Ce que j’en dis…

Les chansons de la semaine # 205 Fourre-tout
16 mars, 2019, 22:40
Classé dans : Musique & Music

 

Cette semaine, ma rubrique LCS sera un beau fourre-tout. En effet, j’ai décidé de vous proposer plusieurs morceaux entendus ici ou là (souvent sur FIP, parfois chez nos amis de Rock à la Casbah), des morceaux surprenants, parfois connus, souvent pas, intéressants, qui bousculent, qui interpellent, sans thème particulier ni cohérence musicale… Voilà quoi.

 

Akira Ishikawa, « Do It Til You’re Satisfied », sur l’album Back To Rhythm, publié en 1975 chez Columbia.

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Askehoug, « Nuage », sur l’album French Kiss, publié en 2016 sur le label Ulysse Musique.

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« Je comprends la violence des Gilets Jaunes… » Les sciences sociales concurrencées par la pensée magique
25 février, 2019, 17:13
Classé dans : Histoire de la Pensée,La Société en question(s)

 

Plus de trois mois de mobilisation pour les Gilets Jaunes… Et que de polémiques ! Aujourd’hui, j’aimerais revenir sur une séquence extrêmement instructive qui en dit beaucoup aussi sur certains impensés du débat public.

Résumé

Les émissions télévisées de débat « à chaud » donnent souvent à voir une multitude d’impensés du débat public. Le décryptage de l’une d’entre elles, dans laquelle l’un des invités est sommé de comparaître après avoir affirmé qu’il « comprenait la violence des Gilets Jaunes », permet, outre un rappel bourdieusien de la fabrique de l’opinion à la télévision, de rappeler que les sciences sociales et leurs fondements épistémologiques très solides, s’ils étaient largement diffusés, nous aideraient à sortir de certaines apories. En effet, enseigner les sciences sociales (car l’auteur est enseignant) oblige à établir une distinction stricte entre « comprendre » et « juger », en exploitant notamment la notion de « neutralité axiologique » (wertfreiheit) de Max Weber. Cette distinction patiemment fondée, et largement diffusée, permettrait, comme le souhaitait Émile Durkheim, de sortir de la pensée magique en ce qui concerne les choses sociales, et ainsi, de renforcer le caractère démocratique de nos sociétés par une compréhension approfondie et complexe des phénomènes et comportements sociaux.

Christophe Dettinger Black Lines Sociologie

[Photographie d’une partie de la fresque réalisée par le collectif Black Lines Rue d’Aubervilliers, Paris, dans laquelle j’ai ajouté une formule de Pierre Bourdieu, que Pierre Carles a utilisée pour nommer l’un de ses films : La Sociologie est un sport de combat]

 

Décryptage d’une émission de débat « à chaud »

 

Le lundi 7 janvier 2019, la journaliste Sonia Mabrouk reçoit, dans son émission de débat Les Voix de l’Info diffusée sur CNews, Laurence Marchand-Taillade (présidente du mouvement Forces Laïques), Vincent Cespedes (philosophe), François Pupponi (député Territoire et Liberté du Val d’Oise et président de l’association Villes et banlieues d’Île-de-France), Marie-Virginie Klein (communicante au cabinet Tilder), Thibault Lanxade (entrepreneur et PDG du groupe Jouve) et Driss Aït Youssef (président de l’Institut Léonard de Vinci).

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La journaliste ouvre son émission avec un choix de thèmes, et de mots pour les présenter, bien particuliers : elle parle en effet d’ « ultraviolence observée désormais tous les samedis », de « gangrène de la violence », puis évoque LE sujet de ce début de semaine, l’ancien boxeur, en ces termes « volonté d’en découdre avec la police », etc. Le ton est donné.

