Ce que j’en dis…

L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #010

 

Avant-hier, c’était la rentrée des classes. François Rebsamen, le ministre du Travail et de l’emploi, n’a rien trouvé de mieux à faire que de déclarer la guerre, non pas au chômage, mais aux chômeurs, en dépit du fait qu’il ait nuancé (à peine) ses propos le soir même. Le chômage augmente inexorablement depuis 2008 ? C’est la faute aux chômeurs, puisqu’il existe, selon le ministre, 350 000 emplois vacants : « Je demande à Pôle Emploi de renforcer les contrôles pour être sûr que les gens cherchent bien un emploi. [Si ce n’est pas le cas] il faut qu’il y ait […] une sanction. C’est négatif, pour ceux qui recherchent des emplois, d’être à côté de personnes qui n’en cherchent pas. [Cette mission de contrôle nécessite un] état d’esprit différent, des convocations et des vérifications […]. Sinon on est radié. »

Avant de continuer, rappelons ces propos du Président Nicolas Sarkozy, prononcés à la télé le 24 avril 2008 : « Il y a 500 000 offres d’emplois qui ne sont pas satisfaites avec 1,9 million de chômeurs, l’immense majorité des chômeurs essayent de trouver un emploi, mais certains ne veulent pas se mettre au travail, c’est une minorité qui choque. »[1] On notera l’aspect farfelu des chiffres : l’un est gonflé, l’autre minimisé, l’écart étant réduit, la conclusion s’impose d’elle-même (le chômage est dû à ceux qui ne veulent pas travailler). D’ailleurs, en février 2012, le candidat François Hollande avait fustigé ce genre de discours en rappelant que les chômeurs n’étaient pas responsables de leur situation et qu’il était inadmissible d’accabler les faibles. Bref… Essayons maintenant d’y voir un peu plus clair.

 

Que laisse entendre Rebsamen ? Du bon sens : s’il coexiste des chômeurs et des emplois vacants, c’est bien que certains chômeurs ne font rien pour en trouver un. C’est mathématique ! Mettons d’abord en exergue les chiffres : entre 2,7 et 5,7 millions de chômeurs[2] d’un côté, entre 180 000 et 300 000 emplois vacants de l’autre[3]. La première chose qu’on peut dire, c’est que, même si tous ces emplois étaient pourvus, le chômage resterait important ; ce n’est donc pas en les pourvoyant qu’on réglerait le problème… Soyons clair : Rebsamen et tous ceux, car ils sont nombreux, qui pensent la même chose se plantent.

 

Observons les faits en donnant d’abord la parole à Anne Fretel, économiste à l’université de Lille 1 et membre des Economistes Atterrés : « [I]l est normal qu’il y ait des emplois vacants dans une économie, cela reflète le fait que les ajustements sur le marché du travail ne sont pas instantanés. Le vrai enjeu porte sur les difficultés de recrutement des entreprises. Or du fait des modes de fonctionnement des entreprises, beaucoup d’entre elles ne savent pas toujours recruter (notamment les PME) et quand elles éprouvent une difficulté, elles ne remettent pas pour autant en cause leur mode de fonctionnement. [L]e problème structurel qui se cache derrière les difficultés de recrutement est celui de la capacité d’une entreprise à être un employeur avant la question de l’adéquation de la formation d’un demandeur d’emploi à un poste. Or la capacité employeur d’une entreprise n’est que rarement posée, le cœur des politiques d’emploi (et des discours) se centrant sur la question de l’employabilité des personnes. Répondre aux difficultés de recrutement pourrait passer par un renforcement de l’ « employeurabilité » des entreprises. »[4]

