Ce que j’en dis…

Barack, Marine et les immigrés (2)
5 mai, 2011, 17:04
Classé dans : La Société en question(s)

Le Front de Marine 

En effet, le discours du new FN est frappant : le nouveau visage ne semble pas avoir subi qu’un simple lifting, destiné à séduire, tromper pour quelques temps, mais un énorme ravalement de façade, avec botox, implants mammaires, remodelage des joues et du menton, affinement du nez, liposucion, pose d’un anneau gastrique, silicone fessier, « customisation » du sexe féminin, et respectable relooking… Voyons cela d’un peu plus près. Tout d’abord, notons que le refus de l’immigration, de la mondialisation, de l’Europe, accolé logiquement à une défense de la souveraineté nationale restent de vigueur. A ce titre, la défense d’un fort protectionnisme est cohérente : la fermeture des « frontières commerciales par l’instauration de droits de douanes élevés au niveau de la France et pas de l’Europe, une fiscalité incitative à la relocalisation de la production et des emplois, la lutte contre le « coût » de l’immigration, […] le choix de sortir de la zone euro [et] l’établissement d’un « ministère des Souverainetés ». »[1]

Fidèle à son père mais pas à sa méthode, Marine Le Pen souhaite donc sortir de l’euro de manière concertée ou pas, en utilisant l’arme de la dévaluation compétitive, aux risques d’une inflation galopante et non maîtrisée, des « actions de rétorsion commerciale » des autres pays, d’une hausse des taux d’intérêts, etc[2]. Concernant l’arme fiscale en particulier, Marine Le Pen souhaite transformer cet « impôt sur les sociétés, dont le taux serait modulé en fonction de l’utilisation que les entreprises font de leurs bénéfices : élevé si elles les consacrent à leurs actionnaires, plus faible si elles les orientent au contraire vers les salariés, l’emploi ou l’investissement productif. »[3] Ainsi, comme le souligne le conseiller économique du Front cité précédemment : « […] Marine Le Pen est dirigiste, dans le sens colbertiste du terme. C’est-à-dire qu’elle n’est pas contre un Etat fort »[4]. Bien au contraire. La défense d’un Etat fort rend cohérent, logique, équilibré et intelligible le discours du parti, alors que celui-ci paraissait bidouillé, arrangé de rustines disparates et parfois contradictoires. Marine Le Pen prône ainsi, « face à la hausse des prix de l’énergie, […] une nationalisation des entreprises « stratégiques » de l’énergie et des transports, voire de certaines banques »[5] ; une retraite à 60 ans[6] ; le statu quo concernant les 35h[7] ; « la fin des réductions d’effectifs [des fonctionnaires, ainsi que] des hausses de salaires »[8] ; la fin de « la libéralisation des services publics pour les remettre dans les mains de l’Etat »[9] ; « combattre l’injustice fiscale qui touche les classes moyennes et surtaxer les profits des compagnies pétrolières »[10], voire les nationaliser. Dans la logique du refus de « l’immigration de masse », le new FN souhaite également « supprimer les allocations familiales pour les étrangers [tout en majorant] de 35 % leurs cotisations maladie et chômage [pour renchérir] le coût du travail des immigrés, dissuadant les employeurs de les embaucher et encourageant ceux qui pratiquent le travail clandestin à persévérer […]. »[11] A l’heure du renouveau de la lutte féministe[12], notamment sur le plan du travail, le FN persiste à considérer la femme comme un pis-aller en la renvoyant à son foyer par le biais d’une prime pour la natalité, nécessairement bienvenue en temps de crise. Quid d’une quelconque mesure environnementale ? 

National-socialisme ? 

