Ce que j’en dis…

Considérations Philosophiques Mineures
1 janvier, 2010, 19:03
Classé dans : Philosophie & Pop Philosophie

Il y a peu, j’ai lu un ouvrage initialement destiné à des élèves de terminale, l’Antimanuel de philosophie, de Michel Onfray. Rafraîchissant. Plusieurs choses m’ont frappé.

Tout d’abord, un extrait de Réponse à la question : qu’est-ce que « Les Lumières » ?, de Kant : lorsqu’il évoque « La sortie de l’homme de sa Minorité, dont il est lui-même responsable », il veut parler de la devise des Lumières, Sapere aude, « aie le courage de te servir de ton propre entendement ». Il continue sur le fait que la « paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes [restent] mineurs, et qu’il soit si facile à d’autres de se poser en tuteurs des premiers. […] Que la grande majorité des hommes […] tienne aussi pour très dangereux ce pas en avant vers leur majorité, outre que c’est une chose pénible, c’est ce à quoi s’emploient fort bien les tuteurs qui, très aimablement, ont pris sur eux d’exercer une haute direction sur l’humanité. » Cette phrase fait étrangement écho à l’infantilisation de l’homme dont la société est sujette aujourd’hui[1].

 

 

Une réflexion du comte de Volney sur le sens des mots m’a également frappé par son universalité et sa pertinence : « […] les mots étant les signes des idées, ils ont plus d’importance qu’on ne veut croire. Ce sont des étiquettes apposées sur des boîtes qui souvent ne contiennent pas les mêmes objets pour chacun ; il est toujours sage de les ouvrir, pour s’en assurer. » Puis, appliquant cette méthode au sujet de son ouvrage, il évoque, en quelque sorte en précurseur à la notion de complexité d’Edgar Morin, l’incomplétude de la connaissance historique, dans le sens où « il est incontestable [que l’historien] ne peut jamais […] acquérir de certitude au premier degré [de l’existence du fait historique tel qu’il a été] ; qu’il n’en peut juger que par analogie, et de là cette nécessité de considérer ces faits sous un double rapport : 1° sous le rapport de leur propre essence ; 2° sous le rapport de leurs témoins. » Rappelons que Constantin François de Chassebœuf, comte de Volney, écrit ces lignes en 1795 !

 

Enfin, une remarque intéressante provient de Michel Onfray lui-même. Selon le philosophe, lorsque une personne perd conscience, il « sombre dans un état qui s’apparente au sommeil — ou à la mort. (Chez les Grecs Morphée personnifie le sommeil, il est le frère de Thanatos qui, lui, signifie la mort. Tous deux sont enfants d’Hypnos, le sommeil, et de Nyx, la nuit.) Perdre conscience, c’est entrer dans le monde de la mort, du sommeil, de l’hypnose aussi. » Par cette simple phrase, il rapproche pertinemment le sommeil, la mort et la nuit, dans la perte de conscience, un état qui, selon la phénoménologie, traduit la réaction de la conscience face « à une situation invivable, difficile à voir, à supporter, à regarder ».



   [1]Voir la revue Ravages du printemps 2009. 


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