Ce que j’en dis…

Je n’ai pas vu… Le Dernier Rempart de Kim Jee-Woon
13 avril, 2013, 20:06
Classé dans : Ca, de l'art ?,La Société en question(s)

Oui. Je n’ai pas vu le dernier Schwarzenegger, moi qui suis né l’année de sortie de Terminator, moi qui ai suivi avec délectation les rediffusions des Conan, Commando, Predator, Double Détente, Total Recall, Last Action Hero, True Lies, moi qui suis capable de visionner un épisode des Rues de San Francisco et la grosse patate de Karl Malden juste pour l’apercevoir en guest énervé, moi qui ai fantasmé quand j’ai su que Sly souhaitait réunir la fine fleur de l’action movie des eighties et nineties (même si The Expendables n’a pas encore imprimé ma rétine)…

 

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Sorti à peu près en même temps que Django Unchained, j’ai fais un choix et snobé ce probable navet avec Schwarzy. Et plus je repensais aux litres d’hémoglobines et de nigga chez Tarantino, plus l’affiche française du Dernier Rempart, reproduite à l’envi dans la rue et le métro, me hantait. Ce Schwarzy droit et sec, vieux mais imposant, avec ce brouillard, cette voiture et ce flingue, avait quelque chose de très intéressant à dire. Alors, je l’ai laissé parler. Ayant trouvé trois affiches du même film, je me suis interrogé : en quoi chacune de ces affiches constituait un reflet particulier de l’époque ? A quelle culture populaire s’étaient nourries ces trois affiches ?

 

Je n'ai pas vu... Le Dernier Rempart de Kim Jee-Woon dans Ca, de l'art ? le-dernier-rempart-151112

 

La symétrie a un intérêt certain : d’un côté, le vieux, l’expérimenté, qui tient le minigun, lunettes de soleil, sourire inversé, peu d’émotion, t-shirt uni et usé, coupe militaire ; de l’autre, le jeune allumé (Johnny Knoxville, créateur du scato-trash Jackass), lunettes d’hélico (ou de ski), chapka et énorme casque sur les oreilles, sourire béat, t-shirt panda. Symétrie générationnelle ? Genre : l’expérience, le sérieux, rassurent, d’où le non-partage du gun, le jeune est fantasque, instable, ne sait pas dominer ses émotions dans un monde sans pitié. Plusieurs interprétations. Le visage de Schwarzy, sur lequel le temps n’a presque aucune prise, si ce n’est ces quelques rides, rappelle évidemment le T800 de Terminator, sans émotion, instrument implacable au service de la destruction. On peut s’interroger sur la camionnette jaune en arrière-plan, qui suggère maladroitement Little Miss Sunshine : les deux personnages se rendent-ils à un concours de chant ? Schwarzy décèdera-t-il d’une overdose de stéroïdes ? L’affiche rappelle aussi, dans un autre registre, celle de L’Effaceur de Chuck Russel ; pas trop mon truc. Une amie me demande : et ce t-shirt Panda ? Une réelle conscience écologique estampillée WWF, ou la preuve flagrante du cynisme de la jeunesse, qui rit de la destruction ? En tout cas, l’imagerie western, revendiquée dans la bande-annonce (genre « je botterai le cul à tous ces dealers qui oseront traverser ma ville »), est bien présente dans cette affiche à travers le minigun, qui rappelle la mitrailleuse Gatling, celle-là même que tient Django chez Corbucci, symbole du massacre crépusculaire. Western blaxploitation chez Tarantino versus western fin de civilisation ? Un ami me donne une autre clef de lecture : un pastiche de The A-Team, avec un Hannibal conservateur, musclé et moyennement cool, et un Looping 2.0 bien mis, plus trash et moins cultivé. « Manque plus que le cigare », rappelle Juju !

