Ce que j’en dis…

La Chanson de la Semaine 74 – part one
28 juillet, 2012, 10:34
Classé dans : Musique & Music

Semaine particulière (qui durera un mois). Pourquoi ? Parce que j’en ai envie. Nique sa mère, la taille du papelard ! J’encule la forme de mon post ! Pas de logique sur ce putain de blog ! Aujourd’hui, on va se pencher sur l’insaisissable blanc-bec Michaël Eveno, aka Grems. Et c’est toujours très difficile de dresser de lui une biographie et une œuvre linéaires, il le dit lui-même : « C’est dur avec moi de se « focuser » sur un sujet, t’as vu. On parle d’un truc, on arrive là, puis on repasse par la porte d’entrée, pour passer derrière en revenant là-haut, et puis à un moment on est sur le toit quand on entre dans le sous-sol… »

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« Route longue et sinueuse »

 

On le dit multi-cartes, multi-tâches, c’est un peu ça. On va entrer dans le vif direct en court-circuitant la linéarité du truc ; on va passer par le 1er bouquin qu’il a publié, en 2009, intitulé Grems. Humblement sobre ou dégueu méagalo ? Peu importe, ce beau livre, entièrement réalisé par lui, retrace « tout [s]on travail en dix ans », tout, de ses « brouillons » à ses « travaux plus connus », « plus corporate », du tag au rap, du design au graphisme, de Airmax à Imagin’R.

Né en 1978, ado en galère, « [non] bachelier et dyslexique », arrête l’école en 4e, « partagé entre Lille, Bordeaux et Paris, autrement dit entre [s]a mère et [s]on père », il erre jusqu’à sa rencontre avec deux profs d’une école d’art parisienne qui l’initient à l’art abstrait. Il se tourne dès lors vers le graffiti et la photo, aidé par des pros qui « [lui] ont ouvert la tête, [l’]ont construit, fait prendre confiance en [lui], ont cru en [lui] ». Après avoir raté le concours des Beaux Arts de Paris et Cergy Pontoise, « vexé […], [il] envoie tout se faire foutre », retourne errer, cette fois à Bordeaux, continue à taguer, commence à écouter du rap (Chiens de Paille, puis Coloquinte, les X-Men, Dany Dan, Oxmo Puccino), notamment grâce à son frère qui dansait.

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« Péta les buntlak aspect chrome chez Castorama/Taguer les halls éclater les métros et le panorama/Péta les vélos écraser les autres place au saccage/Vade retro t’as assez les crocs dans tes tag au baranes »

 

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Cultures

 

A cette époque, il s’imprègne de la culture hip hop, mais hésite à rapper : « Ma petite voix de blanc un peu frêle ne méritant pas de se faire entendre. » Il se lance pourtant, rencontre, lors d’allers-retours Paris-Bordeaux, plusieurs artistes, dont Le Jouage, crée des groupes (dont Hustla), et va réussir à placer quelques morceaux (compil de Groove Mag, la tape L’Antre de la Folie avec James Delleck, ce genre). En 1999, il réussit à entrer aux Beaux Arts dans la ville d’Alain Juppé ; il tague beaucoup avec d’autres dans la rue, se spécialise en design graphique à l’école, et forme avec des potes le TT Crew, un collectif de graffeurs. Très vite, « [il] monte un groupe d’artistes regroupant toutes sortes de disciplines : plasticiens, peintres, afficheurs et graffeurs. Ce sera « la Plaquette ». » Dès 2002, son côté fouineur – et des amis – le pousse à écouter de la musique électronique : il découvre Moodymann, Theo Parrish, Kerri Chandler, Derrick May, Jaydee de Detroit, la house de Chicago, Masters At Work et Metro Area, redécouvre les Européens de Technotronic, la French Touch de Dimitri from Paris, il kiffe MF Doom, s’acharne sur le broken beat de Londres. Au fil de ces rencontres sonores, il réfléchit à fusionner la deephouse avec le rap. Avec Hustla, après un maxi Paris-Bordeaux-Vitry en 2001, il sort l’album Sonophrologie en 2002. Avec l’obtention de son diplôme des Beaux Arts en 2004, il remonte à la capitale où tout s’enchaîne, la vie va encore plus vite. Côté graphisme, il « retrouve [ses potes et artistes] Black Loose et Tex », « [avec qui il] travaille dans une boîte de graphisme en tant que DA », crée une entreprise (Shlag).

