Ce que j’en dis…

Egalité : les homos prêts à divorcer pour s’arracher la garde du petit ?
8 novembre, 2012, 14:30
Classé dans : La Société en question(s)

Un couple de gouines devant monsieur le maire ? Quoi, des drogués qui se déhanchent le cul à l’air veulent des enfants ? Qu’on le veuille ou pas, ça a l’air d’être pour bientôt, comme ça l’est déjà pour beaucoup d’Etats dans le monde. Et ça ne manque pas de faire polémique : la droite (des homophobes presque affirmés aux arguments pondérés d’un Alain Juppé jusqu’au favorable Franck Riester), l’Eglise catholique (voir les propos de Mgr André Vingt-Trois), les associations familiales, les homos eux-mêmes (voir la prestation hésitante de Xavier Bongibault, du collectif Plus gay sans mariage, dans le Grand Journal de Denisot), etc. Pourquoi tant de haine ?

 

Egalité : les homos prêts à divorcer pour s'arracher la garde du petit ? dans La Société en question(s) egliseCopyright Baudry 2012

 

Le mariage, c’est quoi ? D’un point de vue juridique, c’est l’union légitime entre deux personnes, le plus souvent de sexes différents, résultant d’une déclaration reçue en forme solennelle par un officier d’état civil qui a préalablement reçu les consentements des futurs, en vue de la création d’une famille et d’une aide mutuelle dans la traversée de l’existence. Certains juristes font de la présomption de paternité la base du mariage. Aujourd’hui, le mariage est davantage considéré comme la célébration de l’amour, du couple amoureux. Evidemment, le mariage a pris de multiples formes au cours de l’histoire ; longtemps, il unissait deux familles, et même deux tribus, davantage que deux individus, et ainsi, avait peu à voir avec l’amour. Ainsi, le mariage remplit toujours une fonction de reconnaissance par la société, même si cette reconnaissance s’est recomposée au fil du temps. Dans les sociétés primitives, le mariage s’est longtemps inscrit dans un système d’échange bien plus large commandé par la réciprocité.

 

act-up dans La Société en question(s)

Copyright Act Up 2012

 

Le mariage est donc bien plus qu’une institution juridique, c’est une institution sociale qui organise la société d’une certaine manière. Le principal contre-argument au mariage homosexuel, qui en appelle d’autres, vient de ce qui précède : le mariage pose un cadre à la société qu’il serait dangereux, dans ses temps de morale chancelante, de bousculer encore un peu plus. Saper les fondements de la société, dès qu’une mesure dérange les conservateurs (de gauche comme de droite), on entend la même ritournelle. Mais quel est ce cadre ?

 

jesus-et-marie

Copyright Arc-En-Ciel Wallonie 2012

 

- Le mariage célèbre l’amour d’un homme et d’une femme. Doit-on aller plus loin ? Tellement rétrograde ! L’amour d’un couple homosexuel n’est pas moins fort, n’est pas moins digne, n’est pas moins respectable que celui d’un couple hétérosexuel. En leur refusant le droit de se marier, l’Etat et la société envoient le message selon lequel les homosexuels sont des citoyens de seconde zone, que leur amour est moins digne que les autres ; le mariage pour tous revêt ici une fonction symbolique, dédiée à faire reculer l’homophobie. Le mariage serait une institution encadrant la société ; à ce titre, on ne peut qu’ouvrir le mariage aux homos, au risque de supposer qu’ils sont un désordre pour la société. Les « contre » ne sont pas d’accord : il s’agirait d’un caprice qui, assouvi, enverrait le message que l’Etat recule (les geons-pi sont déjà passés !) ; cette mesure détruirait une institution qui fait vivre la société ; enfin, cette mesure exacerberait au contraire l’homophobie par le rejet qu’elle engendrera. Démontons ces arguments : 1. une demande d’égalité ne doit jamais être considérée comme un caprice dans un pays qui a fait de cette valeur l’un des socles du vivre-ensemble, au risque de la délégitimer, et donc de fragiliser la dite-société ; 2. l’institution du mariage ne serait pas « détruite » – et détruirait encore moins la société -, elle se recomposerait, comme elle le fait depuis si longtemps (le mariage aujourd’hui est-il resté le même que, disons, dans l’Antiquité romaine ?) ; 3. effectivement, les tensions sont vives quand on débat démocratiquement d’une telle mesure, mais si, à chaque tension on reculait, l’homosexualité serait encore un crime aujourd’hui. Autre chose ? Mgr Vingt-Trois a eu une belle formule cette semaine : « le mariage homosexuel n’est pas le mariage pour tous, mais celui de quelques-uns imposé à tous ». Retournons l’argument : le mariage hétérosexuel, aujourd’hui, est imposé aux homos sans qu’eux puissent se marier. Et bim !

