Ce que j’en dis…

L’Edito Eco de Lud le Scribouillard #004

 

On parle souvent de l’inflation sans connaissance rigoureuse, à l’image de ces statuts qui pullulent sur les réseaux sociaux (bourrés de fautes d’orthographe), avec, au-dessus d’un vulgaire montage de deux photos, l’une avec beaucoup de bonbons, l’autre avec trois pauvres bonbons, ces quelques mots qui ont valeur de sentence définitive, genre « à gauche, ce qu’on avait à la boulangerie avec 5 francs ; à droite, ce qu’on a aujourd’hui avec 1 euro »… Statuts qui feraient sourire s’ils n’alimentaient pas de dangereuses idées politiques, qui sur l’arnaque de l’euro, qui sur l’inanité des gouvernements sur le mode du « tous pourris », qui sur la statistique publique qui ne dit pas la vérité… Revenons un peu sur terre.

 

Définitions

 

L’inflation désigne simplement la hausse durable et continue des prix. De quels prix parle-t-on ? Des prix à la consommation de biens et de services ; c’est pourquoi on en calcule un indice (IPC), pour pouvoir suivre l’évolution mensuelle de l’inflation.

L’IPC est donc un résumé dans un chiffre unique d’une quantité importante de prix à la consommation (ce qui exclue les prix industriels, les prix à la production, etc.). C’est l’INSEE qui calcule cet indice en France chaque mois. Comme il est impossible de mesurer tous les prix, pour tous les produits de consommation, et sur tous les points de vente, l’INSEE choisit, par conventions, un certain nombre de produits jugés représentatifs de la consommation des ménages, qu’on appelle le panier fixe (actualisé chaque année).

L’INSEE relève ainsi les prix de 160 groupes de produits regroupés en 12 ensembles (santé, transports, loisirs, culture, etc.) représentant les 9/10e des biens et services consommés par les ménages. En tout, chaque mois, ce sont 160 000 prix relevés sur le terrain, 27 000 points de vente visités (petits magasins traditionnels, marchés, hypermarchés, etc.) dans plus de 100 agglomérations représentatives des villes de plus de 2000 habitants, le tout complété par une collecte de prix auprès d’organismes divers (opérateurs télécom, EDF, SNCF, banques, services publics locaux, etc.).

Evidemment, après avoir relevé ces prix et mesuré leur évolution, il existe une deuxième étape, car il serait absurde de faire une simple moyenne. Les produits n’étant pas consommés dans les mêmes quantités, il convient d’affecter à ces articles des pondérations correspondant à la part de chacun dans la consommation moyenne des ménages.

L’IPC essaie de prendre en compte l’évolution de la qualité d’un produit (par exemple, on considère que, si la qualité diminue, la hausse de prix pour le consommateur est plus forte que celle observée). Par ailleurs, l’échantillon de produits suivis est actualisé tous les ans, pour tenir compte de la disparition de certains produits, et de l’apparition de nouveaux. Par contre, il ne tient pas compte de la durée de vie des appareils et équipements.

L’IPC est donc un instrument statistique calculé tous les mois par l’INSEE, et publié au Journal Officiel. Malgré le fait qu’il ne soit pas parfait (la hausse des prix de l’immobilier n’est pas prise en compte, par exemple, parce que c’est considéré comme un investissement, non comme une consommation), cet indice reste une référence importante : il permet en effet de revaloriser les pensions alimentaires, les rentes viagères, les loyers d’habitation, il permet d’indexer le SMIC et le taux du livret A. Surtout, il permet de suivre mensuellement l’évolution des prix, donc d’apprécier les tensions inflationnistes.

Le taux d’inflation correspond au taux de variation de l’IPC entre deux dates. Exemple. Soit un IPC de 145 pour l’année 1, et un IPC de 150 pour l’année 2 ; le taux d’inflation entre ces deux années se calcule ainsi : (150 – 145) / 145 x 100 = 3,4 %.

