Ce que j’en dis…

The Sopranos’ lives #002 Summer of Sam, matrice des Sopranos
18 novembre, 2017, 2:02
Classé dans : Ca, de l'art ?

 

Cette semaine, j’ai fouillé plein de trucs et j’ai retrouvé plein de trucs. Je me focaliserai sur deux choses. Dans le but d’écrire un papier sur feu Frank Vincent, notre Phil Leotardo national, qui nous a quitté, j’ai d’abord fouillé dans ma DVDthèque, à la recherche des films dans lesquels il joue. J’ai ressorti The Goodfellas et Casino, mais je n’ai pas retrouvé mon édition de Raging Bull. Merde. En revanche, j’ai remis la main sur un film que j’oublie parfois, Summer of Sam de Spike Lee, que j’ai mis dans ma pile, près de mon lit, prêt à être glissé dans mon lecteur (note : Frank Vincent ne figure pas au générique). J’ai ensuite fouillé dans ma mémoire, pour essayer de retrouver des images, des idées, des cartes postales mentales de Frank Vincent. Par association d’idées, je me suis demandé quand j’ai commencé à suivre The Sopranos, et là, un épais brouillard s’est dressé devant mes yeux embués.

 

Pourtant, je vais devoir m’atteler à dissiper ce brouillard. L’article sur Frank Vincent peut attendre.

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Frank Vincent dans le rôle de Phil Leotardo, dans The Sopranos

 

A l’adolescence, sans grande originalité, je me suis pris de passion pour l’univers de la mafia. Goodfellas, The Godfather, les deux Scarface, Carlito’s Way, The Untouchables, Casino, Once Upon a Time in America, Gotti, Donnie Brasco, Mobsters (Les Indomptés), Witness to the Mob (Mafia – La Trahison de Gotti), Il était une fois le Bronx, et beaucoup d’autres œuvres, plus ou moins reconnues, sont venues alimenter un imaginaire déjà taillé par la lecture d’un livre offert par ma géniale grand-mère, Le Syndicat du Crime, écrit par Jean-Michel Charlier et Jean Marcilly (1981) et édité par France Loisirs. Je ne ratais jamais un épisode de la série documentaire Portrait de gangsters, sur la chaîne Planète, avec des portraits de Lucky Luciano, Meyer Lansky, Al Capone, Sam Giancana, Lepke Buchalter, etc. Je lisais tout ce que je trouvais, jusqu’à des livres universitaires dont je ne comprenais que la moitié. Je suis le genre d’adolescent qui, en 4e, lorsque son prof de français offre à ses élèves de lire une œuvre libre, propose le bouquin de Charlier et Marcilly. Refus catégorique, regard désemparé. J’aurais essayé.

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LCS 203. Santiago Navas feat. Danilo Nino, « Pejcao », 2016
30 octobre, 2017, 13:42
Classé dans : Ca, de l'art ?,Musique & Music

 

J’ai choisi cette semaine un morceau de Santiago Navas, featuring Danilo Niño, intitulé « Pejcao », et sorti en 2016 sur l’EP Problemática sur le label In-Correcto.

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Santiago Navas est un jeune producteur de 20 ans, provenance Bogotá, Colombie, un type qui, selon un article publié sur le site Noisey (Vice), sait jouer de la guitare, de la basse, de la contrebasse et chanter. Le mec expérimente, bricole des trucs house tropical, navigue entre musique populaire traditionnelle et innovation électronique, avec des influences comme Darkside, Bonobo, James Blake, Nicolas Jaar. Selon sa page facebook, Santiago Navas aime réinterpréter ses morceaux sur scène avec de vraies musiciens pour leur donner davantage de dynamique.

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J’ai découvert ce morceau en écoutant la Radio I Have A Dream, une radio pirate qui émet depuis le pays basque fondée par Christian Bordes aka Jules-Edouard Moustic, bien connu de tous les citoyens Grolandais (dont je fais fièrement partie), et dont les ondes ont rouvert il y a quelques jours seulement. Une radio qui donne beaucoup d’air frais à mes oreilles, qui sont branchés H24 sur les ondes depuis la réouverture de la radio ! C’est donc il y a quelques jours seulement que je tombe sur ce morceau chelou, qui mixe des nappes planantes de synthé house, avec une basse entraînante, un tempo un peu à contretemps, et des rythmes guitares et voix latino zar-bi. Je suis sous le charme !