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La musique, un art mineur

 

Côté musique, il sort son 1er album Algèbre ; il raconte : « Un album plutôt conventionnel n’ayant pas encore complètement trouvé mes marques. Il se vend en deux mois, c’est mon premier succès solo. Je ne réfléchissais pas trop à ma carrière, je le faisais pour moi sans penser à la thune, c’était plus un divertissement jusqu’à ce que les Gourmets m’invitent à faire une date avec eux à Lyon. Ce soir-là, je suis monté sur scène et là, moment de panique, toute la salle connaissait les paroles par cœur, tout ce que j’avais écrit sur un coin de table, juste comme ça, juste pour moi, dans les bouches de tous ces gens que je connaissais pas. J’ai flippé… Je me suis rendu compte de l’impact que je pouvais avoir sur les autres. »

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En 2005, il sort, notamment avec Le Jouage, Sept, Booba Boobsa, le projet Olympe Mountain, puis crée son label, Deephop Panel, et fonde avec KillerSounds et Le 4Romain le projet Rouge à Lèvres, dans lequel ils vont réconcilier la deephouse, cette house un peu plus lente qu’à l’habitude et à la filiation noire revendiquée, avec un rap bien branlé et speed. Ajoutez un zeste de techno, mélangez avec du broken beat : le deepkho (prononcez « dipro ») est né. Côté graphisme, il enquille les contrats (magazines, expos, flyers), et « [décide de] prendre [s]on envol ». Son but ? Travailler, travailler, travailler, ne pas dormir, semer, semer, semer et récolter tout en gardant son intégrité. C’est pourquoi Grems ne travaille pas pour la RATP (beau pied-de-nez), pour Swatch ou pour Philips, mais plutôt l’inverse ; ce qu’il vend, c’est du Grems, à l’image de Philippe Starck. Il explique : « Après avoir trouvé mon style dans la rue, je me suis dit qu’il fallaitque ça devienne une marque de fabrique. Je voulais que les agences m’engagent pour avoir du Grems plutôt que pour mes talents de graphiste répondant à leurs codes. Je travaille en collaboration avec eux, laissant libre court à mon imagination pour ce qui est de l’interprétation de leurs projets. Mon procédé est le même depuis des années, je dessine tout à la main et ne passe pas par la palette graphique puis je vectorise le projet et le colorie sur Illustrator. En gros, ça part d’un mur dans la rue pour arriver à un dessin pour finir sur un ordi. Tout est étroitement lié. » Ses influences ? « Mes sources sont vastes. Expressionnisme, abstrait, Dada, peinture préhistorique, art aborigène, représentations religieuses, pubs américaines des années 60… »

 

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En 2006, il sort l’album solo Airmax avec Dj Troubl, puis, après que Disiz La Peste ait rejoint Rouge à Lèvres pour un 2e album en 2007 (avec John 9000), il décolle musicalement, fait le tour du monde, rencontre Triptik et Tonytruand, tourne beaucoup, explose, travaille avec les Anglais de Foreign Beggars.

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En 2008, il sort son 3e solo See, Sex & Grems ; il a 30 ans, 30 titres, toujours innovants. Aussi, tout en revendiquant farouchement son deepkho, il incorpore dans sa musique des éléments dubstep et grime, grâce notamment à Mim et Son of Kick ; son flow peaufiné s’affine, et ses rimes explosent de complexité et de sonorités nouvelles.