Voici une vidéo du Dr Cac qui devrait nous détendre :

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Le calcul du pouvoir d’achat

 

C’est là que ça se complique. Parce que, pour beaucoup de gens, il est indéniable que les prix augmentent, et il semble que cette inflation soit la source de tous les maux des Français, la raison principale de leur perte de pouvoir d’achat. Sauf que, si l’on est prompt à souligner la hausse des prix, on oublie trop souvent que nos revenus ont eux aussi augmenté. Le nier est un contresens élémentaire en économie : l’inflation ayant augmenté de 28 % entre 1998 et 2013, nous serions vraiment dans la merde si les revenus avaient stagné entre ces deux dates : est-ce que beaucoup d’entre nous vont acheter leur baguette de pain avec une brouette de billets, comme dans l’Allemagne de 1923 ?! C’est pourquoi il est indispensable, en vue d’un débat public sain et rigoureux, de comparer l’évolution de l’inflation à l’évolution des revenus. C’est ainsi qu’on calcule le pouvoir d’achat.

Imaginons que mon revenu s’élève à 25 000 euros l’année 1 ; si mon revenu ne bouge pas l’année suivante, avec une inflation de 3,4 % entre ces deux dates, mon pouvoir d’achat se calcule ainsi : 25 000 / 103,4 x 100 = 24 178. En d’autres termes, mes 25 000 euros annuels n’en valent plus que 24 178 l’année suivante, vue l’inflation.

Imaginons maintenant que mon revenu passe de 25 000 à 26 500 entre deux dates (soit une augmentation de 6 %), tandis que l’inflation est de 3,4 % entre ces mêmes dates. Pour trouver l’augmentation du pouvoir d’achat, il suffit de calculer le rapport des indices : 106 / 103,4 x 100 = 102,5, soit une augmentation de mon pouvoir d’achat de 2,5 %, malgré, donc, la hausse des prix.

A un niveau macroéconomique agrégé, l’INSEE, pour calculer l’évolution du pouvoir d’achat, s’intéresse au Revenu Disponible Brut (RDB) des ménages. Il correspond aux revenus (salaires, retraites, allocations chômage, familiales, loyers perçus, revenus financiers, etc.) déduits des cotisations sociales et des impôts directs (impôt sur le revenu, taxe d’habitation, CSG, CRDS). L’Institut calcule donc l’évolution du pouvoir d’achat en faisant la différence entre l’évolution du RDB des ménages et l’évolution de l’IPC. On peut calculer cette évolution pour l’ensemble des ménages, ou pour certaines catégories de ménages (par exemple, les 10 % les plus aisés, ou les 20 % les plus modestes).

Voici une vidéo pédagogique qui résume le truc : 

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Les idées reçues désossées

 

C’est déjà plus intéressant. Alors, d’où viennent toutes ces idées reçues contre l’inflation ? Pourquoi les ménages surestiment l’inflation depuis une dizaine d’années ? Plusieurs éléments nous permettent d’y voir plus clair.

Premièrement, l’explication la plus simple, c’est que le calcul de l’IPC comme celui du RDB sont des moyennes, avec tous les défauts qu’une moyenne peut comporter. Lorsqu’on observe l’inflation (qui est une mesure moyenne), il est préférable de la comparer à l’évolution du RDB (qui est une mesure moyenne). On peut aussi comparer l’évolution du pouvoir d’achat pour certaines catégories de ménages, mais ici, c’est la comparaison des évolutions qui est intéressante. Ce calcul montre l’évolution des inégalités (puisqu’il compare la différence IPC – RDB ménages pauvres avec la différence IPC – RDB ménages riches), mais pas l’évolution du pouvoir d’achat des ménages en question (puisqu’ils n’ont pas les mêmes dépenses de consommation, pas le même IPC si on veut). Pour cela, il faudrait pouvoir calculer l’évolution de l’IPC pour chaque type de ménage (chaque ménage ne rencontre pas la même inflation, puisque les dépenses de consommation sont propres à chaque ménage)… Par contre, l’écart entre l’opinion des ménages et l’inflation officielle peut être le signe d’une augmentation des inégalités, ce qui est vérifiée. Plus précisément, depuis les années 1980, on peut aussi observer que les salaires n’ont pas progressé aussi vite que les revenus, dont la définition est beaucoup plus large (alors que 90 % de la population active est salariée) ; or, le RDB ne s’intéresse pas qu’aux salaires…