Santiago Navas

Voici un autre morceau issu du même EP (dont on peut écouter l’intégralité sur toutes les plateformes de streaming), intitulé « Región » :

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Tu veux ma culture dans ta gueule ? #005 Trois courts-métrages
18 octobre, 2017, 21:35
Classé dans : Ca, de l'art ?,La Société en question(s)

 

Même si je n’ai pas beaucoup de temps à consacrer au blog en ce moment, ça fait trop longtemps que je n’ai rien publié. Alors, comme le guignol de Guillaume Durand, « moi, le temps, j’le prends »…

Cette fois, j’ai décidé de vous faire découvrir quelques courts-métrages que j’ai vus à la fin de mon adolescence et qui transpirent la culture que j’ingurgitais à l’époque. Il faut dire que, abonné à Canal + et à Canalsat, j’ai l’occasion d’en bouffer pas mal, du court-métrage. Je l’ai déjà écrit sur ce blog, mais à l’adolescence, j’ai l’idée, peut-être un peu saugrenue, d’enregistrer des VHS de 240 minutes entières « dans le vide », c’est-à-dire sans programmation : j’enregistre MCM ou MTV la nuit, à la recherche d’une bouteille à la mer. Je fais de même avec des chaînes comme 13e Rue, Planète, Comédie!, Paris Première ou Canal Jimmy. C’est d’ailleurs un peu comme ça, complètement par hasard, que je tombe sur The Sopranos ou Six Feet Under – mais c’est une autre histoire !

Le premier court que je présente est réalisé par Christophe Smith et Benoît Delépine en 1995, intitulé A l’arraché, l’histoire d’un voleur minable, interprété par Delépine lui-même, qui se fait rattraper par sa victime. Le film a reçu une récompense dans le cadre du festival de Gérardmer en 1996. Je ne sais plus où j’ai vu ce truc (certainement sur Canal + tard dans la nuit), mais ça m’a marqué… C’est mon frère qui m’a remis ces images dérangeantes en tête !

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A la fin des années 1990, j’ai 15-16 ans, c’est la fin du collège, et je suis un fan de « l’humour Canal ». Je suis donc complètement happé par tout ce que font Jamel Debbouze, Gad Elmaleh, Eric & Ramzy, les Robins des bois, et tout ceux qu’ils touchent (Kader Aoun, Alain Chabat, Gérard Darmon, Omar & Fred, etc.). Je suis devenu un inconditionnel de la série H, évidemment, de nombreux sketchs de Jamel, par exemple, sont devenus cultes pour moi, je tombe complètement sous le charme du revival Chabat (les films, à commencer par Astérix et Cléopâtre, mais aussi le Burger Quizz)… Un jour, je tombe complètement par hasard sur un court-métrage de Denis Thybaud intitulé Granturismo (2000), avec Gérard Darmon, Jamel Debbouze et Zoé Félix (on y entend également les voix de Fred Testot et d’Omar Sy). A cette époque, Jamel est sur le toit du showbiz, il peut tout se permettre, en particulier cette perruque-combo cheveux-bouc ! Voilà, c’est n’imp’, mais c’est cadeau :

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Pour terminer, je vous propose un truc chelou un peu borderline chopé complètement par hasard sur 13e Rue (je crois), que j’ai adoré. Un truc bien tordu, bien trash, bien drôle. Ca s’appelle Balibalo, réalisé par Marc Andréoni en 2002. C’est l’histoire de la rencontre entre une bagnole rempli de malfrats et un jeune scout innocent, et ça va saigner… Le réal joue Marco, et j’aime beaucoup cet acteur (il joue le psy dans Caméra Café, le directeur de la prison dans Zonzon et un malfrat dans le génial Total Western). Si vous ne connaissez pas ce court, je suis super fier de vous le faire découvrir !

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Voilà encore un peu de ma culture dévoilée, et cette chronique ne va pas arranger mes bidons avec la bien-pensance… La bise les gens !



LCS 202. Yasmine Hamdan, « Shouei », 2012
26 août, 2017, 0:50
Classé dans : Ca, de l'art ?,Ils font avancer le monde,Musique & Music

 

J’ai choisi cette semaine un morceau de Yasmine Hamdan intitulé « Shouei », 9e piste de son premier album solo (Yasmine Hamdan) sorti en 2012 chez Kwaidan Records.

