Ce que j’en dis…

La Chanson de la Semaine 37
7 août, 2011, 16:11
Classé dans : Musique & Music

J’ai choisi cette semaine un titre des Américains de The Chromatics qui s’intitule Healer, 6ème piste de leur album Night Drive, sorti en 2007.

thechromaticsbenicassim2008031.jpg 

Après deux albums de punk-noise basé à Seattle, Adam Miller retrouve à Portland son pote Johnny Jewel (de son vrai nom John Padgett), moitié de Glass Candy et surtout co-fondateur (avec Mike Simonetti) d’un nouveau label (Italians Do It Better) axé plutôt sur la disco. Mais attention, il convient d’y ajouter quelques adjectifs : une disco originelle, synthétique, et plus italo que cosmic – une autre mouvance qui n’en finit plus de ressurgir[1]. La chanteuse Ruth Radalet complète le duo, et c’est parti pour un des meilleurs albums que j’ai écouté ! On pourra citer toutes les références probables ou revendiquées (Kraftwerk, The Cure, Kate Bush, John Carpenter, Blondie, New Order, Dario Argento, Giorgio Moroder et Donna Summer), le disque n’est pas une vague resucée de ce qu’on a entendu mille fois déjà, ni même un hommage brillant. En fouillant dans le passé crade et originel de la disco (quête d’hédonisme dans un quotidien sombre comme un stroboscope pété), en élevant le débat qualitatif (les productions sont peaufinées, les sorties, au compte-goutte), en racontant l’errance nocturne d’une nana éventuellement chargée à la recherche de son boy-friend à travers une ville dangereuse et froide (cold), les Chromatics « s’invente[nt] un futur »[2] ; surtout – et c’est un compliment de choix –, ils « ne ressemblent qu’à eux-mêmes […] les Chromatics sonnent comme du Chromatics »[3]. J’ai découvert ce groupe – ça devient une habitude – en lisant cette horrible feuille de choux qu’est Technikart, qui conseillait (et je me joins à eux) également leurs voisins de label Glass Candy et la compilation du label After Dark (2007). Ce qui est intéressant dans cette musique, c’est cet apparent paradoxe, le paradoxe originel de la disco : sous la fête, la danse, les pattes d’éph’ et les paillettes, sous l’individualisme (apparent), il y a des communautés en quête de liberté et d’identité (les gays, les noirs, les freaks, les femmes), la drogue, la misère existentielle et, bientôt, le sida. Par la construction musicale ralentie (le tempo est lent), à la fois chaude (grosse basse – synthétique tout de même) et froide (boîtes à rythmes élémentaires réglées comme un métronome monolithique, claviers datés, synthés 80s)[4], sans oublier la voix de la chanteuse (robotique et mélancolique, paradoxalement so human after all), la musique des Chromatics, loin de jouer les dépressives hype, nous offre un trip réaliste de la vie condensé en une soirée vécue par cette fille : droguée (peut-être), en quête (de plaisir), aérienne et hypnotique (comme dans un songe), mais bien mortelle (le tic-tac de Tick Of The Clock). Le disque se termine, « sonnant le glas d’un rêve éveillé et passeport pour renouer avec une triste réalité. »[5] Un message subliminal : jouissons avant de partir.

Image de prévisualisation YouTube

Plaisir coupable : I Want Your Love : Image de prévisualisation YouTube



[1] Je mettrai bientôt en ligne un titre de cosmic-disco sur le blog (ici).

[2] Christophe BASTERRA (2008), Chronique, Magic RPM n° 115 : http://www.magicrpm.com/artistes/chromatics/a-lire/chroniques/night-drive. Je recommande vivement la lecture de cette chronique magnifiquement écrite.

[3] Clovis GOUX (2007/2008), « Dark angel disco club », Technikart n° 118, décembre-janvier, p. 101.

[4] Sébastien RADIGUET (2008), Chronique, Benzine, 12 février : http://www.benzine.net/2008/02/12/chromatics-night-drive/.

[5] C. BASTERRA (2007), op. cit.


Pas de commentaire
Laisser un commentaire



Laisser un commentaire

Environnement TCHAD |
adminactu |
carsplus production |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | RADIO JUSTICE
| LEMOVICE
| Les énergies solaires et éo...