Ce que j’en dis…

King Kong Theorie & La Notion D’Identité
31 décembre, 2009, 12:32
Classé dans : Identité & Image

Il y a peu, j’ai lu un court mais intense essai pour un nouveau féminisme ; la plume est l’auteur de Baise-moi, c’est dire si elle est bien placée. Dans ce texte, Virginie Despentes y parle notamment du porno, et elle explique que ce qui dérange tant la société à propos du X, c’est que celui-ci s’adresse directement au désir sexuel. « Le porno pose un vrai problème : il défoule le désir et lui propose un soulagement, trop rapidement pour permettre une sublimation. A ce titre, il a [la fonction d’équilibrer la pression, la tension, dans notre culture, entre délire sexuel abusif et rejet exagéré de la réalité sexuelle]. Mais ce qui est excitant est souvent embarrassant, socialement. […] Car l’image qu’il donne de moi est incompatible avec mon identité sociale quotidienne. » Ailleurs : « Ce qui nous excite, ou pas, provient de zones incontrôlées, obscures ; et rarement en accord avec ce qu’on désire être consciemment. » Enfin : « On demande précisément au X ce qu’on craint de lui : dire la vérité sur nos désirs. Je n’en sais rien, moi, du pourquoi c’est à ce point excitant de voir d’autres gens baiser en se disant des saloperies. Le fait est que ça marche. Mécanique. Le porno révèle crûment cet autre aspect de nous : le désir sexuel est une mécanique, guère compliquée à mettre en branle. Pourtant, ma libido est complexe, ce qu’elle dit de moi ne me fait pas forcément plaisir, ne cadre pas toujours avec ce que j’aimerais être. Mais je peux préférer le savoir, plutôt que tourner la tête et dire le contraire de ce que je sais de moi, pour préserver une image sociale rassurante. »[1] L’idée de l’identité sociale que l’on souhaite donner, est ici primordiale, même si cette notion pousse à aller plus loin que la simple notion d’image… 

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   [1] DESPENTES V. (2006), King Kong Théorie, Paris, Grasset & Fasquelle, « Le Livre de Poche », pp. 91-93. 


2 commentaires
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  1. Cécilia

    C’est très intéressant en effet. Et c’est pareil pour à peu près tous les arts : c’est ce qu’ils éveillent en nous qu’il faut analyser car ce qui en nous se trouve éveillé nous apprend sur nous-même, ce que l’on cache ou refoule peut-être.
    Si le porno a une ou des fonction-s dans le processus identitaire d’un individu, se pose la question de son accès auprès d’adolescents en construction et recherche identitaire. Avant internet, la vieille cassette vidéo que les garçons principalement se repassaient de main en main était presque un outil pédagogique ! Elle avait une dimension sacrée car le porno était inaccessible ! Aujourd’hui, le porno se trouve gratuitement et partout sur internet. C’est un problème, je trouve, pour une jeunesse qui n’a encore aucune idée, ou très vague, de la sexualité, et qui prend pour absolument réels les scénarios et les pratiques qui y sont exposées.
    Le porno peut être une proposition, l’éveil de fantasmes ou leurs réalisations. Les jeunes ont beaucoup moins de tabous aujourd’hui, notamment autour de la sexualité, et c’est heureux ! Malheureusement, ils seront peut-être aussi déçus quand leur sexualité sera nettement moins débridée que dans ces films, quand le pénis des garçons aura fini sa croissance et sera bien moins avantageux que celui brandi fièrement par les acteurs du porno, quand leurs partenaires féminines ne seront pas aussi dociles, ou que les filles seront elles aussi complexées par leur corps bien moins voluptueux que celles des bombes qu’elles voient.
    Le porno peut être à l’origine de nombreux complexes pour les deux sexes, notamment lorsque l’apprentissage de la sexualité passe par le porno, et rien que par le porno. Et ainsi, au lieu d’aider à la conquête d’un moi enfoui, le porno peut être la source de problèmes identitaires et comportementaux.

  2. reflexionsdactualite

    Merci pour ta contribution.
    Le porno est un sujet délicat. Tu écris : « Si le porno a une fonction dans le processus identitaire d’un individu, se pose la question de son accès auprès d’adolescents en construction et recherche identitaire. » Je suis d’accord sur le principe, mais j’oppose une objection : à partir d’un certain âge (12, 14, 16 ans ?), ce n’est en vérité pas la question de l’accès qui doit être posée en premier, mais celle du sexisme, de l’hétéronormativité, et de l’instrumentalisation du corps des femmes dont le porno n’est que trop souvent l’étendard. C’est, à mon avis, l’élément princeps qui, une fois résolu, permet de penser le porno autrement, libérateur peut-être.
    Je te suis sur la différence entre avant et aujourd’hui, et j’ajouterais même que les porno de 1976, ceux des années 1980 ou 1990, et ceux d’aujourd’hui sont très différents les uns des autres, (nonobstant la grande hétérogénéité du porno de chaque époque). C’est ainsi à la fois la qualité du porno, les conditions de production, et l’accès (je le réintroduis ici) qui constituent les grandes différences entre jadis et l’époque contemporaine.
    Par contre, je ne suis pas certain que les jeunes aient moins de tabous aujourd’hui. Pour reprendre une philosophe dont j’ai oublié le nom, « le paradoxe de notre époque, c’est que le sexe est partout dans une société de plus en plus puritaine et intolérante ». Dans le magazine Causette, la chronique mensuelle du Dr Kpote (un éducateur qui intervient dans les collèges et les lycées) montre trop souvent que les jeunes sont encore encadrés par un nombre incroyable de tabous, sous des discours et des pratiques qui semblent prouver le contraire pourtant…
    L’un des principes du porno aujourd’hui, comme tu l’écris, c’est la performance. D’ailleurs, la plupart des acteurs pros s’autoproclament « performers » ; registre qui est largement ignoré par la plupart des consommateurs de porno, à commencer par les jeunes. Il faudrait leur montrer les making of des films, qu’ils comprennent qu’une scène de 20 minutes peut prendre plusieurs heures à tourner, avec des pannes, des stimulants, des lubrifiants, car la mécanique des corps normaux ne supporte pas une si intense et si longue activité sans répit ; il faudrait leur montrer l’art du montage vidéo, aussi ; il faudrait leur rappeler que la taille moyenne d’un pénis en érection tourne autour de 13-16 cm ; il faudrait leur montrer un éventail large de pénis d’hommes, en dehors du porno, pour qu’ils comprennent qu’un pénis ne ressemble à aucun autre (contrairement à ce que nous promet le porno) et qu’ils cessent d’être complexés ; etc.
    Tu as finalement raison dans ta conclusion : le porno d’aujourd’hui, plus que celui d’hier, a à sa charge la création et le développement d’un nombre incroyable de problèmes identitaires et comportementaux, sans parler de l’exploitation démultipliée d’acteurs et surtout d’actrices qui, pour beaucoup de production, ne sont que des bouts de viande qu’on recrute très jeunes et qu’on recrache pas si vieux, essorés, rincés, démoralisés…



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