Michel Abhervé, professeur associé à l’université Paris Est Marne-la-Vallée et spécialiste des questions relatives au travail et à l’ESS, ajoute d’autres raisons : « Une partie [de ces emplois non pourvus] résulte de contraintes réglementaires, rendant nécessaire la possession de diplômes, en particulier dans le domaine de la santé. Quant les diplômés ne sont pas assez nombreux, il y a difficulté à recruter. La solution suppose un important effort de formation qui ne produira ses effets que plusieurs années plus tard. Mais une grande partie des difficultés de recrutement est liée à la nature des emplois proposés. Nous reproduisons volontiers […] un extrait d’un témoignage très intéressant, celui de Valérie, conseillère Pôle Emploi, publié par Rue 89 […]. « Il y a des offres non pourvues. Celles où : l’on exige le permis ET une voiture personnelle pour un emploi de quelques heures par semaine à 9,53 euros de l’heure ; les horaires découpés vous font rester sur place dix heures pour un travail effectif de sept heures ; l’on exige que vous parliez tamoul couramment ou mandarin et japonais ; l’on demande des bac +5 payés au Smic ; l’on vous attend dans des zones industrielles non desservies par les transports en commun ; l’on demande d’être secrétaire, comptable et femme de ménage ; l’on réclame d’avoir dix ans d’expérience, mais d’être formé aux toutes dernières technologies et surtout d’avoir moins de 45 ans… » Cette simple énumération montre que pour une large part la question des emplois non pourvus est avant tout une question de conditions de travail et de rémunération. »[5] Et oui : il faudrait que les chômeurs acceptent tout et n’importe quoi, par-dessus le marché…

 

Rappelons que les contrôles administratifs ne cessent d’augmenter, tricher étant de plus en plus drastiquement réprimé par l’ANPE hier, par Pôle Emploi aujourd’hui. On se souvient tous de cette polémique. Entre 2005 et 2006, l’ANPE, sous l’égide du gouvernement, durcit les règles administratives : mise en place d’entretiens mensuels individuels, durcissement des sanctions, réduction du délai accordé pour la mise à jour des situations mensuelles, etc. Tout au long de l’année 2006, le gouvernement se vante de sa politique de l’emploi et de la réduction du nombre de chômeurs. La réduction du nombre de chômeurs était-elle imputable à un réel retour à l’emploi des chômeurs ou au durcissement de la politique de l’ANPE ? Au cœur de la campagne présidentielle (mars 2007), l’Insee doit trancher par la publication de l’enquête emploi 2006. Mais elle refuse de publier ses résultats, très attendus politiquement, officiellement parce que l’enquête se révélait non significative (taux de non réponses trop élevé). Officieusement, la raison est plutôt à chercher vers un écart politiquement sensible entre son chiffre (9,8 %) et celui issu de l’ANPE (9 %). C’est d’ailleurs ce qui fait dire au Conseil National de l’Information Statistique (CNIS) que les données ANPE « présentent surtout un intérêt pour suivre l’action du service public de l’emploi »[6], mais ne permet pas d’analyser clairement la conjoncture du marché du travail puisqu’il suffit de changer certaines règles administratives dans la gestion des demandeurs d’emploi ou dans leur accompagnement pour modifier les chiffres. A l’heure actuelle, les conseillers Pôle Emploi sont débordés, gérant parfois des portefeuilles atteignant jusqu’à 300 dossiers. Certains se suicident sur leur lieu de travail…

Peut-être que Rebsamen souhaite faire d’une pierre deux coups : on contrôle davantage, faisant sortir administrativement un maximum de demandeurs d’emploi des statistiques, tandis que ce contrôle accru nécessite de créer abondamment de l’emploi… à Pôle Emploi !

 

Par ailleurs, Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives Economiques, a rappelé sur son profil Facebook, une donnée importante d’Eurostat : « la France est un des pays d’Europe où les emplois vacants sont les moins nombreux. Autrement dit : si les chômeurs sont si nombreux à être chômeurs dans l’Hexagone, c’est d’abord et avant tout parce qu’il n’y a pas (du tout) de boulot, et pas parce qu’ils tirent au flan. » Ça la fout mal, quand même, les mecs…

Job_Vacancy_Rate_by_country_2014Q1

La version française d’Alternatives Economiques

1451488_10203722397953982_636386273707074157_n

 

 

Résumons notre propos :

 

-          l’existence d’emplois vacants est un phénomène normal ;

-          il est peut-être plus judicieux d’incriminer le fonctionnement des entreprises dans l’existence d’emplois vacants ;

-          il existe évidemment un problème d’adéquation des qualifications entre celles appartenant aux chômeurs et celles exigées par un poste (même s’il faut relativiser cet état de fait) ;

-          un nombre non négligeable de ces emplois vacants est tout simplement très précaire, phénomène lié au pouvoir dissymétrique dont disposent les entreprises face aux travailleurs, dans un contexte de recherche de compétitivité et de chômage de masse ;

-          les chômeurs sont en fait déjà drastiquement contrôlés, ce qui fait baisser artificiellement (car administrativement) le nombre de demandeurs d’emplois ;

-          en réalité, le taux d’emplois vacants français est l’un des plus faibles d’Europe.