Deuxièmement, on peut mettre en avant le fait que l’opinion des consommateurs sur le niveau de l’inflation (mesurée par l’INSEE) résulte en partie d’une construction collective, suivant le modèle de la rumeur, suscitée par une défiance envers les informations officielles et la nourrissant, et amplifiées par le traitement médiatique des évènements économiques. Le passage à l’euro a accentué cette défiance, sans qu’elle n’ait de véritable fondement (certains prix ont bondi, mais sans effet sur le niveau de l’inflation – celle-ci ne dépassant jamais 2,1 % entre 1997 et 2007), si ce n’est une éventuelle perte des repères (souvenons-nous de ces petites calculettes bleues qu’on nous offrait à foison pour être capable de convertir nos vieux francs en nouveaux euros).

Troisièmement, les ménages, dans leur appréciation de l’inflation, ne retiendraient pas forcément les mêmes pondérations que l’INSEE, ou même se tromperaient (ce qui est normal). Plus précisément, l’Institut met en avant l’idée selon laquelle les ménages s’intéressent plus fortement aux produits qu’ils achètent, ce qui, par définition, ne reflète pas la moyenne. De même, ils ont tendance à surpondérer les prix en hausse et souspondérer les prix en baisse (ce qui, là encore, se comprend : ce sont les produits dont le prix augmente qui constituent une menace pour le budget d’un ménage). Ainsi, les ménages surpondéreraient le poids des dépenses contraintes (abonnements EDF, dépenses liées à la téléphonie, à l’internet, etc.). L’INSEE prend en compte une partie de ces dépenses dites contraintes. Toutefois, les remboursements de prêts obtenus pour l’achat d’un logement ne sont pas pris en compte, ni ceux relatifs aux crédits à la consommation (ils relèvent d’opérations financières). L’Institut calcule par ailleurs une notion de dépenses « pré-engagées » (celles qui résultent de contrats difficilement renégociables à court terme : dépenses liées au logement, comme le loyer, le chauffage ; à la téléphonie et à l’internet ; à la télévision ; aux assurances ; aux services financiers, etc.). En déduisant du revenu ces dépenses pré-engagées, on obtient un revenu « arbitrable », qui permet le calcul d’une évolution du pouvoir d’achat arbitrable. Certes, ce n’est pas cette mesure qui est la plus commentée, ni la plus lisible.

Voilà ce qui explique les grandes divergences entre l’inflation mesurée et l’inflation perçue. A partir du moment où le citoyen réfléchi et rationnel est conscient de ces choses-là, il ne peut plus se faire le chantre de toutes les idées reçues mises en avant, à moins de faire preuve d’une partialité déraisonnable…

 

L’inflation, un rapport de force qui ne dit pas son nom

 

