Ce que j’en dis…

Le Festival de la Semaine 69
11 juin, 2012, 9:11
Classé dans : Musique & Music

J’ai choisi cette semaine… un festival, celui de Montereau Confluences, en Seine-et-Marne, dont c’était la 16e édition en cette fin de semaine. Pourquoi un festival ? Parce que j’y étais, tiens donc ! Dans le passé, mes parents nous y avais emmené voir ZZ Top, Juan Rozoff, James Brown, les Temptation, Johnny Winter, Earth Wind & Fire, Popa Chubby… A chaque fois, c’était du tonnerre, et pour pas cher, en plus.

Le Festival de la Semaine 69 dans Musique & Music Petite-fille-a

Ce samedi soir, en tête d’affiche, la ville nous a gâté : Thiéfaine, Lou Reed, Blue Öyster Cult. Pour les biographies, on verra plus tard. Récit.

 

Le 9 juin 2012

 

16h57. Dans le train en partance pour le festival. Il fait gris. La Gare de Lyon, quel enfer, avec ses étages. J’écoute David Lynch et Turzi, et ça va durer une heure. Dark side of the festival. Enfin, vous me direz, Lou Reed, Thiéfaine et Blue Öyster Cult, c’est pas la joie non plus !

 

17h25. Et oui, j’ai composté mon ticket SNCF, comme tout le monde. Il y a quelques années, j’aurais sûrement fraudé. Mais avec l’âge, on ne veut plus courir, c’est fatiguant. Alors on paie. On se conforme. Et on perd son innocence. Marrant, d’ailleurs, de parler d’innocence pour un gamin qui fraude. Mais c’est ainsi.

 

17h52. Arrivée à Montereau. J’ai même pas été contrôlé ; 9 euros 55 dans le vent. Fait un peu moins gris, le soleil fait de timides percées. Pas de pluie, c’est déjà ça. Manquerait plus que je salope ma paire de Supra.

 

19h25. Je ne me souvenais plus, mais les mecs de la Sécu obligent les festivaliers à ôter les bouchons des bouteilles de Sunny Delight. J’obtempère. Heureusement que le type n’en a pas senti les effluves. On est passé avec de la vodka diluée. Comme des adolescents, en somme. Innocence retrouvée. Ah ouais, ils m’ont aussi mis un bracelet noir, au cas où je me paume. Comme les touristes en Tunisie, dans les formules « All Inclusive ». On te repère de loin, comme ça. Récapitulons. Un carnet Bristol, un stylo, l’appareil photo Reflex de ma femme, une bouteille de vodka : je suis prêt !

Shym est tranquillement en train de terminer. En quasi playback. Ouais !

Shym-a dans Musique & Music

Après trois gorgées de vodka-Sunny D – à la tienne, la maréchaussée (omniprésente) –, on fait un peu le tour. Puis on s’assoit dans l’herbe sèche pour prendre un peu d’air. Et reprendre nos esprits. 12 euros pour les pointures qu’on va voir, c’est quand même donné. Le soleil gagne du terrain. Sur une herbe jonchée (déjà) de gobelets éclusés, on croise toute une faune bigarrée. Des familles bien sous tout rapport. Du vieux décrépi, indéfectible rock fan, bière à la main, barbe grise et cheveu rare, tatouage vulgos, œil torve ; sur certains, on a du mal à discerner les rides des cicatrices. Des jeunes filles en fleur, qui ne comprendront rien à la poésie néo-lautréamontienne de Thiéfaine, à la sexualité ambigüe de Lou Reed, à l’ultraviolence contenue de Blue Öyster Cult, mais qui vont quand même s’éclater, qui pourront dire « j’y étais ». De la frange sur cuir, de la crête punk, du Jean-Michel introverti qui se laisse aller, du hippie chic. Ou pas. Plein de gens normaux, aussi. Et oui. En 2012, c’est normal, banal, d’écouter Lou Reed ou BÖC. Mainstream. Merde, le rock a gagné.

 

20h10. « Six milliards de pantins, six milliards de lépreux, six milliards de groupies » : il donne la banane, HFT !

En face de nous, deux jeunes filles plus très fraîches sont déjà bourrées. Elles sont sûrement là depuis 12h30, se sont murvés la gueule pendant Dave, ont forcément ri aux blagues de Kavanagh, ont vomi pour Shym (elles étaient là pour elle, mais tant pis). Et sont de retour pour HFT.

