Ce que j’en dis…

L’Edito Eco de Lud le Scribouillard #001

 

A l’heure où l’Allemagne tente une petite révolution (instauration d’un salaire minimum, extension des conventions collectives à tous les salariés, et remise en cause des mini-jobs), voilà que des voix à gauche (sic) lorgnent à nouveau du (mauvais) côté allemand.

C’est Pascal Lamy, proche d’Hollande, qui balance la bombe sur LCP : « A ce niveau de chômage, il faut aller vers davantage de flexibilité et de petits boulots, payés en-dessous du Smic, comme en Allemagne. » Ce n’est pas la seule solution préconisée par l’ancien DG de la très libérale OMC : le Smic jeune (inférieur au Smic, donc) ou l’appel à des travailleurs détachés sont des pistes envisageables, selon lui. Quelques jours plus tard, Hubert Védrine présente son livre sur LCP, et met ses pas dans ceux de Lamy d’une manière extraordinairement coordonnée : « Ça choque peut-être les gens, mais c’est grâce aux mini jobs que les Allemands ont cassé le chômage de masse. C’est moins destructeur de gagner mal que d’être purement assisté. La France a ainsi une préférence pour le chômage : on préfère que des gens aient la même somme en étant assisté sans rien faire qu’en travaillant. Lamy n’a pas entièrement tort si c’est une étape pour la réinsertion dans le marché du travail. » D’ailleurs, Hollande lui-même, fin janvier, avait reçu Peter Hartz en personne. Qui ? Celui-là même qui est à l’origine des dures réformes du marché du travail allemand en 2003-2004 : introduction de l’intérim, développement des mini-jobs (moins de 400 euros par mois, et non soumis à cotisations sociales), réduction de la durée d’indemnisation du chômage, traitement administratif impitoyable pour obliger les chômeurs à prendre un boulot (n’importe lequel, en particulier les mini-jobs).

 

Facile, donc, de réduire le chômage ?

 

Ces lois, contrairement à ce qu’on lit partout, n’ont en fait pas permis le redressement économique ; le journaliste Guillaume Duval dit même que l’économie allemande s’est redressée en dépit des lois Hartz. Petite piqûre de rappel : ces lois ont aggravé les inégalités et la pauvreté, affaibli la négociation sociale (la moitié seulement des salariés allemands sont couverts par des conventions collectives) ; plus de 5 millions d’actifs gagnent ainsi moins que 400 euros mensuels sans avoir cotisé pour la retraite pendant dix ans. Le chômage baisse en Allemagne, nous dit-on ; certes. Mais ce n’est pas tant le numérateur (le nombre de chômeurs) qui baisse, mais plutôt le dénominateur (le nombre d’actifs) qui baisse ; autrement dit, l’Allemagne crée peu d’emplois en raison d’un déclin démographique, bienvenu à court terme, mais qui risque de devenir un gros handicap sur le long terme en matière d’efficacité économique. Le taux de chômage est faible en Allemagne, donc, mais ce n’est pas « grâce » aux réformes Hartz (et à l’élimination supposée de l’assistanat).

 

Les risques terribles des réformes Hartz

 

Voir les chômeurs et les bénéficiaires des minima sociaux comme des assistés profiteurs d’un système généreux (la fameuse fumeuse trappe – à chômage, à inactivité), c’est :

1. adhérer à la théorie néoclassique du chômage volontaire, individualisant des causes qui sont structurelles et indépendantes des individus (au hasard la crise économique : rappelons que le taux de chômage BIT en France en 2008 était de 7,4 %, contre 10,1 % en 2013) ;

2. une insulte intolérable à leur humanité et à leur situation difficile (je conseille à Lamy, Védrine, Hartz et tous ces connards d’essayer de vivre décemment avec 450 euros par mois) ;

3. invalidé par toutes les enquêtes sociologiques, qui montrent que la grande majorité de ces gens-là ont honte d’eux-mêmes, se sentent inutile, galèrent et ne demandent qu’une chose : retrouver un emploi ;

4. oublier que l’assistance est une obligation morale et inconditionnelle de la société à l’égard de ceux qui rencontrent ces difficultés.

