Ce que j’en dis…

Mariage gay : l’avis de Gilles Raveaud
11 janvier, 2013, 9:57
Classé dans : La Société en question(s)

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Alors que les anti-mariage pour tous comptent défiler (se défouler ?) en nombre ce dimanche 13 janvier pour protester contre ce qu’ils estiment être une hérésie, un ébranlement des valeurs morales destructeur pour la société – que dis-je – pour la civilisation, alors que Najat Vallaud-Belkacem (Ministre des droits des femmes) aurait fait du prosélytisme dans une école publique[1], tandis que certains pontes de l’école catholique voudraient organiser la rébellion contre ce projet infernal[2], je ne peux m’empêcher de propager l’avis de l’économiste Gilles Raveaud sur la question, publié sur son blog[3] :

 

 

Pour certaines personnes, le mariage devrait rester, éternellement, une union entre un homme et une femme. Ces personnes s’autorisent même à manifester publiquement leur refus de l’attribution à d’autres personnes d’un droit dont elles jouissent elles-mêmes, simplement en raison de leur orientation sexuelle, qu’elles n’ont pas, comme tout un chacun, choisi.

Les opposants au mariage homosexuel se présentent en dépositaires du droit au mariage, dont ils auraient le pouvoir de régler l’attribution. Cette attitude est étonnante si l’on se livre à une petite analyse socio-économique de la question.

 

Une mesure qui renforce l’institution du mariage

 

Pour les manifestants, il convient de préserver “l’institution du mariage”, vue comme rempart contre, au choix, l’infidélité, l’instabilité des liens personnels, la préservation de la transmission du patrimoine (justification première de la création du mariage, et une des raisons pour lesquelles les prêtres ne peuvent se marier, sous peine de risquer de dilapider le patrimoine de l’église).

En 1968, les étudiants protestaient contre cette institution rigide, hypocrite, et patriarcale (on se rappelle que l’égalité des parents dans le Code civil est chose toute récente, les formulations initiales réservant des droits au “père de famille”). Aujourd’hui, c’est tout l’inverse : les homosexuels souhaitent majoritairement pouvoir accéder à cette institution on ne peut plus traditionnelle. Les personnes qui se désolent de l’augmentation du nombre de divorces et d’enfants nés hors mariage devraient se réjouir de cet afflux de nouveaux venus !

 

Un droit nouveau qui ne prend rien à personne

 

Parmi les arguments des opposants, revient cette litanie : avec le mariage des homosexuels, c’est le mariage, et donc leur mariage, qui serait dégradé. Cet argument est irrecevable : le fait que Roger et Pierre, qui vivent déjà ensemble (et ont éventuellement des enfants) convolent en justes noces ne réduit en rien le bonheur ou la qualité de François et Catherine, mariés devant Dieu et madame le maire.

Enfin, on remarquera que c’est le privilège des réformes de mœurs que d’accroître le bonheur de certaines personnes sans réduire celui de quiconque.

Ce n’est évidemment pas le cas des droits sociaux : lorsque les syndicats sont autorisés ou que le salaire minimum est instauré, cela se fait au bénéfice des salariés, mais au détriment de certains employeurs. Même les droits politiques ne sont pas dans l’intérêt de tous : la création du droit de vote s’est faite au détriment des rois, des aristocrates et des nobles, jusque-là détenteurs du pouvoir politique. De même, l’extension (si récente) du droit de vote aux femmes a réduit la capacité des hommes à décider des orientations politiques du pays (c’est d’ailleurs pour cela que de nombreuses personnes de gauche craignaient que l’extension du droit de vote aux femmes ne renforcent les partis conservateurs, les femmes étant supposées plus influencées par l’Église que les hommes).

Il n’est donc simplement pas possible de refuser qu’un droit, déjà existant pour certains personnes, soit étendu à d’autres. Ou alors, on est dans une logique d’apartheid, où les personnes ont des droits différents selon leur orientation sexuelle, une donnée aussi intangible que la couleur de peau.

 

Les “défenseurs de la famille” se trompent d’adversaire

 

Pour les opposants, il s’agit de défendre la famille. Ici, l’argument n’est pas seulement absurde, il est carrément opposé à la réalité. Car c’est précisément le fait pour les parents homosexuels de pouvoir se marier qui va considérablement simplifier leur vie de famille, de la signature du bulletin scolaire de leurs enfants à la transmission de leur patrimoine.

Mais, de plus, on se permet de rappeler aux défenseurs de la “famille” que ce qui fait exploser les couples, ce qui nuit à la scolarité des enfants, ce qui entraîne dépressions, violences, addictions, divorces, et suicides, c’est le chômage et l’absurde système économique d’hyper-consommation, d’hyper-frustration et d’hyper-gâchis dans lequel on vit.

Plutôt que de s’attaquer aux homosexuels qui ne leur ont rien fait et qui ont le droit de vivre comme eux, les défenseurs du mariage et de la famille feraient mieux de rejoindre les forces qui résistent à la société de marché.

Car le véritable ennemi de la vie de famille, c’est le marché, pas ce qui se passe sous les draps.

Gilles Raveaud.

 


[3] Gilles RAVEAUD (2013), « L’étrange opposition au mariage homosexuel », jeudi 10 janvier, sur son blog : http://alternatives-economiques.fr/blogs/raveaud/2013/01/10/mariage-homosexuel-une-si-etrange-opposition/.


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