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Je suis tombé sur ce morceau à la radio, il y a quelques années. J’écoutais distraitement le poste, et puis cet accord de guitare… et cette voix particulière. Je me laisse bercer par cet air mélancolique chanté en arabe, cette balade dont je ne saisis que la sensibilité. Le genre de son qui te fait sourire tristement et pleurer, sans t’en rendre compte, et sans savoir vraiment pourquoi. Pas tout à fait revenu de mes émotions, je reconnais finalement cette voix : c’est celle de Yasmine Hamdan.

Il faut dire que j’ai déjà eu l’honneur d’apprécier ce timbre de voix plusieurs années auparavant. A l’époque abonné à Technikart, je reçois, hiver 2009 finissant, une couverture noire intrigante, avec deux visages à moitié cachés. Le journaliste Benoît Sabatier s’entretient avec Yasmine Hamdan et le producteur Mirwais, qui s’apprêtent tous les deux à révolutionner la pop avec l’album Arabology (sous le nom Projet Y.A.S.). J’ai lu cette interview plusieurs fois, j’étais pressé que le disque sorte. Deux mois plus tard, je peux enfin l’écouter. Claque dans la gueule, à commencer par le morceau « Get It Right » : 

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Dans l’entretien, Mirwais, ancien de Taxi Girl et producteur de la Madone du début des années 2000, annonce la couleur :

« On part du vœu pieu de créer quelque chose qui n’a jamais été fait. Aller plus loin que la musique, intégrer dans la culture pop occidentale la langue arabe, qui est connotée soit exotique, soit agressive. Pour Arabology, je voulais une production intellectuelle. [...] Ce qui m’a intéressé [...], c’est l’uchronie. Partir de postulats tronqués, comme Philip K. Dick pour Le Maître du haut château, avec des États-Unis dirigés par l’Allemagne et le Japon. Depuis une quinzaine d’années, je vis avec ce fantasme : et si les Beatles, et Dylan, l’explosion pop, n’avaient pas existé ? Comment vivrait-on ? Arabology correspond à ces réflexions. Notre clip du morceau « Yaspop », c’est uchronique : on nous voit planter un drapeau symboliquement arabe sur la Lune, comme si la conquête spatiale des Américains et des Soviétiques avait échoué. [...] Dans l’industrie pop contemporaine totalement écrasée par les codes occidentaux, un tel disque en arabe, c’est une attaque frontale esthétique. »

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Lud le Bootlegger revient… avec The Irish Maid
26 juillet, 2017, 23:44
Classé dans : Epicurian Arts

 

Le bootlegger amateur que je suis (en fait : juste un bartender amateur – je ne fabrique ni ne vends mon propre alcool) est toujours aussi alcoolique, mais il écrit et publie moins. J’ai inauguré cette rubrique en 2013, et je n’ai pas publié grand-chose ! Blague à part, avant de sombrer dans la déchéance alcoolique, petit rappel : le but c’est le plaisir, le plaisir altruiste de s’amuser avec des amis en leur faisant plaisir ; le plaisir laborieux de travailler à produire quelque chose dont on peut être fier ; le plaisir artiste d’affiner son art(isanat) et d’améliorer ses productions. Juste le plaisir amateur de jouir de la vie. Pas d’alcool sans plaisir, l’inverse c’est l’alcoolisme. Pas d’alcool sans précaution ni sécurité. Let’s go !

Depuis l’arrivée des deux prochains sauveurs du monde (mes jumeaux, trois ans dans trois jours), je dois avouer que, concernant les cocktails, j’ai levé le pied – et par conséquent, j’écris beaucoup moins dessus aussi. Le seul truc que je continue à faire, c’est d’acheter des livres de cocktails, et quand je n’ai plus d’argent pour m’en procurer, ce sont mes chers élèves qui prennent le relais (deux de plus dans ma collec’ !).