La mutation du FN montre clairement un changement de paradigme qui n’est évidemment pas conjoncturel. Le recentrage qu’opère le FN vers le social, tout en maintenant ses problématiques nationalistes, font dangereusement penser à un autre national-socialism, dont les succès électoraux coïncidaient avec une très grave crise économique. Toute ressemblance avec des évènements existants ou ayant existé n’est que fortuite ? « Revendiquant sa normalisation et surfant sur les dégâts de la crise, le FN renoue en effet paradoxalement avec le mélange de sollicitude sociale et d’exclusions agressives qui avait fait le succès des nationalismes de l’entre-deux-guerres. »[13] Isaac Johsua : « le FN, loin de prendre ses distances avec l’idéal fasciste, s’en rapproche au contraire et trouve ses véritables bases. N’oublions pas que le parti nazi allemand s’appelait « national-socialiste ». Ramassée en deux mots accolés, nous avons ici l’articulation contradictoire qui forme le fascisme [qui] a deux ennemis, et c’est le combat sur ces deux fronts qui en fait l’originalité. D’un côté, l’ennemi c’est le capitaliste, sous la forme du riche, du manipulateur d’argent, du spéculateur ; de l’autre côté, l’ennemi c’est l’autre travailleur, avec qui on est en situation de concurrence directe, pour l’emploi, le salaire, le logement, les allocs, etc. Il est frappant de constater que nous sommes ainsi confrontés aux deux dimensions constitutives du prolétaire : opposé à la bourgeoisie, mais aussi aux autres travailleurs, avec qui il est en situation de concurrence perpétuelle, cette seconde opposition prenant la forme du racisme ou de la xénophobie. […] Le public fasciste est celui des « petites gens », qui demandent qu’on les protège, d’un côté des « gros » (et de leurs connivences) et de l’autre, de ceux qui sont encore plus démunis qu’eux et peuvent, de ce fait même, les menacer. N’est-il pas intéressant de relever que c’est sur ces deux dimensions que s’ouvre et se ferme le Manifeste du parti communiste, de Marx et d’Engels ? Il débute par la formule bien connue : « L’histoire de l’humanité jusqu’à nos jours est l’histoire de la lutte des classes », désignant d’entrée de jeu l’ennemi, c’est-à-dire un système d’exploitation et la classe qui en tire profit. Mais le même Manifeste se clôt en nous disant, au contraire, qui n’est pas l’ennemi, en lançant l’appel : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! ». Cela explique pourquoi le vote populaire de rejet de la politique suivie en commun par la droit et la gauche auquel nous assistons est un vote d’extrême droite et non d’extrême gauche. En effet, s’il s’agit d’exprimer une radicalisation, une colère, le refus d’une politique au service des riches, pourquoi voter FN plutôt que révolutionnaire ? C’est que le vote FN vise deux ennemis, alors que le vote révolutionnaire appelle à la solidarité des travailleurs de tous pays. Un tel vote révolutionnaire a surtout un sens quand nous sommes dans une phase montante de la lutte des classes, quand les travailleurs ont l’impression qu’on peut « sortir par le haut », en s’y mettant « tous ensemble ». Il perd de son sens, au contraire, quand nous sommes dans une phase de reflux, même temporaire : le grand mouvement sur les retraites s’est quand même terminé sur un échec et le vote FN est un vote de défaite. »[14] Le combat sur ces deux fronts, ces deux ennemis, que mène le fascisme se renforce évidemment en temps de crise, c’est-à-dire quand le nombre de concurrents pauvres s’accroît et que la situation des capitalistes devient indécente car visible. Imaginez Marine cavaler derrière vous comme elle galope dans les sondages et (relativement) dans les urnes ; ça fait peur ? 

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La fin ici.


[1] Christian CHAVAGNEUX (2011), « Le retour du national-socialisme », sur son blog : http://alternatives-economiques.fr/blogs/chavagneux/2011/04/07/le-retour-du-national-socialisme/, le 7 avril. Ce texte est aussi l’éditorial de la revue L’Economie Politique n° 50, avril 2011, p. 5. L’auteur s’appuie notamment sur une interview de Marine Le Pen donnée à la Revue Parlementaire, réalisée entre les deux tours des dernières cantonales par Antoine de Font-Réaulx : http://www.larevueparlementaire.fr/pages/RP-934/RP934-entretien-lepen.htm

[2] T. PECH (2011), art. cit., p. 43. 

[3] Ibid.

[4] J. LEFILLIATRE (2011), art. cit.

[5] N. SCHUK (2011), art. cit.

[6] Ibid. Néanmoins, Isaac Johsua note que, sur cette question des retraites, le FN a largement tergiversé avant d’adapter son discours à la conjoncture du moment.

[7] J. LEFILLIATRE (2011), art. cit.

[8] N. SCHUK (2011), art. cit.

[9] C. CHAVAGNEUX (2011), art. cit.

[10] Ibid.

[11] T. PECH (2011), art. cit., p. 43. 

[12] Voir par exemple les textes de Virginie Despentes.

[13] T. PECH (2011), art. cit., p. 42. 

[14] I. JOHSUA (2011), art. cit.


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