Après avoir diffusé (suite…)



Gilets Jaunes & violences policières
27 janvier, 2019, 13:41
Classé dans : La Société en question(s)

 

Hier, 26 janvier 2019, lors de l’Acte XI des Gilets Jaunes, Jérôme Rodrigues, l’une des figures du mouvement, a été blessé gravement à l’oeil sur la Place de la Bastille. Ces blessures sont monnaie courante depuis le début du mouvement.

capture-decran-2019-01-26-a-18-06-25Photo : Zakaria Abdelkafi/AFP

 

Plus de deux mois après le déclenchement d’un mouvement social soudain et d’ampleur, alors que le mouvement se poursuit, nous sommes abreuvés d’informations et de documents, à tel point qu’il peut être très difficile d’y voir plus clair pour tout un chacun, c’est-à-dire d’y voir plus clair au-delà de ses propres représentations. J’ai sélectionné plusieurs documents, sélection partielle évidemment, qui obligent à prendre un peu de temps pour comprendre. Car c’est bien cela qui nous manque : du temps pour comprendre, pour prendre du recul, à la fois sur la masse d’infos (et d’intox, d’imprécisions, de fake news, de mensonges, de propagande, etc.) et sur nos propres représentations, afin de suspendre notre jugement – non pour se retirer du monde, mais pour affiner ce jugement.

Le premier document est une émission de Mediapart datée du 16 janvier 2019, avec Karl Laske (journaliste à Mediapart), Antoine Boudinet (amputé d’une main), Dominique Rodtchenki Pontonnier (mère d’un blessé à la main), Lola Villabriga (blessée au visage) et Anaëlle (secouriste volontaire – street medics).

Le deuxième document est une émission de France Culture datée, elle aussi, du 16 janvier 2019 (L’invité des matins), avec David Dufresne (écrivain et journaliste) et Hélène L’Heuillet (philosophe et psychanalyste).

Le troisième document est une émission « Facebook Live » de Brut, datée du 18 janvier 2019, dans laquelle David Dufresne revient sur les violences policières.

Le quatrième document est un entretien du Media avec David Dufresne datée du 7 janvier 2019.

Le dernier document est un entretien du Media daté du 17 janvier 2019 avec le policier Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat de police VIGI.

Bonne écoute !

 

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EDIT : Un reportage très intéressant et très poignant du média Le Vent Se Lève, daté du 27 février 2019, réalisé par Salomé Saqué, Louis Scocard et Antoine Dézert :

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L’Edito-Eco de Lud le Scribouillard #021 Les dépenses publiques de Macron

 

Cela fait très longtemps que ma plume est restée muette. Ma vie est bien remplie. Et puis, il faut l’avouer : avec l’élection d’Emmanuel Macron, ça va encore plus vite qu’avec Sarkozy. Je veux dire : même pas le temps de décrypter une connerie ou une insulte qu’une autre sort. Il ne peut pas s’en empêcher, le mec ; et quand il faiblit un peu, beaucoup sont prêts à prendre sa place : des ministres lèche-cul, des députés godillots, des éditorialistes en pâmoison.

J’ai décidé pour ce billet de commenter quelques conneries (d’aucuns auraient écrit « fake news ») que notre Président de la République a prononcées lors de ses vœux aux Français le 31 décembre 2018. J’ai du mérite : beaucoup de mes proches m’ont avoué n’avoir pas eu la force d’aller au bout des seize minutes. Mais ce billet ne sera pas exhaustif, j’en ai bien peur. Je me contenterai de relever une belle grosse bouse bourde, mais le discours en est truffées !

838_forbesUne de Forbes, 31 mai 2018

Je propose à tous les lecteurs – et j’en suis désolé par avance – de bien vouloir revoir ses seize longues minutes, non pour infliger gratuitement d’atroces souffrances, non, je ne suis pas aussi pervers, mais simplement pour que tous les fans absolus de Manu ne crient pas à la déformation des propos et à la sortie du « contexte », vous savez, ce fameux contexte…

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Première piste à relever : « Nous surmonterons ensemble les égoïsmes nationaux, les intérêts particuliers et les obscurantismes. » (4′)