La recette que je vais vous présenter, je ne l’ai pas chinée dans un obscur opuscule dédié à l’art du mix, mais sur Internet. La réalité est moche, je sais. J’ai oublié par quel biais, mais je tombe (certainement par erreur) sur le site des Inrocks, et la recette du Irish Maid. L’auteur de l’article (Luke, des Frères James) raconte son aventure : à l’arrivée de l’été, il cherche un cocktail frais et désaltérant, alors il va demander à Aron, bartender au Glass. Ce bar, l’un des nombreux bars à cocktails situés à Pigalle, est l’un de mes préférés : étroit, sombre, on peut venir entre potes, à deux pour causer, ou seul, parce que la solitude, « ça fait peut-être mal au bide, mais c’est bon pour la gueule ». Un cocktail et un hot-dog minute, à 23h50, en plein Pigalle, seul, en plein hiver : ça vous réchauffe une âme esseulée. (suite…)



The Sopranos’ lives #001 Quand T. Sirico et S. Schirripa se parodient en Muppets !
15 juillet, 2017, 0:55
Classé dans : Ca, de l'art ?

 

Si vous lisez régulièrement ce blog, vous savez déjà que je suis un fan inconditionnel de la série The Sopranos, créée par David Chase à la fin des nineties. J’espère que j’aurais la patience de développer cette nouvelle chronique intitulée The Sopranos’ lives : le but est de raconter les Sopranos, en long, en large et en travers, comme un amateur surtout. Je ne veux surtout pas me substituer aux experts officiels. Par contre, je préfère prévenir : ayant visionné l’intégralité de la série une bonne vingtaine de fois, il risque d’y avoir du spoiler !

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Je vous annonce un premier épisode léger et cabotineux avec deux acteurs importants de la série : Tony Sirico et Steve Schirripa.

Tony+Sirico+Steve+Schirripa+Garden+Dreams+AufyBE1aQWOlSteve Schirripa et Tony Sirico (Madison Square Garden, New York, 22 janvier 2013) – copyrights Brad Barket/Getty Images 2013

 

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Tu veux ma culture dans ta gueule ? #004 Patrick Braoudé
4 mai, 2017, 17:01
Classé dans : Ca, de l'art ?,La Société en question(s)

Il y a un an à peu près, j’inaugurais une nouvelle rubrique sur ce blog, intitulée « Tu veux ma culture dans ta gueule ? », dont le titre est, je le répète, « suffisamment vague et ambivalent pour servir de prétexte et y mettre tout ce qui me fait bander culturellement ».

Après trois épisodes plus ou moins consacrés à des dessins-animés, j’ai décidé de centrer mon propos sur un artiste qui mérite, selon moi, à être davantage connu. Comme toujours, la lecture de ce papier vérifiera encore cette hypothèse, que je répète à l’envi sur ce blog : la culture prend de nombreuses formes et des chemins bien tortueux.

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À peu près à l’âge de sept ou huit ans, je tombe sur un film sur TF1, un mardi soir ou un dimanche soir. Un film que mes parents ou moi avons enregistré en VHS. Ce film s’intitule Génial mes parents divorcent ! (1990, Patrick Braoudé), et je m’en suis délecté avec régularité à l’époque. C’est l’histoire de gamins de CM2 qui se déchirent sur la situation conjugale de leurs parents respectifs ; c’est la guerre des boutons moderne, avec le stigmate du divorce en ligne de mire, et le retournement du stigmate. Patrick Braoudé, beaucoup plus tard, rappellera que ce n’était pas un sujet dérisoire, car, « à l’époque, les enfants de divorcés étaient des moutons noirs »

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Évidemment, c’est l’identification à des jeunes un tout petit plus vieux que moi qui a joué sur l’engouement que je porte à ce film : voir ces jeunes vivre des trucs (à peu près) réalistes, drôles (certaines scènes sont terribles), pas édulcorés (les douleurs des enfants liées à un divorce, en particulier), m’a permis de m’identifier aux personnages. Et puis, il ne faut pas oublier le point essentiel : le film est filmé du point de vue des enfants. (suite…)



Pierre Bourdieu : la mystification de l’école libératrice

 

