Ce que j’en dis…

Mais putain, c’est quoi la dette ? (Episode 7)
14 mars, 2012, 20:52
Classé dans : Economie Politique ou Politique de l'Economie ?

Il existe des propositions pérennes…

Déjà en 1936, Keynes avait vu que « quand les marchés et les acteurs financiers prennent une place trop importante, il y a une dérive inexorable vers la recherche prioritaire de gains financiers à court terme – c’est la spéculation – au détriment de la création de richesses et du développement à long terme – c’est-à-dire l’activité productive des entreprises. »[1] Il faut donc remettre la finance de marché à sa place. Les économistes atterrés, dont l’auteur de ces lignes est signataire, ont proposé plusieurs solutions qui vont dans ce sens, toutes issues de leur dernier ouvrage paru : 1. séparer, comme c’était le cas durant les Trente Glorieuses jusqu’au milieu des années 1990, les activités des banques de détail de celles des banques de marché et d’investissement ; 2. « réformer la gouvernance des banques pour passer du modèle actionnarial actuel, dominé par la recherche de rentabilité financière, à un modèle participatif, gouverné par l’ensemble des parties prenantes […] et mieux adapté à la poursuite de l’intérêt général » ; 3. « imposer de nouvelles normes aux banques [les incitant] à développer le crédit dans les secteurs prioritaires [et les désincitant à la spéculation] » ; 4. « favoriser le développement de banques de proximité, telles les banques coopératives ou éthiques, mieux adaptées au financement des petites entreprises ou de ménages à faibles revenus » ; 5. « plafonner strictement la rémunération des banquiers et des traders pour supprimer les incitations à la prise de risque » ; 6. « instaurer une taxe sur les transactions financières pour réduire fortement la rentabilité de la spéculation » ; 7. « recréer un pôle bancaire et financier public afin de financer les collectivités locales, les PME et d’engager la reconversion écologique et sociale de l’économie française. »[2]

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On pourrait ajouter la création d’agences de notation publiques, pour que cessent les erreurs graves de ces agences dans une optique de profit (elles restent pour le moment des entreprises privées). Ces propositions ne sont pas nécessaires, mais indispensables pour que les prédictions de Frédéric Lordon restent de l’ordre de la littérature. Malheureusement, je reste pessimiste quant au déroulement de l’affaire : « Qui paie ses dettes… fait faillite ! » était le mot de passe utilisé dans la farce Le Grand Bazar[3]. Un adage beaucoup plus réaliste aujourd’hui en Europe. D’un autre côté, « s’il faut commencer à ne pas dépenser l’argent qu’on n’a pas, c’est
la fin du capitalisme »
, déclare fécétieusement Jules-Edouard Moustic, dans l’émission Groland du 25 février dernier. Le dernier mot à Jorge Semprun : « L’idée de supranationalité est la philosophie latente de la construction européenne. C’est elle qui est en péril aujourd’hui. Or, elle dessine ce que le philosophe allemand Edmund Husserl, dans ses conférences de 1935 sur La Crise de l’humanité européenne et la philosophie, appelait la figure spirituelle de l’Europe. Husserl explique que l’Europe n’est pas qu’une réalité géographique, cartographique. C’est un esprit fidèle à la rationalité critique née dans la Grèce antique, mais aussi à la démocratie. Les élargissements de l’Europe ne sont pas une question territoriale. Comme le dit parfaitement un texte européen de 2000, la seule frontière de l’Europe est la démocratie. […] Je commence à avoir peur d’une attaque spéculative qui nous ferait reculer de plusieurs décennies. Je ne sais pas si l’euro va disparaître, mais il est possible qu’un certain nombre d’acquis s’évanouissent. C’est très grave. Le populisme va monter en Grèce et ailleurs. Il pourrait prendre un virage ultranationaliste. Je suis pessimiste. Je crois que le pire est possible, y compris la désarticulation de la communauté européenne. Je ne vois pas de pensée alternative parmi les dirigeants européens. Le moteur idéologique et moral de l’Europe a été durant des décennies la lutte contre le passé nazi et fasciste d’un côté, contre le totalitarisme stalinien de l’autre. Ce moteur est épuisé. Il faut en créer un autre. »[4]

Un post-scriptum sur l’état de la société grecque ici.

 


[1] Les économistes atterrés (2011), Changer d’économie !, Paris, Les Liens qui Libèrent, pp. 210-211.

[2] Toutes ces citations sont tirées de l’ouvrage précédent, pp. 211-213.

[3] Le Grand Bazar, Claude Zidi, 1973.

[4] Jorge SEMPRUN (2010), « L’Europe a besoin d’un nouveau moteur idéologique et moral », Philosophie Magazine n° 40, juin, pp. 16-17.


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