Ce que j’en dis…

Barack, Marine et les immigrés (3)
5 mai, 2011, 20:34
Classé dans : La Société en question(s)

Les immigrés, par-delà « le bruit et l’odeur »[1] 

Néanmoins, nous sommes loin d’observer la fin de la mutation du FN. Je souhaiterai terminer sur un contre-argument à l’analyse frontiste (mais ils ne sont pas les seuls à développer ce genre de thèse) à propos du rôle des immigrés dans la France contemporaine ; car, rappelons que, « comme autrefois, ce rejet des immigrés fait système avec une xénophobie lancinante qui se glisse dans les habits d’une islamophobie à la mode, voire dans ceux d’une laïcité désormais opportunément brandie comme un rempart contre les forces « d’occupation » des musulmans priant au milieu des rues… »[2] « L’image d’une France assaillie par des hordes de pauvres à peine alphabétisés venant vivre au crochet […] »[3] des Français est omniprésente ; elle est d’ailleurs l’image que véhiculent le FN, et aussi, opportunément ou pas, l’UMP depuis une dizaine d’années au bas mot. Vous ne vous sentez plus chez vous ? Vous observez une réelle invasion migratoire ? Vous être prêts à les remettre dans les bateaux ?

Première idée reçue : les immigrés envahissent la France, et diluent l’identité nationale, en prenant nos emplois et nos femmes. Sauf qu’ils ne sont que 5,3 millions en France en 2008, « 8,4 % de sa population, selon l’OCDE […] nettement moins qu’au Canada (20 %), au Royaume-Uni (11 %), aux Etats-Unis et en Espagne (14 %)… »[4] Un immigré est une personne née étrangère, née à l’étranger et résidant sur le territoire national, ce qui implique que les naturalisés en font partie. Les chiffres de l’INED, qui datent de 2006, montrent 5,1 millions d’immigrés, dont 3,6 d’étrangers, « ce qui signifie que 1,5 millions de ces immigrés sont [donc] de nationalité française ».[5] Les étrangers sont 200 000 par an à entrer sur le territoire (dont « un quart de ressortissants de l’UE à 27 »[6]), contre 300 000 dans les années 1920 ; par ailleurs, 100 000 personnes par an quittent le territoire, il en reste donc 100 000 à accueillir, bien moins que dans la plupart des pays d’Europe[7]. On ne sourit pas aux arguments contradictoires : les immigrés font la chasse aux allocations (chômage, familiale, RSA ex-RMI, etc.), « profitent du système » et, logiquement, plombent l’équilibre de la protection sociale. Deuxième idée reçue. Certes, « les populations immigrées non communautaires sont […] plus souvent bénéficiaires de la protection sociale [hors retraite et santé qui sont les deux premiers postes de dépenses]. [Les] immigrés apparaissent favorisés par rapport aux nationaux. »[8] Toutefois, comme les immigrés sont majoritairement des actifs, d’une part, ils ne coûtent pas en termes de retraite et de santé, d’autre part, ils contribuent à l’effort national (impôts, cotisations sociales, consommation)[9], malgré un taux de chômage élevé (les immigrés sont beaucoup plus exposés au chômage que les nationaux, et ils le sont d’autant plus qu’ils sont plutôt jeunes et peu qualifiés – le taux de chômage des immigrés fluctuant entre 15 et 25 %). En clair, « l’immigration réduit le fardeau fiscal du vieillissement démographique […], et sans cet apport, dans l’hypothèse d’une immigration zéro, le besoin de financement de la protection sociale à l’horizon du siècle passerait de 3 % à environ 5 % du PIB »[10]. Et concernant le chômage ? Les immigrés prennent nos emplois ; logiquement, moins d’immigrés = baisse du chômage, non ? Troisième idée reçue, qui a la vie dure[11]. Les immigrés occupent principalement des emplois peu qualifiés, pénibles, faiblement rémunérés, et précaires dans la restauration, le bâtiment et les travaux publics, également la garde d’enfants et le soin aux personnes âgées, secteurs qui affichent une pénurie de main-d’œuvre (ils sont dits « en tension »)[12] ; si on réduit le nombre d’immigrés et qu’on forme les chômeurs français en rendant ces emplois plus attractifs, ça devrait aller, non ? Le ministre du Travail, Xavier Bertrand, a répété son désir d’aller dans ce sens[13]. Le problème, c’est que non seulement, il n’y a pas d’effet d’éviction entre le travailleur immigré et celui non immigré[14], car les emplois convoités ne sont pas les mêmes, mais, selon Patrick Simon, démographe à l’INED, « il y a des effets rémunérations, des effets compétences et de spécialisation dont il faut tenir compte », et ce genre de politique « comporte de vrais risques, soit d’augmenter encore certaines tensions sur le marché de l’emploi, soit de voir croître le travail au noir, et donc l’immigration illégale »[15]. Avec à la clef une pression à la baisse des salaires et un risque accru pour l’immigré travailleur clandestin. Quand on sait comment sont traités les clandestins en France… Autrement dit, cette politique (réduction de l’immigration, même légale, et formation des chômeurs dans le but de remplacer les immigrés par des nationaux et faire baisser le chômage) est vouée à l’échec. Le fort taux de chômage des immigrés jouerait même en faveur de l’emploi pour les nationaux : « avec […] la crise économique, les immigrés ont joué un rôle d’amortisseur pour l’ensemble du marché du travail, ce qui a permis aux Français d’origine de se maintenir dans une position relativement plus favorable »[16] ; en fait, les immigrés prennent le travail que les Français ne veulent plus et, en cas de crise, sont débauchés avant les nationaux. Merci qui ? En outre, « Depuis le choc pétrolier de 1974, l’immigration professionnelle a […] quasiment disparu en France. »[17] Dernière chose : même si ce n’est qu’à court terme, le déséquilibre (actifs/inactifs) qui menace le financement de la protection sociale est amorti par l’immigration, car elle est principalement active et laborieuse. Voilà pour le côté économique. 