5. oublier que la plus grosse part de la croissance allemande est due aux exportations, alors que sa demande intérieure est comprimée (et a été comprimée notamment par ces réformes).

 

Epilogue arithmétique dramatique

 

Pendant ce temps, Olli Rehn (commissaire européen aux affaires économiques et monétaires) rejette par avance l’hypothétique délai supplémentaire demandé par la France pour revenir à des déficits inférieurs à 3 % du PIB. Il prescrit au contraire à la France de suivre les réformes faites en Espagne, qui pointent à 25 % de chômage, je rappelle…

Finalement, Lamy et Védrine (et l’action économique de Hollande depuis 2012) sont en fait très cohérents mais se révéleront inefficaces : la mise en place conjointe de la réduction des dépenses publiques (règles d’or) (1), d’une politique de l’offre (chère à Hollande qui cite presque Jean-Baptiste Say dans le texte) (2), et de « réformes structurelles du marché du travail » (type Hartz) (3) n’aura comme conséquences qu’une croissance retardée, voire inexistante (4), d’une compétitivité non retrouvée (5), de l’aggravation des déficits et de la dette publics (6), de la non inversion de la courbe du chômage (7), de l’augmentation de la pauvreté et des inégalités (8). Justement ce qui pousse les électeurs vers le FN…

 

(1) + (2) + (3) = (4) + (5) + (6) + (7) + (8)

Cette équation simpliste doit être vue d’un point de vue dynamique : par exemple, l’aggravation des déficits publics (6) risque de conduire à de nouvelles réductions de dépenses (1), qui retarderont un peu plus la croissance (4), etc.

 

Appendice 

 

J’ajoute que, selon Lamy et Védrine (en cœur), le problème principal de la France est d’ordre moral : c’est l’état d’esprit des Français qui empêche la France d’avancer (seront prononcés par Lamy les mots pessimisme, déprime, anxiété, peur, névrose, et par Védrine les mots pessimisme, blocage mental, méfiance et défiance, France vexée, prétentieuse, anxieuse)… C’est vrai : si les Français changeaient de mentalité, on n’en serait pas là ! 

 

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2 commentaires
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  1. Benoit Demarche

    Ouais, tout ça est hallucinant. Et c’est vrai, ce que tu dis. L’assistanat, c’est un devoir pour la société, envers les plus faibles. Et là, on les écrase encore plus. Croire que la majorité des chômeurs se complaît dans l’assistanat, c’est juste hallucinant…

  2. reflexionsdactualite

    C’est humain de le croire, parce qu’on a tous une connaissance qui « profite » du chômage ou du RSA. Mais quand on agrège les comportements individuels, on se rend compte que ce type de comportement est ultra marginal… C’est donc, comme tu le dis, hallucinant !
    Ce qui est bien plus embêtant, c’est que c’est la théorie économique elle-même qui sous-entend ça (des scientifiques, donc !).
    Les néoclassiques (souvent très libéraux, mais pas que) pensent le marché du travail comme un autre marché, ce qui les pousse à développer cette idée : s’il existe du chômage sur le marché du travail, c’est que le mécanisme des prix ne fonctionne pas en raison de rigidités. En des termes moins académiques, l’existence d’un droit du travail, d’un salaire minimum, de syndicats, etc. empêchent le salaire d’être flexible, c’est-à-dire empêchent le marché du travail de retrouver l’équilibre (et ainsi, d’éliminer le chômage). Lorsqu’il existe des rigidités sur n’importe quel marché, l’ajustement ne peut plus se faire par les prix, il se fait alors par les quantités. C’est ce qui fait dire à Védrine que « la France a fait le choix du chômage ».
    Les néoclassiques vont plus loin. Si les rigidités n’existaient pas, il n’y aurait pas de chômage ; ou, plus précisément, les derniers chômeurs restants sont dits « volontaires », parce qu’ils arbitrent rationnellement en faveur du « temps libre » contre le travail (= ils estiment que la peine ne vaut pas ce maigre salaire : ils sont donc volontaires, et reviendront sur le marché du travail lorsque le salaire augmentera à nouveau – puisqu’il est flexible).
    Voilà la base de leurs réflexions. Sauf que cette vision du marché du travail, tu l’auras compris, est complètement inique, et, par conséquent, inutile, et même néfaste !



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