Ce que j’en dis…

Chirurgie Plastique & Image
2 février, 2010, 21:28
Classé dans : Identité & Image

Souvenons-nous des réflexions que j’ai eues à propos de l’identité et de l’image, questions très importantes dans nos sociétés individualistes. J’ai lu un article terrible issu du Courrier International, dans le Direct Matin[1], qui concernait la chirurgie esthétique du sexe féminin à des fins « purement plastiques ». La journaliste évoque la tendance grandissante dans les pays riches selon laquelle de plus en plus de femmes souhaitent subir une opération de chirurgie esthétique sans indication thérapeutique ou réparatrice (mutilations sexuelles, reconstruction d’hymen, déformation de l’appareil génital suite à un accouchement).

L’article donne l’exemple d’une femme « dans la fleur de l’âge » dont le mari souhaite lui offrir l’opération ; à la question médicale de connaître les motivations de la dame, celle-ci de répondre, en présentant une revue de charme, « Je veux ça ! »… Le médecin genevois qui a rencontré cette situation, le chirurgien Gabor Varadi, dénonce « la banalisation de la pornographie » (malgré le fait qu’il « assume son choix » ; il parle de « customisation » !) quand la gynécologue britannique Sarah Creighton incrimine « le modèle pré-pubère [des] publicités ». La journaliste ajoute que les risques sont réels et importants, en sus des dangers courant sur la sensibilité érotique des petites lèvres refaites : Anne-Thérèse Vlastos, chirurgienne de Genève, parle de « mutilation incompréhensible ». Le docteur Varadi explique sa réaction lorsqu’il a découvert le modèle de sexe de la revue de charme brandie par la dame de tout à l’heure : « C’était un sexe irréel, avec des grandes lèvres aérodynamiques et très aplaties, un pur produit de Photoshop ! » ; il parle alors de « modèles impossibles ».

 On le voit, les questions d’identité et d’image de soi est prégnante ici. Quelle image donne la société des femmes ? Quelle image ont les femmes d’elles-mêmes ? Quel est le degré d’implication qu’a la publicité sur l’image des femmes ? Quels sont les risques courus pour les femmes, pour la jeunesse, et, in fine, pour nos sociétés modernes ? 

Dans les années 1990, la pornographie a joué un rôle majeur dans la glamourisation de la publicité en l’investissant de toutes parts. On a alors parlé de porno chic pour désigner ces pubs abondamment fournies en érotisation crue et provocation sexuelle (le domaine du luxe a fortement usé de l’imagerie pornographique pour créer ou recréer son image). Parallèlement à ce phénomène s’est développée une certaine image de la femme, jeune, belle, sexy et irrationnellement parfaite (outre le fait que les femmes sont souvent montrées de manière machiste). Le marché de la jeunesse s’est alors considérablement étendu[2]. Cette image d’une femme irréelle est devenue un modèle, un idéal, amplement véhiculé par les magazines de mode et la publicité, phénomène que Frédéric Beigbeder nomme ironiquement le « fashisme ». Aujourd’hui, ce phénomène s’étend de manière dangereuse au corps, comme le montre Benjamin Barber ; la journaliste Anna Lietti montre finalement une tendance qui s’était déjà développée à d’autres parties du corps humain. « Contrairement aux seins, aux lèvres, aux fesses, ce territoire du corps avait jusqu’ici échappé au jugement esthétique. Un sexe féminin, c’était au-delà du beau et du laid. » Ca ne l’est plus. Quelle sera la prochaine étape ? 


[1] LIETTI A. (2009), « Des nymphes plus que parfaites », Le Temps, Genève, cité dans Courrier International, repris par Direct Matin, n°584, 21 décembre 2009, p. 16. 

[2] Voir à ce sujet : BARBER B. (2009), « Infantilisation. Demandez le programme », Ravages, Descartes & Cie,  Paris, Printemps, pp. 24-33. 


Un commentaire
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  1. forever

    merci beaucoup pour cet article ! il est fort constructif !



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