L’intégration à la française… 

Mais un commentaire de l’article de Marie Bellan estime, à juste titre, que les facteurs d’ordres sociaux et culturels ne sont pas encore pris en compte. Nous allons tenter d’apporter une réponse sur ce terrain-là. Les idées reçues concernant l’intégration des populations immigrées sont tenaces : ils ne veulent pas s’intégrer, ils importent des coutumes contraires aux valeurs républicaines (polygamie, excision, mariage forcé), ils nient l’humanité de leurs femmes (le voile, le niqab, la burqa), ils sont barbares (sacrifices de moutons dans leur baignoire lors de l’Aïd), ils sifflent la Marseillaise, ils brûlent des voitures et des drapeaux ! Mais la France est-elle exemplaire en matière d’intégration ? Autrement dit, « les discours universalistes sur l’égalité et la fraternité qui sont censés [fonder l’identité nationale] depuis le siècle des Lumières [sont-ils en train d’être supplantés par] les pratiques racistes et inégalitaires qui caractérisent si fréquemment la société française dans ses rapports avec les immigrés et leurs enfants »[18] ? Le modèle français d’intégration, le fameux « modèle républicain », est basé en effet sur les valeurs de la Révolution (liberté, égalité, fraternité), et repose au final sur la distinction entre les spécificités de l’homme privé et l’universalisme du citoyen, entre le privé, domaine de la liberté de l’individu, et le public, lieu de l’unité de tous les citoyens. Pourquoi existe-t-il un problème d’intégration aujourd’hui ? Ou, pour le dire comme l’historien Michel Winock, pourquoi l’intégration actuelle prend-elle davantage de temps ? On se demande même si les récentes vagues migratoires s’intégreront un jour ! La France était habituée « à accueillir des vagues d’immigrés sans problème. Ça se faisait avec difficulté, pour les Italiens ou les Polonais. Mais tout de même, ça se faisait. Dès la deuxième génération, c’était fini. C’était une immigration européenne, catholique, latine […]. »[19] Autrement dit, l’immigration actuelle, africaine (qui ne représente néanmoins que 43 % des immigrés[20]) est plus lente car elle est, d’un point de vue culturel, foncièrement différente de l’identité française, européenne. Ces populations seraient apparues comme inassimilables[21] ; à mon avis, pas tant pour la raison précédente, mais surtout parce que ces populations cumulent les handicaps (exclusions, homogamie, échec scolaire, chômage, racisme, etc.). D’ailleurs, la question est peu ou prou la même dans les autres pays européens à l’heure actuelle, où nous assistons à une crispation européenne autour d’une certaine idée de la nation et de l’identité, qui engendre la peur et la xénophobie ; cette crispation se traduit dans les urnes ou, du moins, dans les sondages d’opinions. Inassimilables, ces Arabes ? Une étude intéressante a été menée en 2006 par un organisme d’enquête américain[22] qui va à l’encontre de beaucoup d’idées reçues. Encore. On y apprend que les musulmans de France sont plus préoccupés par le chômage que par le déclin de la religion ou l’évolution du rôle des femmes ; d’ailleurs, ils ne se disent « d’abord musulmans » qu’à 46 %, contre 81 % chez les musulmans du Royaume-Uni, et ils sont 42 % à s’estimer « d’abord citoyens français ». « Ironie de l’histoire : les réponses des musulmans français à cette question sont quasiment identiques à celles des… chrétiens américains quand on leur demande s’ils sont d’abord chrétiens ou d’abord citoyens des Etats-Unis. »[23] Les musulmans de France pensent même qu’ils doivent adopter la culture du pays d’accueil dans 78 % des cas. « Les familles d’ouvriers et d’employés d’origine maghrébine souhaitent plus souvent que les familles de même milieu social mais françaises d’origine que leurs enfants suivent des études supérieures »[24]. Alors, qu’est-ce qui bloque ? Quelle est cette absurdité de voir une telle crispation identitaire et de telles inégalités, quand on se trouve en présence d’une immigration pleine de bonne volonté et d’un pays aux valeurs si accueillantes et aux besoins si importants ? Tous les lycéens du secondaire en SES savent (ou devraient savoir) que le travail est l’instance d’intégration principale. Comment s’intègre-t-on lorsque le travail est précaire, lorsqu’on est confronté à des périodes de chômage, voire à des situations de discrimination (à l’école, puis au travail, et