Ce que j’en dis…

Censure sur Wikipedia (2nd degré)
31 janvier, 2011, 15:00
Classé dans : La Société en question(s)

Je voudrais discuter d’un détail qui me gêne, un petit caillou insupportable dans la chaussure. Je n’y connais pas grand-chose à l’informatique, mais, pour certaines raisons qui font de moi un grand fan de la série The Soprano (« grand » est un tout petit mot !), j’ai voulu apporter ma minuscule contribution à l’encyclopédie en ligne Wikipedia. Pour les profanes, la série a été créée en 1999 par David Chase sur la chaîne câblée américaine HBO et traite des déboires psychologiques d’un chef mafieux du New Jersey. Elle a duré six saisons et demi et s’est arrêtée en 2007 sur un final qui met encore les fans en ébullition. Cette série a été unanimement saluée par la critique comme l’un – sinon LE – meilleur show télé de tous les temps, révolutionnant le format, bref, riche en qualificatifs.

Censure sur Wikipedia (2nd degré) dans La Société en question(s) cigarcvr

J’aurais d’ailleurs l’occasion d’écrire prochainement sur cette série que je qualifie avec la plus mauvaise foi subjective possible de « meilleure du monde ». On plonge ainsi dans la psyché de Cosa Nostra aux Etats-Unis au début d’un nouveau millénaire, et on y croise les plus inquiétantes gueules du cinéma italo-américain dans un réalisme si troublant qu’il fait s’interroger certains hommes du milieu (des vrais) sur les méthodes d’enquête des scénaristes ! Lors de la quatrième saison, qui emmène la série sur des sentiers plus sombres, interrogeant plus en profondeur l’existentielle question de la mort, le personnage incarné par Joe Pantoliano, Ralph Cifaretto, se montre de plus en plus irascible et incontrôlable – mais business is business, Tony Soprano continue son association avec lui ! Ah oui, au fait, selon la formule consacrée : « ce qui suit dévoile des moments clés de l’intrigue ». Alors, pour les profanes qui n’ont pas encore eu la chance de visionner la série, vous pouvez vous reporter sur La Chanson de la Semaine ! C’est bon, les retardataires sont partis ? On peut y aller ? Bon. Dans l’épisode 9 de cette quatrième saison, qui s’intitule « On achève bien les hommes », Tony Soprano, après avoir appris la terrible nouvelle de la mort de son cheval Pie-O-My, qu’il a acheté avec Ralph Cifaretto, débarque chez celui-ci pour le prévenir. Avec tout de même un soupçon ; en effet, Ralph doit faire face à des soucis de liquidités, et l’assurance du cheval représente plus que des cacahuètes. A l’issue de leur rencontre, une bagarre fait rage et Tony finit par tuer Ralph. Qui était un capitaine. Pour garder le secret de cet acte meurtrier, Tony appelle son neveu Christopher Moltisanti pour nettoyer la maison et faire disparaître le corps. Là, je vais nous octroyer une petite pause, pour évoquer un vieux film de geeks des années 1980, dont tous les enfants de cette époque se souviennent, The Goonies en 1985. L’histoire ? Un groupe de jeunes adolescents très imaginatifs décident de faire une dernière virée dans « leur » baraque abandonnée, condamnée aux pelleteuses, pour tenter de découvrir le trésor d’un vieux pirate mythique. Pour pimenter le truc, des criminels idiots ont la même idée, mais pour d’autres raisons. Le film est une variation sur le thème du pouvoir de l’imagination et l’innocence des enfants. L’acteur Joe Pantoliano joue Francis Fratelli, l’un des gangsters imbéciles du long-métrage de Richard Donner, qui ne cesse de se disputer avec Jack Fratelli. Les deux frères sont assez immatures et obéissent à leur terrifiante mère Ma Fratelli. A un moment, les deux frangins interrogent un Goonie, l’un des garçons ; soudain, des chauves-souris sortent brusquement de la cheminée. C’est à cet instant (59’) où Joe Pantoliano hurle « Planquez vos cheveux » et retire sa perruque dans un geste hilarant et surprenant.

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Retour aux Soprano. (Ça va, vous me suivez ?). Dans l’épisode, Christopher et Tony déplacent alors le corps de Ralph dans la salle de bain pour le découper ; c’est plus pratique à transporter. Au moment où Christopher attrape la chevelure du macchabée pour lui couper la tête (38’), le toupet de celui-ci lui reste dans les mains, laissant apparaître aux spectateurs hilares un Ralph complètement chauve, faisant instinctivement reculer Christopher dans un petit cri de surprise plus que d’horreur.

