Ce que j’en dis…

Football et jeu défensif
19 juin, 2010, 14:18
Classé dans : Sport

Une petite réflexion concernant le mondial africain, à mille lieux des polémiques sur l’équipe de France, sur Anelka et Domenech, ou encore sur le brouhaha inaudible qui sort de ces trompettes sud-africaines ; non, une petite réflexion sur le jeu. Ayant regardé une bonne partie des premiers matchs de Coupe du Monde, et suivant en direct l’intéressant (à priori) Pays-Bas/Japon, j’ai pu observer une constante. En effet, et ça s’inscrit sûrement dans le processus de professionnalisation et d’uniformisation du football depuis vingt ans, il semble que les grosses équipes, les équipes traditionnellement et historiquement puissantes (comme l’Allemagne, les Pays-Bas, le Brésil, l’Argentine, l’Italie, l’Angleterre) aient du mal.

En témoignent leurs résultats respectifs, et l’exemplaire Espagne/Suisse (0/1). Ces équipes dominent, et parfois indiscutablement, leur adversaire qui, souvent, défende en jouant à neuf derrière, avec une rigueur défensive digne du catenaccio italien d’il y a trente ans. Premièrement, ces équipes défendent bien, collectivement, avec parfois un ou deux joueurs destinés à enrayer le jeu de certains magiciens (Messi, Robinho, etc.), et deuxièmement, lorsqu’elles contre-attaquent, elles le font intelligemment, avec plus ou moins de réussite. Parfois, ça craque, comme la Corée du Nord face au Brésil (1/2), d’autres fois, ça passe avec un partage des points bienvenus, comme les deux matchs de l’Angleterre, ou l’Italie face au Paraguay (1/1), mais ça fonctionne aussi, comme la Serbie contre l’Allemagne (1/0) et la Suisse contre l’Espagne, qu’on a déjà cité. Cet état de fait montre deux choses. D’une, qu’il y a moins de « petite équipe », c’est-à-dire qu’on assiste à une réduction des grandes disparités entre nations, principalement du fait de la libéralisation du marché des transferts et de l’expansion mondiale de ce jeu ; en effet, les bons joueurs sont recrutés par les grands clubs, et ce, peu importe leur nationalité[1]. De deux, que le précepte « un point pris laborieusement est mieux qu’une défaite avec du jeu » est retenu par toutes les équipes aujourd’hui. Me reviennent alors à l’esprit toutes ces phrases stéréotypées prononcées par des joueurs de Ligue 1 qui montrent paradoxalement l’état d’esprit d’un sport « bridé » par les enjeux financiers : « on a bien défendu », « on a pris un bon point devant une équipe talentueuse », « l’important, c’est de ne pas avoir pris de but », etc. Néanmoins, une équipe qui ne fait que des matchs nuls sans prendre de but pourra fanfaronner au titre de « meilleure défense », mais que vaudra-t-elle vraiment ? Le précepte énoncé précédemment offre un jeu malheureusement moins spectaculaire que le jeu proposé, par exemple, lors des matchs Slovénie/Etats-Unis (2/2) ou Honduras/Chili (0/1). Et lorsqu’on sait que le football est aussi un spectacle, ce jeu proposé, pauvre en actions de but et en spectacle, va à l’encontre de ce sport ; il en est le pendant négatif. C’est aussi pour le spectacle que certains entraineurs prestigieux (les tacticiens italiens, Reynald Denoueix, Cruyff) refusent ce non-jeu, refusent de ne pas « jouer » pour offrir un spectacle. Je sais que ce billet peut susciter de farouches oppositions, et je suis moi-même partagé sur ce débat : ne vaut-il mieux pas fermer son jeu face à une équipe talentueuse pour espérer prendre un point – voire mieux ? – et jouer face à une équipe de moindre importance, ou proposer un jeu offensif, séduisant, avec du mouvement, bref spectaculaire, mais risquer de rentrer à la maison, certes avec la fierté du jeu proposé, après trois défaites et donc zéro point pris sur neuf ? La question posée ici est en fait celle du risque, et donc de la mort : comme le football, c’est la vie, fermer son jeu et ne pas prendre de risque ne signifie-t-il pas renoncer à la vie, refuser le sel de la vie ? « Ne pas prendre de but », n’est-ce pas refuser la vie par peur de la mort – la défaite ? Au fait, les Pays-Bas ont laborieusement vaincu le Japon 1/0.



[1] Ça montre aussi, et là, c’est moins positif, que le phénomène de convergence des niveaux et des styles de jeu au niveau des nations est la conséquence d’une divergence croissante de niveau de jeu – mais pas des styles au contraire ! – entre petits et grands clubs, en général, les plus riches.


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