 

le-dernier-rempart-affiche-france dans La Société en question(s)

 

Cette affiche est celle sortie en France, et aussi la plus politique. L’Amérique traverse actuellement une crise existentielle, un peu à l’image du Royaume-Uni au début du XXe siècle lorsqu’Albion perdit son leadership au profit des yankees : recroquevillée sur elle-même, craintive du pouvoir décomplexé de la Chine et des émergents, méfiante à l’égard de cette si absurde Europe qui se tire une balle d’austérité dans le pied depuis 2010, ébranlée par une perte des valeurs (l’hégémonie militaire a été secouée par le terrorisme et le bourbier moyen-oriental, la crise économique et le mouvement Occupy ont révélé les criantes contradictions du libéralisme). Comment s’en sortir quand on perd ses repères ? Revenir aux vraies valeurs. Son ultime espoir ? Son dernier rempart ? Un sexagénaire rouillé, fonctionnaire dévoué, qui a de la bouteille ; un vieux républicain qui a les plus gros muscles, la plus grosse caisse (une muscle car typique), le plus gros flingue (« Je pue peut-être, mais j’ai un gros flingue… »), les plus grosses couilles du cinéma US ; un vrai américain immigré qui est parti de rien et qui a tout réussi (la méritocratie libérale) dans des domaines aussi variés que le sport, les affaires, le cinéma, la politique, qui a tout foiré dans des domaines aussi variés que le cinéma (sa période comédie), la politique, la vie privée, et qui se relève encore une fois ; ce mec a vécu, a touché les étoiles les plus scintillantes et le fond le plus crade, il est revenu de tout, prêt à défourailler (putain, la taille de ce flingue !), pour botter le cul aux intrus ! Des immigrés mexicains ? Les grands espaces de l’arrière-plan sont menacés par ce brouillard de fumée d’origine non naturelle, noir et menaçant. Le début d’une guerre civile ? Un attentat terroriste ? Un accident technico-industriel ? Et cette étoile de shérif lumineuse associée au gun monstrueux : une autre vision du western ? Notons qu’en ces temps où les armes à feu sont d’une dramatique actualité aux Etats-Unis, on ne confie pas un tel flingue à n’importe qui : c’est Arnold Schwarzenegger !

 

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La dernière affiche opte pour une imagerie vintage assez seventies, avec ses dessins de cinéma bis violent, sous le haut patronage de l’inspecteur Harry. Il y a tout : des flingues crachant la purée, la muscle car en question, rouge éclatant, bondissant dans un tonnerre de cascades, des hélicos qui surveillent (RIP le Vietnam), les corps des intrus à terre, j’en veux pour preuve les fusils qui traînent, une flopée de cops armés jusqu’aux dents, des explosions de partout, et Schwarzy, sun glasses, coupe en brosse et cuir sur le dos qui rappelle, au choix, l’inhumanité froide et déterminée du T800, ou certains action perso des eighties, Cobra en tête. Cette foutue rivalité avec Sly ! Une affiche qui pourrait presque figurer la moitié d’un double feature !

 

Alors, que peut-on voir à travers ces trois affiches ? Apparemment, un justicier, un hommage assumé à la fois aux films d’action des 80-90 et aux bons vieux westerns à la John Wayne, une bonne dose d’autodérision, du fun… J’ai du mal à voir autre chose ! Que disent les critiques ? Les uns sont enthousiasmés à voir le last action hero se confronter à l’âge, et trouvent même des références chez Carpenter, Tarantino, Mad Max et le vieux Eastwood ; les autres estiment que le réal’ est faiblard, que le mélange d’action 80s et de postmodernisme ne passe pas, voire même que Schwarzy ressemble à un effet spécial raté (il a quand même 65 ans – presque l’âge de Danny Trejo aka Machete !). Tous crachent sur le « méchant » Eduardo Noriega, nul. Ce qui est sûr, c’est que si je tombe un jour sur le dvd en solde, je me laisserai sûrement tenté. En solde.

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