Ce que j’en dis…

La Notion D’Image… Brièvement
2 février, 2010, 21:25
Classé dans : Identité & Image

Après maintes réflexions à propos de plusieurs questions, aussi disparates les unes que les autres, quoique ne manquant pas d’intérêt, je m’empresse de revenir, comme promis, à l’une des mes premières questions, qui concerne l’identité et l’image.

Selon le Dictionnaire historique de la langue française[1], le mot « image » est une réfection (v. 1160) de la forme imagine, imagene (v. 1050), qui est un emprunt au latin imaginem, accusatif de imago « image » puis « représentation », « portrait », « fantôme » et « apparence » par opposition à la réalité, également terme de rhétorique comme figura. Imago suppose un radical im-, d’origine obscure qui serait à la base du verbe imitari (→ imiter).

Le Dictionnaire fait également référence au sens latin de « statue », puis, par extension, d’une vision au cours d’un rêve ; ces définitions font allusion à l’immobilité de l’image par rapport à l’être représenté. Le mot s’emploie aussi pour désigner ce qui reproduit ou imite quelque chose ou quelqu’un. Enfin, l’ancien français (1180) désigne l’image par la « reproduction inversée qu’une surface polie donne d’un objet qui s’y réfléchit ». Abstraitement, le mot entre comme en latin dans le vocabulaire de la rhétorique (1265) : le mot se réfère à l’évocation dans le discours d’une réalité différente de celle à laquelle renvoie le sens propre du texte, mais qui reste liée à elle par une relation d’analogie.

Ainsi, la simple définition de l’image, que donne avec précision le Dictionnaire historique, montre avec éloquence que, malgré le fait que l’image reste éternellement liée à ce qu’elle représente, elle n’en demeure pas moins très différente de cet objet. L’image d’un objet est donc biaisée, imparfaite, immobile par rapport à celui-ci, et cela, quel que soit l’objet représenté. On pense évidemment, à la définition du mot, à la notion de photographie, fixation d’un moment, mouvement, réalité figés, et au final, représentation biaisée de cette réalité.

Après avoir éclairci les notions d’ « identité » et d’ « image », il est intéressant, à nouveau, de noter que la condition émise par Bret Eston Ellis pour donner cette interview – poser pour des photos de mode – contredit les propos de l’écrivain sur la « version fantasmagorique de soi » et la beauté d’un être lorsqu’il possède « la capacité […] à être vrai ». Si l’on suit sa réflexion jusqu’au bout, nous nous rendons compte qu’alors, il ne se trouve pas sexy, puisqu’il utilise une version fantasmagorique de lui-même – par l’intermédiaire des photos –, même si ces clichés peuvent révéler quelque chose de l’écrivain. Ces images sont immobiles, imparfaites, biaisées. D’autant plus aujourd’hui avec Photoshop !

J’aimerai enfin revenir brièvement sur cette maxime, que Nietzsche attribue à Pindare : « Deviens ce que tu es ».

Apparemment, la formule est contradictoire : le verbe « devenir » annonce un changement alors que le verbe « être » signe une persistance. Le paradoxe de cette formule réside en fait dans l’incomplétude de l’injonction que l’homme doit accomplir, l’éternel recommencement de cette tâche introspective. La maxime du poète lyrique grec évoque le recul nécessaire et laborieux qu’il faut avoir sur soi-même pour s’extraire du monde et s’y regarder ; elle évoque aussi la complexité de la notion d’identité, que Vincent de Gaulejac a brillamment décrit[2].



[1] REY A. (dir.), 2006. 

[2] Voir mon article : « La notion d’identité d’un point de vue sociologique ». Voir aussi GAULEJAC V. de (2009), Qui est « je » ?, Paris, Seuil. 


4 commentaires
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  1. Cécilia

    Je ne comprends pas ton explication de cette sentence de Nietzsche, qui pourtant m’intéresse fort !

  2. reflexionsdactualite

    Sous l’influence de la sociologie clinique (V. de Gaulejac), je suis porté à interpréter la phrase que Nietzsche attribue à Pindare de la manière suivante :
    L’identité est en partie assignée à l’individu qui la porte : celui-ci « est » quelqu’un par le biais d’éléments extérieurs (nationalité, sexe, patronyme, etc.). Le verbe « devenir » de la formule apparaît contradictoire avec l’état de l’être ; et puis, comment devenir celui que nous sommes (sous-entendu : « déjà ») ? En fait, le sujet advient quand il prend la liberté de mener son existence (d’où : l’existentialisme), quand il parvient à s’extraire du monde, à user du dernier stade de sa conscience pour devenir libre, action complexe et compliquée. C’est la phrase de Sartre : « Nous n’avons jamais été aussi libres que sous l’Occupation allemande. »
    Mais il faut garder à l’esprit qu’un individu n’est jamais « fini », que son identité est toujours en construction, en recomposition, d’où ma proposition : « incomplétude de l’injonction que l’homme doit accomplir, éternel recommencement de cette tâche introspective ». C’est le sens des allers-retours réflexifs entre intériorité (ressort psychologique) et extériorité (ressort social), un peu comme dans l’ouvrage d’Hélène Weber « Du Ketchup dans les veines » lorsqu’elle parle de « correspondances psycho-organisationnelles ».
    Vincent de Gaulejac a une belle phrase pour résumer la difficulté de comprendre les rapports entre individus et société : « La société construit des individus [importance des structures sociales : nous naissons dans un monde déjà là, qui nous détermine] qui construisent la société [l'être humain porte en lui la formidable capacité à "devenir" ce qu'il est et, ce faisant, à transformer les structures dans lesquelles il est né].

  3. Cécilia

    Merci !
    Je comprends mieux et pour le coup je suis d’accord. J’ai volontairement tu mon interprétation de cette maxime pour d’abord comprendre ta pensée.
    Enfin, on est, et on naît ! pas un jour seulement. On naît à soi-même tout au long de notre vie (si on accepte de constater nos évolutions). Et lorsque l’on se libère de nos chaînes (psychologiques), on devient ce que l’on est intrinsèquement.

  4. reflexionsdactualite

    Exactement ! Et de nos chaînes sociales, car, je ne le répéterai jamais assez, nous naissons dans des structures qui nous déterminent ! Il faut que tu regardes une vidéo qui résume la pensée de l’économiste Frédéric Lordon, qui est très bien faite sur la question de l’angle alpha. Je suis certain que ça va te poser question !



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