Ce que j’en dis…

Coup Dur Pour L’Emploi Chez Naomi Klein
1 janvier, 2010, 18:46
Classé dans : Travail & Emploi

Après avoir presque achevé le chapitre concernant l’état actuel de l’emploi et des conditions de travail dans le processus de mondialisation, dans l’excellent ouvrage de Naomi Klein sur le nouveau modèle de consommation, je tombe de haut. Non pas que j’ignorais les conditions de travail douteuses, le droit du travail bafoué, la misère de ces nouveaux ouvriers, en Asie, en Amérique latine et ailleurs, mais j’étais loin de me douter de la gravité de la situation.

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L’auteur explique d’abord la transformation opérée dans le rapport des grandes firmes avec la production : les multinationales telles que Nike, Reebok, Gap, IBM, General Motors, Mark & Spencer, etc., ont décidé, pour réduire leurs coûts, de délocaliser. Réaction lourde de conséquences en termes d’emplois sur le sol qu’elles quittent, mais réaction hélas banale aujourd’hui et compréhensible en termes de compétitivité. L’idée communément admise dans la plupart des esprits confrontés à ce genre d’informations, selon laquelle, lorsque Nike délocalise en Chine, par exemple, l’entreprise détruit un emploi cher en Europe pour en créer un, certes moins cher, dans une quelconque province du pays communiste, ne résiste pas à l’analyse. En effet, le recentrage que les firmes ont réalisé sur la marque au détriment du produit dans le courant des années 80 appelle à une autre réalité ; pour le dire autrement, les firmes ont délaissé l’aspect « production » pour se concentrer sur ce que Christian Du Tertre appelle l’aspect immatériel, beaucoup plus pourvu en valeur ajoutée. L’exemple de la firme Renault est symptomatique : dans les années d’après-guerre, l’objectif de Renault est de centraliser la production, notamment en rachetant d’autres firmes automobiles. Ainsi, la production représente environ 80 % de l’activité de Renault. Alors qu’aujourd’hui, la firme française délaisse la production en la sous-traitant pour se concentrer sur l’aspect immatériel de son activité, c’est-à-dire le design, la conception, la sécurité, l’image de marque, représentant 70 % de son activité. C’est ainsi pour de très nombreuses grandes entreprises, non seulement à travers le processus de mondialisation mais aussi et encore dans les pays industrialisés. Nike, par exemple, sous-traite toute sa production (même celle des maillots de football, encore fabriqués au Royaume-Uni) pour se concentrer sur l’immatériel, en particulier sur la création et l’entretien de leur marque et de son image. Un des problèmes réside dans le fait que les sous-traitants, rivalisant entre eux pour conserver leur activité (et leurs emplois), en essayant de réduire au maximum leurs coûts pour rester dans la course, nivellent par le bas tout le processus de production, et par là même, le rapport au travail : conditions de travail, sécurité (sociale et physique), salaires, pénibilité, etc. Un exemple parmi tant d’autres, extrait du livre puis du film Gomorra : l’exacerbation de la concurrence par les prix exercée sur l’industrie vestimentaire en Italie provoque des comportements mafieux et dangereux pour le travail, avec heures supplémentaires aberrantes, dénégation pure et simple du droit du travail, développement d’ateliers clandestins. En outre, une des aberrations, née de la contre-révolution libérale opérée dans les années 80, amplifie la grande détérioration des conditions de travail et menace les fondements des rapports Nord-Sud en termes de commerce international et de redistribution des recherches : la Zone Franche Industrielle (ZFI)[1]. Ces deux outils très utilisés par les firmes multinationales (la sous-traitance et la ZFI) portent un coup très dur au travail et à l’emploi. Non seulement les travailleurs (nombreuses sont les jeunes femmes) ne touchent qu’un salaire de quasi-subsistance, ce qui annihile la promesse faite par les chantres du libre-échange et des ZFI d’une élévation du niveau de vie des pays en voie de développement, mais ils n’ont ni sécurité d’emploi, ni protection sociale, ils subissent des conditions de travail extrêmement dégradantes, précaires et dangereuses, et la mort est au rendez-vous plus souvent qu’on ne le croit.

 



  [1] Voir KLEIN N. (2000), No Logo, La tyrannie des marques, Actes Sud, « Babel », 2002, pp. 303-354. 


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