En tant que professeur de Sciences économiques et sociales (SES), j’ai dû lire un peu de Pierre Bourdieu pour affronter les programmes lorsque je suis entré dans le métier, il y a sept ans maintenant. J’y ai découvert une pensée féconde, une pensée qui bouscule, une pensée ardue pour un étudiant qui, comme moi, a une formation plus économique que sociologique (je me souviens d’un chargé de TD, en 2e année de licence, qui était littéralement féru de Pierre Bourdieu, et qui nous avait fait lire plusieurs textes dont on n’avait même pas compris le titre). Petit à petit, je me suis frotté un peu plus sérieusement à la pensée du sociologue : Les Héritiers, Sur la télévision, Questions de sociologie, une palanquée d’articles aussi, principalement issus des Actes de la recherche en sciences sociales, puis La Misère du monde, Science de la science et réflexivité, Invitation à la sociologie réflexive, Interventions, Le sociologue et l’historien. Plusieurs autres ouvrages ont été commencés : Méditations pascaliennes, Homo Academicus, Sur l’Etat en particulier. Et puis une foultitude d’essais sur Pierre Bourdieu, qu’il est illusoire de tous citer ici.

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J’admire beaucoup ce grand penseur, et c’est avec une étrange fascination que, sous le coup de coude d’un enseignant-chercheur que j’ai rencontré l’an dernier, je suis nécessité à lire Jacques Rancière et, ainsi, à entendre les féroces critiques que le philosophe a émises à l’endroit du sociologue. Je dois reconnaître que cette tension entre Rancière et Bourdieu (du nom d’un formidable ouvrage de Charlotte Nordmann) est très féconde pour mon esprit fermé ! Je voudrais ici partager un texte du sociologue, publié en 1966, à propos de ce qu’il appelle l’idéologie jacobine. Bonne réflexion !

 

 

Pourquoi le système d’éducation est-il si rarement soumis à une critique radicale ? Je voudrais montrer que le radicalisme ou le terrorisme verbal dissimule le plus souvent une complicité souterraine avec la logique du système d’enseignement, les valeurs qui le soutiennent et les fonctions qu’ils remplissent objectivement. Ne s’accorde-t-on pas trop facilement pour dénoncer les insuffisances de ce système et celles-là seulement que le système d’enseignement doit aux conditions économiques et politiques de son fonctionnement ?

Dénoncer et combattre, au nom d’une surenchère d’exigences, toutes les tentatives pour transformer un système archaïque, cela est incontestablement utile, mais cela est aussi incontestablement rassurant. D’abord, on se donne les justifications du révolutionnarisme verbal en réaffirmant les exigences concernant les conditions du fonctionnement du système ; ensuite on se dispense ainsi d’examiner le fonctionnement proprement dit de ce système, d’en analyser la logique et d’en découvrir les fonctions réelles. C’est pourquoi j’ai la conviction que l’idéologie jacobine sur laquelle repose la critique traditionnelle du système d’enseignement, et aussi, il faut le dire, certaines critiques traditionnelles des réformes gouvernementales de ce système, justifient le système sous apparence de le contester en même temps qu’elles justifient dans leur conservatisme pédagogique nombre de ceux qui s’en réclament, même à l’intérieur de l’Université. (suite…)



LCS 201. Jack Seps, « Nihon Dropping », 2016
22 avril, 2017, 19:47
Classé dans : (l'allitération de la) Littérature,Musique & Music

 

Ces derniers jours, l’artiste Larry Nocksy (aka Hare-T) a mis en boîte le morceau « Nihon Dropping », que mon frère Jack Seps a publié à la fin du printemps 2016 sur son compte Soundcloud. Le titre est une face B d’une piste disponible sur un disque de musique de Pokemon, et comme nous ne savons pas encore lire le japonais, ben on ne sait pas qui en est l’auteur !

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Jack a écrit ce morceau à la suite de son voyage au Japon, à l’été 2015, voyage qui semble l’avoir bien marqué. Il résidait alors dans le quartier Jujo. Il a enregistré le morceau assez vite, aux studios Axiome à Montreuil (93). Aux dires même de Jack, ce morceau a des chances d’intéresser tout au plus trois ou quatre personnes tant il est crypté, codé ! C’est en effet un name-dropping de tout ce qu’il aime au Japon, une sorte de pot-pourri de son amour pour la culture nippone (« Nihon » signifiant Japon), et, comme on pouvait s’y attendre, il y a beaucoup de ce qui a fait la culture d’un enfant occidental né dans les eighties ! Pour dire les choses honnêtement, c’est le morceau qui me plaît le moins parmi tout ce qu’a fait mon frère. Mais, non seulement, je reconnais à ce morceau un certain nombre de qualités, mais je l’apprécie de plus en plus.