dans la vie de tous les jours) ? En 1995, NTM chantait « mais qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ? » tout en volonté de « pisser sur la flamme tricolore, le putain d’étendard du parti des porcs » ; l’heure était à la révolte. En 1998, ils répondaient eux-mêmes à leur question par une auto référence : « mais qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ? Juste d’être un peu plus nombreux, car il y a beaucoup plus de oufs que d’odeurs de bouffe, dans les quartiers de ceux qui souffrent, il y a comme une odeur de souffre » ; l’heure est alors à la survie, peu importe le reste. En 2005, la misère est si importante que les banlieues s’enflamment, sans revendication concrète. Mais tout le monde a compris : les inégalités sont cumulatives. Banlieues + immigration + désuétude institutionnelle + échec scolaire + chômage + ségrégation = émeutes et vote extrême. Les deux faces d’une même pièce. En dépit des aspirations, l’échec scolaire touche en priorité les immigrés et enfants d’immigrés : « parmi les jeunes entrés dans la vie active en 2001, 34 % de celles et de ceux dont un des parents est né au Maghreb étaient sortis de l’école sans diplôme. C’était le cas également de 38 % de ceux dont la famille est originaire d’Afrique subsaharienne. Une proportion plus de deux fois plus importante que chez ceux dont les parents sont nés en France. »[25] Le taux de chômage touche en priorité, on l’a dit, les immigrés, les jeunes, les femmes, les peu qualifiés. Or, les immigrés sont principalement jeunes et non qualifiés ! « En 2003, cinq ans après être entrés dans la vie active en 1998, 21 % des enfants d’immigrés du Maghreb et 19 % des enfants d’immigrés d’Afrique subsaharienne étaient au chômage, contre 10 % des enfants de Français d’origine. Cet écart ne s’explique pas seulement, loin de là, par les différences de niveaux de formation : un titulaire d’un BEP ou d’un CAP d’origine maghrébine arrivé sur le marché du travail en 1998 avait, en 2003, 1,5 fois plus de chances d’être au chômage qu’un jeune français d’origine disposant des mêmes diplômes. »[26] Par ailleurs, selon l’Insee, le taux de pauvreté touche plus profondément les immigrés (30 %) que les Français (10 %). L’intégration à la française a échoué ces quarante dernières années, le constat est unanimement fait par les observateurs, qu’ils soient chercheurs ou politiques. Et les rares exceptions ne doivent pas être l’arbre qui cache la forêt. D’ailleurs, le leurre de 1998 – et son équipe black-blanc-beur – a vécu ; après s’être indigné d’une équipe black-black-black[27], on se demande maintenant si on ne devrait pas fixer des quotas pour limiter les Rebeus et les Renois en équipe de France, au point que les anciens de 98 se déchirent sur cette question, et quelques autres. Pourquoi ces quotas ? Si la FFF reflète le climat qui règne en France, j’ai peur pour l’avenir proche. 2012 approche. Au fait, Zahia, c’est une Rebeu, non ? 

Un article sur le programme économique de Marine ici.

 

Post-scriptum : quelques lyrics du titre « Peines de maures » du groupe La Caution, issu du grand double album Arc-en-ciel pour daltoniens/Peines de maures sorti en 2005 : « Nous sommes Français en freelance, étrangers en puissance./L’inconscient des gens, même de bonne foi, nous voue méfiance./Ce pays est presque le nôtre… Mais seulement presque !/Le temps tout simplement d’un changement de veste !/ [...] Des parents braves, imperméables à la haine, te diront :/Ne cherche jamais la merde… Si elle vient ne t’laisse pas faire !/J’ai passé mon enfance dans un quartier de prolétaires/Où nous étions les seuls arabes, naturellement peu bavards !/ [...] Familles nombreuses considérées comme primitives…/J’décris mes peines de Maures, celles-ci avec minutie/Je suis maure mais pas die, le turban orne mes batailles/Ma parole est d’or, j’n'ai pas d’arme, j’ridiculise porcs et bâtards/J’fais réagir corps et coeurs, accepte mes torts et pleurs/Rien à foutre, rien à foutre que vous me considériez hors des moeurs !/Appelez-moi « indigène », « intégriste », « voyou », « trou d’balle »/Seulement capable de discerner une boule de football !/N’oubliez pas, je suis un énorme paranoïque/Plein de mauvaise volonté, restant Arabe, dommage ! »

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[1] Propos de Jacques Chirac, en 1991 : http://www.youtube.com/watch?v=eERFYd1DuDE.