Une autre, une belle, celle-là, faudra la ressortir : « Le capitalisme ultra-libéral et financier, trop souvent guidé par le court terme et l’avidité de quelques-uns, va vers sa fin. » (4’41 ») (Mais peut-être a-t-il voulu dire « vers sa faim » ?) (suite…)



Dorothea Lange, Migrant mother, 1936

 

La période de l’entre-deux-guerres me poursuit, on pourrait même dire qu’elle me hante. Je l’ai croisée à l’adolescence, à travers le récit enflammé des grands gangsters de ces années-là, les Charlie Luciano, Meyer Lansky, Bugsy Siegel, Frank Costello, Lepke Buchalter, Al Capone, ainsi que les John Dillinger, les Bonnie Parker & Clyde Barrow, etc. Je me suis nourri de cette période, à la fin du collège et au lycée, elle a excité ma curiosité. Un moment fondateur de mon goût particulier pour l’histoire contemporaine, celle qui commence à la fin de la Grande Guerre, l’histoire du XXe siècle. Cette période, j’y suis revenu à travers un mémoire de master, dont j’avais choisi le sujet : la crise de 1929. J’ai adoré effectué ce travail, notamment parce que ça m’obligeait à creuser une facette de cette histoire que je maîtrisais moins, celle des mécanismes économiques, sociologiques, politiques qui lient inextricablement la Grande Guerre à la Grande dépression, la misère des paysans à la bulle spéculative, le Traité de Versailles à l’austérité allemande, la Grande dépression à la Deuxième Guerre mondiale, etc. Entre mon adolescence et aujourd’hui, j’ai picoré dans la culture et, ce faisant, je comprends de mieux en mieux cette histoire. La lecture du formidable Hard Times de Studs Terkel m’a replongé, l’an dernier, dans cette Grande dépression. Une réédition des éditions Amsterdam illustrée de plusieurs dizaines des photos que Dorothea Lange prit pour la Farm Security Administration dans les années 1930. Et ce mois-ci, novembre 2018, le musée du Jeu de Paume décide de consacrer une exposition riche et minutieuse à Dorothea Lange, sous l’intitulé : « Politiques du visible ». Et c’est par l’entremise de ma grande amie Pascale, collègue géniale de littérature, que je me retrouve, mardi soir, en sa si charmante compagnie, au milieu de l’expo, bouleversé par ces photographies.

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J’ai plein de trucs à vendre !
14 septembre, 2018, 19:28
Classé dans : Ma gestion du blog

 

C’est rare que je vous sollicite afin de vendre ma quincaillerie, mais là, j’ai vraiment besoin de me débarrasser d’un certain nombre de trucs : ça me prend de la place, et j’ai besoin de thunes !

Tout d’abord, j’ai beaucoup de biens autour du bébé dont j’aimerais me séparer :

- Deux lits à barreaux 120×60 avec matelas (les matelas sont épais et en très bon état) (à noter que, lorsque les enfants ont pu descendre seuls du lit, nous avons retiré un pan de chaque lit que l’on a remplacés par des barreaux en bois plus petits, mais ce sont bien les pans originaux (hauts) que nous vendons ; pour le dire autrement, les lits sont au complet !). Je les vends 80 euros chacun (avec matelas).

EDIT : j’ai vendu le lit gris (sans le matelas). Il me reste donc les deux matelas (50 euros chacun, quasi neufs), et le lit blanc (30 euros sans le matelas, 80 euros avec).

