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Main d’Henry : Virus Saisonnier Ou Sérieux Cancer ? (Acte 1)
31 décembre, 2009, 0:36
Classé dans : Sport

Etant passionné par tout ce qui touche au football, du plus génial au plus dégradant, je ne peux passer à côté de cette polémique ayant pris une tournure quasi-diplomatique : la main de Thierry Henry lors du match de barrages décisif contre l’Irlande. Je tiens à souligner que, contrairement à d’autres sujets, ce ne sont pas des articles, des interviews, des petites phrases qui m’ont donné l’envie d’écrire un papier sur cette main, mais ma passion viscérale pour ce sport. Autrement dit, aujourd’hui, l’envie de parler précède le support journalistique. 

Un match inégal 

Tout d’abord, un mot sur le match en lui-même. Nous pouvons insister sur la faiblesse de l’équipe de France en général depuis quelques années, et durant ce match en particulier, avec une défense fébrile malgré Evra et un extraordinaire Lloris, un milieu de terrain invisible et une attaque qui n’ a d’attaque que le nom ; il suffit de voir le nombre de joueurs offensifs entrés sur la pelouse pour se rendre compte de la pauvre forme dans laquelle se trouve le jeu offensif de l’équipe de France. C’est Anelka qui fut le plus dangereux, sans cadrer. Rappelons que Benzema n’est pas entré et que Ribéry reste blessé. Mais il serait injuste de notre part si nous ne rendions hommage à la qualité de l’équipe d’Irlande. Une qualité technique bien sûr, mais également du point de vue de certaines valeurs que véhiculent cette équipe, comme la ténacité, la solidarité, la solidité, et un fair-play toujours bienvenu. L’action part d’un dégagement du gardien irlandais, pris de la tête par un bleu en direction d’Henry, qui ne peut sauter en raison d’une légère faute irlandaise. Nous sommes à une quarantaine de mètres des buts. 102ème minute. C’est Florent Malouda qui frappe le coup franc, fort vers le but, si fort qu’il semble prendre une direction trop lointaine pour être dangereux. Après un étrange rebond dans la surface, étrange du fait de la menace qu’il peut faire peser sur le but irlandais, Henry est à la réception du ballon ; plus exactement, le ballon rebondit de manière incongrue sur sa main gauche, puis, instinctivement, Henry a un geste malheureux, mais volontaire, de la main, qui lui permet d’empêcher le ballon de sortir du jeu, puis d’emmener le ballon là où il le souhaite ; le ballon à présent dans le pieds, l’attaquant français exécute une petite passe en retrait vers William Gallas qui, d’une petite tête bien placée, expédie le ballon dans les filets, qualifiant la France pour la coupe du monde 2010. Alors même que le ballon franchit la ligne de but, la quasi-totalité de l’équipe irlandaise accourut vers l’arbitre pour demander à ne pas valider ce but entaché d’une faute de main ; las, l’arbitre, même après avoir consulté ses assistants, n’a pas vu et valide le but. L’erreur est humaine. Mais les images sont sans équivoque. 

Et alors ? Pourquoi tout ce foin pour une erreur d’arbitrage ? Il y en a toutes les semaines, partout, au Parc des Princes comme au stade municipal de Nangis, Seine-et-Marne ! Tout ce tapage pour… beaucoup de choses en fait. 

Le football est-il encore un sport ? 

D’abord, balayons cette idée communément admise selon laquelle l’erreur est humaine et que, du fait de sa banalisation, elle fait partie du jeu. Certes, encore une fois, l’erreur est humaine, mais l’injustice qu’elle provoque est insupportable pour l’équipe qui la subi. L’erreur est humaine (je me répète !) mais elle peut – et doit – être atténuée. Je n’insinue pas que les erreurs d’arbitrage sont plus légion qu’auparavant (la Coupe du Monde en 1966, la main de Maradona, France/RFA 1982), mais qu’elles sont désormais visibles de quasiment tout le monde par le biais de la technologie. Visibles de tous ? Non, car un village peuplé d’irréductibles gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur technologique. Les arbitres, lorsqu’ils sont sur le terrain, gardent la même visibilité qu’il y a cinquante ans, et leur outil reste rudimentaire (sifflet, cartons ; ils sont tout de même équipés de micro, maintenant, pour correspondre entre eux). Les nouvelles règles du jeu ne concernent pratiquement que le jeu, pas la répression des irrégularités, de l’antijeu et, lorsqu’elles traitent de ces maux, elles ne sont pas forcément appliquées par les arbitres. Le tacle par derrière réprimé par un carton rouge ? Le tirage de maillot systématiquement touché par un carton jaune ? On le voit, les règles, bien qu’elles soient imparfaites, existent mais le jugement d’une situation reste à la discrétion de l’arbitre. Bien sûr, on ne pourra éliminer complètement – et ce n’est nullement ce que je souhaite – l’intersubjectivité qui règne sur un terrain de football, où le contexte, l’ambiance, les acteurs, l’enjeu sont particuliers, importants et à prendre en compte. Mais nous, supporters, amateurs, professionnels, devons-nous rester béats d’admiration, les bras ballants, consommateurs passifs d’un jeu, d’un sport basé de plus en plus (par le biais de la technologie) sur l’injustice ? Si nous ajoutons à cette vicissitude le fait que le football est un des sports les plus populaires sur cette planète, le fait que le corps arbitral, depuis quelques années, tienne un discours d’autruche et de solidarité corporatiste plus que douteux, le fait que le football est devenu une formidable machine consommatoire générant des sommes gigantesques, indécentes – voire immorales (cf. les emprunts du Real Madrid de Fiorentino Perez alors que l’Espagne connaît une récession extraordinaire) ou d’origine suspectes (cf. Roman Abramovitch, les milliardaires arabes, les pontes de l’immobilier) – dans laquelle le capitalisme sauvage est à l’œuvre dans sa superbe, le fait que les valeurs aujourd’hui valorisées dans le football sont dévoyées au profit d’un dangereux individualisme, d’un amoral opportunisme, d’un cynisme dérangeant, d’une inculture totale, d’un attrait inquiétant pour l’argent – tous ces phénomènes touchant le football donnent en réalité une image déplorable de la société dans laquelle nous vivons. 


