Ce que j’en dis…

Lud le Bootlegger présente… Le Mojito
22 juin, 2013, 14:06
Classé dans : Epicurian Arts

 

Il y a un mois, j’inaugurais cette chronique alcoolique par le bref récit de mon initiation à l’alcool (ici) ; et je racontais sommairement que, à mon arrivée à Paris, j’ai découvert les joies intellectuelles de l’université tout en plongeant allègrement dans les bars de la rue Oberkampf. Aussi intriguant que cela puisse paraître, c’est donc à l’âge de vingt ans que j’ai trempé mes lèvres pour la première fois dans ce cocktail qu’on ne cesse d’enterrer depuis une dizaine d’années, trop beauf pour les branchés, trop branché pour les beaufs : le Mojito. Petit rappel : le but, c’est le plaisir. Le plaisir altruiste de s’amuser avec des amis en les ravissant ; le plaisir laborieux de travailler à produire quelque chose dont on est fier ; le plaisir artiste d’affiner sa technique et son goût par une certaine maîtrise. Dans mon premier post, j’avais écrit : « Juste le plaisir amateur de jouir de la vie », et puis aussi un truc du genre : pas d’alcool sans plaisir (l’inverse, c’est l’alcoolisme !).

Revenons aux affaires. D’où vient ce cocktail si frais, si populaire et si souvent ringardisé ? D’après plusieurs sources, l’ancêtre du Mojito date de la fin du XVIe siècle, lorsqu’un célèbre corsaire anglais, Sir Francis Drake (ou l’un de ses hommes) concocta une boisson à base de rhum Aguardiente (rhum non raffiné) et de menthe (voire en y ajoutant du sucre et du citron vert), nommée le Drake ou El Draque (le dragon, surnom du corsaire). Il faut dire qu’il écumait les ports d’Amérique latine et des Caraïbes (en premier lieu Cuba) pour le compte de la reine Elisabeth Ire d’Angleterre. D’autres sources privilégient une version plus populaire en faisant du Mojito une invention des esclaves des champs de canne à sucre cubains. Enfin, d’autres sources estiment qu’il y a eu confusion voire assimilation entre cette légende « esclavagiste » et l’histoire du Daiquiri, en faisant du Mojito une simple déclinaison de celui-ci, popularisé plus anciennement ; ce que réfutent un grand nombre de mixologistes en raison de la grande différence de préparation entre les deux cocktails. Certains pensent même que le Mojito est une déclinaison du Mint Julep, ce qui est plus probable. On trouve des traces du Mojito dans les éditions de 1931 et 1936 de l’ouvrage Sloppy Joe’s Bar Manual, et les riches américains venus à Cuba en goguette dès la Prohibition ont dû s’en délecter ; il faut dire que l’île, alors sous le joug de Batista, était un lieu d’investissement officiel pour la mafia américaine. C’est en 1946 que le Mojito franchit une étape supplémentaire de sa popularité croissante : à La Havane, la Bodeguita del Medio devient restaurant-bar, comptant parmi ses habitués la jeune Brigitte Bardot, Nat King Cole et Ernest Hemingway. Le fantasque écrivain fera beaucoup pour la cause du rhum en général, et du Mojito en particulier ! En France, c’est par la grâce de Pernod-Ricard, 2e groupe mondial de spiritueux et leader en France, que le fameux cocktail apparaît. En 1993, le groupe conclue un accord de joint-venture avec l’entreprise d’Etat cubaine Corporación Cuba Ron, qui produit Havana Club, marque créée en 1878 à Santa Cruz, Cuba, et nationalisée à la révolution en 1959. Le groupe Bacardi, fondé en 1862 à Santiago de Cuba, emboîte le pas à son concurrent. Ils vont dès lors se livrer une guerre marketing intense pour conquérir le marché du Mojito (authenticité, révolution, cool, partenariats avec des bars ou des événements, etc.).