 

Les faits sont donc têtus, n’en déplaise à Rebsamen… Mais que révèle finalement cette façon de voir le chômage ? Celle-ci est en fait basée sur une certaine conception théorique du marché du travail : la théorie néoclassique.

Depuis la fin du XIXe siècle, les économistes néoclassiques ont développé l’idée selon laquelle le marché du travail est un marché comme les autres. Cette conception théorique n’est pas qu’une vue de l’esprit, développée hors-sol : au cours de la Révolution industrielle, portée par les valeurs du libéralisme, beaucoup de rigidités ont été levées pour « libérer le travail », qu’elles soient réglementaires (les corporations de métier) ou structurelles (l’industrialisation et l’urbanisation créant une masse de travailleurs libres prêts à travailler loin de chez eux, dans les manufactures des villes). Dans une perspective polanyienne, on peut concevoir l’essor du capitalisme comme la transformation en biens marchands de biens fictifs car non produits (la terre, le travail, la monnaie), c’est-à-dire le désencastrement (ou l’autonomisation) de ces « biens » des relations sociales qui les intégraient et les produisaient culturellement. Selon Karl Polanyi, ce désencastrement a détruit, distendu les liens sociaux traditionnels, fragilisant les sociétés, conduisant les corps sociaux à se défendre de l’invasion du marché, pour le meilleur (protection sociale, démocratie populaire, droit du travail, politique économique contracyclique, etc.) comme pour le pire (nationalismes, fascismes, racismes, dictatures, génocides, etc.). C’est toute l’histoire de la première partie du XXe siècle !

Revenons à notre marché du travail. Les économistes néoclassiques ont donc appliqué les catégories du marché au travail, transformant théoriquement celui-ci en bien marchand, en marchandise quelconque. Dans cette optique, c’est traditionnellement la rencontre entre l’offre de travail (par les travailleurs) et la demande de travail (par les entreprises) qui devient l’élément central, déterminant ainsi un taux de salaire d’équilibre. S’il existe la moindre rigidité sur ce marché, l’équilibre ne se réalisera plus par les prix (les salaires), mais par les quantités (d’emplois) : soit du chômage, soit de la pénurie de main-d’œuvre. Pourquoi ? Imaginons, ceteris paribus, que l’offre de travail augmente sous l’effet d’un baby-boom ; s’il existe un salaire minimum, par exemple, il y aura du chômage ; si on avait voulu que toute la population active soit employée, il aurait fallu pouvoir baisser le salaire. C’est donc la flexibilité des prix (des salaires) qui permet au marché du travail de retrouver l’équilibre de plein emploi. S’il subsiste des chômeurs en régime de concurrence pure et parfaite sur le marché du travail, ils sont dits « volontaires », car arbitrant en faveur du temps libre (ils considèrent que ça ne vaut pas le coup de travailler à ce taux de salaire). Les rigidités sont nombreuses : salaire minimum, présence des syndicats, droit du travail, limite de temps de travail, protection sociale, indemnités chômage, etc. Théoriquement, si on lève ces rigidités, on assure le plein emploi… mais on fait de la vie du travailleur un enfer, car il est alors complètement précarisé, déshumanisé, dans l’impossibilité de prévoir l’avenir ou même de subvenir à ses besoins. La plupart des économistes ont bien conscience de cette difficulté à articuler la théorie et le réel, difficulté conduisant l’économiste Joan Robinson à écrire : « Il n’est pas difficile de fabriquer des modèles [théoriques] à partir d’un ensemble d’hypothèses. La difficulté est de trouver les hypothèses qui aient un rapport avec la réalité. »[7] De fait, d’autres économistes sont moins prudents en faisant de ce modèle théorique un idéal à atteindre dans la réalité, interprétant les acquis sociaux comme autant de contraintes empêchant la réalisation de cet idéal. On retrouve la confusion entre science positive et science normative[8].

