Ce que j’en dis…

Wauquiez, Chatel : TIG, même combat ? (2)
28 juin, 2011, 14:06
Classé dans : Travail & Emploi

Retour de l’assistance : le RMI

A la fin des eighties, la pauvreté et la misère font rage parmi les travailleurs, la France est mal. Coluche le sent et crée, avec ses Enfoirés, les Restos du cœur en 1985. Michel Rocard, Premier ministre, rétorque en 1988 en instituant le RMI, destiné à lutter contre l’exclusion de manière temporaire. Avec le RMI est remise au goût du jour une logique d’assistance, puisqu’aucune contrepartie n’est exigée ; le RMI est un droit sans contrepartie de devoir. Le « contrat d’insertion que les allocataires devaient signer ne constituait pas une “contrepartie” de l’allocation versée, mais bien […] une obligation faite à la société d’aider la personne en difficulté : « L’insertion sociale et professionnelle […] constitue un impératif national », indiquait ainsi l’article 1 de la loi instituant le RMI. »[1] Ici, l’action sociale de l’Etat prend tout son caractère universel. Le principal risque d’une telle mesure est résumé par l’un des auteurs de la loi, Jean-Michel Belorgey : cette mesure doit échapper à deux violences, celle d’imposer aux allocataires des exigences illégitimes, celle de les abandonner avec une simple prestation de survie.

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Wauquiez, Chatel : TIG, même combat ? (1)
28 juin, 2011, 14:04
Classé dans : Travail & Emploi

  Dans moins d’un an, dans un isoloir, nous nous poserons tous cette question, fatidique et récurrente : putain, mais pour qui on va voter ?[1] Consciencieux et citoyens jusqu’au bout des ongles, nous nous serons penchés, quelques semaines auparavant, sur la propagande officielle des différents candidats. Bien sûr, nous attacherons une importance particulière à l’action du candidat sortant, notre actuel Président de la république, qui, le 27 juin dernier lors d’une conférence de presse, a affirmé son envie d’un 2nd mandat : « Dire qu’on ne pense pas à l’année prochaine, personne n’y croirait. » Parmi l’avalanche de mesures/réformes/polémiques/bourdes réalisées depuis quatre ans, nous pouvons retenir une constante : la recherche de responsables, de coupables, de bouc-émissaires. Et, le moins qu’on puisse dire, c’est que Nicolas Sarkozy et sa bande de fins limiers en ont déniché une ribambelle : les Roms, les musulmans, les jeunes, les socialistes, les LGBT, les « fascistes » de Mediapart, les pauvres, les immigrés, les « terroristes » comme Julien Coupat, les magistrats, les délinquants, les 35h, les fraudeurs, … Dès qu’on a pressé la dernière goutte de polémique, on tape sur une autre catégorie de la population, avec l’arme de la réforme, celle des petites phrases, celle du rejet de l’immobilisme, celle de la plus grande fermeté, etc. !

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La Chanson de la Semaine 34
26 juin, 2011, 16:03
Classé dans : Musique & Music

J’ai choisi cette semaine une chanson qui s’intitule Northern Whale, issue du projet The Good, The Bad & The Queen, sur l’album éponyme, sorti début 2007.

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A l’initiative de Damon Albarn, fondateur du groupe de brit-pop Blur et créateur de Gorillaz, le projet réunit le bassiste des Clash, Paul Simonon, le batteur de Fela Kuti, Tony Allen, le guitariste de The Verve, collaborateur de Gorillaz, Simon Tong, et le producteur touche-à-tout Danger Mouse (moitié de Gnarls Barkley, entre autre) ; alléchant, n’est-ce pas ? Tellement alléchant qu’on peut légitimement se demander si ce genre de projet n’est pas voué à l’échec : l’immense attente créée autour du truc tend à agrandir l’écart entre ce qu’on a sur le papier et ce qu’on a dans les oreilles. Le concept, ambitieux comme le visuel lié à l’album, a de quoi séduire : décrire un Londres populaire, multiculturel, sombre et romantique à travers une musique populaire, multiculturelle, sombre et romantique. Le personnage principal de l’album, évidemment, c’est Londres, « théâtre des illusions contemporaines »[1]. A l’écoute, Albarn a forcément raté son pari, certains titres sont très bons (History Song, Three Changes), d’autres plus faiblards ; surtout, l’album « n’est pas […] mauvais [mais] insignifiant », il « s’oublie vite », quoi[2]. On est loin de l’ambition du projet. J’ai découvert GBQ en feuilletant Technikart, j’ai accroché sur une partie de l’album. Et je suis tombé amoureux de cette chanson, qui raconte l’histoire d’une baleine échouée dans la Tamise qui, malgré les efforts humains pour la sauver, meurt tragiquement. Mélancolique et électronique, fusionnant le classicisme de l’histoire au modernisme de la production, le chant désabusé d’Albarn fait le reste. Londres perdu entre la grandeur révolue de l’Angleterre et la crise globale actuelle. Entre le centre du monde du XIXe siècle et le no’mans land de 132 000 km² perdu dans le village global du XXIe siècle. Nikola Acin, qui s’est entretenu avec Albarn et Simonon, fait cette description de l’album : « un dub urbain aux mélodies de bastringue évoquant un idéal déchu, celui d’un passé qu’on a cru éternel et qui est désormais révolu. »[3]  Image de prévisualisation YouTube