Par ailleurs, souvenons-nous bien d’une chose : l’inflation cache des rapports sociaux d’une extrême violence. En effet, une inflation forte profite au débiteur, à celui qui ne détient pas de patrimoine, à celui qui souhaite investir sans épargne : car elle dévalorise les dettes. Imaginons que mon revenu annuel est de 25 000 euros et que, pour acquérir un logement, j’emprunte 200 000 euros à un taux d’intérêt de 3 %. Le poids de l’emprunt représente donc 200 000 / 25 000 = 800 %. Si l’inflation augmente de 10 %, le poids de mon emprunt ne représente plus que 200 000 / 27 500 = 728 %. L’inflation allège le poids de la dette passée relativement aux revenus (à condition qu’existe la boucle prix-salaires, c’est-à-dire que le revenu suive l’inflation, ce qui signifie que mon pouvoir d’achat n’a pas évolué). Evidemment, l’inflation n’est pas forcément une solution magique : l’inflation aura un effet sur le pouvoir d’achat (car le revenu ne s’ajuste pas forcément à l’inflation), sur les taux de change (perte de valeur de l’euro ou perte de compétitivité en cas de hausse des salaires), sur les futures dettes (qui risquent d’être plus onéreuses, les créanciers se préservant d’un risque futur d’inflation), et sur une partie des dettes présentes (qui est indexée sur l’inflation). Par contre, l’inflation dévalorise le patrimoine si celui-ci est rémunéré à un taux inférieur au taux d’inflation. Si la valeur de mon patrimoine immobilier ou de mon épargne gagne 4 % par an et que l’inflation est de 10 %, le pouvoir d’achat de mon bien ou de mon épargne diminue (sa valeur baisse) : 104 / 110 = 94,5, soit une perte de pouvoir d’achat de 5,5 %. L’inflation est donc néfaste aux créanciers, à ceux qui détiennent un patrimoine ou qui vivent d’une rente non indexée sur l’inflation. Au contraire, une inflation autour de 2 % (l’objectif de la Banque Centrale Européenne, par exemple) favorise ceux qui détiennent un patrimoine (à condition que celui-ci se valorise plus fortement que l’inflation, ce qui n’est pas difficile), et défavorise les débiteurs, les investisseurs et les salariés (surtout si l’évolution des salaires est plus faible que l’augmentation de la productivité). C’est donc bien un rapport de force très violent, mais d’une violence extrêmement silencieuse, entre les créanciers et les débiteurs, autrement dit entre les riches et les pauvres, ou encore entre les bourgeois (qui détiennent les moyens de production), et les prolétaires (qui ne détiennent que leur… force de travail ou leur… progéniture, ce qui revient au même). C’est plus clair, comme cela. 

 

Inflation & déflation, l’erreur fatale… 

 

Pour terminer, je voudrais revenir sur le distinguo qu’on fait rarement entre considérations microéconomiques et macroéconomiques. En effet, individuellement, il apparaît intéressant que les prix augmentent peu, voire baissent. Autrement dit, d’un point de vue microéconomique, je suis toujours content que les prix baissent, car cela augmente a priori mon pouvoir d’achat, même quand mon revenu stagne. C’est un peu le principe des soldes ! En revanche, d’un point de vue macroéconomique, ça se complique. En effet, lorsque l’IPC augmente trop peu, voire baisse, c’est mauvais signe : croissance faible, voire récession, donc chômage élevé ou, en tout cas, en augmentation. Lorsqu’on entre dans une spirale déflationniste, cela signifie concrètement que les entreprises n’arrivent plus à trouver une demande solvable ; les ménages, étant ou se croyant plus pauvres qu’avant (aucune différence ici), en raison d’un chômage ou d’une crainte du chômage, d’une évolution de carrière qui ne se fera pas, etc., décident de retarder leurs actes de consommation, espérant une baisse des prix plus importante le lendemain ; prises à la gorge de ce déficit de demande, les firmes baissent effectivement leurs prix et licencient pour retrouver de la liquidité ; ce qui aggrave la spirale déflationniste, car les salaires risquant d’être bloqués et le chômage de s’accélérer, l’effet-richesse se détériore encore, les ménages retardant leurs actes de consommation, etc. L’accès plus difficile au crédit (credit crunch) n’arrange pas la solvabilité des entreprises qui, de toute façon n’ayant aucune demande à satisfaire, continuent de licencier, de baisser leurs prix, et de retarder leurs dépenses d’investissement, pour ne pas mourir… La déflation (contraction des prix, des salaires et de la masse monétaire) est donc pire que l’inflation, car elle s’accompagne de la contraction de la demande, de la production et de l’emploi. Dans les années 1930, des économistes libéraux ont émis l’idée que la déflation permettait, à long terme, le redémarrage de l’économie, car elle élimine les producteurs les moins efficaces. La chute de l’investissement réduit la demande de capital et favorise la baisse des taux d’intérêt, tandis que le chômage contribue à la diminution des salaires. A un moment, le coût unitaire de production est si faible que l’activité des producteurs ayant survécu redevient rentable. C’est la « régulation par la faillite » chère à Jacques Rueff. Au même moment, cette idée faisait l’objet d’une vive et corrosive contestation par Keynes : au-delà du fait qu’ « à long terme, nous sommes tous morts », la faillite généralisée est à éviter à tout prix, nous prévient-il, car ses effets économiques, sociaux et politiques sont extrêmement dangereux pour la démocratie ; seule l’action discrétionnaire des pouvoirs publics, ajoute-t-il, peut avoir des effets contracycliques, c’est-à-dire permettre un redémarrage rapide de l’activité.

