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LCS 103. Rocé, « Habitus », 2013
10 novembre, 2013, 19:55
Classé dans : Musique & Music

J’ai choisi cette semaine une chanson de Rocé, « Habitus », présente sur son 4e album Gunz N’Rocé, sorti en 2013 sur le label Hors Cadre. Artiste un peu à part, José Kaminsky, fils d’un résistant faussaire franco-argentin d’origine russe et d’une mère algérienne, naît à Bab El-Oued en 1977 et grandit à Thiais dans le 94.

LCS 103. Rocé,

C’est Manu Key qui lui met le pied à l’étrier, c’est DJ Mehdi qui lui fera confiance en le signant sur son label, c’est par un feat. avec 113 sur la compil Première Classe que je l’entends pour la première fois. Sans plus. A partir de 2001, Rocé enchaînera les albums, tous plus éclectiques les uns que les autres : il s’acoquine logiquement avec le crew Kourtrajmé, batifole dans l’univers jazz (Raqal le Requin, Archie Shepp), s’offre Jean-Baptiste Mondino pour la pochette sur laquelle il ressemble à un Professeur Choron sérieux… Pourquoi cette chanson ? Parce qu’il s’y attaque à un maître de la sociologie, Pierre Bourdieu. Le titre est une présentation honnête du concept d’habitus, qu’on peut définir comme un ensemble de dispositions, produit d’un apprentissage social devenu inconscient, si inconscient qu’il se traduit ensuite par une aptitude apparemment naturelle à évoluer librement dans un milieu[1] ; autrement dit, ces manière d’être, d’agir, de penser, qui viennent du milieu de l’individu, sont intériorisées par lui, deviennent inconscientes, et organisent subrepticement ses représentations, ses comportements. L’individu est donc déterminé par la société, mais cette détermination lui permet aussi de créer à son tour la société, c’est-à-dire d’exercer une certaine liberté créatrice. C’est un concept ambigu dans son fonctionnement. Sur une prod’ classique mais classieuse, Rocé s’en sort très bien (« Entre le jeune abonné aux musées et celui à l’abri de bus/Seul un des deux portera le poids de son habitus »), et fait montre d’une certaine maîtrise théorique autant que d’une conscience sociale (« Tu sais qu’les riches sont pas plus libres que toi/Eux aussi sont aliénés par leurs mots, leur code, leurs choix/Sauf que leur argot est bien vu, il est même courtisé/On dit du tien qu’il est bad, dis-leur qu’il est souligné »), même s’il sous-estime la fonction génératrice, productrice de l’habitus (voir note). Néanmoins, un type qui défonce les clichés sur le rap d’une si belle manière gagne vachement à être connu.

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Bonus : « De Pauvres Petits Bourreaux », sur l’album L’Etre Humain Et Le Réverbère (2010

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[1] Thématisé dans les années 1960, le concept est défini par Bourdieu dans Le Sens Pratique (1980) comme un système de dispositions durables et transposables, structures structurées disposées à fonctionner comme structures structurantes, c’est-à-dire en tant que principes générateurs et organisateurs de pratiques et de représentations qui peuvent être objectivement adaptées à leur but sans supposer la visée consciente de fin et la maîtrise expresse des opérations nécessaires pour les atteindre. Par exemple, un enfant de milieu populaire a intériorisé un langage, une manière de pensée, un certain ordre des choses, le fait que ses parents sont dominés économiquement et culturellement, toutes prédispositions qui le manipulent, le poussent à penser et à agir d’une certaine manière, et qui expliquent la reproduction sociale ; mais qui peuvent lui permettre de créer sa propre vie, plus ou moins autonome. Bourdieu ajoutera quelque chose d’important : « l’habitus, comme le dit le mot, c’est ce que l’on a acquis […]. Mais pourquoi ne pas avoir dit habitude ? L’habitude est considérée spontanément comme répétitive, mécanique, automatique, plutôt reproductive que productrice. Or, je voulais insister sur l’idée que l’habitus est quelque chose de puissamment générateur. »



Katia nous parle passionnément de La Vie d’Adèle
5 novembre, 2013, 21:27
Classé dans : Ca, de l'art ?,Identité & Image,La Société en question(s)

Il y a presque un an, je découvrais Katia, une jeune étudiante en littérature, qui « rêve d’être scénariste [et qui] aime le rhum et la téquila », par le biais de son nouveau blog. La recette est connue : un film, une critique, une note. Je me dis : « des blogs comme ça, Internet en chie des téra-octets toutes les nano-secondes ». Magnanime, je jette un œil distrait. Et soudain, cet œil s’illumine… En dépit d’une critique sur Taxi Driver qui me laisse sur ma faim, je prends plaisir à lire celles de Take Shelter, Up !, et surtout Eyes Wide Shut. La formule la plus simple est parfois la meilleure. Je commente, j’entre en contact, nous dialoguons. Et puis… rien. J’attends de nouvelles chroniques, mais c’est le désert. J’abandonne, en me disant : « Malgré son talent, cette petite jeune ne prend pas le temps de s’occuper de son blog. Dommage. » Coup de théâtre (c’est relatif, hein !) en juin : Katia commente l’un de mes articles en m’apprenant qu’elle a déménagé (numériquement parlant). Nouveau blog, nouvelles critiques. Ça rassure. De mon côté, après avoir écrit plusieurs papiers sur plusieurs films, et si ma fréquence de sorties ciné reste assez soutenue, mon poil dans la main m’empêche d’écrire autre chose que quelques mots sur Facebook. « Le plus important dans la vie, c’est de ne pas gâcher son talent ! » Mouais… Je retourne sur le blog de Katia après avoir vu et adoré La Vie d’Adèle ; je lis les deux articles qu’elle a consacrés au film de Kechiche. Deux articles jouissifs. Katia a rédigé quelque chose de fort, de creusé, de subtil, de juste. A la lecture, je revis avec des troubles dans le bide l’amour et la violence du long-métrage, et me promet, dans mon for intérieur : « J’arrête d’écrire sur le ciné ; je préfère lire Katia sur le ciné ! » Je partage donc, avec son accord, ces deux articles, qui disent tout ce que je pense du film, et bien plus encore – et bien mieux encore que nombre de critiques autorisés. Pour les passionnés de cinéma, et de la vie.