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- Un tour de lit bébé de la marque Balade en Roulotte (suite…)



Le capitalisme, les inégalités, la mondialisation, tout ça raconté en 12 minutes. L’Île aux fleurs, J. Furtado, 1989

 

Il y a quelques mois, l’une de mes anciennes élèves de terminale ES m’a envoyé une vidéo, via les réseaux sociaux, en indiquant que cela pouvait me plaire. Une vidéo réalisée par le documentariste Jean-Gabriel Periot en 2012, dans le cadre du projet 100jours : cent documentaires diffusés au rythme d’un film par jour, pendant les 100 jours précédant le deuxième tour de l’élection présidentielle (2012), « pour essayer de construire un autre rapport au politique ». Voilà l’ovni (à noter qu’il y a des images pornos représentées là-dedans) :

Alors, engagé ou cynique ? Peut-être un peu des deux : on sent tout l’engagement ambivalent de quelqu’un qui n’a connu qu’un pays « en crise » (né après la fin des Trente glorieuses), une sorte de nihilisme politique a-partisan, qui souhaite changer le monde merdique dans lequel on vit (c’est le soldat Guignol qui, en voix-off, à la fin de Full Metal Jacket, de Stanley Kubrick, dit : « Je vis dans un monde merdique, ça oui ! Mais je suis vivant. Et je n’ai pas peur. »), mais un engagement sublimé par la culture Hara Kiri, L’Echo des Savanes, Groland, Les Nuls, l’entarteur belge !

En m’interrogeant sur ce que je venais de voir, je me suis vite rendu compte que cette création était une sorte d’hommage impertinent à un grand court-métrage documentaire de 1989 intitulé Ilha das flores (L’Île aux fleurs), réalisé par le brésilien Jorge Furtado, qui a remporté plusieurs prix pour ce film.

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Je ne connaissais pas ce truc. Et j’ai découvert un documentaire génial, acéré, sans concession, engagé jusqu’au bout des ongles, mais pas pontifiant, pas lénifiant, pas emmerdant. Un engagement qui ne te dit pas quoi faire, mais qui t’interroge, en profondeur, sur ce que toi, tu veux et peux faire pour changer le monde. Un truc qui te met face à tes responsabilités d’être humain (qui a la particularité d’avoir un pouce préhenseur et le télé-encéphalogramme hautement développé), un peu comme le formidable Tell Me Lies de Peter Brook (dont j’aurais certainement l’occasion de reparler). Voilà ce petit bijou que je recommande vivement à tout le monde. Enjoy !

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Merci Chloé !



LCS 204. Company Flow, Little Johnny from the Hospitul, 1999
4 mars, 2018, 13:47
Classé dans : Ca, de l'art ?,Musique & Music

 

Ça fait un bail que je n’ai pas partagé de « bon son pour les mauvais garçons », alors que, depuis octobre 2017 et la publication de Santiago Navas, j’en ai découvert, du bon son, j’ai du stock à partager !

Retour aux sources, le hip hop. Hier, je tombe sur l’entretien que Tékilatex et Cuizinier ont donné à Radio Nova en ce début mars 2018, dans lequel les rappeurs reviennent sur l’histoire du groupe TTC et de cette fameuse scène alternative du début du millénaire. Au début de l’entretien, Téki rappelle les premiers trucs indés qu’ils ont avalé grâce à Internet et aux forums : Eminem (avant Dr Dre), Fondle’EM Records (Arsonists, Cage), Company Flow, etc. Nova en profite pour passer des extraits, et là, je ne sais pas pourquoi, j’ai été attiré par le très court extrait de Company Flow. Je n’avais jamais entendu parler de ce groupe auparavant, et je me dis : « Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? » Alors j’y vais, et j’écoute l’album d’où est issu l’extrait écouté, Funcrusher Plus, premier album sorti en 1997 sur le label Rawkus Records, une sorte d’extension du EP Funcrusher sorti un an plus tôt (sur un autre label).