Le problème d’un cocktail aussi populaire, c’est que, par définition, tout le monde le fait. Et beaucoup le rate. Combien de Mojitos dégueulasses ai-je eu des difficultés à terminer, je ne saurais le dire ! Quelques rares bars proposent un Mojito digne de ce nom, mais la plupart… Il y a ceux qui utilisent le mauvais rhum, ceux qui préfèrent mettre du Pulco, ceux qui ne s’emmerdent pas à trouver de la menthe fraîche et mettent du sirop de menthe… Et je ne m’exclue pas de ces ratages ! Au début, j’ai utilisé du rhum agricole de Martinique : quel goût affreux ! Un jour, j’ai tenté avec du rhum brun. Une fois, j’ai oublié le rhum… Une fois, j’ai tout mis : Pulco + jus de citron vert + citron vert + sucre + limonade. J’ai même essayé avec un rhum blanc de la Barbade que j’apprécie particulièrement, le Mount Gay. Et, maintenant, les fabricants de spiritueux se laissent aller à élaborer des trucs tout faits, prêts à l’emploi, au goût inqualifiable, comme Saint-James ou même Bacardi (j’ai même vu un « Mojito in a bag »)… Laissez tomber tout ça !

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Un Mojito fait à la maison, à la coule ! 

Dans un verre tumbler, je place six à dix feuilles de menthe fraîche (préférez la menthe poivrée, car elle ne fane pas et garde sa forme), et j’ajoute deux cuillères à café de sucre en poudre. Pendant longtemps, j’ai mis de la cassonade, mais il est préférable de ne pas céder à la tentation. On peut ajouter 2 à 3 cl de jus de citron vert pressé. A l’aide d’un pilon, j’écrase délicatement le tout, à la fois pour extraire toute la saveur de la menthe (et pas son amertume) et pour dissoudre le sucre. On peut ajouter le jus de lime après. Il ne faut pas hésiter à mélanger régulièrement à l’aide d’une cuillère à mélange. J’ajoute ensuite 5 cl de rhum blanc industriel (type Bacardi ou Havana Club). Je mélange encore, puis remplis le verre de glace pilée avant d’allonger avec de l’eau gazeuse (le Perrier fait bien l’affaire). Je mélange délicatement une énième fois. Enfin, je décore d’un quartier de citron vert et des plus belles feuilles de menthe. Voilà deux très bonnes recettes pour vous aider à réussir votre cocktail :

 

La recette du site Cocktail Molotov, que j’apprécie particulièrment

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La recette d’Eben Freeman, bartender à New York

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Il existe de nombreuses déclinaisons du Mojito : on peut y ajouter de l’Angostura Bitter pour relever le tout, on peut mettre du Mount Gay (pas mon préféré dans un Mojito), on peut remplacer l’eau gazeuse par du champagne pour un Mojito Royal, ou par de la Desperado (sic), on peut le faire à la fraise, à la pomme, au Picon (!), on peut remplacer le rhum par du bourbon, etc. Le Mojito orange ne m’avait jamais vraiment séduit. Mais, en bon snobinard parigot, j’ai goûté la citronnade et l’orangeade proposées par la marque Bella Lula, aromatisées à la menthe. Et je me suis dit « Banco »,… heu, « Bingo »…

Alors j’ai tenté quelque chose. J’ai pilé la menthe et le sucre avec un quartier d’orange, ai ajouté 3 à 4 cl d’orangeade Bella Lula (à la place du citron vert). La recette est ensuite la même. Pour le décor, je remplace le quartier de lime par un quartier d’orange, et le tour est joué. Circonspect face à cette innovation, j’ai été ravi du résultat, entre la fraîcheur sucrée du Mojito, et l’amertume de l’orange, le tout relevé par l’essence de la menthe. Néanmoins, je n’ai testé ce cocktail que sur un seul cobaye et moi-même, et je manque de recul critique. Je vous invite donc à essayer chez vous, ou à venir squatter chez moi pour me permettre d’améliorer ce cocktail.

Remplacez la cassonade par du sucre blanc ; ma cassonade ne s’est pas complètement dissoute…
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