que Mimosa reprenait le refrain d’un morceau de Monsieur 100 000 volts, Gilbert Bécaud. On ne l’écoutait pas, à la maison, je ne connais pas sa carrière, sa vie, ses chansons.

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En tombant sur « La Solitude ça n’existe pas », j’ai été bluffé : orchestration cheloue, grandiloquente, avec ce rythme un peu western ; interprétation « virile », Bécaud défie la Solitude ; paroles désabusées et cyniques derrière le vernis de la négation ; en fait, Bécaud a peur… Le morceau est sorti en 1970 en 45 tours, écrit par Bécaud et Pierre Delanoe.

Continuons cette exploration éminemment subjective de la solitude par un morceau de Renaud, que je connais beaucoup mieux, lui : mes parents l’aimaient beaucoup. Mon père, fan de Renaud et de bande-dessinée, s’était même procuré deux albums de bd de Gérard Lambert (1981 et 1983), albums que j’adore relire tellement ils sont bien branlés. Le morceau que je propose montre une solitude douloureuse, mais revendiquée.

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« Manu », sorti en 1981 en face B du 45 tours « Mon Beauf », puis sur l’album Le Retour de Gérard Lambert (1981), exprime bien le tragique et l’ambiguïté de la liberté : « Eh Manu, vivre libre, c’est souvent vivre seul, ça fait peut-être mal au bide, mais c’est bon pour la gueule »… J’adore cette phrase ; et j’adore la solitude aussi… On est finalement tous plus ou moins des coeurs d’artichaut, même si la vie peut parfois rendre le coeur plus dur, plus sec, plus aride, jusqu’à la haine…

La transition est toute trouvée : en 2004, le Klub des Loosers sort son premier album, Vive La Vie chez Record Makers, sur lequel on trouve un morceau intitulé « De l’amour à la haine » (sur un sample génial de Riz Ortolani) : « A présent je cherche un briquet afin d’enflammer tes lettres et tes photos qui, déchirées dans une coupelle, ne forme qu’un petit tas. Tu vois : de l’Amour à la haine il n’y a qu’un pas ! » Le titre qui suit est issu du même album, et s’intitule « Un Peu Seul ».

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Ici, Fuzati, après avoir passé une poignée de morceaux à exposer sa misanthropie et sa loose, rappelle qu’il reste un être humain, affecté par une solitude qu’il n’a pas choisi : « je me sens seul, ils ont coupé mon cordon, depuis je n’ai plus été rattaché à personne/je me sens seul, chez moi tout est silencieux, du ressort de mon lit jusqu’à mon téléphone/je me sens seul, je n’ai pas beaucoup de forces, j’aimerais que quelqu’un m’aide à partager ma vie/je me sens seul, je ne veux pas mourir maintenant, j’ai trop peur que ma tombe ne soit jamais fleurie ». La phase du chat, qu’il appellerait « Ma-chérie-les-enfants », est pathétiquement triste, et tellement bien trouvée. Il conclue, résigné : « les cercueils n’ont qu’une place »…

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Le morceau précédent est un classique de Léo Ferré : « La Solitude », sur l’album éponyme, sorti en 1971. Mon père nous a fait écouter plusieurs fois ce titre, sans jamais qu’on n’y comprenne grand chose ; mon père ne se cachait pas, d’ailleurs, pour nous avouer qu’il ne comprenait pas grand chose, lui non plus, au texte. Il trouvait ça juste beau, quelque chose qui bouleverse, ce qu’on appelle parfois de l’art. Et c’est aussi mon cas… Une certaine idée du pas anar’ de côté, une certaine vision de la société de consommation, aussi, peut-être ; Thiéfaine, dont je reparlerai, parle aussi de ces non-lieux produits par la société de consommation et qui produisent des êtres seuls, fous, unidimensionnels (Herbert Marcuse) : « En ce temps-là, le rien s’appelait quotidien. Et nous allions pointer dans les jobs interdits. Dans les musiques blêmes, dans les sombres parfums, dans les dédales obscurs où plane la folie » (« Exil Sur Planète Fantôme »). D’ailleurs, la société de consommation, faussement mise en valeur, est aussi critiquée par Bécaud, dans « La Solitude, ça n’existe pas ».