[1] Anne Yven : http://www.music-story.com/the-good-the-bad-the-queen/biographie.[2] Aurelio : http://www.w-fenec.org/rock/good-the-bad-and-the-queen.html

[3] N. ACIN (2007), « Entretien avec GBQ », Technikart hors-série n° 15, janvier, pp. 50-51.



La Chanson de la Semaine 33
19 juin, 2011, 20:31
Classé dans : Musique & Music

J’ai choisi cette semaine un titre de Mark Ronson et son groupe éphémère The Business Intl, Lose It (In The End), issu de son 3ème et dernier album Record Collection, sorti en 2010.

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 Né en 1975 à Londres dans une famille aisée dotée d’un capital culturel important, il côtoie les légendes du rock anglais[1] (Bowie, Warhol), puis celles du hip hop américain lorsque la famille déménage à New York en 1983. DJ précoce (en club ou pour des soirées privées), il devient producteur génial en fondant son propre label Allido Records en 2004, après s’être offert son 1er album Here Comes The Fuzz en 2003. Tout en produisant des artistes aussi différents que Nate Dogg, Amy Winehouse, Robbie Williams, Lily Allen, il sort en 2007 son 2nd album Version, opus de reprises (Radiohead, Britney Spears, Coldplay, Kasabian) à la sauce soul. Non content de trôner sur le royaume de la pop, Ronson enfonce le clou : égérie chez Zadig & Voltaire, militant pour l’association PETA, Anglais le mieux habillé selon GQ. Il se paie même le luxe de ressusciter un Boy George lessivé, grande folle au visage marqué, mais qui conserve une voix majestueuse. J’ai découvert Mark Ronson un soir de semaine, sur le plateau du Grand Journal de Denisot. Ronson, accompagné d’ailleurs de Boy George, y interprétait Somebody To Love Me, titre ingénu aux rythmes inhabituels et au lyrisme vocal puissant. J’ai adoré. A l’écoute de son dernier album, je suis plutôt mitigé, mi-figue mi-raisin. Dans un gloubi-boulga aux accents eighties et caribéens, hip-hop et nerd, on y entend des quasi-hymnes pop (Somebody To Love Me, Lose It), des chansons parfaites pour les publicités (Bang Bang Bang), des morceaux inécoutables (The Colour of Crumar, Missing Words), des clones de Mirwais (Record Collection). Le titre ci-dessous est un concentré d’énergie : Ronson fait montre d’une mélancolie toute londonienne, tant dans le chant que dans la production, mais le tout est dynamité par le rap survitaminé de Ghostface Killah. Inattendu et jouissif.

 

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[1] « Ça m’est déjà arrivé de croiser Springsteen dans la cuisine au beau milieu de la nuit […] », interviewé par Thomas DUCRES, Grand Seigneur n° 1, printemps 2011, p. 22.



La Chanson de la Semaine 32
12 juin, 2011, 13:15
Classé dans : Musique & Music

J’ai choisi cette semaine un morceau de l’excitant projet YAS qui s’intitule Da, présent sur l’album Arabology sorti en 2009. Le projet est la rencontre entre un ex Taxi Girl et une jeune chanteuse, entre un natif de Genève (père afghan, mère italienne) et une jeune libanaise, entre une pop mondialisée (Madonna) et une pop moyen-orientale plus confidentielle, entre un producteur touche-à-tout (Taxi Girl, Production, Uffie) et la femme du cinéaste palestinien Elia Suleiman ; entre Mirwais Ahmadzaï et Yasmine Hamdan.