Thiéfaine-1a

20h25. Version chanson de poupée pour « Les dingues et les paumés », majestueuse, qui termine en boulet de canon punk !

« Je m’étais promis d’évincer de mon répertoire les chansons qui parlaient de drogue ; les chansons qui parlaient d’alcool ; les chansons qui parlaient de sexe ; les chansons qui parlaient de Dieu [faisant un doigt] ; les chansons qui parlaient de la mort [majeur vers le bas]. Mais il ne restait que 4 minutes 55 de chansons. Donc, j’ai fait comme d’hab’. » Thiéfaine, la punchline qui fait du bien !

 

20h35. HFT sonne résolument heavy, ce soir ! Et ça fait du bien.

Thiéfaine-2a

21h. Finalement, beaucoup de classiques, 1981-1982, ceux que j’ai écoutés pendant mon enfance. Papa est aux anges, ce soir : « Soleil cherche futur », « 113e cigarette sans dormir », « Narcisse 81 », « Lorelei Sebasto Cha ».

 

21h05. « Il n’y aura jamais assez de morphine pour tout le monde ». Y’a pas à dire, HFT, il sait mettre l’ambiance.

Le plus important, c’est qu’on a pu entrer avec nos bouteilles. Mon frère est déjà bourré, comme les jeunes filles, en somme. Mais il n’est pas malade et continue de kiffer la life.

 

21h15. Rappel. « La fille du coupeur de joints ». Normal.

Thiéfaine-3a

 

22h. HFT a été grand, ce soir, acclamé par la foule de Montereau. C’est mérité. Papa a trouvé que le guitariste en ajoutait des caisses avec sa pédale wah wah, et que ce sur-effet camouflait des carences dans le jeu.

Bouteille d’eau gratuite au snack. Erreur du serveur. Bouteille d’eau pour mon père qui conduit. Cool. Heureusement qu’il existe des mecs comme ça ! Y’a pas à dire, mon père, un héros !

 

22h30. Lou Reed a commencé un peu sans nous, occupés que nous étions à dévorer nos merguez-frites-Desperado… Pas grave, Lou Reed, le seul, est bien là. Comme je ne sais pas encore très bien me servir d’un Reflex, les photos sont sombres. On s’en fout, on jubile. Je connais mal son répertoire – j’ai juste écouté la banane du Velvet et, peut-être une fois, Berlin ou Transformer, je ne sais plus –, mais du peu que je connaisse, ça me parle. Sa voix, surtout. A 70 balais tout ronds, la vieille folle droguée et déchue est grave d’attaque ! La légende déroule son background. Personne ne calcule vraiment malgré la foule. Quelques rares applaudissements. Personne ne comprend, en fait. Et le plus strange, c’est que, derrière les chansons entonnées qui restent inconnues pour la masse, plane l’ombre sonore, vocal, et désenchantée du Velvet Underground. Le trip.

Lou-Reed-3a1

 

22h45. Beaucoup s’en vont, profitent du passage d’un quasi-inconnu – « si, déjà entendu quelque part, nan ? » – pour aller bouffer ou chier, boire ou pisser. Comprennent rien à l’auteur de « Heroin », ces cons. Moi non plus, mais je reste ; envie de comprendre, envie de savoir. Oh putain, trop ouf, quand même, le mec. Et cette voix.

Lou Reed balance ! Et je l’entends des toilettes ! Ça fait déjà trois fois que je pisse dans une boite en plastique ; je fais comme les autres, oui. J’ai honte.

 

23h05. Lou Reed joue, lui aussi, assez heavy ce soir. C’est du lourd. Ce qui change, c’est cette voix particulière, qui revient, non pas du Royaume des morts comme celle de Gil Scott-Heron, mais des bas-fonds de New York, où les femmes sont battues, où les backrooms font dans le gore, où les travestis junkies tapinent pour une dose… La patate !

 

23h15. Mais pourquoi diable les gens s’en vont ? Lou Reed donne tout, merde ! Une vraie légende.

Lou-Reed-2a

 

23h25. « Walk on the Wild Side ». Finalement, le vieux met tout le monde d’accord.

Pendant qu’il déclame un poème que je suppose profond et sale, mon frère hurle comme s’il était dans un stade. Putain de jeunesse. Marrant, ça ressemble au B de Turzi. Ou l’inverse.

 

23h45. Groupe inconnu, qui reprend, selon les gens, et surtout mon paternel, le mythique Status Quo, que j’ai déjà eu le loisir d’écouter quelques fois. C’est bon, ça !