L’économiste Philippe Légé, des Economistes Atterrés, à propos de la déflation : 

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Aujourd’hui, Keynes est considéré comme inopérant, et l’inflation (hors-tabac) est de 0,7 % en France en 2013, bien loin de l’objectif de la BCE (entre 2 et 3 %), mais surtout si proche de la déflation. Question subsidiaire : à votre avis, quel effet auront les mesures d’austérité prises par le gouvernement Valls ?

 

 

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4 commentaires
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  1. Cécilia

    Excellent-i-ssime article mon ami !
    J’ai tout compris, c’est uncroyable !

    J’ai même anticipé ta dernière remarque sur l’état actuel des choses, puisqu’en différenciant avec grande clarté inflation et déflation, et en insistant sur les points positifs mais surtout négatifs de la déflation, j’ai reconnu notre société économique actuelle, qui s’en approche.

    Quant à ta dernière question, je dirai que les mesures de Valls vont réellement nous faire sombrer dans la déflation, s’accompagnant de toutes les conséquences que tu expliques ici. Le gouvernement annonce qu’il ne s’agit pas d’un plan d’austérité, et peut-être seulement joue-t-il sur les mots : cela y ressemble fort.

    Enfin, je ne suis pas assez calée pour savoir s’il est pertinent, mais j’aime bien l’approche de Keynes. Il y a une petite phrase qui me suit depuis très longtemps, c’est un prof de physique-chime quand j’étais collégienne qui l’employait tout le temps ; elle m’a beaucoup marquée, m’a poursuivie, et je me rends compte combien elle s’applique dans tous les domaines. Elle est devenue comme une maxime et la voici donc : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Economiquement parlant, une période de déflation ne peut qu’aboutir, à plus ou moins long terme (tout dépend de ce qui nous semble long, en économie – quelques dizaines d’années ?), à une nouvelle période d’inflation. Tout est cyclique et périodique. Une grave crise déflationniste (ça se dit ?)engendrant hausse du chômage, baisse des coûts, baisse de la consommation,probablement baisse de l’immobilier,…, peut encourager les entrepreneurs les plus riches à investir de nouveau à bas prix, pour recréer derrière de l’emploi, la hausse de la consommation, enfin bref, une nouvelle inflation.

    Ma question finale, issue de cette réflexion, est celle-ci : la succession de périodes d’inflation puis de déflation pour un hypothétique retour à l’inflation (selon mon raisonnement précédent), n’aboutit-elle pas à un fossé plus large des inégalités ? N’est-ce pas encore les plus riches qui sont capables de se sortir de la déflation, ceux-là même qui feront sortir le pays tout entier de la crise, sur le dos des ménages plus modestes qui souffriront beaucoup plus (baisse de consommation, chômage, reprise du travail avec des conditions misérables pour ‘sortir le pays de la crise’, augmentation du stress, des born-out, des suicides, bref, crise morale et psychologique, etc), donc n’est-ce pas encore les plus riches qui tirent leur épingle du jeu ? Pour faire court, la déflation n’est-elle pas profitable aux grandes richesses ?(en écrivant, il me semble me souvenir, je ne sais si cette idée est juste ou issue d’un phantasme sociale, mais je crois que les grandes richesses, les multi-milliardaires de notre planète, souffrent peu/pas de la crise économique qui touche de nombreux états dits développés, ils continuent même à s’enrichir. N’est-ce pas un exemple qui pourrait tenter d’appuyer mon argumentation ?!)

    Tchuss mon pote ! Et continue d’écrire : je kiffe ! (et j’attends ta réponse !)

  2. reflexionsdactualite

    Chère Cécilia,

    Je te félicite préalablement d’être allée au bout de cet article mal fichu, chiant et longuet. C’est une gageure.

