Ce que j’en dis…

La Chanson de la Semaine 52
11 février, 2012, 13:46
Classé dans : Musique & Music

J’ai choisi cette semaine une chanson des Doors, « Spanish Caravan »,  présente sur leur 3e album Waiting for the Sun, sorti en 1968.

La Chanson de la Semaine 52 dans Musique & Music Doors_Venice

Fondé en plein été 1965, le groupe « [semble être le seul] à avoir compris le côté malsain de l’acide »[1], et débute « dans un repaire de dealers, putes et alcoolos, le London Fog. »[2] Inspiré par Nietzsche, Rimbaud, Artaud, par Aldous Huxley, l’auteur du Meilleur des Mondes et des Portes de la Perception, qui donne son nom au groupe, ils deviennent populaires et tournent vite au célèbre club le Whisky A Go Go. Jim Morrison est ambigu : un prophète barbu au sex-appeal sauvage, un jeune poète de pacotille torturé et névrosé – voire psychotique, un gourou drogué et fiévreux vénéré par ses fans… Les paroles sont subversives, la musique est inventive, les musiciens excellent (les doigts de Ray Manzarek, la gratte de Robbie Krieger, les baguettes de John Densmore). Il faut penser au contexte : Johnson vient d’être élu, bombarde le Vietnam, la drogue se répand, les jeunes explosent, les Noirs s’embrasent, tout ce qui vient de l’autorité est contesté ! J’ai découvert les Doors par l’entremise de mon père, jeune adolescent. Pas de cohérence, on s’en fout, papa m’initie au groupe grâce à leur dernier album, L.A. Woman, le plus brut, le plus blues, le plus émancipé, le plus proche de la mort. J’ai tout de suite été fasciné et je confisque le disque qui finit dans ma chambre, à l’étage, avec « L’America » à fond, dans le noir. Je comprends. Enfin. Les portes s’ouvrent. « Spanish Caravan » parle d’évasion, les guitares, la voix, sont sublimes. Mais pas d’entourloupe : si Morrison évoque le Portugal, l’Espagne, l’Andalousie, les montagnes espagnoles, c’est à l’intérieur de soi que le voyage s’effectue. Par le biais des drogues : l’acide, le L.S.D., la mescaline… La deuxième partie du morceau, psychédélique à souhait, ne laisse pas de place au doute. « Mais l’homme qui revient après avoir franchi la Porte dans le Mur ne sera jamais tout à fait le même que l’homme qui y était entré. Il sera plus sage, mais moins prétentieusement sûr ; plus heureux, mais moins satisfait de lui ; plus humble en reconnaissant son ignorance, et pourtant mieux équipé pour comprendre les rapports entre les mots et les choses, entre le raisonnement systématique et le Mystère insondable dont il essaye, à jamais et en vain, d’avoir la compréhension. »[3]

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[1] Philippe MANŒUVRE (2005), Rock’n’roll, la discothèque rock idéale, Paris, Rock & Folk/Albin Michel, p. 20.

[2] Ibid.

[3] Aldous HUXLEY (1954), Les Portes de la perception, Paris, 10/18, « domaine étranger », 1977, p. 69.


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