 

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Quelle est l’idée ? Créer une musique pop exigeante, mondiale et grand public en langue arabe, « [replacer] le monde arabe au centre »[1] de la carte musicale, imposer cette langue au monde pop des années 2000. Attention, pas d’amalgame, ce n’est pas un énième album estampillé « world music » ! Connaissant déjà Mirwais, l’annonce du projet dans les pages de ma feuille de chou préférée m’a mis dans une curiosité en ébullition durant de longs mois. A l’écoute, un Objet Musical Non Identifié. La production allie avec allégresse l’électro-pop moderne et les rythmes plus traditionnels (sans tomber dans le pathos) ; beaucoup d’intro en guitare sèche, plus ou moins pure, pour entrer très vite en modernité (Gamil, Fax, Oloulou). Ce qui frappe le plus, c’est la voix, sensuelle et affranchie, de Yasmine dans cette langue. Première fois qu’on entend l’arabe aller aussi loin dans la jouissance (Coit Me), dans la modernité, dans la pop, avec cette « charge émotionnelle [propre] énorme » – enfin débarrassée de « la vision ultranégative (misère, pauvreté, dictature, fanatisme) et [de] la vision orientaliste, exotique, du XIXe siècle »[2]. C’est vrai qu’à part l’indépendance musicale de Rachid Taha, on a très rarement entendu l’arabe de cette façon : émancipé. Mirwais est clair : « c’est une démarche politique »[3]. J’ai tout de suite adoré cette musique, contemporaine, libérée, mondialisée surtout. L’arabe entre en pop – comme on entre en religion, en somme. Un album envoutant en plein dans son temps : le XXIe siècle. 

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[1] http://fronac.unblog.fr/2009/06/25/yas/

[2] Selon les mots de Mirwais, Ibid.

[3]  http://www.20minutes.fr/article/330393/Culture-YAS-La-langue-arabe-connotee-exotique-c-est-un-peu-vexant.php



La Chanson de la Semaine 31
4 juin, 2011, 21:28
Classé dans : Musique & Music

J’ai choisi cette semaine une chanson de Sébastien Tellier assez peu connue, Ketchup VS Genocide, sortie en 2004 sur l’album Politics. 

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J’ai flashé sur ce titre : une ambiance à la The Cure, dark eighties, une ambiance inquiétante mais potache (le titre !), une voix hautaine mais accrocheuse. Cette chanson, c’est de l’énergie snob. Ce grand dadais barbu et libidineux est né en 1975 et signe sur le label de Air, Record Makers : son premier album, L’Incroyable Vérité, sort en 2001. Il est soutenu par les Versaillais, pour lesquels Tellier fait les premières parties de concert. D’ailleurs, un de ses titres est choisi par Sofia Coppola, proche de Air et Phoenix, pour figurer dans son Lost In Translation. En 2004, il est reconnu par la critique pour une chanson qui devient un succès, La Ritournelle, sept minutes trente-cinq de balade répétitive piano pop. Le site http://musique.fluctuat.net évoque la ressemblance avec Robert Wyatt, pas seulement la barbe, « mais aussi un côté rêveur niché au fond de son regard », et sa musique bien évidemment : « complexe, mélancolique […], nichée entre le jazz et l’ambient »[1]. Il publie ensuite Sessions en 2006, reprises acoustiques de son propre répertoire plus la reprise de La Dolce Vita de Christophe. On peut voir dans cette reprise la filiation parfaite, le lien entre deux générations ayant en commun la recherche d’un au-delà musical. J’ai découvert l’ami Tellier en lisant frénétiquement Technikart, dans l’attente de l’album Sexuality. Celui-ci sort en 2008, chapeauté par la moitié des Daft Punk, Guy-Man, nettement plus électro, proche de l’italo-disco, et puis surtout très sensuel, très charnel, quelque chose de physique, on y entend des râles… Une grande claque hédoniste pour moi ; quelques chefs-d’œuvre, aussi : Roche, Kilometer, L’amour et la violence. Après avoir signé la B.O. du film de son pote Steak, il publie un album de remix de Sexuality, qui revisite ses morceaux à la sauce transe dark, funk house, électro-hip hop candide, ambient zarbi… Presque mieux que l’album, quoique moins érotique. Plus dansant. A choisir.

 

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Plaisir coupable : Roche (Kavinsky Remix) : Image de prévisualisation YouTube

 


[1]http://musique.fluctuat.net/sebastien-tellier.html


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