 

homophobie

Copyright Coco 2012

 

- Le mariage a pour fonction la procréation. Quel argument ! Bon, disons que les homos ont désormais le droit de se marier ; et bien, ce droit est caduque puisqu’ils ne peuvent pas procréer… A ce compte-là, retirons le droit de se marier aux personnes stériles ou aux femmes trop vieilles pour en avoir. Et là, vous pensez porter l’estocade : la science et le droit permettent désormais à ces individus d’avoir des enfants, par procréation médicalement assistée (PMA) ou par adoption. Pourquoi l’interdirait-on alors aux homosexuels ? La logique est implacable. J’entends déjà : un enfant a besoin d’un papa et d’une maman. Ceux qui sont effrayés par le mariage homosexuel arguent du fait que se cache un grand complot, celui de l’adoption par des couples homos. Ça fait peur ! La famille est en effet l’une des premières et les plus importantes instances de socialisation ; sauf que celle-ci, je l’ai déjà écrit, s’est tellement recomposée qu’elle se conjugue désormais au pluriel. L’argument principal ici, c’est que le mariage a aussi pour fonction la protection de l’enfant, sous-entendu que celui-ci pourrait tomber entre de mauvaises mains homosexuelles. Ne parlons pas de ces homophobes qui confondent homo et pédophile, encore bien trop nombreux, même au Huffington Post… Les critiques portent sur la rupture d’égalité entre les enfants qui bénéficieraient de la dimension structurante de parents différenciés, de ceux dont les parents seraient homos, donc privés d’un père et d’une mère. Et ces inégalités entre les enfants d’ouvriers et ceux de cadres ? Et ces inégalités entre ceux qui vivent dans des familles monoparentales et précaires et ceux dont les parents ont chacun un CDI ? Et ces inégalités entre ceux qui ont des parents alcooliques, suicidaires, violents et ceux qui ont des parents normaux ? Merde ! Et puis occupons-nous des enfants déjà là : ceux qui vivent aujourd’hui dans une famille homoparentale ne disposent pas d’une égale protection juridique en cas de décès ou de « divorce » car le deuxième parent n’est pas reconnu. Cette insuffisance du droit doit être réparée, et c’est aussi le but de cette loi. Le droit et les mœurs ont déjà défoncé l’inégalité qui existait entre les enfants légitimes et les enfants naturels, continuons !

 

enfants

Copyright Oli 2012

Est-ce que tous les homos réclament ce droit ? Comme je l’ai évoqué au début, certains d’entre eux n’échappent pas aux contradictions, à l’instar de Xavier Bongibault, baragouinant des idées reçues que certains homophobes hésiteraient à dire tout haut. Plus sérieusement, d’autres homos argumentent autrement contre le mariage ouvert à la communauté. Mon ami Eric a longtemps réfléchi à la question, et voudrait abandonner le mariage aux religieux, et lui substituer une union civile égalitaire pour tous les couples (hétéros ou homos). Ainsi, les pieux pourraient continuer à se marier à l’Eglise – libre à elle d’accepter/de refouler qui elle souhaite –, et ceux, la grosse majorité (homos et hétéros), qui voudraient s’unir le feraient sur un plan égalitaire, débarassés du poids accablant de la religion. De cette manière, la religion n’aurait plus aucune raison d’intervenir dans le débat législatif, comme elle le fait sans légitimité dans notre Etat laïc. Ailleurs, il insiste aussi sur la mauvaise idée de ne se focaliser que sur l’adoption ou la PMA (qui regroupe la gestation pour autrui pour les couples d’hommes, l’insémination artificielle avec donneur inconnu pour les couples de femmes) : l’instauration d’une co-parentalité, qui consiste pour un gay et une lesbienne de concevoir « par insémination artisanale » un enfant auquel ils vont offrir une éducation sur laquelle ils auront au préalable réfléchi ; la situation pour l’enfant est celle d’un divorce qui s’est bien passé, celui-ci évoluant entre son vrai père et le compagnon de celui-ci, et sa vrai mère et la compagne de celle-ci. Pour mon ami, la coparentalité a plusieurs avantages : l’enfant a un père et une mère biologiquement et physiquement identifiable, ce qui l’empêche d’être marginalisé à l’école par exemple (intégration) ; on élimine les problèmes de filiation (chers à l’UMP) ; on suscite plus facilement l’adhésion de l’opinion publique ; enfin, on réaffirme, comme le montre un certain nombre d’études, qu’un enfant n’a pas besoin de parents différenciés sexuellement pour s’épanouir. Eclairant ! Merci, Eric !

