Ce que j’en dis…

L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #009

 

Le citoyen ne le sait peut-être pas, ou ne veut pas le savoir, ou peut-être qu’il s’en bat les couilles tout simplement, mais les instituts de statistique publics produisent des données tous les jours, disponibles immédiatement et gratuitement. Parfois, certaines données font la une des médias, sans toujours la rigueur scientifique de mise pour les interpréter. Ces derniers jours, l’Insee et Eurostat ont rendu publics leurs chiffres sur le PIB, l’inflation et le chômage. Et ils ne sont pas bons. En même temps, nous sommes en vacances, on s’en fout de l’économie !

 

Au 2e trimestre 2014, le PIB de la zone euro est stable (+ 0,0 %) par rapport au trimestre précédent, tandis que celui de l’UE28 augmente de 0,2 % par rapport au trimestre précédent. En France, le taux de croissance du PIB est nul (+ 0,0 %) au 2e trimestre 2014 par rapport au trimestre précédent, alors que ce 1er trimestre affichait déjà un taux de croissance nul. Pour le dire plus simplement, la France ne crée pas plus de richesse qu’hier…  En Allemagne, le taux de croissance du PIB est négatif (– 0,2 %) au 2e trimestre par rapport au précédent. En comparaison, le taux de croissance du PIB américain sur la même période s’élève à 1 % (après, tout de même, un taux de croissance du PIB en recul de 0,5 %). En variation annuelle, le taux de croissance du PIB s’élève en juillet à 0,7 % dans la zone euro, 1,2 % dans l’UE28, 0,3 % en France, 1,3 % en Allemagne, et 2,4 % aux Etats-Unis.

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Taux de croissance du PIB en France

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Le PIB et ses composantes en France

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Dans le même temps, l’inflation augmente dangereusement peu : en zone euro, en juillet 2014, le taux d’inflation annuel s’établit à 0,4 %, le plus faible depuis octobre 2009 ; en UE à la même date, le taux d’inflation annuel s’établit à 0,6 %. La déflation est déjà là pour quelques pays, notamment en Grèce, au Portugal et en Espagne. En France, à la même date, le taux d’inflation annuel s’élève seulement à 0,5 %, bien loin des cibles de la Banque Centrale Européenne (entre 2 et 3 % par an). En Allemagne, ce n’est guère mieux (mais ce n’est guère étonnant) : 0,8 % en variation annuelle. En comparaison, il s’élève à 1,9 % au Royaume-Uni.

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Taux d’inflation en France

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En ce qui concerne le chômage : en juin 2014, le taux de chômage s’établit à 11,5 % en zone euro (contre 12 % en juin 2013), 10,2 % en UE28 (contre 10,9 % en juin 2013), 10,2 % en France (contre 10,3 % en juin 2013). Autant dire que le chômage est à peu près stable, mais reste à un niveau assez élevé.

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Taux de chômage en France

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Conclusion : les pays européens qui ont gardé leur monnaie nationale (donc leur souveraineté en matière monétaire) s’en sortent légèrement mieux (ou en tout cas, moins mal)… Pourquoi ? Le journaliste Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives Economiques, nous donne une piste : dans les pays hors zone euro (comme au Royaume-Uni ou en Suède – même si l’inflation suédoise est dangereusement faible), le coût du travail augmente plus vite que dans la zone euro, ce qui permet de lutter contre la déflation et, surtout, de soutenir relativement la consommation. Les réformes allemandes vont aussi, bien que très timidement, dans ce sens, même si l’économie allemande se contracte (infrastructures en ruine, dépendance aux énergies fossiles, inégalités et pauvreté très élevées, excédent budgétaire) C’est bien le contraire qui se passe en France, l’action gouvernementale, qu’on peut qualifier de politique de l’offre, est bien déflationniste. D’ailleurs, les données de l’Insee sont accablantes : c’est bien la consommation (+ 0,5 % pour les ménages, + 0,5 % pour les APU) qui soutient la faible croissance, tandis que les investissements baissent (– 1,1 %). Ce qui signifie que, en dépit de la hausse des impôts, d’un chômage élevé et d’une baisse des dépenses publiques, les ménages continuent de consommer ; en miroir, les importants efforts faits en direction des entreprises (euphémisme pour : politique guidée par et pour le MEDEF) ne les ont toujours pas incité à investir et à embaucher… Et on peut les comprendre : pourquoi investir et embaucher quand la demande est morose ? Pourtant, l’idéologie a bien pris le pas sur la raison : à droite et au MEDEF, on fustige la politique du gouvernement en réclamant encore davantage de baisse des dépenses publiques, du coût du travail et de la fiscalité. Bien plus inquiétant : le gouvernement, par l’intermédiaire de Michel Sapin et de Manuel Valls, dit la même chose, à savoir que la politique suivie… ne va pas assez vite ! Autrement dit, le gouvernement souhaite baisser les dépenses publiques, le coût du travail et la fiscalité encore plus rapidement, justement les mesures responsables de ces mauvais chiffres… mauvais chiffres qui guident à accentuer cette politique… Prenez un cercle, caressez-le, il deviendra vicieux, disait Ionesco.

 

C’est très difficile de se dédire, mais ce serait salutaire. Pour la santé économique du pays, pour la santé des êtres humains qui souffrent, pour l’Europe (et ceux qui y croient encore) et pour la démocratie… 

 

* Tous ces chiffres sont disponibles sur les sites internet de l’Insee et d’Eurostat. 

 

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