Ce que j’en dis…

La Chanson de la Semaine 40
28 août, 2011, 22:59
Classé dans : Musique & Music

J’ai choisi cette semaine un titre d’un groupe suédois, Studio, qui s’appelle Origin (Shake You Down by the River), sorti sur leur premier album Yearbook 1, en 2007.

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Ça ressemble légèrement à ça, de la cosmic-disco. Le groupe est composé de Dan Lissvik et Rasmus Hägg, et fabrique une musique répétitive et envoutante, moite et interminable ; on est loin de l’ambiance Millenium (la célèbre série littéraire du regretté Stieg Larsson) ! Les références ? Un peu entre Lindström (célèbre DJ norvégien) et The Cure, ça touche à New Order et Moroder, et pas mal de Krautrock boche (Can, Neu). Dans l’entregent des années 2000, Technikart est une lecture quotidienne et quasi exclusive pour moi, alors que je cherche des sons nouveaux pour renouveler mon imaginaire. Tombant sur une chronique peu flatteuse de leur disque West Coast – genre « le mauvais goût sans la naïveté » ou encore « érudition + discipline = aseptisation »[1] –, je décide de braver les interdits du mag’ pour frotter mes oreilles à cette « aventure afrobeat-dub-disco-indie-pop »[2] suédoise. Première écoute : étrange : les titres s’étirent sur de longues minutes, les sons humains sont inexistants (très rares), le rythme est souvent ralenti. Surtout, certaines notes, certains passages agissent comme un mantra, qui revient parfois dans plusieurs titres, comme un rappel que, si on a changé de piste, on est toujours là, léger, le soleil qui tape doucement, un cocktail à la fraise pour rafraichir un front perlé, les jolies filles, tenues estivales, pas farouches, marchant au ralenti comme dans un clip, s’échangeant dans un éclat de rire leurs glaces dégoulinant sur leurs doigts, naïves… Comme si, de leur contrée trop verte, éloignée, et pour tout dire, froidement doux (l’hiver n’est qu’une longue, glaciale et austère nuit), Studio avait voulu s’évader un peu, s’imaginer le temps d’un album sur une plage à Miami ou à Bali. Avec l’hiver qui approche, Studio dans mon lecteur mp3 réchauffe mon sombre esprit dans la belle grisâtre parisienne.


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[1] Clovis GOUX (2007), « Chronique : La Méthode suédoise », Technikart n° 117, novembre, p. 88.

[2] Sur la version anglophone de Wikipédia : http://en.wikipedia.org/wiki/Studio_(band).



La Chanson de la Semaine 39
21 août, 2011, 20:56
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J’ai choisi cette semaine un morceau du rappeur français Teki Latex qui s’intitule Go Go Go, sortie sur son album solo Party de Plaisir en 2007.

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Par où commencer ? Né en 1978 à Paris, Teki fonde le groupe TTC avec son cousin Cuizinier et Tido Berman avec l’ambition de faire un rap plus expérimental que la moyenne. Les collaborations s’enchaînent, les maxis aussi, ils se font notamment remarquer avec un titre en hommage à un vieux feuilleton belge « pour les enfants » diffusé au début des eighties, Léguman, le « super-héros végétal [qui] fait la loi dans le compartiment légume du réfrigérateur » ! Ils sortent trois albums entre 1999 et 2006, très différents les uns des autres, et participent à de nombreux projets, tous plus excitants les uns que les autres (L’Armée des 12, L’Atelier, les tapes Pour les Filles, Qhuit, Omnikron, etc.). En 2003, Teki fonde le label feu Institubes, fermé en 2011. Après de longs mois d’attente, l’album solo de Teki sort enfin, avec un virage pop plus qu’assumé : chaque piste évoque un style bien particulier, avec un penchant déviant pour les eighties, comme le prouve Go Go Go, tube italo-disco 1er degré, juste bon à danser sous des stroboscopes fluos ; Teki y pastiche même Chagrin D’Amour ! Ses influences, il en parle librement : Lio (présente sur l’album, avec Gonzales et Katerine), Duran Duran, Kim Wilde, les Goonies, Cat’s Eyes, Marty Mc Fly, etc[1]. Physiquement : un Larry Kubiak obèse, fluo et bondissant sur scène, à la voix nasillarde lorsqu’il monte dans les aigus, qui multiplie les inimitiés, tantôt insulté d’obèse misogyne trisomique, fruit d’un inceste, tantôt moqué, avec TTC, parce qu’ils se seraient appropriés des textes de Kool Keith ou des Beastie Boys. Personnellement, j’ai commencé à fréquenter musicalement Teki Latex au début du nouveau millénaire. Alors abonné à Groove Magazine, je reçois chaque mois une compil d’une dizaine de titres sélectionnés par le mag’, et sur l’un d’entre eux, le titre Le Hip-Hop C’est Mon Pote du projet L’Atelier. J’ai été scotché par tant d’inventivité, tant du côté des textes (Fuzati, James Delleck) que de la musique (Tacteel, Para One). Dès lors, j’ai écouté frénétiquement tout ce qui touchait de près ou de loin à TTC, de La Caution aux Svinkels, du Klub des 7 à Modeselektor, jusqu’aux clashs avec Donkishot ou Yelle, ainsi que le dernier Dinosaurs With Guns. Le mot de la fin ? « Acajou ».

