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Main d’Henry : Virus Saisonnier Ou Sérieux Cancer ? (Acte 2)
31 décembre, 2009, 0:49
Classé dans : Sport

Inégalités et morale 

Beaucoup de personnes, en réalité tout ce que la société compte de leaders d’opinion, ont élevé la voix après ce match : Thierry Henry aurait dû, selon eux, aller chercher l’arbitre pour lui dire la vérité et ainsi faire invalider le but. De quelle grandeur d’âme n’aurait-il pas fait preuve s’il avait agit ainsi ! Nous aurions tous applaudi à l’éthique de ce joueur hors norme.

Balivernes ! Pas sûr, déjà, que les supporters français, malgré leur degré d’attachement à Thierry Henry, aurait applaudi. Saluer un joueur qui nous aurait empêché la Coupe du Monde ? A part Dieu – Zinédine Zidane –, qui peut se targuer de faire perdre la Coupe du Monde et de rester au sommet dans le cœur des supporters ? Dans un premier temps, je suis persuadé qu’une personne sur un terrain de jeu, de manière générale, reste un enfant de douze ans : pris dans le jeu, au courant des règles, mais parfois opportuniste, parfois de mauvaise foi, commettant de temps en temps le mensonge par omission, parfois simulateur, bien que responsable par instants et respectueux en général. Je veux dire par là qu’il ne faut pas attendre d’un joueur qu’il soit éthiquement responsable, ni moralement respectueux non seulement des règles, mais de la manière (pour la société et pour le joueur lui-même) de considérer le bien et le mal. Certes, les exceptions existent mais elles sont extrêmement marginales. Je me souviens par exemple de Tony Vairelles qui, filant au but, fut victime d’une faute du gardien ; il ne se laissa pas tomber à la manière Actors Studio, se releva dans la foulée sans réclamer de pénalty mais en s’arrachant pour toucher la balle coûte que coûte. Il marqua. En outre, il est pertinent d’ajouter que les footballeurs sont encadrés de telle manière qu’ils restent, dans leurs loisirs, dans leurs modes de vie, et donc dans leur jeu, des « gamins » ; nous pourrions deviser longtemps sur l’infantilisation générale que subit la société[1], mais le microcosme footballistique ne fait qu’exacerber cette infantilisation. Dans un deuxième temps, il faut garder à l’esprit que le sport institutionnalise certaines inégalités et n’a rien à voir avec la morale. Par exemple, il est interdit par la loi, et par la morale, de se foutre sur la gueule pour régler un conflit. La boxe, non seulement institue le fait d’en venir aux mains mais sans raison autre que celle de vaincre, de gagner. Dans la boxe, pas de morale, ou plus exactement des règles, et des inégalités : tout le monde ne peut pas devenir boxeur dans n’importe quelle catégorie ; les personnes de sexe différent ne peuvent combattre ; certains coups sont interdits. Bref, la boxe institutionnalise certaines inégalités par le truchement d’un règlement et n’a aucun compte à rendre à la morale pour ce qu’elle est. Pour le football, c’est pareil. Ce sont les lois du football qui règlent le problème de la morale : il est interdit par les règles de mettre un coup à l’adversaire, pas par la morale. La morale ne dit rien sur le fait de prendre un ballon dans les mains, c’est le règlement qui l’interdit, pour les joueurs de champ (et qui l’encadre pour les gardiens). De même, la morale justifie le geste de Zinédine Zidane à l’encontre de Marco Materazzi, bien qu’il soit excessif ; le règlement l’interdit strictement, et l’arbitre a fait son travail, même s’il aurait dû sanctionner le joueur italien (à condition qu’il l’ait entendu). Il est donc injuste de reprocher à Thierry Henry : 1) de ne pas être allé voir l’arbitre pour lui signifier sa main et l’invalidité du but, 2) d’avoir fêté son but et d’emmener l’équipe de France en Afrique du Sud, 3) de n’avoir pas fait de jugement moral de son geste à chaud[2]

Vainqueur en 2010 ! 