C’est pourquoi, dans les années 1930, l’économiste John Maynard Keynes a mis toute son énergie à apporter des critiques rigoureuses à ces manières de penser. Selon lui, le niveau de l’emploi ne se décide pas sur le marché du travail, mais sur le marché des biens et services. Pourquoi une entreprise produirait si elle anticipe de mauvais débouchés ? Pourquoi embaucher si on ne produit pas ? C’est donc bien la demande qui, à court terme, est le moteur de l’emploi. Il est habituel que, compte tenu de la demande, les entreprises ne produisent pas davantage ; il existe un équilibre sur le marché des biens et services ; mais il n’est pas certain que ce niveau de production suffise à assurer le plein emploi ! C’est ainsi que Keynes parle d’équilibre de sous-emploi. Vous me direz : à long terme, c’est quand même bien des facteurs d’offre (qui découlent principalement des gains de productivité et du prix des facteurs) qui agissent sur la croissance économique. Keynes balance cette punchline à la radio le 14 janvier 1931 : « A long terme, nous sommes tous morts. Les économistes s’adonnent à une tâche trop facile, trop primitive, si, dans la saison des tempêtes, ils nous annoncent seulement que lorsque l’orage sera terminé, l’océan retrouvera son calme. » Par conséquent, c’est bien sur la demande qu’il faut agir, car c’est elle qui détermine la croissance à court terme (donc, aussi, l’emploi).

 

Que retenir de tout cela ? Que le diagnostic du ministre du Travail est largement erroné, du fait d’une vision complètement biaisée de la situation du marché du travail. Ses propos sont symptomatiques du paradigme néoclassique qui envahit notre esprit, même celui de ceux qui n’ont jamais tâté d’économie. Inconsciemment, François Rebsamen, même s’il le conteste, estime que le chômeur est présumé coupable (feignant, tricheur, volontaire). C’est ne pas voir l’écrasante majorité des chômeurs qui subissent avant tout l’effet de structures économiques défavorables à l’emploi, en premier lieu les politiques d’austérité qui obèrent considérablement la demande, une demande qui n’en avait décidément pas besoin… C’est aussi reconnaître cruellement l’incompétence, l’aveuglement et l’incapacité du gouvernement à faire baisser le chômage en suivant des politiques pro-cycliques d’offre. C’est enfin faire une injure intolérable à la dignité de tous les chômeurs qui luttent, chaque jour, pour trouver un emploi, ne pas subir l’opprobre et survivre, « au jour la journée », comme on disait durant l’Ancien Régime, quand la précarité touchait une majorité d’individus…

 

Heureusement, le livre de Valérie Trierweiler arrive à points nommés pour balayer l’actualité…

********************************

Lud le Scribouillard est sur Facebook et sur Twitter : like & share !


[1] Cité in Anne FRETEL (2013), « Emplois vacants : la faute aux chômeurs », sur le blog des Economistes Atterrés hébergé sur Marianne, le 28 octobre, http://www.marianne.net/les-eco-att/Emplois-vacants-la-faute-aux-chomeurs_a22.html.

[2] Selon l’Insee, le nombre de chômeurs s’établit au 1er trimestre 2014 à 2,774 millions. Selon la Dares, à la fin du mois de juillet 2014, le nombre de demandeurs d’emplois s’établit à 3,424 millions en catégorie A, et 5,747 millions toutes catégories confondues (A, B, C, D, E). Si les chiffres de l’Insee et de la Dares sont différents, c’est parce que les critères de comptabilisation sont différents : sans entrer dans le détail, l’Insee se base sur les critères restrictifs du BIT pour mener une très rigoureuse enquête, quand la Dares, qui dépend du Ministère du Travail, comptabilise le nombre de demandeurs d’emplois inscrits administrativement à Pôle Emploi.