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[1] TEKI LATEX (2007), interviewé par Louis-Henri De La Rochefoucauld dans l’article « Les Goonies VS Le Muppet Show », Technikart hors-série n° 15, janvier, p. 72.

 

 

 



La Chanson de la Semaine 38
14 août, 2011, 15:15
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J’ai choisi cette semaine une chanson d’une DJ norvégienne répondant au doux prénom d’Annie : Come Together, issue de son premier album Anniemal sorti en 2004.

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Née en 1978, d’un père organiste notamment, l’adolescente Anne Lilia Berge Strand créé un groupe de rock, avant de mixer et de se faire un petit nom sur la scène de Bergen. Un nom et des contacts. Elle commence à travailler avec un producteur local, DJ Erot (Tore Andreas Korknes), qui mourra quelques années après, et sort le single Greatest Hit en 1999 sur un sample du titre Everybody de Madonna. Puis elle mixe pas mal, travaille frénétiquement et surfe sur sa hype underground pour sortir un 1er album pop et acidulé, qui est très bien reçu par le public, un album rempli de « tubes potentiels ou avérés »[1]. A sa sortie en Europe, je suis – j’avoue – tombé sous le charme de cet album rafraichissant, offrant un large éventail de ce que la pop festive peut offrir en 2005. Ses influences sont nombreuses : Kylie Minogue et Madonna, bien sûr, mais aussi les vieux tubes sucrés des années 1980 comme seule la France a pu en produire, ou encore le R’n’B de la belle époque (la fin des nineties). Le genre d’album qu’on écoute sans avoir besoin de réfléchir, un album régressif qui nous envoie danser dans une chambre d’ado, un Malabar dans la bouche, sirotant tranquillement un verre de Banga entre deux copines collégiennes aux seins naissants, sans nostalgie – on est en 1996 ! Bizarrement, c’est un album un peu anachronique aujourd’hui, comme s’il appartenait plus à la fin des années 1990 plutôt qu’aux drôles années 2000 ; un album convivial et inoffensif, sans trop d’arrière-pensées. A la réécoute, on a l’étrange impression qu’il est daté, comme si les vagues électro-pop d’Uffie, d’Alizée, de LaRoux conjuguées à la soul 2.0 des Wino, Duffy, Selah Sue & co avaient ravagé la pop d’Annie. Come Together est un long appel langoureux à la jouissance et ressuscite les plus belles heures de la disco. Annie aime les sucettes Chupa Chups ! Tout y est : la voix sucrée et flottante, les rythmes endiablés, la ligne de basse caractéristique, les effets sonores de l’époque tels qu’on pourrait se croire dans un dessin animé intergalactique des eighties. Depuis, Annie, après avoir remporté une ribambelle de récompenses, a monté son label Totally, puis sorti un deuxième album, Don’t Stop , en 2009 (pas écouté).

