Ce que j’en dis…

Rions un peu en attendant… le nouveau Président
21 avril, 2012, 22:18
Classé dans : Un peu d'Histoire

Voter ? Putain de devoir civique… Non pas que je me montre procrastinateur les jours de vote (même si chacun fait ce qu’il veut de son droit de vote !), mais je crois bien que ma carte électorale n’est pas à jour. Je sens que je vais me présenter demain comme une fleur devant mon bureau de vote et que je vais être isolé parmi l’électorat, privé d’isoloir. Ma pièce d’identité ne suffit-elle pas ? « Non, monsieur, je ne peux rien faire. » Bon. J’essaierai quand même. Dans le dernier numéro de la revue Schnock, un petit dossier bien fendard sur des candidats étranges, des affiches bizarres, et Pierre Dac (presque) Président. On avait déjà ri ici avec le candidat antigrattecielliste ! Allez, rions un peu en attendant… le nouveau Président.

Rions un peu en attendant... le nouveau Président dans Un peu d'Histoire Schnock-n-2_lightbox

Première salve humoristique avec des extraits de l’article sur les candidats étranges. « S’il y a bien une attitude schnock en politique, un véritable schnockisme militant, il consiste à opposer Ferdinand Lop à Aguigui Mouna. Les plus de cinquante ans ont connu l’un et l’autre, se disputant le pavé du Boul’Mich et la place de la Sorbonne, s’opposant jusqu’à en venir aux mains, incarnant en fait deux modèles de société. Ferdinand Lop, l’aîné, porta à la caricature le radical-socialisme qu’il avait connu triomphant dans sa jeunesse. […] Aux législatives de 1928, il est officiellement investi par le Parti radical – à Versailles, hélas, ville de toutes ces désillusions, trop conservatrice pour accorder plus de 5 % à un candidat qui prétend appliquer le programme social de la CGT et reconnaître diplomatiquement la Russie des Soviets… Au Palais-Bourbon, cet échec soulage les autres journalistes parlementaires, qui s’amusent à faire porter par des huissiers complices les messages les plus fous au malheureux Ferdinand Lop. Un jour, il prend le train pour la Bretagne, ayant appris sa nomination de sous-préfet à Saint-Pol-de-Léon – qui n’est pas une sous-préfecture. Un autre, il se précipite à l’Elysée, le président de la République désirant paraît-il le consulter en vue de former le prochain gouvernement… Après la sanglante manifestation du 6 février 1934, au Palais-Bourbon, Lop monte sur une chaise pour interpeller députés et journalistes… Perdant son accréditation, bientôt interdit d’hémicycle, il se [réfugie] au quartier Latin, où les étudiants font de lui leur tribun : les « lopettes » affrontent les « anti-Lop » et se méfient des « inter-Lop », la « salle-Lop » retentit d’interminables débats sur « l’extinction du paupérisme après vingt-et-une heure »… […] Aguigui Mouna vient plus tardivement briguer les voix étudiantes et noctambules. […] En 1944, il adhère au PCF, dont il se fait exclure sept ans plus tard à cause de ses conceptions très personnelles de la révolution. Lui prône plutôt la « vélorution », voulant préserver l’environnement. C’est à bicyclette qu’il mène ses campagnes contre le nucléaire, l’automobile, la société de consommation. « Cyclodidacte », il enchante les pré-soixante-huitards par ses « pensées de Mouna Tsé-Toung » : « C’est en parlant haut qu’on devient haut-parleur », « Prenez le pouvoir, pas le métro ! », « J’irai cracher sur vos bombes », « Les mass-média rendent les masses médiocres », « Les valeurs morales cotées en Bourse ! », « Tous les désespoirs sont permis », « C’est anormal d’être normal », « L’existence précède l’essence, mais dans quel sens ? », « Le jour où un vélo écrasera une auto, il y aura vraiment du nouveau », « Aimez-vous les uns sur les autres ». Cohn-Bendit, en Mai-68, le rejette comme « folklorique », certains gauchistes l’accusent même d’être un indicateur de police, d’autant qu’il veut s’interposer entre étudiants et CRS… Candidat à tous les scrutins de 1958 à sa mort, le 8 mai 1999, Aguigui Mouna va porter les couleurs de la contestation avec une remarquable constance, animant tous les rassemblements de gauche par son célèbre cri de guerre : « Hii Aguigui, Aguigui à gogo mais pas gaga, Aguigui Mouna, Aguigui Mouna ! » Entre l’hirsute et anarchisant Mouna, et l’austère Ferdinand Lop, aucun compromis possible. Lop d’ailleurs n’est drôle que par procuration, parce que ses réunions électorales servent d’oraux d’entraînement aux étudiants : ce sont ses partisans qui proposent les mesures qui le rendront célèbre, comme « le versement d’une pension à la veuve du Soldat inconnu » ou « la construction d’une gare maritime à la station Saint-Michel pour permettre aux jeunes gens désargentés d’aller taper plus vite leur oncle d’Amérique. » Ferdinant Lop, en son for intérieur, a un programme, un vrai, de redressement national – mais il a peur de se le faire piquer… Aussi a-t-il prévenu : il ne le révélera qu’une fois porté au pouvoir suprême ! »[1] Rafraichissant, non ? Passons aux affiches ; nous en relèverons deux.