On sent que Jack prend un réel plaisir à affirmer son amour pour le Japon. A l’écoute, de par la manière dont il a écrit ce texte, son interprétation ressemble par moments à certains morceaux du Party de Plaisir de Tekilatex (2007), en particulier le titre « Bonne Soirée » (même si Jack livre un rap plus classique et, selon moi, plus intéressant sur ce type de morceau). D’ailleurs, la référence à Tekilatex et TTC n’est pas si étrange que cela : non content d’avoir bercé notre adolescence et post-adolescence (pour ma part), l’un de nos titres préférés de TTC s’intitule « Ebisu Rendez-vous », sorti sur leur maître-album Bâtards sensibles (2004), dans lequel les trois rappeurs racontent leur voyage au Japon, et déclarent leur flamme au pays du Soleil levant.

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Pour terminer, je voudrais dire un mot du clip de « Nihon Dropping », car le travail de Larry Nocksy vaut le détour. Mais avant, j’aimerais faire part d’un tourment récurrent chez Jack Seps qui, en effet, ne cesse de rappeler ce paradoxe dès qu’on parle musique : c’est par le biais du clip, donc de l’image, qu’aujourd’hui le public entre dans la musique. Selon lui, sans clip, il est impossible d’intéresser un public, aussi étroit possible. Et je ne lui donne pas tort, non seulement parce qu’il semblerait bien que les artistes subissent cette évolution, mais surtout parce que… je laisse penser, par le fait même d’écrire une chronique sur ce titre-là en particulier, premier clip de Jack Seps, que sa musique n’est intéressante qu’à cette condition-là ! Les Buggles l’ont doublement prophétisé dans leur « Video Killed the Radio Star », sorti en 1979, d’abord dans le morceau, mais ensuite parce que le clip du morceau fut le premier à être diffusé sur MTV, au lancement de la chaîne en 1981. Jack me dit souvent, désabusé, que les gens ne s’intéressent à la musique que s’ils peuvent la « voir » en clip ; et on peut légitimement se poser la question : le clip a-t-il tué la musique ? Le clip fait-il forcément écran pour la musique qu’il est censé mettre en valeur ? Ou le clip peut-il être aussi harmonieusement complémentaire de la musique ?

On peut maintenant parler du formidable travail de Larry Nocksy, qui a décidé de répondre à chaque « drop » de name par une image, autant que faire se peut. Même si une erreur imperceptible s’est glissée dans le clip – on voit une image cool de Totoro alors que Jack dit « Toto », apparemment une marque de lavabo ou de toilette (mais Totoro, c’est cool quand même !) -, le travail de Larry Nocksy est tout bonnement génial : non seulement l’image est tremblante (ce qui donne de la vitesse, ce qui est loin d’être évident avec une suite de photos), mais aussi l’alternance d’images est rythmée, par construction, par le flow de Jack. D’un point de vue formel, le tout s’accorde donc très bien, d’autant plus qu’il y a un petit côté « professionnellement artisanal » de la part de Larry, qui convient parfaitement. L’essentiel, néanmoins, se trouve ailleurs. Ce qui est si plaisant dans le clip, c’est que l’image est au diapason de la musique : l’image n’écrase pas la musique, ne lui fait pas d’ombre, elle apporte au contraire quelque chose au morceau, « notamment de la compréhension » selon les propres dires d’un Jack Seps ravi du résultat. Le clip facilite la lecture du morceau, il rend fluide un texte et une interprétation qui, sans l’image, restent tout de même sacrément ésotériques ! Voilà un exemple parfait d’un mariage réussi entre l’image et la musique. Jack semble néanmoins avoir raison : c’est grâce au beau travail de Larry Nocksy qu’on va peut-être s’intéresser au beau travail de Jack Seps… Finalement, je n’ai qu’un conseil à leur donner : continuez à faire ce que vous faites, les mecs. Sincèrement, c’est du beau boulot. D’un côté comme de l’autre. Allez, je vous le remets, je fais ce que je veux, c’est mon putain de blog :

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La Parole Ouvrière (1830-1851) a des choses à nous dire sur l’élection présidentielle 2017