7 commentaires
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  1. Romain

    C’est clair, Thierry Henry ne méritait pas cette « campagne » contre lui (malgré qu’il est célébré le but, qu’il réconforte les Irlandais à la fin du match, et qu’il ait cette déclaration « Le plus juste serait de rejouer le match » alors qu’il sait très bien que ce n’est pas possible)….
    La FIFA va peut-être donner un prix du fair-play pour les Irlandais, et leur permettre d’organiser un match amical (quels gestes de compassion de la part de la FIFA, bref)…

    Le problème de cette histoire, c’est qu’aprés toutes ces déclarations sur la main d’Henry, rien n’a l’air de beaucoup bouger…La vidéo reste dans la tête des gens la chose la plus simple pour éviter ces erreurs-là….encore faut-il que l’erreur d’arbitrage soit flagrante…parce que le football, est un des sports compliqué à arbitrer, car les fautes sifflés ne sont pas toujours indiscutable, et malgré les ralentis, certains ne sont pas d’accord sur la même faute….

    La médiatisation du football, l’argent, et l’arbitrage compliqué explique peut-être une partie de la violence dans les tribunes…Je ne parle pas des cris racistes, ou banderoles haineuses, mais du sentiment d’injustice qui peut créer cette violence.

  2. Réfexions d'actualité

    Cher Romain,
    Merci pour ton commentaire. Je suis entièrement d’accord avec toi (et j’en suis désolé) : rien n’a l’air de changer dans le foot. Les erreurs restent les mêmes, les arbitres restent sur leur espèce de piédestal (fragile), les commentaires d’après match restent la même soupe…
    Je rapelle à tous que Michel Platini, président de l’uefa, a remis ça sur la vidéo le 4/12/09 :
    « Je vous donne la liste de ceux qui font partie de la Commission Fifa contre la vidéo : Beckenbauer, Pelé, Savicevic, Weah… Alors entre eux et Thiriez et le porte-parole de l’UMP, je ne sais vraiment pas qui je vais écouter… Qui dit vidéo ne dit pas justice. Tout le reste n’est que communication, démagogie, populisme. »
    Alors, même si Platini – que je respecte énormément – est un chantre anti-vidéo, je me demande bien comment changer les choses sans en passer par là…
    Je rejoint ton propos sur le difficile usage de la vidéo ; mais, pour tout litigieuse qu’elle soit, l’erreur doit rester l’exception. Je demeure persuadé du bien-fondé de l’usage de la vidéo ; encore doit-il être soumis à une règlementation stricte et globale (c’est-à-dire mondiale).

  3. Romain

    Michel Platini « éxpérimente » l’arbitage a six (un arbitre derrière chaque but) en Europa League, peut-être est-ce une solution….

  4. reflexionsdactualite

    Cher Romain,
    L’arbitrage à six est une bonne solution… Permettre d’autres yeux arbitres, ça ne peut qu’aider à prendre de bonnes décisions. Mais elle doit être accompagnée d’autres mesures, sinon j’ai peur que ça ne change pas grand-chose au problème de fond… La réponse au problème soulevé doit être plurielle, au risque de n’être qu’un épiphénomène…

  5. Romain

    Le problème de la technologie dans le foot (les caméras un peu partout), c’est que seul l’arbitre et les joueurs sur le terrain n’y ont pas accés…quelques fois les buts non-valables sont diffusés sur les écrans géants du stade, et l’arbitre, les joueurs et tous les spectateurs voient l’erreur d’arbitrage, ce qui fait que l’arbitre est un peu désorienté, et qu’il peut commettre plus d’erreurs, ou pire, avantager l’équipe qui a encaissé un but non-valable…Je ne comprends pas d’ailleurs pourquoi sur les écrans géants, on diffuse les buts du match…

  6. reflexionsdactualite

    Cher Romain,
    Je ne peux qu’aller dans ton sens : seul l’arbitre n’a pas accès (ou trop tard) à la technologie, et c’est d’autant plus regrettable qu’il est garant de l’ordre, du droit, de la justice. D’où, à mon sens – je me répète ! – la nécessité de l’usage de la vidéo…

  7. Romain

    Oui, ok pour la vidéo….mais comment ? ou plutôt, dans quels circonstances dans le foot, on aura accès à la vidéo pendant le match ? Devrais-t-on faire comme dans le tennis ? où le joueur a droit a un nombre précis de faire appel à la vidéo… Enfin la vidéo me semble être un peu difficile a mettre en marche…

    Pardon si dans mes propos, je suis quelque fois confus…



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