Ce que j’en dis…

La Notion D’Identité D’Un Point De Vue Sociologique
31 décembre, 2009, 12:27
Classé dans : Identité & Image

Selon le Dictionnaire de Philosophie Hatier, il faut comprendre la célèbre maxime inscrite au fronton du temple de Delphes, que Socrate a repris (« Connais toi toi-même, et tu connaîtras l’Univers et les Dieux ») non comme « une invitation à l’introspection psychologique, mais [comme] la traduction du souci de faire de chacun le juge personnel de ses pensées », illustré par le fait que « les nombreuses conversations qu’il eut avec ses concitoyens [avaient pour but de] les interroger sur ce qu’ils croyaient savoir, et, en les mettant en contradiction avec eux-mêmes, de faire voler en éclat leurs convictions, [ce qu’on appelle] l’ironie socratique qui consiste […] à provoquer en autrui cette sagesse négative. » Je souhaite revenir sur mes élucubrations à propos de l’identité et de l’image.

Observons d’abord la difficile notion d’identité. Selon Vincent de Gaulejac[1], l’identité est une notion plurielle, qui « désigne à la fois l’ensemble des assignations identitaires « objectives » — biologiques, juridiques et sociologiques — et l’ensemble des sentiments subjectifs qui s’expriment dans la formule « être soi-même ». [L’identité évoque ainsi] la similitude […], l’unité […], la permanence […], la reconnaissance et l’individualisation […]. » Notion récusée par la psychanalyse, au profit notamment de l’inconscient, l’identité présente une « existence « objective » [mais] s’étaye sur […] des processus de subjectivation », formant ainsi une « dialectique […] différente selon [les normes sociales] qui fixent les normes de définition de l’individu. » Plus généralement, l’identité « prend son sens dans une dialectique où la similitude renvoie au dissemblable, la singularité à l’altérité, l’individuel au collectif, l’unité à la différenciation, l’objectivité à la subjectivité. » L’identité est aussi évolutive, dans le sens où elle « se construit et se transforme tout au long de l’existence [sous diverses influences]. […] La définition de soi peut varier en fonction des circonstances et des moments. […] C’est dans l’invention de soi à partir de ce qu’il est que le sujet se définit. En définitive, ce sont moins les caractéristiques de chaque élément qui sont signifiantes que les relations entre ces éléments. » Mais, comme le rappelle le sociologue, l’identité est « une construction sociopsychologique ». Ainsi, « Chaque individu tente de se définir comme un soi-même à partir d’éléments disparates [avec] d’un côté les désirs, les projections, les attentes et les aspirations de son entourage, de l’autre les normes, les codes, les habitus et les modes de classement que chaque milieu produit pour désigner et reconnaître chacun de ses membres qui le composent. « Nous ressemblons tous à l’image qu’on se fait de nous », écrit José Luis Borges, pour rendre compte de la dualité entre ce qui nous pousse à « être soi-même » et ce qui vient des autres dans la constitution de soi. […] Chaque individu se transforme en permanence tout en restant le même [malgré, donc, le caractère mouvant — selon les situations — et changeant — dans le temps — de son identité]. […] C’est aujourd’hui à l’individu lui-même de construire sa cohérence dans un monde éclaté ; c’est à lui de donner un sens à son existence. [Néanmoins], à partir du moment où la place de chacun n’est plus assignée à priori, chaque individu a certes la liberté d’en changer, mais également le risque de la perdre [augmentant par là les tensions entre identité héritée, identité acquise et identité espérée]. » Le sociologue ajoute que « dans les sociétés individualistes, chacun doit devenir quelqu’un, affirmer son existence, se faire reconnaître. » [p. 85] « L’être a besoin d’horizon pour exister dans le monde. Il a besoin de pouvoir se projeter dans un devenir. » [p. 87]

… A suivre.

vincentdegaulejac2.jpg



[1] GAULEJAC V. De (2009), Qui est « je » ?, Paris, Seuil, pp. 57-70. 


2 commentaires
Laisser un commentaire

  1. Cécilia

    Une fois encore, une notion difficile et pourtant tellement élémentaire et nécessaire !
    En terminale pro, l’un des trois thèmes à étudier dans l’année s’intitule « Identité et diversité ». Je te partage le texte avec lequel j’ai ouvert ma séquence :

    « L’identité de chaque personne est constituée d’une foule d’éléments qui ne se limitent évidemment pas à ceux qui figurent sur les registres officiels. Il y a, bien sûr, pour la majorité des gens, l’appartenance à une tradition religieuse ; à une nationalité, parfois deux ; à un groupe ethnique ou linguistique ; à une famille plus ou moins élargie ; à une profession ; à une institution ; à un certain milieu social… Mais la liste est bien plus longue encore, virtuellement illimitée : on peut ressentir une appartenance plus ou moins forte à une province, à un village, à un quartier, à un clan, à une équipe sportive ou professionnelle, à une bande d’amis, à un syndicat, à une entreprise, à un parti, à une association, à une paroisse, à une communauté de personnes ayant les mêmes passions, les mêmes préférences sexuelles, les mêmes handicaps physiques, ou qui sont confrontées aux mêmes nuisances. […] Si chacun de ces éléments peut se rencontrer chez un grand nombre d’individus, jamais on ne retrouve la même combinaison chez deux personnes différentes, et c’est justement cela qui fait la richesse de chacun, sa valeur propre, c’est ce qui fait que tout être est singulier et potentiellement irremplaçable. »

    Il s’agit d’un extrait d’Amin Maalouf dans Les Identités meurtrières (1998).

    Il est très simple et accessible et permet d’aboutir facilement à la notion de diversité, reliée dans notre thème à celle d’identité. Assez aisément, on comprend la signification de cet objet d’étude : la diversité n’est pas uniquement la diversité entre les humains – chacun différent et unique. La diversité est aussi interne à chaque être humain puisqu’une foule d’éléments nous définissent, éléments changeants au fil de l’existence.

    Evidemment, ton article est bien plus poussé et psychologique, cette approche demeure difficile avec des terminales pro. Loin d’être idiots (ils saisiraient parfaitement ton rapport s’ils se concentraient plus intensément), c’est la motivation qui leur manque (l’enseignement du français est loin d’être une priorité pour eux !). Enfin, le but de cet axe d’étude n’est pas non plus la dimension psychologie, bien qu’elle existe. Il s’agit surtout de les faire réfléchir à ces deux notions reliées entre elles (identité et diversité) ouvrant tout droit la porte au respect des cultures étrangères, à développer leur altruisme et à voir en l’autre une richesse plutôt qu’un barbare (clin d’oeil !).

  2. reflexionsdactualite

    L’extrait est super !
    La définition du sociologue Vincent de Gaulejac est issue d’un ouvrage tout entier consacré à l’étude du sujet, du « je », un ouvrage très riche, très rigoureux, et qui se donne comme méthode la sociologie clinique, c’est-à-dire le dépassement des limites de la psychanalyse et de la sociologie…



Laisser un commentaire

Environnement TCHAD |
adminactu |
carsplus production |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | RADIO JUSTICE
| JCM
| LEMOVICE