[2] T. PECH (2011), art. cit.

[3] Laurent JANNEAU, Thierry PECH (2011), « Comptes et légendes de l’immigration », Alternatives Economiques n° 302, mai, p. 62.

[4] Alternatives Economiques n° 301, avril 2011, p. 16.

[5] L. JANNEAU, T. PECH (2011), art. cit., p. 60.

[6] Ibid, p. 61.

[7] Marie BELLAN (2011), « Immigration : quel enjeu pour l’économie française ? », Les Echos, 26 avril : http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/0201312575622.htm.

[8] Ibid. L’auteure cite une étude du CEPII (2010), « Migrations et protection sociale : étude sur les liens et les impacts de court et long terme », Xavier CHOJKICKI, Cécily DEFOORT, Carine DRAPIER, Lionel RAGOT, juillet, disponible ici : http://droit.univ-lille2.fr/uploads/media/Rapport_Drees_EQUIPPE_V3_01.pdf.

[9] C’est le fameux effet multiplicateur de Richard Kahn, repris par son collègue Keynes.

[10] Etude du CEPII (2010), art. cit.

[11] Selon Marie Bellan, Xavier Bertrand, ministre du Travail, s’est même rangé derrière cette vieille idée !

[12] M. BELLAN (2011), art. cit.

[13] Dernièrement, sur le plateau du Grand Journal de Michel Denisot, sur Canal +, dans l’émission du 28 avril 2011.

[14] Toujours le multiplicateur : « une hausse de 1 % de la population active liée à l’immigration augmente le PIB de 1 % », ce qui a un effet positif pour l’emploi, selon une étude de Francesc ORTEGA et Giovanni PERI pour le PNUD : « Rapport mondial sur le développement humain », 2009, cité par L. JANNEAU (2011), art. cit., p. 65.

[15] Cité par M. BELLAN (2011), art. cit.

[16] Didier GELOT, Claude MINNI (2010), Politiques sociales et familiales n° 99, mars, cité par M. BELLAN (2011), art. cit.

[17] Laurent JANNEAU (2011), « Pourquoi l’immigration ne menace pas l’emploi », Alternatives Economiques n° 302, mai, p. 64.

[18] Guillaume DUVAL (2009), « Les immigrés menacent-ils l’ « identité nationale » ? », Alternatives Economiques, article web, 3 novembre, extrait de son livre publié au Seuil en 2009 : Sommes-nous des paresseux ?… et 30 autres questions sur la France et les Français.

[19] Michel WINOCK (2010), Interview par Thierry Keller et Eloïse Nahon, Usbek & Rica n° 2, automne, p. 34.

[20] L. JANNEAU, T. PECH (2011), art. cit., p. 60.

[21] M. WINOCK (2010), art. cit., p. 34. 

[22] Rapport du Pew Research Center (2006), « Muslims in Europe : Economic Worries Top Concerns About Religious and Cultural Identity », accessible ici : http://pewglobal.org/reports/display.php?ReportID=254, cité par G. DUVAL (2009), art. cit. Le paragraphe qui suit reprend les grands axes de cette étude. 

[23] G. DUVAL (2009), art. cit.

[24] Ibid.

[25] G. DUVAL (2009), art. cit. L’auteur cite plusieurs études. Yaël BRINBAUM et Annick KIEFFER (2005), « D’une génération à l’autre, les aspirations éducatives des familles immigrées : ambition et persévérance », Education et Formations n° 72, septembre, disponible ici : http://media.education.gouv.fr/file/90/3/1903.pdf. Roxane SILBERMAN, Irène FOURNIER (2006), « Jeunes issus de l’immigration : une pénalité à l’embauche qui perdure », Bref n° 226, janvier, CEREQ, disponible ici : www.cereq.fr/pdf/b226.pdf. Eric CEDIEY, Fabrice FORONI, « Les discriminations a raison de « l’origine » dans les embauches en France », BIT, disponible ici : www.ilo.org/public/french/bureau/inf/download/discrim_france.pdf.

[26] G. DUVAL (2011), art. cit.

[27] Propos du philosophe Alain Finkielkraut, qui blaguait en 2008 sur la couleur de peau des joueurs de l’EDF.


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