 

Bigg Jus, Mr. Len, El-P, photo issue d'un projet de mix par Built to Last

Bigg Jus, Mr. Len, El-P, photo issue d’un projet de mix par Built to Last

 

Je tombe sur le cul. Non seulement je trouve ce truc génial, original, très particulier, j’aime beaucoup (à noter, entre mille bizarreries, ce scratch sur les pleurs d’un bébé, putain de dérangeant), mais écouter ce truc aujourd’hui me permet de mieux comprendre d’où viennent TTC & co ! Selon Wikipedia, Company Flow est créé dans le Queens, NYC, en 1993 par El-P, un grand nom du hip hop alternatif, et le DJ Mr. Len, vite rejoints par Bigg Jus. Hier soir, j’ai écouté deux fois l’album, et j’ai souhaité creuser un peu le sillon, alors je creuse, et tombe sur leur second album, Little Johnny from the Hospitul: Breaks & Instrumentals Vol. 1, sorti en 1999 chez Rawkus Records, sans Bigg Jus. Une putain de bombe ! Déjà, la pochette, anxiogène à souhait, qui semble représenter Little Johnny sous les traits d’un jeune enfant dont le visage est camouflé par un sac en papier, il paraît quitter sans se retourner une scène horrible, deux hommes à terre sur une route de campagne ; le ton est sombre, inquiétant, dangereux, rougeâtre, le sang et la folie.

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Cet album risque de trôner haut, très haut, dans mon panthéon personnel. Au passage, on a bien l’impression que les sons, les bruits, les beats, les ambiances qu’on entend dans cet album ont profondément infusé l’esprit dérangé des Para One, Tacteel, James Delleck, Cyanure, Téki, Fuzati lorsque cette inquiétante clique a produit en 2003 un magnifique Buffet des anciens élèves sous le nom L’Atelier, premier album signé chez Institubes, label créé notamment pour sortir L’Atelier que personne ne voulait. J’écris « on a l’impression », parce que je n’ai pas eu le temps d’enquêter, je n’ai pas le recul nécessaire pour analyser tout ce que L’Atelier, chacun de ses membres, chacune de ses ramifications, doit à Company Flow. Allez, je vous laisse mourir avec Funcrusher Plus :

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La Dictature du prolétariat, c’est quoi ? Par Daniel Bensaïd

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Encore une fois, je souhaite partager ici un extrait d’un beau texte de synthèse de Daniel Bensaïd, philosophe et dirigeant historique de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) devenue Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) en 2009. Dans une nouvelle édition enrichie de La Guerre civile en France, pamphlet publié par Karl Marx en 1871, que publie les éditions La Fabrique en 2008 sous le titre Inventer l’inconnu, Daniel Bensaïd a rédigé un texte intitulé « Politiques de Marx », précédant les textes et correspondances autour de la Commune entre Karl Marx et Friedrich Engels, entre autres. Lecteur anecdotique de Marx, disposant d’une connaissance approximative de la période qui va de la Révolution française jusqu’au début du XXe siècle, j’ai littéralement dévoré cet opuscule à l’automne dernier. Dans ce texte, Daniel Bensaïd revient notamment sur la notion terriblement ambiguë de « dictature du prolétariat », qui a tant fait couler d’encre. Je reproduis ici le paragraphe intégral.

 

 

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La Commune, donc, comme forme enfin trouvée de l’émancipation, ou de la dictature du prolétariat, ou des deux, indissociablement ? C’est ce que proclame Engels, vingt ans après, en conclusion de son introduction, datée précisément du 18 mars 1891, à La Guerre civile en France : « Eh bien, messieurs, voulez-vous savoir de quoi cette dictature a l’air ? Regardez la Commune de Paris. C’était la dictature du prolétariat. »

Il vaut en effet la peine d’y regarder de plus près. Le mot « dictature », au XIXe siècle, évoque encore la vertueuse institution romaine d’un pouvoir d’exception, dûment mandaté et limité dans le temps pour faire face à une situation d’urgence. Il s’oppose à l’arbitraire de la « tyrannie ». C’est en ce sens que Marx le reprend dans Les Luttes de classes en France, après avoir cité son propre article du 29 juin 1848, publié dans la Nouvelle Gazette rhénane au lendemain même des massacres. (suite…)



Loyautés radicales et « intolérance à l’ambiguïté », par le sociologue Fabien Truong
28 décembre, 2017, 16:35
Classé dans : La Société en question(s)

FT Loyautes

 