 

00h. Selon les dires de mon père, le groupe de seconde main qu’on entend est français et assure. Un putain de compliment. Entre Lou Reed et Blue Öyster Cult. Selon le programme, le combo s’appelle Blue Monster Track. Ces enfoirés reprennent « Jumping Jack Flash » des Stones ! Bon groupe.

 

00h30. BÖC s’est fait attendre. Démarrage canon : hard rockabilly !

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00h35. BÖC comme au premier jour : niquer la concurrence : heavy, lyrique, sautillant, la résistance US ! Je me souviens de Manœuvre qui expliquait que BÖC organisait la résistance contre l’invasion des Zeppelin, Clapton, Stones, Who, Black Sabbath, Deep Purple, en définissant leur son comme du heavy métal. Marrant, sur leur 1er album, sorti en même temps qu’Orange Mécanique de Kubrik, « le Cult invente l’ultra-violence. N’attendre aucun cri de rage stoogien. […] Tout y est : fusion sarcastique de mythologies pop, science et mythologie, humour et folie, délires intellos et débordements de guitares saturées, violence des bas-fonds, philosophie de biker, légendes urbaines et histoires de trafic qui virent cauchemar. »[1]

 

00h40. BÖC assure UN MAX ! Rock’n’roll ! L’hymne rock US « Cities on Flame with Rock And Roll » a fait son œuvre : le public, houblonné, est conquis aussi bien que l’étaient les petits Français à la Libération. Et moi avec.

 

1h. BÖC, avec ses classiques, emporte tous les suffrages, notamment avec « ME 262 » qui est démente !

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1h15. Malgré les « Ho » et les « Whaaa », on attend toujours impatiemment – et mon père plus que les autres, même s’il les avait déjà vu en 1978 à Porte de Pantin – « (Don’t Fear) The Reaper ». Mais, pas de problème, les Américains font bien leur job. Foutrement bien, même !

 

1h25. « Godzilla » met (encore) tout le monde d’accord. Le son est lourd, l’ambiance est à la réunion, au rassemblement. Montereau est cor-da ! Surtout quand, sur une fausse piste, le Cult entonne « I Love Rock And Roll » des Arrows, plus connue par la reprise de Joan Jett ; mauvais aiguillage, le groupe change son fusil d’épaule et part sur un tout autre morceau ! La basse est juste terrible ! Pogo obligé !

 

1h40. Enfin. Les plus vieux fans désespéraient. « (Don’t Fear) The Reaper ». Version électrique.

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1h45. Rappel. Les Ricains sont pas radins ! Pogo ! Quoi qu’on en dira, BÖC a littéralement mis le feu. Les brindilles d’herbe sèche s’incandescendent !

 

2h. C’est fini ! C’est con quand même, je ne contrôle plus trop ma vessie remplie à ras bord, et des flics zélés nous empêchent l’accès aux chiottes. Avec mon frère, on a été obligés de pisser contre des haies. Putains de fêtards !

Bath, le festival, cette année.

 

Epilogue. A cause du houblon, que je ne bois jamais, j’ai passé un dimanche matin-début d’après-midi dans les chiottes, à régurgiter du sang, avec des vertiges et des stigmates sur les paumettes de mon pauvre petit visage. Mais j’ai vécu un putain de festival. Le prix à payer, c’est finalement celui-là.


[1] Philippe MANŒUVRE (1995), « Blue Öyster Cult : éponyme. Chronique », Rock & Folk hors-série n° 11, décembre, p. 34.


3 commentaires
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  1. Benoit Demarche

    Hey, waouh, tu me fais regretter, ça avait l’air dément. HFT, ça, c’est un poète, mais, Lou Reed, je t’avoue, je connais pas trop. Et les ricains, connais pas, mais bon, je connais rien en musique.
    Mais, super intéressant, ton blog.
    Et franchement, t’écris vachement bien.
    A bientôt pour le foot.

  2. Romain

    merci, parce que j’me souviens pas de tout avec exactitude haha
    c’est moi qui bois, c’est toi qu’est malade… (punchline remixé de Gainsbourg haha) !

  3. reflexionsdactualite

    @ Benoit : en effet, c’était dément ! Merci beaucoup pour tes compliments, ça fait chaud au coeur !
    @ Romain : excellente paraphrase de Gainsbourg, très appropriée au contexte ! Même un peu bourré, je me souviens, et puis j’avais externalisé une partie de ma mémoire (le carnet du Dr. Gonzo !).
    Peace



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