En 1969, après la décision démocratico-monarchique du Général de quitter le trône de France suite à un référendum raté, des élections sont programmées, alors que le Président du Sénat, Alain Poher, occupe l’intérim, comme prévu par la Constitution. Au soir du 1er tour, les résultats sont sans équivoques pour la gauche : l’ancien Premier ministre de De Gaulle, Georges Pompidou (UDR), arrive en tête avec 44,5 % des suffrages, suivent le candidat du Centre démocrate Alain Poher (23,3 %), le communiste Jacques Duclos (21,3 %), Gaston Defferre, sous drapeau SFIO (5 %), le jeune candidat du Parti socialiste unifié, Michel Rocard (3,6 %), le radical-socialiste indépendant Louis Ducatel (1,3 %), le trotskiste Alain Krivine (1,1 %). La candidature d’extrême-droite de Pierre Sidos a été rejetée par le Conseil constitutionnel. Stupeur : aucun candidat de gauche au 2nd tour. Le PCF se fend alors d’une affiche étrange à nos yeux de 2012 :

Parti_communiste1 dans Un peu d'Histoire

Le commentaire du mag’ : « Chef-d’œuvre d’humour marxiste, tendance Harpo. La pose vaudevillesque cache une dialectique imparable épousant parfaitement la consigne d’abstention du PCF au second tour […]. Bien que le slogan « S’abstenir c’est agir contre la réaction » soit un décevant « pay-off » et que la reprise du bon mot de Jacques Duclos (« Blanc bonnet, bonnet blanc ») ne soit que syndicale, c’est l’aspect cinématographique de l’affiche qui retient ici l’attention, ce côté « buddy movie » goguenard (Le Corniaud n’est pas loin, La Gueule de l’autre arrive). »[2] Le taux d’abstention du second tour de cette élection était de 31,1 %.

En parlant d’abstention, on se souvient tous du coup de tonnerre du 21 avril 2002, cet énorme fracas dans la démocratie qu’avait provoqué une campagne tronquée basée sur l’insécurité mêlée à un taux d’abstention record depuis 1969 : 28,4 % au premier tour. On se souvient moins de cette affiche de l’un des finalistes, qui terminera avec 17,8 % des suffrages :

Le_Pen1

Le commentaire, excellent, du mag’ : « Entre « Captain Igloo » et « Le thon c’est le steak de la mer », son cœur balance. Avec le numéro du service consommateurs, en bas à droite, pour les réclamations. »[3]

Rions un peu…


[1] Bruno FULIGNI (2012), « Les présidents auxquels vous avez échappé », Schnock n° 2, janvier, pp. 128-130.

[2] Christophe ERNAULT (2012), « Top 12 des affiches des élections présidentielles », Schnock n° 2, janvier, p. 137, à lire en ligne : http://larevueschnock.com/?p=364.

[3] Ibid, p. 139.


2 commentaires
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  1. reflexionsdactualite

    « Que lui importe que ce soit Pierre ou Jean qui lui demande son argent et qui lui prenne la vie, puisqu’il est obligé de se dépouiller de l’un, et de donner l’autre ? Eh bien ! non. Entre ses voleurs et ses bourreaux, il a des préférences, et il vote pour les plus rapaces et les plus féroces. Il a voté hier, il votera demain, il votera toujours. Les moutons vont à l’abattoir. Ils ne se disent rien, eux, et ils n’espèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera, et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l’électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des Révolutions pour conquérir ce droit.
    Ô bon électeur, inexprimable imbécile, pauvre hère, si, au lieu de te laisser prendre aux rengaines absurdes que te débitent chaque matin, pour un sou, les journaux grands ou petits, bleus ou noirs, blancs ou rouges, et qui sont payés pour avoir ta peau ; si, au lieu de croire aux chimériques flatteries dont on caresse ta vanité, dont on entoure ta lamentable souveraineté en guenilles, si, au lieu de t’arrêter, éternel badaud, devant les lourdes duperies des programmes ; si tu lisais parfois, au coin du feu, Schopenhauer et Max Nordau, deux philosophes qui en savent long sur tes maîtres et sur toi, peut-être apprendrais-tu des choses étonnantes et utiles. Peut-être aussi, après les avoir lus, serais-tu moins empressé à revêtir ton air grave et ta belle redingote, à courir ensuite vers les urnes homicides où, quelque nom que tu mettes, tu mets d’avance le nom de ton plus mortel ennemi. Ils te diraient, en connaisseurs d’humanité, que la politique est un abominable mensonge, que tout y est à l’envers du bon sens, de la justice et du droit, et que tu n’as rien à y voir, toi dont le compte est réglé au grand livre des destinées humaines. » (Octave Mirbeau, 1888)
    Merci à Bruno Péa pour cette citation !

  2. reflexionsdactualite

    Toujours dans la même veine « Rions un peu », un site a été créé il y a un mois, Sarkolol, un petit rappel ironique du quinquennat. Imaginé par Raphaël Rollin, jeune consultant en webmarketing, autodéfinit comme « soutien bénévole » des jeunes socialistes et « électron libre ». Il explique : « Le 1er degré peut lasser, alors j’ai opté pour l’ironie. C’est une arme efficace pour souligner l’indignation.[...] J’ai eu l’idée en me rasant le matin. » (Sources : Le Nouvel Obs)
    Eclatez-vous : http://www.sarkolol.fr/



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