Parfois, je partage des textes sur ce blog, des textes longs, de penseurs parfois pas très faciles d’accès. J’ai ainsi déjà publié des passages de Jacques Rancière et de Pierre Bourdieu, un essai de Jack London, et l’introduction d’une longue enquête sur l’islamophobie. Aujourd’hui, je souhaiterais partager l’épilogue d’un ouvrage qui vient de sortir, Loyautés radicales. L’Islam et les « mauvais garçons » de la Nation, publié en octobre 2017 aux éditions La Découverte (présentation ici). C’est une enquête réalisée par le sociologue Fabien Truong, qui a suivi le parcours de plusieurs « jeunes de banlieue » (syntagme « inaudible », enfermant, « stigmatisant » pour le sociologue lui-même, auteur en 2010 d’une tribune dans Libération : « Le « jeune de banlieue » n’existe pas »), qui doivent faire face aux contradictions de leur monde (famille, école, Nation, marché du travail, capitalisme, virilité, spiritualité, etc.), et tente d’en expliquer le cheminement, les cheminements. Le sociologue était invité le 24 octobre 2017 à France Culture (écouter ici) pour présenter son enquête, et il a donné, le 9 février 2018, un entretien au Nouveau Magazine Littéraire. Voici une présentation rapide de l’ouvrage par l’auteur :

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J’ai découvert ce sociologue en 2015. A l’époque, je viens d’obtenir le concours, je suis alors stagiaire en sciences économiques et sociales (SES) et doit produire un mémoire. Je tombe sur le second ouvrage de Fabien Truong, Jeunesses françaises. Bac + 5 made in banlieue, qui retrace le parcours de plusieurs « jeunes de banlieue » qu’il a encadrés lorsqu’il était prof de SES, justement, du lycée à l’enseignement supérieur jusqu’à la vie active. J’y trouve beaucoup de choses intéressantes, que je réutiliserai dans mon mémoire, et dans mes activités avec mes propres élèves.

En guise de conclusion à Loyautés radicales, Fabien Truong a préféré un épilogue. Le voici en intégralité :

 

 

« Ne moralisons pas. Mais aussi ne spéculons pas trop. Disons que l’anthropologie sociale, la sociologie, l’histoire nous apprennent à voir comment la pensée humaine « chemine » ; elle arrive lentement, à travers les temps, les sociétés, leurs contacts, leurs changements, par les voies en apparence les plus hasardeuses, à s’articuler. Et travaillons à montrer comment il faut prendre conscience de nous-mêmes, pour la perfectionner, pour l’articuler encore mieux. »

Marcel MAUSS, « Une catégorie de l’esprit humain : la notion de personne et de « moi »", Journal of the Royal Anthropological Institute, vol. LXVIII, 1938.

 

La répétition des attentats islamistes pose la question de la responsabilité. J’ai essayé d’y répondre par les moyens modestes, mais appliqués, de l’enquête et des sciences sociales. Que faire d’autre, devant un champ de ruines, à part s’efforcer de comprendre ? Dans l’urgence, certes, se protéger. Mais de qui et de quoi ?

Aujourd’hui, deux images de la menace se sont imposées : le « réseau islamiste mondialisé » et le « loup solitaire ». Elles me paraissent trompeuses. D’un côté, l’idée d’un réseau mondialisé, reliant pêle-mêle des terroristes maison, des fondamentalistes d’Afrique, du Moyen-Orient ou des États du Golfe, alimente de théories complotistes imaginant l’existence d’un financement occulte et réticulaire de la terreur et une unification politique par l’idéologie islamiste. Qu’il puisse y avoir des convergences de vues ou d’intérêts, nul n’en doute. Qu’il puisse y avoir des flux financiers entre ces protagonistes est, jusqu’à preuve du contraire, possible. Je n’en ai pour ma part pas trouvé trace. Le postulat du « réseau islamiste » insinue que la menace viendrait essentiellement de l’extérieur : « fermez les frontières » et « déchoyez de la nationalité », dit en chœur le populisme ambiant. (suite…)


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