 

union-civileCopyright EGS 2012

 

Finalement, qu’est-ce que dit le mariage homo de la société ? Quelque chose de très important d’un point de vue anthropologique. La revendication du mariage pour tous réaffirme, en ces temps ou les hétéros le boudent et divorcent beaucoup, que le mariage est la reconnaissance sociale de l’amour, c’est-à-dire que par cette institution – comme auparavant la décriminalisation, le Pacs –, les homosexuels veulent s’intégrer à la société, contrairement au soupçon de communautarisme dont ils font souvent l’objet. L’homosexualité est fréquemment difficile à assumer, on sait la difficulté et les conséquences du coming-out, encore aujourd’hui, surtout en banlieue ou à la campagne ; pourquoi ? Les psychiatres affirment que la raison est simple : les références, les modèles culturels, les codes, les comportements, les rôles féminin et masculin sont construits selon un modèle hétéro. C’est la socialisation. Le mariage puis l’adoption (ou, a fortiori, l’union civile et la co-parentalité selon Eric !) permettrait, non pas de nier les modèles hétéros, mais d’instituer d’autres modèles familiaux, ce qui normaliserait encore un peu plus l’homosexualité (= ferait reculer l’homophobie).

 

divorce

Copyright Charb 2012

 

Question d’égalité : pas si simple ! La revendication du mariage pour tous est avant tout une revendication d’égalité, c’est sûr. Plus on instaure d’égalité dans une société, plus on doit la faire respecter, plus la force souveraine doit intervenir. Cependant, ici, c’est moins une égalité stricte qui est exigée qu’une « égale liberté » d’accès au mariage ; chacun a droit de se marier, chacun a droit de ne pas se marier, chacun a droit… de divorcer ! C’est une mesure libérale (au sens politique) qui vise à exclure l’œil voyeur de l’Etat sur la sexualité des couples qu’il unit. Et les « contre » exultent : et pourquoi ne pas marier des polygames, pendant qu’on y est, puisque la vie privée ne regarde plus l’Etat ! Sauf que la polygamie est interdite, pas l’homosexualité… Pas plus compliqué que ça. Bien sûr, il existe des différences entre les homos et les hétéros. Et ces différences se transforment en inégalités lorsqu’elles sont traduites en termes d’avantages ou de désavantages. Le mariage pour tous revient, encore une fois, à faire tomber l’inégalité qui touche les homos parce qu’ils sont homos de faire reconnaître socialement leur amour et d’avoir des enfants également protégés.

 

mariage-adoption-homo-copie

Copyright Alex 2012

 

Le mariage pour tous ne résoudra pas toutes les discriminations que rencontrent les homos dans la société, ni les rejets des modèles sociaux non homos par la communauté gay et le repli sur soi qu’ils suscitent. La question du travail est éminemment importante ; mais cette avancée sur la question du mariage représente un pas en avant qu’on a tous du mal à imaginer. Je terminerai par cette parole, si belle, de Mildred Loving.

 

m-and-r-lovingCopyright Grey Villet 2012

 

Un beau jour, Richard Loving et Mildred Jeter se marient par amour. Cinq semaines plus tard, ils sont arrêtés. Pourquoi ? Lui est blanc, elle est noire. Nous sommes en 1958 dans l’Etat de Virginie, dans la patrie qui élira Barack Obama 50 ans plus tard. Durant neuf ans, le combat judiciaire aboutit à l’abrogation de ces discriminations. En 2007, Mildred Loving aura ces mots : « […] Je crois que tous les Américains, quels que soient leur race, leur sexe, leur orientation sexuelle, doivent avoir la même liberté de mariage. Ce n’est pas l’affaire du gouvernement d’imposer les croyances religieuses de certains aux autres. Spécialement si, ce faisant, il leur dénie leurs droits civiques. » Elle ajoute : « Je ne suis toujours pas versée dans la politique, mais je suis fière que le nom de Richard et le mien soit celui d’un arrêt de la Cour [Suprême] qui puisse favoriser l’amour, l’engagement, l’équité et la famille, ce que tant de personnes, noires ou blanches, jeunes ou vieilles, homo ou hétéro, recherchent dans la vie. Je suis pour la liberté de se marier pour tous. C’est de ça qu’il s’agit dans Loving (l’arrêt) et dans loving (l’amour). »[1]

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Post-scriptum : l’avis de l’économiste Gilles Raveaud ici.

 


[1] Propos rapportés par Adrien BOSC (2012), « Loving versus Virginia », Feuilleton n° 5, automne, p. 178-189.


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