Seulement, le règlement de la FIFA est sans appel : les décisions validées par l’arbitre sont irrévocables une fois le match à son terme, sauf erreur grossière – autrement dit, très exceptionnellement ! Le match ne peut donc être rejoué pour une si légère erreur d’arbitrage. Et puis, imaginons que France-Irlande soit rejoué. Cela ne ferait qu’ouvrir une immense boîte de Pandore, la plupart des matchs seraient voués à être rejoués alors que le calendrier n’est pas extensible. Non, ce n’est nullement une bonne solution, au contraire. Mais que faire ? Déclarer forfait pour la Coupe du Monde ? Soyons réalistes. La seule solution apparente s’offrant aux Français aujourd’hui n’en est pas une, mais reflète un état d’esprit que certains considèrent comme consubstantiel à l’esprit français : faire acte de contrition et oublier. Se flageller et prendre quand même l’avion. Mais si la France gagne la Coupe du Monde ? Que penser de cette injustice tragique, s’offrant en valeurs à des millions de jeunes rêvant d’un destin à la Ribéry, à la Benzema, à la Henry ? 



  [1] Voir à ce sujet le second numéro de l’excellente revue Ravages du printemps 2009.

[2] Thierry Henry s’est excusé de son geste malheureux, a sermonné ceux qui auraient dû, selon lui, le soutenir, a proposé que le match soit rejoué (« la solution la plus équitable »), et a confirmé sa présence en Afrique du Sud malgré y avoir réfléchi. 


2 commentaires
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  1. Tommy

    Bonjour

    Dans cet article, tu expliques les raisons pour lesquelles le match ne peut être rejoué et sur le fait que la main de Thierry Henry n’est qu’un « fait de jeu », bien qu’injuste pour l’équipe d’Irlande.

    Moi, j’aimerais avoir ton avis, non pas sur le match en lui-même, ni sur cette fameuse main d’Henry mais sur le pourquoi de cette polémique.
    En effet, je ne comprend pas le fait que beaucoup de personnes quels soient politiques, peoples, connues ou inconnues crient à l’injustice et mettent Thierry Henry dans la catégorie de « tricheur » alors que pour la plupart, ils sont bien content que la france parte pour une nouvelle Coupe du Monde.
    Plus précisement, comment expliques-tu, d’un point de vue sociologie, psychologique et/ou personnelle, que ces personnes crient au scandale exterieurement alors qu’ils s’en réjouissent intérieurement?
    Comment expliques-tu que ces personnes, selon moi, se mentent à eux-même ainsi qu’aux autres par rapport à un « fait de jeu » qui selon moi ravi tout le monde…sauf les Irlandais?
    Personnellement, même si j’aurais préférer que la France gagne d’une meilleure façon, je n’ai pas cracher sur cette main, « sauveuse » et synonyme de laisser-passer, que j’apparenterais, si nous sommes victorieux en Afrique du Sud, à une « main de dieux » en comparaison avec celle de Maradonna en Coupe du Monde 1986 contre l’Angleterre.

    Merci et Bonne année 2010 à tout le monde.

  2. reflexionsdactualite

    Cher Tommy, tu es mon premier commentaire !
    Avant tout, j’aimerai savoir si tu as lu l’article en entier (les 3 « actes »)… En tout état de cause, je pense que les réactions qu’ont eu, en général, les commentateurs (qu’ils soient sportifs ou pas !), réactions parfois assez violentes, ont été souvent exagérées ; l’enjeu était certes important (sportif + national), mais Henry, quoiqu’il ait fait, ne méritait pas cette opprobre.
    Je pense, comme toi, que les réactions ont été paradoxales et contradictoires ; un exemple, Nicolas Sarkozy, à l’issue du match, évoque un match dur, souligne l’honneur des Irlandais, mais fête comme il se doit la victoire des Français (il est dans son rôle car la coupe du monde est un enjeu politique majeur) ; mais son propos est grave car, en avalisant la victoire et en sous-estimant la portée de la main, il porte ombrage aux valeurs de la République dont il est le garant. (J’ai pris Sarkozy, mais les politiques en général ont le même discours).
    Et ce discours paradoxal des commentateurs apparaît en fait, selon moi, comme un trait caractéristique de notre époque et de notre société : l’image qu’on donne de soi (image social) n’est pas forcément conforme à notre identité propre (notion complexe).
    Quant à l’ampleur de cette polémique, elle répond dans un premier temps à l’ampleur de l’évènement, et elle reflète dans un deuxième temps une sorte de stratégie politicienne (voire publique) qui consiste à jeter la lumière sur un problème pas si important (comparé au réchauffement climatique, au chômage, …) pour occulter les vrais problèmes.
    Malgré tout, je pense que cette polémique, pour injuste qu’elle soit pour Henry, est nécessaire quant à une refonte (comme je le propose dans l’article) des règles (et pas seulement des règles, mais des institutions au sens socio-éco) du football mondial.
    J’espère avoir été pas trop confus et avoir répondu à ta question. A bientôt.
    Ludovic VDE



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