[3] La définition d’ « emploi vacant » est traduite du terme anglais « job vacancy » : selon Eurostat, c’est un poste nouvellement créé, libre, ou sur le point de se libérer, pour le pourvoi duquel l’employeur entreprend des démarches actives de recherche d’un candidat en dehors de l’entreprise. De nombreuses notions proches existent, notamment la notion de « poste non pourvu » ; la définition est tout de même très différente : c’est une offre d’emploi déposée à Pôle Emploi – ce qui est très restrictif (seules 38 % des offres d’emploi passent par Pôle Emploi) – par une entreprise qu’elle a retirée sans avoir embauché, soit parce que l’entreprise n’a pas trouvé le bon candidat, soit parce qu’elle a recruté par ses propres moyens, soit parce qu’elle a renoncé au recrutement (par exemple, pour un appel d’offre perdu). Il existe également les notions de difficultés de recrutement, de métiers en tension, etc. Michel Abhervé, professeur associé à l’université Paris Est Marne-la-Vallée et spécialiste des questions relatives au travail et à l’ESS, a publié un post sur son blog. Il y écrit un propos très juste : « Ce qui étonne, c’est l’affirmation du ministre qui affirme que 350 000 offres d’emplois ne trouvent pas preneurs. D’où vient ce chiffre que nous ne trouvons sur aucun site officiel, qui n’est établi dans aucune étude sérieuse ? Cette affirmation s’inscrit dans une série d’affirmations où François Hollande a reprise avec plus de modération les déclarations de Nicolas Sarkozy. Régulièrement un chiffre est avancé. D’habitude, c’est un compte rond. L’originalité de l’affirmation rebsamienne c’est 350 000, chiffre qui, à notre connaissance, n’avait jamais été avancé. Aujourd’hui [2 septembre 2014], à 15 heures, il y a sur le site de Pôle Emploi 195 488 [offres d’emplois], dont certaines ont été déposées le jour même, et qui peuvent difficilement être considérées comme des emplois non pourvus. D’ailleurs, qui peut dire au bout de combien de temps un emploi à pourvoir devient un emploi non pourvu ? […] » (http://alternatives-economiques.fr/blogs/abherve/2014/09/02/ou-francois-rebsamen-a-t-il-trouve-les-350-000-emplois-non-pourvus-en-tous-cas-pas-a-pole-emploi/)

[4] Anne FRETEL (2013), art. cit.

[5] Michel ABHERVE (2014), « Si au lieu de relayer un chiffre d’emplois non pourvus, on analysait ce que sont ces emplois », le 11 mars, sur son blog, http://alternatives-economiques.fr/blogs/abherve/2014/03/11/si-au-lieu-de-relayer-un-chiffre-demplois-non-pourvus-on-analysait-ce-que-sont-ces-emplois/.

[6] Jean-Baptiste DE FOUCAULD, Marie REYNAUD, Michel CEZARD (2008), « Emploi, chômage et précarité. Mieux mesurer pour mieux débattre et agir », rapport du CNIS, n° 108, septembre, cité par Laurent JANNEAU (2008), « Comment mieux mesurer l’emploi, le chômage et la précarité ? », La Lettre de l’Insertion n° 4, novembre.

[7] Joan ROBINSON (1971), Hérésies Economiques, Calmann-Lévy, « Agora », 1972, p. 211.

[8] Une science positive décrit le monde tel qu’il est ou a été, tandis qu’une science normative décrit le monde tel qu’il devrait être. Dans ce dernier cas, on quitte le savant et on entre dans le politique (pour reprendre des catégories chères à Max Weber), pour la simple et bonne raison que l’avenir d’une collectivité, en démocratie, n’est pas écrit à l’avance (on ne peut déduire ce qui sera de ce qui a été), et qu’il trouve sa légitimité dans le peuple souverain en première et en dernière instance. Pour le dire comme l’économiste André Orléan, « On ne peut pas passer de manière continue de l’observation de ce qui a été à une proposition sur ce qui doit être. Pour une raison simple : il n’y a pas un devoir-être qui serait inscrit dans ce qui est. [On peut] apporter [s]es connaissances [au débat public], mais c’est une autre démarche que celle de la science : [on] ne vien[t] pas résoudre un problème économique [mais] contribuer au débat démocratique. » (A. ORLEAN (2012), « Une économie sans valeur ? Entretien, par Laurence Duchêne, Stany Grelet, Victoire Patouillard », Vacarme n° 60, mai, pp. 214-245) Et, à ce titre, la voix du scientifique vaut autant que celle du citoyen qui n’y comprend que pouic (ce qui implique que la démocratie doit être nécessairement animée d’une fin éducative et émancipatrice – mais c’est un autre débat). L’économiste Frédéric Lordon le dit autrement : « la science économique n’existe pas, il n’y a que de l’économie politique » (F. LORDON (2014), La Malfaçon. Monnaie européenne et souveraineté démocratique, Paris, Les Liens Qui Libèrent, p. 95) : la décision économique d’une collectivité ne se décide pas entre experts en démocratie… 


Pas de commentaire
Laisser un commentaire



Laisser un commentaire

Environnement TCHAD |
adminactu |
carsplus production |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | RADIO JUSTICE
| LEMOVICE
| Les énergies solaires et éo...