Ce que j’en dis…

Valérie Pécresse et la dévalorisation de la parole politique
8 mars, 2012, 22:35
Classé dans : La Société en question(s)

En ces temps de campagne présidentielle, les hommes politiques usent de ficelles grosses comme leur ambition, abusent de petites phrases assassines fomentées par des cabinets noirs, et rusent en énonçant des vérités inexactes, quand ils ne détournent pas purement et simplement des données statistiques en salissant l’organisme émetteur. Vous vous souvenez très bien des grossières erreurs de Claude Guéant évoquant les taux d’échec scolaire des enfants immigrés ou issus de l’immigration (même ça, c’était confus), ou la récupération malhonnête des idées de l’économiste Thomas Piketty, spécialiste des inégalités et de la fiscalité, par Marine Le Pen. Cette semaine, on a encore eu un bel exemple de mensonge politique. Parce qu’il faut bien dire ce qui est : un mensonge éhonté. « En réponse à une question du député Alain Bocquet, Valérie Pécresse, porte-parole du gouvernement, a prétendu le 6 mars dernier à l’Assemblée nationale qu’Alternatives Economiques aurait indiqué que la France était le seul pays européen où le pouvoir d’achat avait été maintenu malgré la crise. »[1]

Valérie Pécresse et la dévalorisation de la parole politique dans La Société en question(s) valerie-pecresse

Voici les propos de Valérie Pécresse : « Le pouvoir d’achat des Français a augmenté de 6 % en moyenne sur le quinquennat ; le magazine Alternatives Economiques, qui n’est pas proche de la majorité, soulignait que seule la France avait réussi à ne pas avoir un pouvoir d’achat […] en baisse pendant la crise. »[2] Reprenons le fil de l’article : « Nous remercions vivement Madame la Ministre de l’intérêt qu’elle porte à notre publication, mais l’information est totalement inexacte : nous avons au contraire souligné, dans notre numéro de mars 2012, la stagnation du pouvoir d’achat des Français entre 2007 et 2011 et le caractère exceptionnel de cette stagnation (voir graphique ci-dessous). A titre de comparaison, selon le même indicateur, ce pouvoir d’achat avait progressé de 12 % entre 1997 et 2002… Par ailleurs, nous avions indiqué en décembre dernier que plusieurs autres pays européens avaient, au contraire, vu le pouvoir d’achat de leurs citoyens augmenter malgré la crise. »[3]

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Et après, on se demande pourquoi les citoyens n’ont plus confiance en la politique ! On ne se rend pas compte de l’impact de ce genre de pratique. D’une part, prenons un citoyen lambda qui s’informe « normalement » (on va dire qu’il se tient au courant de l’actualité en lisant Le Monde, en écoutant une chronique politique du matin à la radio, en visionnant chaque soir le Petit Journal de Yann Barthès pour le fun et le 20h de Laurence Ferrari pour le sérieux, et en prenant soin de jeter un œil à Des paroles et des actes le jeudi sur France 2 ; ah oui, il visionne aussi sur France 3 les questions au gouvernement !) : il reçoit l’information telle quelle. C’est-à-dire qu’il va prendre pour argent comptant l’info. « Ah, tiens… Même si je pense voter Bayrou, c’est vrai que le gouvernement a su sauvegarder le pouvoir d’achat. Il est fort, Sarkozy, quand même. Et puis, c’est pas sa faute, la crise. » D’autre part, prenons le même type de citoyen, plutôt critique ou qui s’informe mieux. Ou il a le temps. Ou alors, il est un vrai gauchiste. Peu importe ; il trouve la faille. Qu’est-ce qu’il en pense ? « Putain, ils sont vraiment tous les mêmes. Tous pourris, ces cons ! » Dans les deux cas, la démocratie s’en trouve affaiblie. Dans les deux cas, la démocratie est perdante. Dans le premier cas, le mensonge n’a vocation qu’à faire élire sur un faux bilan, un bilan truqué, comme on dirait pour une entreprise. Il n’est là que pour reproduire l’ordre politique en place. La tromperie comme mode de reproduction. Comme disait Beigbeder, tous les surfeurs ont un besoin d’un trou béant au-dessous d’eux pour avancer. Dans le deuxième cas, le mensonge nourrit le vote extrême ou l’abstention, ce qui revient au même. Ce genre de pratiques n’a pour résultat que de pervertir la parole politique, et finalement de confisquer le moment démocratique. Dans les deux cas, la démocratie ne véhicule d’autre image qu’un paillasson sur lequel on s’essuie sans y penser, sans une once d’attention pour cet ensemble de poils qui nettoient nos godasses. Churchill avait dit que la démocratie était le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres. Le pire. Ce n’est pas une raison pour s’essuyer les pieds dessus.


[1] « Communiqué de presse : Valérie Pécresse, Alter éco et le pouvoir d’achat », Alternatives Economiques, article web, 7 mars 2012 : http://www.alternatives-economiques.fr/communique-de-presse—valerie-pecresse–alter-eco-et-le-pouvoir-d-achat_fr_art_633_58360.html, page consultée le 8 mars 2012.

[2] Sur le site de l’Assemblée nationale : http://www.assemblee-nationale.tv/chaines.html, page consultée le 8 mars 2012.

[3] Art. cit.


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