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En 2009 paraît son 1er ouvrage, un monolithe noir dont nous avons déjà parlé. En 2010, pour le 4e solo, Grems offre un album abouti dans un classieux bouquin. Dans la préface, Delphine Le Goff nous éclaire : « Il paraît que ce livre est un album. Il paraît que cet album est un livre. […] Cet objet est un concept, il est la pratique de sa théorie : un mode d’emploi pour appréhender autrement la musique et les mots. Dans ce livre-album, Grems associe à chacun des morceaux leur équivalent graphique, l’un explique l’autre, le tout explique Grems. » Et acheter un album reprend tout son sens ! Broka Billy offre par ailleurs à vivre un art complet, arrivé à une certaine maturité. Pourquoi Broka ? Demandons à Delphine Le Goff : « Le Broka est le Rap [que Michaël] a inventé, un mélange de Broken Beat et de Rap Spé où les rimes multisyllabiques associées à une rythmique décalée, produisent cet étrange effet de répétition. La combinaison irrégulière de ces sonorités constitue la singularité et la complexité de ce style ; la rupture compose la structure. Michaël élabore sa musique comme un architecte post-moderne conçoit son bâtiment. Il y appose ce processus qu’on pourrait qualifier de « design non linéaire » : une fragmentation des sons, une construction des vides qui en modifiant nos réflexes de perception, ouvre d’autres dimensions. La première écoute est une sensation, la compréhension vient ensuite. Il faut reconstruire ce qui est déconstruit pour pouvoir cerner les nuances et les subtilités. Un principe qui nous oblige impudemment à écouter différemment. » Grems lui-même en rajoute une couche sur son art tout en descendant les rappeurs français d’aujourd’hui : « Chez les autres, il n’y a pas l’allitération, le placement, la rime interne, externe. »

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La musique de Grems ne s’arrête pas : en 2011, pas moins de 3 albums sortent ! Un projet PMPDJ, qui rassemble Entek et Mim, puis un projet Klub Sandwich avec Simbad, Disiz et Son of Kick, enfin son 5e solo, longtemps muri, Algèbre 2.0, album rap sans concept.

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Il participe à un nombre incroyable de projets, légitime les jeunes de 1995, enchaîne les idées à la vitesse de la lumière, élit domicile partout.

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Tellement ouf, le mec, que lorsqu’il signe, en 2011, la première collection d’une jeune marque de fringue, Sylvette, il n’hésite pas à donner de ses lyrics !

Surtout, au début de cette nouvelle décennie, un énorme crew se forme à l’initiative de Grems, rassemblant une quarantaine d’artistes tous plus différents que complémentaires : La Fronce. Il en profite pour sortir une excellente mixtape qui retrace son parcours musical, en téléchargement libre, par l’intermédiaire du mag’ Tsugi, en 2012.

 

Le graphisme, un vrai métier

 

Ses collaborations graphiques se multiplient : ses clients sont en vrac Pernaud SA, Netixis Gestion, Oxbow, Nike, Swatch, MTV, le Conseil général de Seine-Saint-Denis, Philips, et une flopée de canards (Spray, Clark, L’Humanité, Shoes Up, Tsugi). En 2011, il appose même sa patte sur une bouteille de champagne Henri Giraud, « Code noir », qui sort un coffret collector iconoclaste avec la réédition de l’album La Cave se Rebiff de Starlion, un pote de Grems. Une bouteille qui fait une belle polémique, puisque les dessins rappellent explicitement l’autre Code noir, l’instrument juridique qui statuait sur l’utilisation des esclaves : un nombre important d’associations et d’élus réclament le retrait de la bouteille. Plus généralement, délaissant son label Deephop Panel, il crée la structure Grems Industry, qui englobe l’ensemble de ses activités, notamment sa marque de vêtement Usle qu’il compte développer.

 

Grems-Nike

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La suite ici.


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