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Coïncidence ? Je n’en suis pas si sûr. Tout au long de la série, les références à la culture populaire sont présentes, qu’il s’agisse des œuvres mafieuses (Le Parrain, mais surtout Les Affranchis), ou d’œuvres plus traditionnelles. Il est probable que la scène dans laquelle Ralph est assassiné par Tony soit une référence aux Goonies. C’est pourquoi j’ai, dans un élan de générosité, souhaité partager cette intéressante remarque avec le monde entier (soyons mégalo !). J’ai donc ajouté un court interlude dans l’article « Les Soprano » sur Wikipedia France afin de signaler la troublante coïncidence, dans lequel, il me semble, j’ai suffisamment cité mes sources et fait preuve de prudence dans les termes employés (« probable », conditionnel). Las, mon texte a été supprimé, à plusieurs reprises. Pourquoi ? Je ne sais. Aucune explication. Ai-je fait une erreur de forme ? Est-ce que le mot « frères » est mal orthographié ? Est-ce qu’il faut être sûr de ce qu’on écrit ? C’est absurde. Les grossières erreurs qu’on peut lire dans cette « encyclopédie de la banalité », du ras-des-pâquerettes sont parfois bien plus énormes et dangereuses que les éventuelles erreurs de mon court texte. Alors, comment ça marche ? Sont-ce des apparatchiks dictatoriaux qui décident quoi publier et quoi censurer ? Des nerds mégalos qui auraient fait une lecture trop personnelle de 1984 d’Orwell ? Des internautes tyranniques qui tirent leur pouvoir d’une précaire liaison virtuelle avec le reste du monde ? Ou tout ça à la fois, saupoudrés d’un sérieux complexe de la vie réelle ? Tellement opprimés dans leur vie de merde qu’ils endossent avec plaisir le costume tâché de l’officier SS ? Dîtes, ça gratte pas un peu ? On trouve des articles très bien fait sur Wikipedia, écrits à plusieurs mains sans doute, mais qui respirent la passion et la rigueur. Celui des Soprano, certes pas parfait, est d’ailleurs intéressant et annoté, renseigné, fouillé. Mais le contrôle de tous par tous (si l’on peut qualifier ce contrôle ainsi) conduit à des dérives incompréhensibles : lorsqu’on lit la page « Attentats du 11 septembre 2001 », on tombe sur des phrases ou des paragraphes qui peuvent prêter à (très vive) controverse. Mais on laisse faire. Pourquoi mon court paragraphe, si peu important, n’est-il pas juste annoté d’un « référence incomplète ou nécessaire » ? Mystère. Chers lecteurs, on peut donc toujours gloser sur cette putain de démocratie Internet ; et mon histoire, si mesquine peut-elle être à côté des évènements en Tunisie ou en Egypte, reste une illustration absurde de ce que Tocqueville a dénommé la « tyrannie de la majorité », doublé d’un exemple de l’opacité et de la terrible censure qui règnent sur Internet aujourd’hui. 


2 commentaires
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  1. eultreia1

     » Ce que j’en dis et Wikipédia  » !
    Est centuré tout ce qui a une connotation personnelle et le rapprochement entre deux séries ou deux films est subjectif ! au panier !
    Tous les qualificatifs d’appéciation sont corrigés ou effacés ! A plus forte raison dans votre cas, où votre démarche elle-même est subjective, personnelle !
    Faites comme moi, ne versez plus votre aide financière annuelle !
    Je crois qu’ils n’ont pas d’autres moyens pour éviter les cabales, de tourner en rond, ou les sujets  » à l’infini ».
    Il nous reste les blogs et la plume pour exprimer nos imprécions, et nos sentiments.
    Les faits, toujours les faits, rien que les faits!
    eultreia1
    Bien cordialement

  2. reflexionsdactualite

    Cher eultreia 1,

    Tout d’abord, un grand merci pour votre commentaire qui me rassure sur ce monde qui devient fou (le monde virtuel, en tout cas). Je savais bien (lu dans la revue Books, je crois) que Wikipedia s’en tenait aux faits, toujours les faits, rien que les faits ; tiens, ça me rappelle la fausse série policière des 50s, dans le film L.A. Confidential (je n’ai pas lu le livre d’Elroy) ! Pour paraphraser Bernard Gazier à propos de la crise de 1929 (coll. que sais-je ?) : la thèse de Wikipedia n’a donc guère de limites à poser quant à ses prescriptions anti encyclopédiques, ce qui fait converger de manière provocante le doctrinal et l’arbitraire.
    Chaleureusement



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