 

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[1] Jeff (2005), Chronique, 11 septembre, sur le site Goûte Mes Disques :  http://www.goutemesdisques.com/chroniques/album/anniemal/.

 

 

 



La Chanson de la Semaine 37
7 août, 2011, 16:11
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J’ai choisi cette semaine un titre des Américains de The Chromatics qui s’intitule Healer, 6ème piste de leur album Night Drive, sorti en 2007.

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Après deux albums de punk-noise basé à Seattle, Adam Miller retrouve à Portland son pote Johnny Jewel (de son vrai nom John Padgett), moitié de Glass Candy et surtout co-fondateur (avec Mike Simonetti) d’un nouveau label (Italians Do It Better) axé plutôt sur la disco. Mais attention, il convient d’y ajouter quelques adjectifs : une disco originelle, synthétique, et plus italo que cosmic – une autre mouvance qui n’en finit plus de ressurgir[1]. La chanteuse Ruth Radalet complète le duo, et c’est parti pour un des meilleurs albums que j’ai écouté ! On pourra citer toutes les références probables ou revendiquées (Kraftwerk, The Cure, Kate Bush, John Carpenter, Blondie, New Order, Dario Argento, Giorgio Moroder et Donna Summer), le disque n’est pas une vague resucée de ce qu’on a entendu mille fois déjà, ni même un hommage brillant. En fouillant dans le passé crade et originel de la disco (quête d’hédonisme dans un quotidien sombre comme un stroboscope pété), en élevant le débat qualitatif (les productions sont peaufinées, les sorties, au compte-goutte), en racontant l’errance nocturne d’une nana éventuellement chargée à la recherche de son boy-friend à travers une ville dangereuse et froide (cold), les Chromatics « s’invente[nt] un futur »[2] ; surtout – et c’est un compliment de choix –, ils « ne ressemblent qu’à eux-mêmes […] les Chromatics sonnent comme du Chromatics »[3]. J’ai découvert ce groupe – ça devient une habitude – en lisant cette horrible feuille de choux qu’est Technikart, qui conseillait (et je me joins à eux) également leurs voisins de label Glass Candy et la compilation du label After Dark (2007). Ce qui est intéressant dans cette musique, c’est cet apparent paradoxe, le paradoxe originel de la disco : sous la fête, la danse, les pattes d’éph’ et les paillettes, sous l’individualisme (apparent), il y a des communautés en quête de liberté et d’identité (les gays, les noirs, les freaks, les femmes), la drogue, la misère existentielle et, bientôt, le sida. Par la construction musicale ralentie (le tempo est lent), à la fois chaude (grosse basse – synthétique tout de même) et froide (boîtes à rythmes élémentaires réglées comme un métronome monolithique, claviers datés, synthés 80s)[4], sans oublier la voix de la chanteuse (robotique et mélancolique, paradoxalement so human after all), la musique des Chromatics, loin de jouer les dépressives hype, nous offre un trip réaliste de la vie condensé en une soirée vécue par cette fille : droguée (peut-être), en quête (de plaisir), aérienne et hypnotique (comme dans un songe), mais bien mortelle (le tic-tac de Tick Of The Clock). Le disque se termine, « sonnant le glas d’un rêve éveillé et passeport pour renouer avec une triste réalité. »[5] Un message subliminal : jouissons avant de partir.

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Plaisir coupable : I Want Your Love : Image de prévisualisation YouTube



[1] Je mettrai bientôt en ligne un titre de cosmic-disco sur le blog (ici).

[2] Christophe BASTERRA (2008), Chronique, Magic RPM n° 115 : http://www.magicrpm.com/artistes/chromatics/a-lire/chroniques/night-drive. Je recommande vivement la lecture de cette chronique magnifiquement écrite.

[3] Clovis GOUX (2007/2008), « Dark angel disco club », Technikart n° 118, décembre-janvier, p. 101.

[4] Sébastien RADIGUET (2008), Chronique, Benzine, 12 février : http://www.benzine.net/2008/02/12/chromatics-night-drive/.

[5] C. BASTERRA (2007), op. cit.


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