 

Dans les années 1970, le philosophe Jacques Rancière a déjà rompu avec le marxisme d’Althusser et entreprend une longue recherche qui le mènera à une thèse d’État en 1981. A l’époque, professeur de philosophie à l’Université de Vincennes, il décide de « [transformer son] cours de philosophie en groupe de recherche sur l’histoire ouvrière » (p. 339) et trouve son partenaire, Alain Faure, « Etudiant transfuge d’un département d’histoire » (p. 339) (qu’on ne doit pas confondre avec l’historien Alain Faure, spécialiste de la classe ouvrière à l’Université Paris 10 Nanterre). En 1976, avec cet étudiant, Jacques Rancière publie La Parole Ouvrière, une sélection de textes écrits par des prolétaires français entre 1830 et 1851. Ce livre a été réédité par les éditions La Fabrique en 2007*, et c’est une vraie libération de lire ces textes qui, non contents de signifier l’émancipation ouvrière pour les prolétaires de l’époque, amorcent également une véritable émancipation pour le lecteur du XXIe siècle, enfermé dans les contradictions et les absurdités de son siècle.

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Je ne sais pas si je l’ai déjà écrit ici, mais si je me suis lancé dans l’exploration rigoureuse de la pensée de Jacques Rancière, c’est grâce à ma rencontre, l’an dernier, avec un enseignant-chercheur de l’ISP-ICP de Paris, un véritable maître ignorant qui a fait sienne la non-méthode de Rancière ; c’est lui qui m’a poussé à revenir à Rancière, que j’avais lu trop rapidement plus tôt dans ma vie ; c’est lui qui m’a obligé à comprendre Rancière par moi-même, sans me le verser tout cuit dans le bec, pratique qui est trop souvent vouée à l’échec d’ailleurs ; c’est lui qui ravive la flamme que j’ai en moi depuis ce mémoire sur la crise de 1929, rédigé en 2009, cette flamme de la recherche universitaire et du questionnement scientifique. Bon, trêve de bavardage : en ces temps troublés d’élection toute pétée, je m’en vais reproduire quelques textes issus, donc, de La Parole Ouvrière.

* Les références renvoient à l’édition de 2007.

 

A la fin de son introduction (pp. 26-27), Alain Faure introduit et cite deux textes d’époque :

 

« Espoir et désespoir mêlés dans cette réflexion d’avant le combat que prêtait l’écrivain républicain Rey-Dusseuil dans son roman Le Cloître Saint-Merri à un ouvrier insurgé de juin 1832 :

« Tout le monde ne peut pas être riche, je le sais, mais tout le monde doit vivre, je le veux !… Qui nous arrêterait ? La peur de la mort ? On n’a peur de mourir que quand on a plaisir à vivre. La mort est la seule amie du peuple, si elle vient avec une balle, elle se présente mieux qu’attendue sur un grabat… En avant, donc ! »

En écho, à seize ans de distance, cette pensée se retrouve dans la brochure d’un ouvrier supposé tranquille, Cousin-Vesseron (Nécessité de l’organisation du travail) :

« Faut-il s’étonner si des hommes, pour qui le passé et le présent n’ont que des souvenirs d’amertume d’une réalité de souffrance, jettent vers tout nouveau soleil un regard d’impatience et d’espoir ; après tout, l’ouvrier n’a rien à perdre, son sort ne saurait être pire ; il ne désire pas les bouleversements, il ne les craint pas non plus, puisqu’à chaque catastrophe il peut espérer voir cesser l’intolérable état de choses dont il est la victime et se voir débarrasser du fardeau de misère qui depuis si longtemps pèse sur lui. »

Attitude devant la mort qui nous renvoie à la mort quotidienne subie dans l’atelier et à l’avenir qui se pense et se fait à partir d’elle ; s’exprimant dans la pensée ouvrière. »

 

L’extrait suivant (pp. 37-43) provient d’un texte écrit en 1831 par l’ouvrier typographe Augustin Colin, publié dans Le Cri du peuple :

 

« [...] Nous avons secoué le joug de l’aristocratie nobiliaire pour tomber sous la domination de l’aristocratie financière, nous avons chassé nos tyrans à parchemin pour nous jeter dans les bras des despotes à millions. (suite…)


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