    En effet, les mesures d’austérité (ou de rigueur, peu importe comment on les appelle : elles ont toutes pour fonction de faire « des économies ») nous plongent lentement vers la déflation, car les dites économies réalisées sont autant de consommation en moins et d’investissement qui ne se fera pas (pourquoi investir quand les débouchés n’existent pas ?)… Keynes expliquait très bien que le seul agent économique qui peut agir contre le cycle, c’est l’Etat (on ne peut raisonnablement pas demander à un ménage de consommer lorsqu’il a peur de l’avenir et risque de se retrouver au chômage : on ne peut raisonnablement pas demander à une entreprise d’investir ou d’embaucher quand les perspectives n’existent pas et que la concurrence fait rage). Sauf que l’Etat, aujourd’hui, depuis une trentaine d’années, nous explique qu’ « il ne peut pas tout » (Jospin, en 1999).

    Sur Keynes, écoute : je suis un grand admirateur de sa pensée, mais elle est aujourd’hui beaucoup dévoyée. Il est tout bonnement révolutionnaire. Tandis que la phrase de ton prof est tellement vraie…

    Sur la question du cycle, je serai plus mesuré. Dès les années 1930, comme je l’ai dit, on pensait que la « régulation par la faillite » était possible, voire bénéfique (elle représentait symboliquement la purge douloureuse mais nécessaire du système économique). Keynes redoutait cela plus que tout autre chose, car les peuples, exsangues, risquaient de basculer dans le bolchevisme ou le fascisme (Keynes, en bon bourgeois, redoutait les révolutions). En Allemagne, contrairement à ce qu’on croit, c’est un peu ce qui s’est passé. A la suite du Traité de Versailles (1919) qui avait pour but de faire payer l’Allemagne, celle-ci s’est retrouvée prise à la gorge. Une hyperinflation, due aux immenses dettes de guerre, gagne le pays (et d’autres régions). Cette hyperinflation dévalorise tout et fait fuir encore un peu plus les capitaux, et est suivie ensuite, après imposition d’un nouveau mark et tentative de restauration de l’équilibre budgétaire, d’une période très douloureuse de déflation. C’est la déflation qui a mené Hitler au pouvoir (premiers succès électoraux notables en 1926-29). La crise de 1929 accélère le mouvement. Au Japon, une double bulle éclate au début des années 1990, plongeant l’économie dans la récession. La déflation arrive à la fin des années 1990 et durera une dizaine d’années (ce qui est infiniment long pour une population). Il y a un pan que j’ai négligé dans mon article : si l’inflation dévalorise la dette, la déflation la fait subitement augmenté ! Quand ton revenu baisse, même si ta dette reste la même, elle pèse mécaniquement plus dans ton revenu ! La crise bancaire nippone, commencée en 1992, se clôt en 2003.

    Tout cela pour dire, à l’instar de Keynes, qu’il faut agir vite, et que l’Etat est le seul agent économique qui peut intervenir ! La citation complète de Keynes, en 1931 : « A long terme, nous sommes tous morts. Les économistes s’adonnent à une tâche trop facile, trop primitive, si, dans la saison des tempêtes, ils nous annoncent seulement que lorsque l’orage sera terminé, l’océan retrouvera son calme. »
    La question n’est donc pas de savoir si, après la tempête viendra le calme, mais comment, finalement, résister à la tempête et être encore en vie pour voir le retour au calme !

    Pour ta dernière question, il faut préciser une chose, que j’ai négligé dans mon billet :
    - l’inflation forte dévalorise le patrimoine des riches et encourage les pauvres à s’endetter ;
    - l’inflation faible permet au patrimoine des riches de se valoriser mais laisse les pauvres là où ils sont ;
    - la déflation est néfaste POUR TOUS les agents économiques (les pauvres mourront les premiers, mais, les dettes augmentant mécaniquement, les riches n’en sortiront qu’appauvris, tandis que les pouvoirs publics n’ont plus rien à taxer).
    Tu comprends pourquoi la déflation est un poison mortel ? Donc, pour répondre à ta question : les agents économiques les plus solides ont plus de chances de sortir de la crise que les pauvres. Mais dans quel état ?! Si les plus riches ne souffrent pas (et même, pour un certain nombre, s’enrichissent) depuis 2007, c’est parce que la déflation n’a pas encore eu lieu.