* Les photos ne sont pas toutes celles choisies par Katia. 

 

Katia, « La vie d’Adèle (Abdellatif Kechiche, 2013) », publié le 11 juillet 2013 sur son blog

 

Katia nous parle passionnément de La Vie d'Adèle dans Ca, de l'art ? la-vie-d-adele-lea-seydoux-adele-exarchopoulos

(suite…)



LCS 102. Ministère Ämer, « Damnés », 1992
3 novembre, 2013, 22:35
Classé dans : Musique & Music

J’ai choisi cette semaine le morceau « Damnés » du Ministère Ämer, présent sur leur 1er album Pourquoi Tant De Haine ?, sorti en 1992 chez Musidisc, et qui contient un sample de « Synthetic Substitution » de Melvin Bliss (1977).

Stomy, Kenzy, Passi et des amis, Forum des Cholettes, Sarcelles, 1990

LCS 102. Ministère Ämer,

Kenzy, Stomy, Passi, Frédéric Bride habitent Sarcelles et font des excursions à Paname à la fin des années 1980 ; ils forment vite l’association loi 1901 Ä.M.E.R. (Action Musique Et Rap) avec d’autres, Mariano Beuve, Guetch, Moda, Hamed Daye, etc. Invités par Dee Nasty et Lionel D sur Nova, leur 1er maxi Traitres sort en 1991 sur un label indépendant. Puis viennent leur album en 1992, un reportage de l’émission Rapline présentée par Olivier Cachin en 1993, leur 2e album 95200 en 1994 : entre « Brigitte Femme De Flic » en 1992, leurs apparitions publiques (Ça ce discute), leur image hardcore et gangsta franchouille (le croisement de Huey P. Newton et de Darin « Doughboy » Baker), le fantasme déclenché par l’appellation « Secte Abdoulaï », et leur morceau « Sacrifice de Poulet » en 1995 (pour la compil de chansons inspirées par le film La Haine), le Ministère provoque la colère de la France bien-pensante. C’est oublier un peu vite l’aspect contestataire et conscient de leurs lyrics : racisme, brutalités policières, négritude, volonté affichée de faire un art français, indépendance, observation crue d’un quotidien banlieusard fantasmé. C’est oublier la qualité et l’énergie de leurs lyrics, de leur flow. C’est oublier l’esprit d’entreprise de Kenzy, tête pensante du groupe, stagiaire chez Musidisc, en BTS pub, prenant en main tout l’administratif, la logistique, le marketing, la distribution[1]. Le mec ira jusqu’à créer son label, le Secteur Ä, qui aura le succès que l’on connaît, entre le concert à l’Olympia pour les 150 ans de l’abolition de l’esclavage et la sortie des Neg, Arsenik, Janik, Pit Baccardi, Fdy Phenomen, etc. Encore une fois, je suis entré par la fenêtre. Collégien, je mate les clips. « Mes Forces Décuplent Quand On M’Inculpe » de Stomy, « Je Zappe Et Je Mate » de Passi, « Nirvana » et « Né Ici » du Doc. J’achète beaucoup de singles et d’albums[2], mais je ne m’en contente pas longtemps : Vinz me copie dans la foulée L’Intégrale du Ministère sur une K7. Découverte d’un monde. Dorénavant, je ne jure que par le Ministère, le rap s’est arrêté en 1997 ! Le livret accompagnant L’Intégrale est très usé aujourd’hui, à force de lire, relire, décrypter et rapper les lyrics. Pour moi, le Ministère, c’est de nouvelles sonorités (rythmes irréguliers, samples acid-funky à souhait), c’est la découverte de Franz Fanon, de la colonisation et de la Françafrique, c’est « Je Flirte Avec Le Meurtre », c’est les baskets blanches, c’est « Un Eté A La Cité », c’est… une partie de ma culture.

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Bonus : « Paradis », sur l’album 95200 (1994)

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[1] Lire à ce propos le long entretien donné par Kenzy au dernier numéro de Snatch, n° 19, septembre-octobre 2013.

[2] Stomy Bugsy arrive à un moment crucial dans ma vie culturelle. Peu avant, ma chère grand-mère, qui m’offre souvent des livres depuis que je suis tout petit (ethnologie avec photos, les volcans, géographie avec dessins, histoire, etc.), me transmet un bouquin qu’elle avait reçu de France Loisirs avant ma naissance : Le Syndicat du Crime de J.M. Charlier et J. Marcilly, qui parle de la naissance du crime organisé moderne aux Etats-Unis du début du siècle jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. En même temps que je dévore le bouquin, je reste un ado fasciné par les gangsters : je découvre les films qui deviendront cultes pour toute une génération, et les nombreuses références de Stomy aideront à m’y retrouver : Les Affranchis et Casino, Scarface, Le Parrain, Les Incorruptibles, Pulp Fiction, la série des Syndicat du Crime, The KillerLes Indomptés, Nos Funérailles, Usual Suspect, Heat, Premiers Pas dans la Mafia, Carlito’s Way, etc. Evidemment, je redécouvre ses films avec un autre regard à mesure que je deviens un adulte… 


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