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« La Solitude » interprétée par Barbara, morceau présent sur l’album La Fleur d’Amour, paru en 1972. Je vais vous avouer quelque chose : je crois bien que c’est la deuxième chanson de Barbara que j’écoute de toute ma chienne de vie. Pis : si elle figure sur cette playlist, c’est à cause d’une fausse manip’ sur Youtube, à la recherche de Léo Ferré… Je l’ai écouté à plusieurs reprises, et puis, j’ai finalement trouvé cette manière de personnifier la solitude, mieux, cette prosopopée magnifiquement bien écrite et interprétée. « Depuis, elle me fait des nuits blanches. Elle s’est pendue à mon cou, elle s’est enroulée à mes hanches, elle se couche à mes genoux. »

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En 1969, Georges Moustaki, dans « Ma Solitude », a préféré s’en faire une « amie », une alliée. « Une douce habitude [...] Fidèle comme une ombre ». J’aime beaucoup ce texte, car c’est un peu l’idée que je me fais de ma solitude : j’en ai besoin, et parfois je la « répudie », mais finalement, j’y prends goût, et, à coup sûr, « Elle sera à mon dernier jour ma dernière compagne. » En tout cas, la plus fidèle.

On termine cette playlist par le bouclage d’une boucle. En 1981, Hubert-Félix Thiéfaine signe Dernières Balises (Avant Mutation), avec notamment ce titre, « Taxiphonant d’un Pack de Kro », où la solitude implacable et glaçante qui règne dans le monde moderne est donnée à voir sur un mode inversé.

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En effet, le solitaire narrateur a raté son suicide (comme il le rappelle également dans « Exil Sur Planète Fantôme ») ; pour le réussir, il appelle SOS Amitié ! « Je crois bien que ça vient du chargeur, est-ce que vous pouvez m’envoyer assez rapidement le dépanneur ? », demande-t-il… à un répondeur automatique qui finira par lui donner quelques secondes pour se pendre…

Et c’est marrant, car – on en vient à cette boucle -, dans Le Père Noël est une ordure, réalisé par Jean-Marie Poiré en 1982, il y a cette scène, glaçante également, et qui fait écho, sur un autre registre, au titre de Thiéfaine : un paumé appelle la permanence de SOS amitié, tenue par Pierre et Thérèse, lesquels le mettent en attente. « Je vous entends mal… Appuyez sur le bouton » De l’autre côté du combiné, le paumé, son flingue sur la tempe, obtempère et appuie sur le bouton ; ce sera son dernier coup de fil.

 

Le mot de Jack Seps : « En lisant et écoutant cette playlist, je m’attendais à voir le morceau « Jef » de Jacques Brel, sorti en 1964 sur l’album N° 8 et en 45 tours la même année, chez Barclay… Ça me paraissait logique. »

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Jack Seps continue : « J’aime le Grand Jacques et qui ne l’aime pas d’ailleurs ? Peut-être quelques-uns et je les abhorre avec tout mon mépris. Sa voix extraordinaire, ses mots, son interprétation : tout est juste. Je l’admire autant que je l’envie. Brel est de ces gens qui ne meurent jamais vraiment.

Bref, ce morceau commence par « Non, Jef… T’es pas tout seul ». Brel s’adresse à son ami qui vient d’être largué par sa « trois-quart putain » et se sent seul. Dans le premier couplet, Brel est un peu dur avec Jef, comme pour le piquer au vif, pour que l’orgueil prenne le dessus sur la peine. Puis vient le refrain, et la chanson devient émouvante. Il lui rappelle qu’ils étaient « bien » tous les deux, il lui rappelle des souvenirs. Des souvenirs de potes. Et mieux, il parle d’eux au futur.

Et c’est là que cette chanson me parle, parce que les amours viennent, partent, reviennent et repartent avec caprice, l’amitié reste. Même si l’amour éloigne (de vue) l’amitié… c’est inéluctable.

C’est une chanson de copain : quoiqu’il arrive, l’amitié était, est et sera présente. Contrairement à cette « fausse blonde » qui te relaisse tomber.

Brel répète à Jef qu’il n’est pas tout seul, plusieurs fois, jusqu’à ce qu’il s’aperçoive que, putain de merde, c’est vrai.

Allez viens, Jef, viens, une gonzesse de perdue, c’est dix copains qui r’viennent ! »

 

 

Épilogue

Je ne peux pas m’empêcher de partager ce sketch du Palmashow, que d’aucuns balaieront d’un revers snob d’une main gantée, mais qui me fait exploser de rire à chaque fois que je le revois. Ca s’appelle : « La Solitude ». Ah, cet alliage de gags, de trognes, et cette musique…

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