    Je me demande ce que tu penseras de ma réponse.
    Merci encore pour tes encouragements et ta participation.

  3. Cécilia

    Tu écris : « C’est la déflation qui a mené Hitler au pouvoir ».Attention donc à la déflation qui nous guette et qui explique la montée du FN. Si on plonge bel et bien dans la déflation avant la fin de ce mandat présidentiel, il y a fort à parier que le FN passera le second tour des prochaines élections présidentielles…

    Si les riches sortent appauvris d’une déflation – ce qui est somme toute logique – ils en sortent tout de même dans un état moins laborieux que les plus pauvres. Dans une déflation, tu préfères être riche ou pauvre, toi ?!

    Sur l’aspect cyclique, je parlais de façon assez générale. On remarque souvent que l’Histoire se reproduit, qu’à certains évènements en succèdent d’autres, parce que tous les évènements sont interdépendants. De la plus petite action individuelle aux grandes décisions gouvernementales, chaque acte, chaque parole, amène à un/une autre. Rien n’est réellement autonome, ce qui me pousse à croire qu’il y a une certaine logique, y compris dans les grands mouvements sociaux et économiques. En étant sous-douée en la matière (et l’assumant !), je dirais qu’une inflation doit forcément faire place à une crise puis à une déflation, qui elle-même conduira à une nouvelle progression positive pour relancer l’inflation. C’est ce que je veux dire, quand je parle de cycle. La roue tourne ; les évènements subissent des transformations, sans fin. Mais là, c’est dangereux, je vais aboutir à une pensée philosophique.

    Enfin, tu termines sur cette métaphore : la déflation est un poison mortel. Mais comment l’éviter ? Et avant même cette question, on doit aussi se demander s’il on peut l’éviter ! N’y a-t-il pas, depuis l’Antiquité, des périodes (cycliques !) qui voient alterner inflation et déflation ?

  4. reflexionsdactualite

    Oui, la déflation est vraiment un putain de poison mortel, même si on doit mesurer les comparaisons historiques qu’on peut faire (le Japon n’a pas sombré dans l’autocratie).
    Tu as raison : les riches s’en sortent moins mal que les pauvres en période d’inflation, mais ils s’en sortent tellement mieux en période de croissance molle (contrairement aux pauvres, cette fois).

    En revanche, j’ai plus de difficultés à souscrire à l’éternel répétition de l’histoire. On voit souvent des répétitions de l’histoire, certes. Marx disait que l’histoire bégayait. Il débute son 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1852) avec cette phrase : « Hegel remarque quelque part que tous les grands faits et les grands personnages de l’histoire universelle adviennent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme grande tragédie, la seconde fois comme misérable farce. » Si cette thèse est séduisante, elle se révèle souvent être un piège, car elle nous empêche souvent de voir l’originalité, le caractère inédit, novateur d’une situation historique. Il existe d’innombrables différences entre la crise de 1929 et celle de 2007-08, par exemple. Je ne dis pas que l’histoire doit nous aider à comprendre notre monde présent, mais il peut être dangereux de voir notre présent comme une simple répétition.
    Par contre, tu as raison sur une chose essentielle : les interdépendances entre les processus, les mécanismes, les actions. Je veux bien te suivre sur l’idée qu’après la pluie vient le beau temps, mais je reste éminemment fidèle à la phrase de Keynes sus-citée : « à long terme, nous sommes tous morts. » Le politique (donc le peuple souverain) doit agir tout de suite. La déflation n’est pas une fatalité, l’histoire montre de très longues périodes sans déflation ; et, quand bien même on faisait l’hypothèse de l’inévitable, cela doit nous conduire à agir d’autant plus pour l’éviter, ce qui est loin d’être automatique (au contraire : lorsqu’on sait un évènement inévitable, pourquoi agir en vain pour éviter l’inévitable ?).

    Ma conclusion : nous ne sommes pas dans une période de déflation, mais le risque est grand. Et quand on sait et les conséquences de la déflation, et les causes de sa venue, on est contrait de changer radicalement de politique.



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