Ce que j’en dis…

Les Bio-carburants sont-ils si verts ?
30 décembre, 2009, 23:45
Classé dans : Ecologie

Alors que je n’ai toujours pas achevé la lecture de l’ouvrage de Naomi Klein (ni même la troisième partie sur le travail et l’emploi), un article du magazine gratuit Vice m’est revenu à la gueule comme un élastique tout vert tendu comme un string en coton bio. L’article en question[1] traite de la fabrication de l’éthanol, ce carburant écolo, à partir de la transformation du sucre ou du maïs, et des conditions de travail afférentes. L’article nous apprend que « Le Brésil et les Etats-Unis sont les deux plus grands producteurs mondiaux de biocarburant, fournissant à eux deux 72 % de la production mondiale d’éthanol chaque année. »

 

D’après l’auteur, qui s’appuie notamment sur le travail d’une sociologue de l’Université de São Paulo, les conditions de travail au Brésil sont atroces, indignes du XXIe siècle, mais surtout « plus merdique[s] que [la situation des] esclaves qui travaillaient dans les plantations [au XIXe siècle] » : chaleur étouffante, 1,60 dollars horaire, travailleurs migrants (donc, comme l’a montré Naomi Klein, beaucoup plus fragiles socialement, économiquement, juridiquement), espérance de vie décroissante, crises cardiaques, emploi hyper-précaire (les travailleurs sont embauchés à la journée, ramassés par un bus le matin), pas d’impôt, de charge sociale, ni de responsabilité d’employeur pour les grosses entreprises industrielles, morsures de crotales, rien à bouffer, dettes qui ne cessent de s’allonger pour les travailleurs (location de chambre, nourriture, ticket de bus, …). Le quota journalier correspond à la coupe de « près d’un kilomètre de canne à sucre » ; pas étonnant que ces ouvriers meurent de ces conditions de travail pas humaines, comme ce gamin de 20 ans, Lourenço Paulino de Souza, mort d’un infarctus « lors de son premier jour sur un champ de canne à sucre ». L’auteur de cet article court, incisif et accusateur conclue de manière terriblement ironique : à la question du journaliste lui demandant ce qu’il pense de sa contribution à la lutte contre le réchauffement climatique, un des ouvriers répond « d’un air étonné » : « De l’éthanol ? Qu’est-ce que tu entends par là ? […] Ils font du sucre avec ce qu’on récolte, non ? »

Un article[2] du Monde a signé le retour du string écolo en plein dans ma tronche. En effet, le quotidien se fait l’écho d’un rapport sur les biocarburants de première génération consommés en France, réalisé par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), tel que l’éthanol. L’étude montre que « les conséquences [du] développement des biocarburants sur l’utilisation des terres, [en ce sens] qu’ils prennent la place de cultures alimentaires ou prospères à la place des forêts », sont déplorables en termes de bilan carbone. La journaliste cite l’exemple de l’huile de colza qui, « détournée de son usage alimentaire pour produire du carburant est remplacée par de l’huile de palme », ce qui se traduit par de la déforestation en zone tropicale. Ensuite, le rapport distribue les bons et mauvais points. Pour les premiers, il cite l’éthanol de canne à sucre, « qui émet 90 % de moins de gaz à effet de serre que l’essence », puis les « bioéthanol issus du maïs, du blé, de la betterave et les biodiesel produits à base de tournesol, de colza, de soja ». Pour les deuxièmes, « la filière ETBE (ethyl-tertio-buthyl-ether) issue d’éthanol de betterave, de blé, de maïs », dont les gains énergétiques ne dépassent pas 20 %. Le problème est, qu’avec le biodiesel de colza, c’est cette filière ETBE qui est « la plus développée en France ». On se retrouve alors, en tout cas aujourd’hui avec cette première génération de biocarburants, en présence de produits soi-disant « verts » et en réalité jaunâtres. L’avènement des biocarburants de deuxième génération, plus écolos, qui bénéficient du soutien conjugué de l’ADEME et du ministère de l’environnement, ouvre une perspective meilleure pour les tenants d’un développement durable, ou d’une croissance puis d’une décroissance sélectives comme « transition entre l’inaction d’avant et la mutation de demain »[3], tel Nicolas Hulot. Mais, comme le dit celui-ci dans son dernier film[4], le combat pour l’environnement ― pour la Terre ― ne doit pas se faire sur le dos des pauvres, et des exclus en général ; pourquoi les conditions de travail dignes d’un néo-esclavagisme, dans les champs de canne à sucre destinée à être transformée en éthanol au Brésil, pourquoi ce genre d’informations n’est pas pris en compte dans la mesure du bilan carbone ― alors qu’il y a mort d’hommes ?



[1] JŐNSSON H. (2009), « Le sucre a un goût amer », Vice, Vol. 3, N° 6, Juin, pp. 34-37. 

[2] CARAMEL L. (2009), « Certains biocarburants sont à peine « verts » », Le Monde, n° 20127, samedi 10 octobre, p. 4. 

[3] HULOT N. (2009), « Entretien avec N. Barotte et A. Sagnard », GQ, n° 19, Septembre, pp. 96-103. 

[4] Le syndrome du Titanic


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